Les retards en matière de vaccins contre la Covid-19 pèsent sur  le développement de l’Afrique (PNUD)

Source: United Nations – in French

Headline: Les retards en matière de vaccins contre la Covid-19 pèsent sur  le développement de l’Afrique (PNUD)

Vacciner tout le monde contre la Covid-19 n’est pas un luxe, mais plutôt une priorité urgente en matière de développement, notamment en Afrique, ont affirmé les participants une réunion organisée mardi par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en marge du débat général de la 76e session de l’Assemblée générale des Nations Unies.

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À l’ONU, le Président américain Biden promet une nouvelle ère de diplomatie

Source: United Nations – in French

Headline: À l’ONU, le Président américain Biden promet une nouvelle ère de diplomatie

Dans son discours au rassemblement annuel des dirigeants mondiaux à l’ONU, le Président des États-Unis, Joseph Biden, a appelé mardi à une nouvelle ère d’unité mondiale contre les graves crises de la Covid-19, du changement climatique et de l’insécurité.

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Au Niger, les jeunes fixés dans leurs terroirs par de judicieux investissements agricoles de l’État

Source: African Development Bank Group in French

Hachimou Abou Moussa, 34 ans, vit à Soura Sarkin Galma, une bourgade de la région de Maradi, dans le sud du Niger. Ce pays sahélien est régulièrement en proie à des sécheresses aggravées par le changement climatique. Les régions de Tahoua, Zinder et Maradi concentrent, à elles seules, près de la moitié de la population nigérienne, soit environ 8,9 millions d’habitants sur les 25,1 millions d’habitants que compte le pays (UNFPA 2021), majoritairement des ruraux.

« Avant, la situation était très difficile, il y avait très peu d’opportunités. Pour être honnête, nous pensions tous aller en ville », raconte-t-il. Mais depuis quelques années, Hachimou, comme la plupart des habitants, ne pense plus à l’exode car l’activité économique s’est développée et les conditions de vie dans le village se sont nettement améliorées. Avec le soutien de la Banque africaine de développement, le gouvernement du Niger a réalisé des projets de mobilisation des eaux souterraines et de surface, ce qui a permis d’améliorer la production et la productivité agricoles et de renforcer la sécurité alimentaire de façon durable.

De 2012 à 2019, le gouvernement a développé un système d’irrigation en réseau californien couplé à la construction d’infrastructures de mobilisation des eaux pour la production. Parmi les ouvrages hydro-agricoles, le Niger a construit 47 seuils d’épandage, 74 puits villageois et onze mini-barrages, qui ont permis d’irriguer 18 000 hectares de terres cultivables. En outre, quelque 273 kilomètres de pistes rurales ont été réalisées dans la région. Les producteurs ont été formés aux techniques agricoles adaptées aux conditions climatiques rustiques de la région, notamment à la technique de la demi-lune et du zaï qui permettent de mieux retenir l’eau. Des semences, des sacs de son, du blé et autres céréales ainsi que des engrais chimiques ont été vendus à prix modéré aux producteurs. Grâce aux nouvelles techniques agricoles, les productions céréalières et maraîchères ont augmenté respectivement de 94 % et 123 % chez les bénéficiaires.

Hachimou Abou Moussa a bénéficié de deux forages et d’un puits maraîcher sur son terrain. Il dispose aussi de trois motopompes, de 100 mètres de réseaux californiens qui lui permettent d’irriguer ses plantes tout au long de l’année. « Depuis 2015, mes trois enfants, ma femme et moi-même avons bénéficié de tout ce soutien. En plus, ce qui nous a le plus réjouis, c’est la construction de pistes qui nous relient à la route goudronnée, ce qui facilite le transport des produits maraîchers jusqu’au marché. Vraiment merci ! »

Le jeune homme cultive en effet des produits vivriers mais également des produits de rente, notamment le moringa et l’arachide. ll a pu ainsi renforcer la sécurité alimentaire de sa famille mais aussi augmenter son revenu de 450 000 francs CFA (environ 680 euros).

L’amélioration durable de la production et de la productivité agricoles par la mobilisation des eaux souterraines et de surface a amélioré les conditions de vie de 218 000 personnes à Soura Sarkin Galma. Cela a fixé les habitants dans leur terroir en renforçant leur résilience, notamment les jeunes, mettant fin à l’exode rural auquel ils pensaient quasiment tous.

Ce type de projet est un exemple de réussite parmi de nombreux autres, qui seront partagés avec les participants de la prochaine édition en visioconférence, du Forum pour la résilience en Afrique, prévu du 28 au 30 septembre prochains. Cet événement phare, conçu par le Groupe de la Banque africaine de développement, réunira des décideurs et les principales parties prenantes afin d’accélérer les initiatives de renforcement de l’État dans les contextes les plus touchées par la fragilité dans le continent.

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Images de science : Une sole moderne… il y a 40 millions d’années

Source: The Conversation – France (in French) – By Bruno Chanet, Chercheur attaché-honoraire, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Fossile de poisson plat conservé au Muséum national d’histoire naturelle. Bruno Chanet, Fourni par l’auteur

Cette image est celle d’un poisson fossile, Turahbuglossus cuvillieri, un des plus anciens poissons plats connus. Il a été découvert dans les carrières de Tourah, au sud-est du Caire en Égypte. Ces carrières sont également connues pour avoir fourni le calcaire, blanc et fin, des pyramides égyptiennes. En effet, celles-ci étaient ornées d’un parement externe calcaire. Celui-ci réfléchissait la lumière solaire et, selon les auteurs antiques, tels Strabon, donnait aux pyramides un aspect lumineux et à la pyramide de Khéops son nom Akouit « la brillante ». Ce parement a été détruit lors d’un violent tremblement de terre en août 1303 et ses roches furent réutilisées pour reconstruire la ville du Caire.

Ces roches, et donc ce fossile, datent d’environ 40 millions d’années. Et c’est là que cela commence à poser quelques questions… Nous l’avons dit, il s’agit d’un des plus vieux poissons plats fossiles et ses caractéristiques de son squelette, notamment la disposition et l’organisation des nageoires, montrent qu’il est bigrement évolué. Par l’anatomie de son squelette, Turahbuglossus cuvillieri est proche des soles actuelles présentes dans l’océan indien.

Souvent, dans le registre fossile, on a des fossiles anciens et abondants montrant petit à petit l’acquisition progressive de caractères nouveaux, comme nous le montre l’évolution des premiers vertébrés. Et bien là, on a d’emblée, un poisson plat, Turahbuglossus cuvillieri, de type très récent et quasiment identique à une sole moderne !

À l’heure actuelle, on cherche encore des poissons plats fossiles datant d’avant 40 millions, alors qu’après cette date on a trouvé des poissons plats de type très moderne, similaires aux formes actuelles. Et ce sans aucun fossile « intermédiaire » annonçant les formes actuelles, à la différence de ce qu’on rencontre dans d’autres groupes. Dans les eaux qui nous entourent, les poissons plats sont regroupés dans le groupe des Pleuronectiformes, représentés par les carrelets, les turbots et les soles.

Combien de temps prend l’évolution des espèces ?

Cette particularité, cette apparition a priori soudaine, avait déjà été suggérée dès la découverte de ce fossile au début du XXe siècle, et confirmée par des études ultérieures à la fin de ce même siècle.

Elle s’expliquerait par une diversification très rapide du groupe des poissons plats, quelques millions d’années voire peut-être moins.

À l’échelle de l’évolution, c’est très rapide ! En comparaison, il a fallu quelques millions d’années pour donner l’espèce humaine actuelle et son histoire est jalonnée de découvertes fossiles. Là, le groupe des Pleuronectiformes apparaît d’un coup, il y a environ 40 millions d’années.

Des travaux récents et encore en cours portant sur l’ADN des poissons plats ainsi que sur leur évolution et leurs relations de parenté tendraient à confirmer ce scénario d’une diversification rapide du groupe.

Cet événement soudain est notable en ce qu’il éclaire d’un jour particulier notre connaissance de l’histoire d’un groupe de vertébrés, mais reste énigmatique en ce que les causes associées à sa rapidité restent à ce jour inconnues. Il est cependant remarquable de voir qu’un phénomène, une « diversification explosive », proposée il y a près d’un siècle sur la base de l’étude de fossiles est aujourd’hui confirmé par l’analyse comparée d’ADN de formes actuelles.

Bruno Chanet est également collaborateur pour l’IUCN.

ref. Images de science : Une sole moderne… il y a 40 millions d’années – https://theconversation.com/images-de-science-une-sole-moderne-il-y-a-40-millions-dannees-168305

MIL OSI – Global Reports

Alexis : « Si on a besoin de fer, pourquoi on ne peut pas manger du métal ? »

Source: The Conversation – France (in French) – By Damien Jouvenot, Maître de Conférences en Chimie, Université Grenoble Alpes (UGA)

Manger un élément sous forme métallique implique de pouvoir le mastiquer dans un premier temps avant de le dégrader dans notre estomac dans un second temps. L’étape de mastication a pour but de réduire la taille de l’aliment ingéré pour faciliter la digestion.

On peut déjà voir un premier problème : si cet élément est ingéré sous forme de barres métalliques nos mâchoires seront inefficaces pour le fragmenter. Deuxième problème il doit être assimilé par l’organisme, c’est-à-dire qu’il doit pouvoir être absorbé au niveau intestinal pour ensuite être redistribué dans l’organisme.

Or l’être humain ne dispose pas d’enzymes (qui sont des moteurs pour transformer les molécules) capables de prendre en charge directement les éléments sous forme métallique.

Pour autant cela ne veut pas dire que nous ne « mangeons » pas des métaux. Nous ne les mangeons tout simplement pas sous une forme solide avec l’aspect métallique tel qu’il est facile de les imaginer. Les métaux tels que le fer, cuivre, zinc… font d’ailleurs partie d’une classe de composés appelés oligo-éléments, que l’on trouve en petite quantité dans notre alimentation. Ils sont indispensables au bon fonctionnement de notre organisme, même s’ils y sont présents en toute petite quantité. Un manque de fer se manifeste par exemple par de la fatigue et un teint pâle.

Si nous continuons avec l’exemple du fer, le corps d’un homme adulte en renferme environ 4 grammes, soit l’équivalent d’une pièce de 1 centime. Ce fer est réparti dans tout notre organisme, avec des quantités plus importantes au niveau du foie (1 g) et dans notre sang (2 g dans nos globules rouges). Tous les jours, une petite partie de ce fer (1-2 mg) est excrétée (perdue) et doit être remplacée pour maintenir le stock de fer de l’organisme constant. Ainsi tous les humains mangent quotidiennement environ 10-20 mg de fer.

Sous quelle forme ingère-t-on le fer ? Pas sous forme métallique, mais sous une forme masquée (liée à des molécules biologiques dans nos aliments), soluble dans l’eau. La solubilisation est une étape fondamentale de l’assimilation, car rappelons que le corps humain est fait à 65 % d’eau.

Il existe deux grandes familles d’aliments riches en fer : la viande et certains légumes tels que les épinards. L’absorption s’opère de deux façons différentes selon la source de fer, et la voie d’assimilation du fer d’origine végétale sera moins efficace. C’est pour cette raison qu’il est conseillé aux personnes anémiques, c’est-à-dire carencées en fer, de manger beaucoup de viande rouge et pas forcément des épinards.

On peut donc dire qu’on ne mange pas le métal sous la forme d’un solide métallique brillant mais quotidiennement sous la forme d’oligo-éléments cachés dans nos aliments.


Diane Rottner, CC BY-NC-ND

Si toi aussi tu as une question, demande à tes parents d’envoyer un mail à : tcjunior@theconversation.fr. Nous trouverons un·e scientifique pour te répondre.

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Alexis : « Si on a besoin de fer, pourquoi on ne peut pas manger du métal ? » – https://theconversation.com/alexis-si-on-a-besoin-de-fer-pourquoi-on-ne-peut-pas-manger-du-metal-163780

MIL OSI – Global Reports

Contraindre ou inciter, l’épineuse gestion des déserts médicaux

Source: The Conversation – France (in French) – By Lionel Cavicchioli, Chef de rubrique Santé, The Conversation France

_Les gouvernements successifs ont tous buté sur le problème des déserts médicaux. Comment faire reculer ces zones géographiques où l’accès aux soins est difficile ? De quels outils disposent les décideurs pour y parvenir ? Certaines solutions ont-elles déjà fonctionné ? Spécialiste du droit de la santé Guillaume Rousset nous propose quelques pistes de réflexion. _


The Conversation : Avant tout, peut-être faut-il se poser la question de ce que l’on appelle « désert médical » ?

Guillaume Rousset : L’expression « désert médical » relève davantage de la formule médiatique que d’un concept scientifique ou académique.

Plusieurs aspects me semblent problématiques. Tout d’abord le mot désert renvoie à une idée « d’aridité de tout » : on a en tête l’image d’Épinal du village de campagne qui, après avoir vu fermer son école, sa poste, son épicerie, se voit privé de son cabinet médical. Certes, un certain nombre de territoires ruraux sont confrontés à ce type de situation, mais il s’agit en réalité d’une problématique qui concerne tous les territoires, pas uniquement les campagnes. Des déserts médicaux peuvent se développer dans les centres de certaines villes, ou dans les territoires périurbains, malgré une densité de population importante et un tissu économique (commerces) conséquent.

En outre, la question n’est pas uniquement territoriale. Celle du temps se pose également : je peux habiter dans une ville où exerce un spécialiste, si je dois attendre plusieurs mois pour avoir un rendez-vous, alors je rencontre également des difficultés d’accès aux soins. Autre problème : l’accès à certains équipements comme les dispositifs d’imagerie par exemple. En outre, dans le cas de l’accès à la télémédecine, la problématique des déserts médicaux rencontre celle des déserts numériques.

Tout cela souligne la diversité de la notion, qui ne se résume pas à l’accès aux consultations ou à la présence sur le territoire de professionnels de santé.

Par ailleurs, le mot « médical » est réducteur. Il évoque le seul médecin généraliste (même si, selon le Code de la santé publique, les professions médicales sont : médecin, sage-femme et odontologiste). Bien entendu, on manque avant tout de généralistes, qui sont les médecins du quotidien. Mais toutes les professions de santé sont concernées par ces questions de densité insuffisante, y compris les professions paramédicales : masseurs kinésithérapeutes, infirmières ou même les pharmaciens d’officine…

Pour toutes ces raisons, il vaut mieux employer le terme « inégalités territoriales de santé », au même titre qu’il existe des inégalités économiques ou sociales de santé.

D’ailleurs, les travaux les plus récents montrent que les inégalités territoriales de santé se croisent aussi avec inégalités socio-économiques. Les personnes qui se trouvent en situation de vulnérabilité économique sont souvent plus à risque de se retrouver dans un territoire qui est par ailleurs un « désert médical ». Qui plus est, elles manquent parfois des moyens qui leur permettraient d’accéder aux soins, tel qu’un véhicule pour se déplacer au cabinet médical ou un ordinateur pour accéder aux services de télémédecine.

TC : Comment la perception de la situation des déserts médicaux a-t-elle évolué ces dernières années ?

GR : La question des inégalités territoriales de santé est une question qui me paraît de plus en plus médiatisée. C’est devenu le cheval de bataille de diverses personnalités politiques, car elle permet de répondre à certaines préoccupations de la population de manière forte. Les citoyens se mobilisent également.

Un exemple frappant est la création de l’« Association des citoyens contre les déserts médicaux », qui a vu le jour dans la Sarthe. Après avoir envoyé en début d’année un courrier au Premier ministre, resté sans réponse, ses représentants ont formé un recours auprès du Conseil d’État.

Selon eux, l’existence de déserts médicaux est contraire à un certain nombre de règles législatives mais aussi constitutionnelles, notamment l’alinéa 11 du préambule de la constitution de 1946 qui précise que la Nation garantit à tous « la protection de la santé ».

TC : Quelles sont les origines des déserts médicaux

GR : Ces dernières années, plusieurs éléments ont été avancés pour les expliquer. La conception de la vie professionnelle par les jeunes médecins a évolué, ils n’ont plus forcément envie d’exercer leur métier de façon solitaire, ils privilégient davantage le travail collectif et les interactions avec les autres professionnels, que ce soit à l’hôpital ou dans une maison de santé pluriprofessionnelle.

En outre, la majorité des médecins nouvellement diplômés aujourd’hui sont des femmes. C’est un fait neutre, qui n’est ni positif ni négatif. Cependant, le constat est qu’en l’état actuel de la société, ce sont encore essentiellement les femmes qui s’occupent des enfants durant les premières années. Exercer seule, dans un cabinet en libéral, est plus compliqué que de s’installer avec d’autres professionnels ou de choisir le salariat.

Troisième point : le rapport à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle a changé. On trouve de moins en moins de médecins désireux de travailler 70 heures par semaine, même contre un revenu est plus important. Une fois encore, on constate que les agendas moins chargés sont privilégiés, quand bien même cela passe par un exercice en cabinet collectif ou à l’hôpital.

Enfin, certains avancent parfois l’idée que les médecins privilégient désormais les installations dans des structures collectives pour échapper à ce qu’ils perçoivent comme une certaine forme d’alourdissement administratif.

TC : Comment les autorités envisagent-elles de remédier au problème ?

GR : Historiquement, deux tendances se sont dessinées. La première était fondée sur la notion d’incitation. Il s’agissait de donner envie aux professionnels de s’installer sur un territoire en déficit, via des incitations financières ou matérielles : prime d’installation, exonération fiscale, exonération sociale. Certains maires sont allés jusqu’à démarcher des médecins roumains, parce que francophones, pour les inciter à venir s’installer en France.

Cette approche présente l’avantage de la liberté d’installation (laquelle est protégée par la loi depuis 2010). Malheureusement, la Cour des comptes a souligné le fait qu’elle n’est pas suffisamment efficace en regard des sommes investies. En effet, le dispositif trouve rapidement ses limites : difficile de convaincre un professionnel de s’installer sur un territoire où ses proches ne pourront pas trouver d’emploi, où il lui sera difficile de scolariser ses enfants au-delà de l’école primaire, et où la vie culturelle ou sociale n’est pas celle à laquelle il aspire…

Une deuxième approche a donc été envisagée, plus coercitive, via le contrat santé solidarité. L’Agence régionale de santé invitait les médecins à venir s’installer en territoire sous-dense. S’ils acceptaient, le contrat était signé. S’ils refusaient, ils devaient payer une pénalité de 3000 €. Si la loi a bien été votée 2009, la contestation des médecins a été si intense que la ministre de la Santé de l’époque, Roselyne Bachelot, s’est engagée à ne jamais prendre les décrets d’application de la mesure. Puis, en 2010, la loi Fourcade a supprimé la pénalité, ce qui vidait la mesure de sa substance.

On le voit, politiquement s’attaquer à la liberté d’installation des médecins est compliquée. En outre, la question de la coercition est complexe. Celle-ci pourrait en effet avoir l’effet inverse de celui escompté, si par exemple elle amenait à détourner les médecins de l’exercice de la médecine libérale.

Les choses se sont passées différemment dans le cas des infirmières. L’Assurance-maladie a négocié avec les syndicats, dans le cadre de la convention, pour mettre en place ce que l’on appelle le conventionnement sélectif. S’il demeure possible de s’installer n’importe où sur le territoire, dans les zones où il y a trop d’infirmiers, pour être conventionné (et donc voir ses actes remboursés par la sécurité sociale) il faut s’installer à la place de quelqu’un qui part. Cette coercition qui ne dit pas son nom a été acceptée en contrepartie une revalorisation des tarifs.

Entre incitation et coercition, une troisième voie existe, qui est celle de l’accompagnement. Le meilleur exemple en est les maisons de santé pluriprofessionnelle. Outre une incitation financière, ce modèle propose aux soignants de travailler au sein d’un collectif médical associant médecins généralistes, masseur-kinésithérapeute, infirmier, éventuellement une sage-femme, un psychologue et dans l’idéal une pharmacie. Le tout autour d’un projet de soins. On crée ainsi une dynamique collective d’interdisciplinarité.

Cette approche se développe depuis une dizaine d’années et rencontre un certain succès. Il a été montré qu’elle améliore l’accès aux soins. Mais elle repose sur un soutien financier fort des pouvoirs publics et ne fonctionnerait pas sans cela. Ce qui n’est pas forcément négatif : on peut considérer qu’il s’agit de sommes investies, dans le cadre de la mission de protection de la santé des populations qui incombe à l’État.

Malheureusement, cette approche ne fonctionne pas partout : il existe des endroits où même en collectif, les professionnels de santé refusent de s’installer. C’est probablement le cœur de la question : les inégalités territoriales de santé ne sont qu’une facette d’un problème plus large d’aménagement du territoire. Il semble illusoire d’espérer les réduire sans s’en saisir globalement. Comment exiger des personnels soignants qu’ils s’installent dans des territoires ruraux ou périurbains où les pouvoirs publics ont parfois fermé la poste, l’école, et les services publics et où les commerces ont baissé le rideau ?

ref. Contraindre ou inciter, l’épineuse gestion des déserts médicaux – https://theconversation.com/contraindre-ou-inciter-lepineuse-gestion-des-deserts-medicaux-167955

MIL OSI – Global Reports

Afrique : le FMI à la rescousse du tarissement des liquidités du continent

Source: The Conversation – France (in French) – By Meghann Puloch, Économiste risque pays, Agence française de développement (AFD)

Les DTS viennent alimenter les réserves en devises des pays africains, alors que nombre d’entre eux ont été contraints de puiser dans celles-ci afin de combler le manque de financements en 2020. Cette perte de plus de 50 milliards USD à l’échelle du continent a été particulièrement marquée en Afrique du Nord, où elle équivaut à 16 % des réserves de 2019.

Les économies dépendantes du tourisme (-16 % en Égypte, -9 % au Cap-Vert) et certains pays pétroliers (-31 % en Libye, -23 % en Algérie, -17 % en Angola) ont enregistré des baisses significatives, alors même que ces derniers abordaient la crise avec des réserves déjà affectées par le retournement des cours de 2014.

Cette allocation offre ainsi un soutien essentiel aux pays dont les liquidités externes sont les plus fragiles. En Zambie, en situation de défaut de paiement depuis novembre 2020, le montant alloué (1,3 milliard USD) a permis de doubler les réserves.

À l’inverse, de moindres factures d’importations et les financements de la communauté internationale ont renforcé significativement la liquidité externe d’une dizaine de pays (+23 % au Rwanda, +37 % au Maroc, +46 % aux Comores). Mais même pour ces pays, les DTS offrent un élément de confort bienvenu alors que la crise de la Covid-19 se poursuit. Et ce d’autant plus que cette hausse des réserves de change apparaît en trompe-l’œil puisqu’elle est financée par des emprunts et est donc génératrice d’endettement additionnel et/ou associée à une chute temporaire de la demande intérieure.

Cependant, la reconstitution des réserves ne signifie pas pour autant que celles-ci sont suffisantes. L’adéquation du niveau des réserves en devises d’un pays s’apprécie à l’aune de son exposition aux chocs externes et de sa capacité d’absorption.

L’amortissement de la dette en devises : un enjeu à venir

La vulnérabilité externe dépend en premier lieu de l’ampleur du besoin de financement externe (BFE), qui résulte majoritairement des déséquilibres dans les échanges dits courants de biens, de services et de capitaux de chaque pays avec le reste du monde.

À court terme, la pandémie n’affecte pas significativement le BFE du continent, qui devrait représenter près de 7 % du PIB africain en moyenne par an entre 2020 et 2022 (en mettant de côté les flux de remboursement de dettes de court terme).

En 2020, la chute des importations associée au ralentissement de l’activité économique et à la fermeture des frontières a compensé la volatilité des cours des matières premières et l’effondrement des recettes touristiques.

En revanche, les BFE africains devraient augmenter à moyen terme, portés par le remboursement du principal d’une dette externe croissante. L’ampleur du BFE constitue déjà une source de vulnérabilité pour la Tunisie (17 % du PIB en 2021 et projeté à 14 % du PIB en moyenne entre 2022 et 2025), les pays insulaires touristiques – privés de leur entrée de devises la plus importante – et les pays producteurs de matières premières, qui restent vulnérables aux retournements des cours.

Les réserves en devises mobilisées pour pallier la chute des financements privés

Plus le BFE est élevé, plus les financements doivent être abondants pour le couvrir, et, de préférence, stables et de long terme. Tout repli de ces derniers expose alors le pays à une contraction de la disponibilité des devises. Or, les flux d’investissements directs étrangers (IDE) à destination de l’Afrique se sont contractés de 16 % en 2020 (-35 % en Égypte et -39 % en Afrique du Sud). La baisse du nombre de nouveaux grands projets d’infrastructures (-74 %) est de mauvais augure pour les flux d’IDE dans les prochaines années.

En parallèle, les émergents africains (Égypte, Nigéria, Angola) n’ont pas été épargnés par la vague des sorties des capitaux les plus volatils. Enfin, les conditions de financement sur les marchés obligataires internationaux sont demeurées prohibitives pendant de longs mois, de sorte que les émissions souveraines de l’Afrique subsaharienne ont chuté de 70 % en 2020.

Si l’assouplissement des conditions financières a permis des retours sur les marchés en 2021, cette option reste coûteuse. Les pays africains ont aussi pu compter sur le soutien des bailleurs multilatéraux ou bilatéraux pour combler une partie du manque (gap) de financement, limitant ainsi la sollicitation de leurs réserves de change.

La crise de la Covid-19 a rendu plus vulnérablel’équilibre externe des pays africains.
Fourni par l’auteur

Le régime de change : un facteur déterminant face aux chocs

À niveau de réserves identique, la capacité d’absorption du choc est moins forte pour un pays à régime de change fixe par rapport à un pays en régime de change flottant. Ainsi, pour les pays en régime de change flottant, la dépréciation de la monnaie (-33 % pour le kwacha zambien, -27 % pour le kwanza angolais, -16 % pour le birr éthiopien, etc.) a permis de préserver partiellement les réserves de ces pays.

L’adéquation des réserves de change se mesure au regard des importations du pays (le seuil de trois mois de couverture est souvent retenu), de la dette de court terme (couverture totale) et de la masse monétaire (20 %). Selon ces critères, l’allocation des DTS a une incidence limitée.

L’impact le plus significatif concerne la Zambie, à qui elle permet de restaurer la liquidité, et, dans une moindre mesure, la Sierra Leone et le Malawi. Elle soutient également la liquidité des pays de l’UEMOA, mais demeure insuffisante pour restaurer l’adéquation des réserves des pays de la CEMAC.

La question de la liquidité en devises restera prégnante

Les incertitudes planant sur le dynamisme du retour des capitaux en Afrique, couplées à des besoins en hausse – notamment pour honorer le service de la dette externe des pays les plus vulnérables –, font apparaître un gap de financement estimé par le FMI à 345 milliards USD entre 2020 et 2023 pour le continent.

Dans ce contexte, la question de la liquidité en devises restera prégnante dans les années à venir. La contraction des réserves devrait se poursuivre, à un rythme moindre, en Afrique du Nord tandis qu’elle tendrait plutôt à stagner en Afrique subsaharienne.

Au regard des enjeux de liquidité de l’Afrique, l’insuffisance de cette nouvelle allocation de DTS devrait susciter un élan de solidarité internationale parmi les pays à revenu élevé, qui ont bénéficié de 440 milliards USD d’allocation. Ces pays ont en effet la possibilité de procéder à une réallocation volontaire et ainsi alimenter un « Fonds pour la durabilité et la résilience » dont pourraient bénéficier 38 pays d’Afrique subsaharienne.

Meghann Puloch ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Afrique : le FMI à la rescousse du tarissement des liquidités du continent – https://theconversation.com/afrique-le-fmi-a-la-rescousse-du-tarissement-des-liquidites-du-continent-167848

MIL OSI – Global Reports

En Afghanistan, la crise humanitaire risque de déboucher sur une famine catastrophique

Source: The Conversation – France (in French) – By Pierre Micheletti, Concepteur et responsable pédagogique du diplôme universitaire « Santé Solidarité Précarité » à la Faculté de Médecine, Université Grenoble Alpes (UGA)

Plus de 14 millions d’Afghans sont menacés de famine à court terme selon le Programme alimentaire mondial.

Les statistiques internationales le démontrent avec constance : il existe une étroite corrélation entre la grande pauvreté et la survenue de crises humanitaires.

L’Afghanistan n’échappe pas à cette logique, ce qui a récemment conduit le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) à interpeller la communauté internationale sur un risque majeur : en cas de suspension des aides financières internationales, la proportion d’Afghans vivant sous le seuil national de pauvreté atteindrait 97 % de la population. Un record. Avant le 15 août 2021, ce taux était estimé par la Banque mondiale à 72 %. Il était à 60 % en 2020.

Le 13 septembre dernier s’est tenue une réunion internationale sous l’égide des Nations unies. Le secrétaire général, Antonio Guterres, a pris à cette occasion une position ferme pour obtenir rapidement les fonds d’urgence estimés nécessaires, exxigeant par ailleurs que les organisations humanitaires puissent travailler sans entraves et sans danger. Cet appel aura permis d’obtenir plus de 1 milliard de dollars de promesse de dons.

Plus gênant pour les acteurs de l’aide internationale a été son propos supplémentaire évoquant des clauses de conditionnalité de la délivrance des fonds. Le soutien des organisations humanitaires à la population afghane apparaît alors de sa part comme subordonné à des conditions auxquelles les nouvelles autorités du pays devront se conformer pour que l’aide soit effective. Cette déclaration entretient clairement la prééminence d’une aide délivrée sous conditions, dont les organisations humanitaires seraient ipso facto les relais.

Les différents mécanismes qui construisent la crise humanitaire

L’Afghanistan cumule différents mécanismes qui, ensemble, conduisent à la rupture d’un équilibre préalable précaire et entraînent la bascule d’une large partie de la population la plus fragile dans une dégradation qui relève d’interventions d’urgence, de l’ordre de la survie :

Les mécanismes qui construisent la crise humanitaire afghane.
Sandy Walton-Ellery/Elvire Colin-Madan(trad.FR)/ACAPS

Une conflictualité incessante perdure depuis quarante ans, réactivée par les offensives qui ont conduit à la chute du gouvernement présidé par Ashraf Ghani.

Les données chiffrées ci-dessous traduisent l’augmentation progressive des blessés et des morts civils depuis 2019, avec une saisonnalité connue dans le pays : la violence, contenue par la paralysie hivernale des déplacements de combattants, augmente au printemps pour atteindre chaque année un pic durant l’été.

Le nombre de blessés et de morts parmi les civils augmente progressivement depuis 2019.
UNAMA

Par ailleurs, il faut tenir compte des effets de dégradations environnementales qui mêlent, selon les provinces, inondations et sécheresses durables, la crise du Covid-19 étant venue dégrader davantage encore le sombre tableau par ses effets sanitaires et économiques. L’Afghanistan ne déroge pas à la logique qui a conduit les pays les plus pauvres à subir les effets les plus dévastateurs de la pandémie.

La conjonction des deux mécanismes précédents se traduit par des mouvements de populations. Ces déterminants constitutifs de la crise humanitaire sont à l’œuvre depuis maintenant plus de quatre décennies, faisant, dès 2020, de l’Afghanistan l’un des six pays du monde comptant plus de 10 millions de personnes en besoin d’assistance.

L’Afghanistan est, avec la RDC, le pays où la progression du nombre de personnes en besoin d’une aide vitale a le plus progressé en 2020, avec 2,7 millions d’individus supplémentaires. Il était déjà, avant l’accélération des migrations en cours depuis début 2021, le sixième pays au monde pour le nombre de déplacés forcés (3,6 millions). Ce sont très majoritairement aujourd’hui des déplacés internes.

Le schéma ci-dessus montre la variation des flux de déplacés forcés depuis la chute du régime communiste de Najibullah en 1994. Le pic de 2001 correspond à l’entrée de la coalition et aux combats pour faire chuter le régime taliban arrivé au pouvoir en 1996. Le pic de 2015 correspond à une reprise des offensives des combattants talibans, par suite du retrait officiel des troupes de la coalition internationale en décembre 2014.

Insécurité alimentaire, maladies, toxicomanie… les mutiples maux qui affligent les Afghans

Violence, déplacements forcés, pénurie alimentaire et mauvaise qualité de l’eau concourent à dresser un tableau tristement usuel de l’épidémiologie de la pauvreté. S’y ajoute une réalité spécifique à l’Afghanistan, lourde de conséquences sanitaires et économiques : le poids des toxicomanies, au premier rang desquelles l’usage de l’opium.

Un tiers des Afghans étaient en insécurité alimentaire avant la chute de Kaboul. Un million d’enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère mettant en jeu leur pronostic vital. Début 2021, 17 millions d’habitants relevaient d’un besoin d’assistance alimentaire, soit le double de l’année précédente. La moitié des enfants de moins de 5 ans, des femmes enceintes ou allaitantes sont identifiés comme exposés à une sous-nutrition aiguë en 2021.

Leur relocalisation dans des camps de fortune ou dans les périphéries déshéritées des villes renforcent les vulnérabilités : manque de nourriture, exposition au froid, manque d’eau potable et de latrines, manque d’ustensiles comme de combustible pour la cuisine. Se rajoutent les infections respiratoires aiguës, les diarrhées, les dermatoses liées au défaut d’hygiène, et les pathologies de l’accouchement et plus globalement de la sphère gynécologique chez les femmes. Il émerge encore, par la promiscuité et le regroupement, le risque important d’épidémies multiples : rougeole (souvent mortelle chez des enfants dénutris), méningites…

Deux indicateurs épidémiologiques sont usuellement considérés en santé internationale comme rendant compte du niveau global de développement et d’accès à la santé d’un pays : le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans (TMM5 de l’UNICEF) et le taux de mortalité maternelle (TMM).

Sur ces deux indicateurs, l’Afghanistan, avant même la dégradation politique et sociale de l’année 2021, faisait déjà partie des pays les plus pénalisés au monde.

Le tableau ci-dessous fournit quelques éléments de comparaison internationale. Il convient toutefois de traiter ces chiffres avec la prudence que requiert l’usage des données. Il existe en effet une grande asymétrie dans la qualité et la fiabilité des systèmes de collecte d’information selon le niveau socio-économique de chaque pays.

Dans les deux cas, les comparaisons avec les pays voisins sont éloquentes.

Au-delà de toutes les difficultés décrites, il convient cependant de souligner que l’Afghanistan a connu une évolution globale dont rend compte la progression de l’espérance de vie dans le pays : elle était de 55 ans en 2000, quand les talibans ont quitté le pouvoir. Elle est de 65 ans aujourd’hui.

La consommation problématique de drogues est l’un des problèmes de santé les plus critiques auxquels sont confrontés les hommes, les femmes et les enfants en Afghanistan. De 2005 à 2015, trois enquêtes sur la consommation de drogues ont été menées dans le pays. En 2005, la toute première enquête sur la consommation de drogue estimait que 3,8 % de tous les groupes d’âge consommaient des drogues, les plus couramment utilisées étant le haschich, l’opium, l’héroïne et les produits pharmaceutiques.

En 2009, une enquête de suivi a montré que 8 % de la population âgée de 15 à 64 ans consommait des drogues et qu’il y avait eu une augmentation de 53 % du nombre d’usagers réguliers d’opium et de 140 % du nombre d’usagers d’héroïne depuis 2005.

Cette enquête a également montré que 50 % des parents consommateurs d’opium donnaient de l’opium à leurs enfants pour faciliter le sevrage, et pour contrôler le comportement et/ou la faim. En 2015, l’enquête nationale a révélé que le taux national de consommation de drogues chez les adultes était de 12,8 %, soit plus du double du taux mondial (qui était alors de 5,2 %).

Les facteurs qui influencent le contexte humanitaire

Après que les talibans ont été chassés du pouvoir en 2001, le pays a subi de profondes mutations.

Trois d’entre elles, importantes et intriquées, ont des effets qui renforcent la crise humanitaire que connaît la population. Elles constituent également des considérations sensibles pour le nouveau pouvoir dans sa capacité, au-delà de l’expression de la force, à convaincre la population de sa capacité à améliorer son existence.

1. La progression démographique et l’urbanisation

Depuis 1996, la population est passée de 18 à 38 millions d’habitants. C’est l’un des taux de croissance démographique les plus importants au monde (6 % annuel). La première conquête de Kaboul se déroula dans une ville meurtrie par les bombardements, qui ne comptait alors plus que 300 000 habitants. Elle en abrite plus de 4 millions aujourd’hui.

Les Pachtounes, dont les aires d’implantation dans les provinces ont constitué le berceau de l’émergence du mouvement taliban, composent aujourd’hui seulement 25 % de la population de la capitale.

Depuis l’entrée des Soviétiques en 1979, le taux d’urbanisation a quasiment doublé, passant de 15 % à près de 30 % de la population totale du pays.

Cette réalité démographique est en lien avec les peurs qu’entraîne, en particulier chez les citadins, la prise de pouvoir politique par les étudiants en religion. Ce poids des villes recèle pourtant, à terme, de sérieux ferments de résistance face au projet de société des talibans.

A l’inverse, la carte ci-dessous traduit l’asymétrie qui prévalait déjà, en 2017, concernant les taux de pauvreté selon les régions. C’est sur cette réalité économique et sociale que n’a cessé de prospérer le mouvement taliban, jusqu’à sa récente prise de pouvoir.

2. La place de la culture du pavot « somnifère » dans l’économie du pays

En Afghanistan, le pavot est une ressource majeure de l’économie rurale. Le pays est de loin le premier producteur mondial d’opium, sa contribution est estimée à 84 % de la production mondiale. Cette situation résulte de trois mécanismes intriqués.

Alors qu’à partir du début du XIXe siècle les autres pays producteurs de la région (Iran, Pakistan, Turquie) ont légiféré pour interdire la production, cela n’a pas été le cas en Afghanistan où l’État a été incapable de maîtriser la progression de la production.

La période communiste et l’occupation soviétique ont créé une première augmentation notable des surfaces de culture du pavot : de 1980 à 1989, la production d’opium a été multipliée par cinq. Les recettes réalisées ayant largement contribué à payer l’achat d’armes des moudjahidines (la production était contrôlée par les seigneurs de la guerre qui utilisaient l’argent à diverses fins dont l’achat d’armes ; tous ne soutenaient toutefois pas la rébellion au gré de leurs intérêts et alliances). Enfin, depuis l’entrée de la coalition en 2001, la dégradation de l’agriculture vivrière et la détérioration de la vie économique a poussé les agriculteurs vers la culture du pavot.

En 2020, le pays comptait 224 000 hectares de pavot (surtout situés dans les provinces Sud), soit une hausse de 37 % par rapport à 2019. Le même rapport apporte des informations complémentaires : 6 300 tonnes d’opium produit et un revenu cumulé évalué à 2 milliards de dollars pour tous les maillons de la chaîne (agriculteurs, exploitants, négociants, etc.).

L’année 2020 constitue l’un des quatre plus forts pics de surfaces cultivées de l’histoire du pays. Cette production représenterait aujourd’hui entre 6 et 11 % du PIB de l’Afghanistan.

Évolution de la surface de cultivation de pavot somnifère en Afghanistan de 1994 à 2019.
UNODC, Afghanistan Opium Survey 2020

3. Un enchaînement fatal qui dégrade l’économie rurale

Conflits armés, déplacements forcés, fragilités et dégradations environnementales, détérioration de l’agriculture vivrière, augmentation de la culture du pavot : ces différents facteurs convergent et se cumulent pour provoquer une insécurité alimentaire majeure.

L’Afghanistan est un pays de hautes montagnes où les sols sont arides tandis que les plaines et l’eau sont rares. Sur une superficie totale de 65 millions d’hectares (650 000 km2), on estime que seuls 8 millions sont arables, soit 12 % du pays.

Les systèmes d’irrigation ont été largement détruits lors des bombardements pendant l’occupation soviétique (1979-1989) et subi des dégradations volontaires commises par différents belligérants au gré de la lutte armée. Ils n’ont pas toujours été reconstruits sur fond d’exode rural et de réorientation de la production agricole vers la culture du pavot, moins consommatrice en eau. Le pays ne peut toujours pas tirer profit des ressources hydriques gelées en neiges éternelles qui se trouvent dans l’Hindou Kouch. Parce qu’elle est apparue comme une solution à la précarisation des conditions d’existence dans le monde rural, la culture du pavot n’a cessé de prospérer.

La destruction des zones rurales et des chaînes de production agricole est une constante des dernières décennies, accélérée par le Covid-19.

En 1989, le gouvernement, au bord de la faillite, n’a que peu de ressources à allouer à l’agriculture, et les subventions accordées pour la culture du blé sont souvent mal coordonnées et finalement inefficaces. En 2001, la reprise des combats et des bombardements aériens achève de détruire les infrastructures et les terres agricoles afghanes.

De plus, une partie des terres agricoles sont rendues inutilisables par la dissémination de mines. L’acheminement et la vente de ces produits sont également désorganisés. Les infrastructures de transports, comme les routes, qui permettaient de relier les producteurs aux consommateurs, ont été gravement endommagées. La guerre, à ses différents stades, a ainsi empêché le développement économique du pays, avec l’absence notable de crédits agricoles et de réformes agraires.

La carte ci-dessous montre les provinces afghanes dans lesquelles la production de pavot a le plus progressé entre 2019 et 2020. Elle met en évidence de claires congruences des zones de culture avec les territoires où les taux de pauvreté sont les plus élevés, traduisant le réflexe d’adaptation de la part des paysans afghans face à la dégradation de leurs revenus et de leurs conditions de vie.

Variation du taux de culture de pavot somnifère par province, 2019-2020.
UNODC, Afghanistan Opium Survey 2020

La sécheresse de 2018, les inondations de 2019 et la crise sanitaire de 2020 ont aggravé la sécurité alimentaire du pays. En 2020, le pouvoir d’achat de nombreux foyers a enregistré une baisse de 20 % ainsi qu’une précarisation des emplois de 14 %.

Le Covid-19, en plus de déclencher une crise économique, a également provoqué une grave crise sanitaire : une étude du ministère afghan de la Santé en août 2020 évalue à 10 millions, soit un tiers de la population afghane, le nombre de personnes contaminées.

Dans ce contexte économique, l’opium s’est ainsi imposé comme base de crédit. Une vente anticipée ainsi que des paiements différés sont accordés comme prêts sans intérêts. Cela permet aux agriculteurs d’investir dans leur production agricole future comme le blé et le cumin.

Ce système d’avance, appelé salaam, vient compenser l’absence de crédits agricoles légaux et encadrés. Beaucoup de familles et spécialement les plus pauvres sont tributaires de ces prêts. En ce sens, l’éradication soudaine de ces cultures sans alternative aggraverait lourdement l’endettement de ces ménages, en même temps que la situation actuelle expose à un risque d’effondrement alimentaire du pays.

Les obstacles potentiels au déploiement de l’aide d’urgence

La situation de la population afghane requiert une aide internationale, qui pour être rapidement déployée doit contourner ou résoudre des obstacles concrets de différentes natures.

Cinq points méritent une attention particulière :

1. L’aide internationale devra veiller à mobiliser au mieux et à soutenir les ressources existantes, ou ce qu’il en reste, à la suite des événements de ces derniers mois. Les nouvelles autorités sont confrontées à la fuite des cerveaux et à l’effondrement de l’appareil d’État, en particulier à l’effondrement du système de santé par manque de professionnels compétents, de moyens, de chaîne logistique.

2. La sécurité des intervenants humanitaires, qui conditionne la capacité de la population à recevoir l’aide apportée, doit faire l’objet d’une attention spécifique. La violence – à laquelle le personnel afghan est plus particulièrement exposé – revêt une importance particulière pour les intervenants humanitaires à l’échelon local, là où les aides se déploient. Les chiffres disponibles pour le début de l’année 2021 incitent en effet à la prudence. L’Afghanistan, de façon récurrente ces dernières années, a fait partie des pays les plus générateurs de violence à l’égard des personnels humanitaires.

Actes hostiles à l’égard du personnel humanitaire en Afghanistan entre janvier et juin 2021.
INSO

L’attention aux risques sécuritaires soulève deux questions connexes : la réalité du contrôle et de la régulation que pourra exercer le pouvoir en place, entre les intentions/déclarations affichées à Kaboul et sur la scène internationale, et l’application effective de ces postures au niveau des responsables talibans provinciaux et locaux ; et l’évolution de la violence qui pourrait résulter de la résurgence active de groupes djihadistes, dans le sillage des attentats sur l’aéroport de Kaboul en août dernier.

3. Le déploiement effectif du soutien financier international. Si la conférence des donateurs du 13 septembre 2021 a, on l’a dit, permis de réunir des engagements de principe de plus de 1 milliard de dollars, les organisations humanitaires devront rester attentives à des questions très concrètes qui pourraient en contrarier le déploiement effectif :

  • La rapidité de la mise à disposition des sommes promises par les États donateurs.

  • La possibilité de réaliser les transferts financiers depuis l’étranger, ce qui suppose la restauration d’un système bancaire fonctionnel à Kaboul, mais également dans tout le pays, car une partie de cette aide va être constituée de versements directs aux familles (CTP, cash transfer programs) ou faire l’objet de programmes de travaux rémunérés effectués par les populations locales.

  • Les taxes imposées sur l’aide financière apportée à la population par les talibans sur les territoires conquis avant la chute de Kaboul ne doivent plus avoir cours, face au niveau de pauvreté général qui prévaut désormais.

4. L’accès à l’ensemble des populations et des territoires est un enjeu crucial. L’aide nécessaire concerne l’ensemble de la population, sans discrimination entre groupes tribaux et l’accès non discriminé à cette aide, y compris pour les femmes et les fillettes. Ceci a pour corollaire la non-remise en cause de la contribution des professionnelles femmes dans le personnel humanitaire. Elles jouent un rôle incontournable dans la prise en charge des femmes et des enfants.

5. La restauration d’une chaîne logistique fonctionnelle reste une priorité dont les déclinaisons concrètes sont multiples :

  • Réouverture de l’aéroport de Kaboul au fret et à l’accueil des vols passagers internationaux.

  • Simplification des procédures administratives pour les voyageurs et les dédouanements de marchandise.

  • Réouverture des voies d’acheminement et des transports routiers entre Kaboul les capitales provinciales.

Et demain ?

Si la crise humanitaire actuelle arrive à être dépassée, pourra alors débuter un travail de restauration des facteurs de protection de la population générale face à l’exposition aux vulnérabilités qui ravagent l’Afghanistan.

Le nouveau gouvernement afghan est d’emblée confronté à l’acceptabilité sociale des politiques mises en œuvre au service d’une société désormais en grande partie éduquée et urbaine. Ce risque de « divorce » entre villes et campagnes est l’un des enjeux cruciaux pour le nouveau pouvoir.

L’insécurité alimentaire et la grave sous-nutrition, construites par la convergence des mécanismes décrits précédemment, exposent à un risque majeur de famine dans les mois à venir. De fait, l’Afghanistan est au bord de l’effondrement alimentaire.

Nous entrons dans la saison du froid et de la neige, qui vont renforcer davantage encore les besoins en nourriture dans ce pays où l’hiver impose une paralysie transitoire, bloquant tout, y compris la capacité des hommes à se faire la guerre. Il y a donc urgence à restaurer l’aide internationale dont dépendent des millions d’Afghans.

Pierre Micheletti ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. En Afghanistan, la crise humanitaire risque de déboucher sur une famine catastrophique – https://theconversation.com/en-afghanistan-la-crise-humanitaire-risque-de-deboucher-sur-une-famine-catastrophique-168293

MIL OSI – Global Reports

La disponibilité en azote, enjeu crucial pour le futur de l’agriculture bio

Source: The Conversation – France (in French) – By Thomas Nesme, Professeur d’agronomie à Bordeaux Sciences Agro, Inrae

L’azote est un élément minéral indispensable à la croissance de tout être vivant que les plantes prélèvent dans le sol. Shutterstock

L’agriculture biologique, qui bannit les engrais et pesticides de synthèse, pourra-t-elle nourrir la planète ?

Cette vaste et épineuse question agite depuis des années la communauté scientifique ainsi que les mouvements militants paysans et écologistes. Elle polarise une partie des débats politiques relatifs à l’agriculture et suscite un intérêt bien compris de la part des industriels de l’alimentation.

Poser cette question a du sens dans le contexte de l’anthropocène. Mais elle est aussi trop vaste, car elle génère une série de questionnements sur la qualité des produits alimentaires, leur accessibilité logistique et économique, les régimes alimentaires à base de produits bio, la durabilité à long terme des systèmes agricoles biologiques, etc.

Il faut donc accepter de considérer cette question en observant ses différentes facettes. Il s’agit en particulier de s’intéresser à la capacité productive de l’agriculture biologique (AB) et aux facteurs qui la soutiennent.

Pour traiter cette question – et sortir des idées toutes faites et des débats sans fond – il faut « atterrir » un peu, pour reprendre l’image employée par le philosophe Bruno Latour, et considérer les systèmes agricoles, leurs métabolismes et leurs sols ; c’est ce que nous offre le cas de l’azote.

La révolution des engrais azotés

L’azote est un élément minéral indispensable à la croissance de tout être vivant, constitutif de nos protéines, que les plantes prélèvent dans le sol.

Depuis presque deux siècles et les travaux de von Liebig, les agronomes savent que l’apport d’azote aux parcelles agricoles permet de fertiliser les sols et de stimuler la production des cultures.

Fondés sur cette découverte scientifique, les travaux de Friz Haber ont permis la synthèse industrielle des engrais azotés à partir de l’azote de l’air, qui compose 80 % de notre atmosphère. Cette révolution technologique a permis la production massive et à bas coûts d’engrais azotés.

On connaît la suite : utilisation tout aussi massive d’engrais azotés dans les champs, qui a permis l’explosion de la productivité des cultures, mais a aussi généré une cascade d’effets environnementaux délétères – émission de gaz à effet de serre, pollution atmosphérique et aquatique.

C’est ici que l’agriculture biologique s’inscrit en contrepoint. Cette dernière n’autorise en effet pas l’utilisation des engrais de synthèse – que l’on appelle encore minéraux ou chimiques, ces termes étant synonymes.

Légumineuses, fumiers et recyclage

Sans recours aux engrais azotés, l’agriculture biologique ne peut compter que sur trois sources pour s’approvisionner en azote.

La première mobilise la fixation biologique que réalisent les légumineuses. On désigne ainsi les plantes de la famille des Fabacées, utilisées comme fourrage pour les animaux (luzernes, trèfles, vesces, sainfoin…) ou pour la production de graines à destination de l’alimentation humaine (pois, haricots, lentilles…).

Ces plantes fabuleuses ont la capacité à s’associer au creux de leurs racines avec des bactéries du genre Rhizobium capable de fixer l’azote si abondant dans l’air et de l’incorporer dans la biomasse des plantes. Une fois récoltées, ces légumineuses laissent donc au sol des résidus riches en azote, venant fertiliser le sol pour les cultures suivantes.

Les engrais verts en viticulture (IFVSudOuest, 2013).

La seconde source mobilise les animaux d’élevage qui produisent des fumiers riches en azote que l’on peut épandre sur les sols. À noter toutefois que les animaux ne produisent pas de l’azote : ils prélèvent et consomment des fourrages qui contiennent de l’azote (notamment les ruminants tels que les vaches, moutons et chèvres qui pâturent des prairies), concentrent cet azote dans les fumiers et permettent ainsi de déplacer cet élément fertilisant vers les terres arables. Un service que rendent ces animaux d’élevage consiste donc à organiser les flux de fertilité dans les systèmes agricoles.

Enfin, la troisième source consiste à recycler l’azote qui circule dans nos effluents urbains, nos composts, nos boues de station d’épuration pour les épandre sur les sols agricoles. Trop contaminées, trop sujettes à polémiques, ces sources urbaines ne sont pour l’instant pas autorisées par la réglementation de l’AB.

Ne restent donc que les légumineuses et les fumiers d’élevage pour fertiliser les sols en bio.

Le risque de la raréfaction des ressources en azote

Ces deux sources ne sont toutefois pas infinies ; elles sont même rares. Il paraît difficile de mettre des légumineuses partout et, si les rotations culturales biologiques accordent une part belle à ces cultures, il faut bien aussi y insérer des céréales, des oléagineux et d’autres espèces végétales.

D’autre part, les animaux d’élevage ne peuvent produire des fumiers que si on leur donne des fourrages ou des grains à consommer, ce qui génère une forme de compétition pour l’espace – faut-il privilégier la mise en culture de fourrages ou de céréales ? – et pour les grains produits – faut-il donner à manger les céréales produites aux cochons ou aux humains ?

Dans ces conditions, il est possible qu’une généralisation de l’AB entraîne une raréfaction des ressources fertilisantes en azote, ce qui peut aboutir à une baisse de productivité des cultures. Cette baisse de productivité peut, en retour, inciter à privilégier l’utilisation des produits végétaux pour l’alimentation des humains plutôt que celle des animaux d’élevage… au détriment de la production de fumier, pourtant facteur de production clé des systèmes en AB. On devine le cercle vicieux qui peut s’installer.

Développement de la bio et cycle de l’azote

C’est cette question que nous avons voulu explorer. Dans une étude internationale publiée en mai 2021 dans la revue Nature Food, nous nous sommes demandé quels pourraient être les effets du développement de l’AB à l’échelle mondiale sur le cycle de l’azote, la capacité à fertiliser les sols et les effets associés sur le rendement des cultures biologiques.

Nous avons pour cela développé un modèle qui simule les flux d’azote entrant et sortant des sols, pour estimer l’effet de ces flux d’azote sur la fertilité des sols et donner au final une approximation de la production des cultures. Un modèle dans lequel on retrouve des légumineuses, des céréales, des prairies et des fourrages, ainsi que des animaux d’élevage et du fumier.

La principale conclusion de nos travaux est qu’une généralisation de l’AB sur 100 % des terres agricoles à l’échelle mondiale aboutirait à une forte carence en azote, elle-même responsable d’une perte de production alimentaire de l’ordre de 35 % par rapport à la situation actuelle, bien au-dessous de ce qui est nécessaire pour alimenter la population mondiale. C’est le verre à moitié vide.

Redistribuer les zones d’élevage, moins gaspiller

Mais nous montrons aussi que le verre peut être vu à moitié plein.

En effet, sous certaines conditions, il est possible d’atteindre 40 à 60 % de la surface agricole mondiale conduite en AB tout en fournissant une alimentation suffisante pour 7 milliards d’êtres humains. Ces conditions sont d’ordre agricole et alimentaire.

Du côté des conditions agricoles, il est absolument nécessaire de revoir radicalement nos systèmes d’élevage en diminuant légèrement le nombre d’animaux, mais surtout en réduisant drastiquement la part des monogastriques (cochons et volailles) au profit des ruminants (vaches, mais surtout chèvres et moutons).

La raison sous-jacente est que les monogastriques sont alimentés principalement avec des céréales ; de ce fait, ils sont des compétiteurs directs des humains pour ces céréales qu’ils transforment en produits alimentaires (viande et œufs) ; avec une efficacité modeste puisqu’il faut au moins cinq calories de céréales pour produire une calorie sous forme de viande ou d’œufs. À l’inverse, les ruminants, en pâturant sur des prairies, aident à structurer les flux d’azote dans les systèmes agricoles, comme nous l’avons déjà évoqué.

De telles modifications doivent s’accompagner d’une redistribution spatiale de l’élevage, en déconcentrant les régions où l’élevage est trop intensif et en réintroduisant l’élevage dans les régions où il a disparu, de sorte à recréer de la circularité entre cultures et élevages.

Donc moins d’élevage, et des élevages plus agroécologiques, mais pas une disparition complète des animaux d’élevage.

Du côté des conditions alimentaires, nous devons réduire radicalement nos pertes et gaspillages, qui représentent aujourd’hui environ 30 % de la production agricole mondiale et nous devons rééquilibrer notre consommation alimentaire pour la faire tendre vers 2200 kcal/jour – contre environ 3000 kcal/jour en Europe et Amérique du Nord, et beaucoup moins dans les pays en développement.

Toujours plus de légumineuses dans les champs

La nouveauté apportée par ce travail de simulation agronomique est qu’il tient compte explicitement des flux d’azote qui circulent dans les systèmes agricoles.

En ce sens, il prolonge des travaux antérieurs qui avaient cherché à estimer les conséquences pour la production agricole d’un développement de l’agriculture bio à l’échelle mondiale, mais qui n’avait pas tenu compte du rôle essentiel que joue l’azote dans les systèmes biologiques et pour la productivité des cultures.

Différentes pistes doivent désormais être étudiées : elles consistent notamment à explorer une plus forte insertion des légumineuses dans les systèmes en AB, soit comme cultures principales, soit comme cultures associées, intermédiaires ou agroforestières.

Et il sera bien sûr essentiel d’estimer les conséquences économiques pour les agriculteurs et pour les consommateurs des scénarios agricoles et alimentaires ainsi dessinés.

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. La disponibilité en azote, enjeu crucial pour le futur de l’agriculture bio – https://theconversation.com/la-disponibilite-en-azote-enjeu-crucial-pour-le-futur-de-lagriculture-bio-162065

MIL OSI – Global Reports

Croire au mérite aide-t-il (ou non) les élèves à réussir ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Céline Darnon, Professeure de psychologie sociale, Université Clermont Auvergne (UCA)

On ne compte plus les ouvrages, films, publicités, mettant en avant l’idée qu’avec la volonté, il est toujours possible d’accéder à la réussite, même si l’on part de peu. Il est vrai que penser qu’avec l’effort et la volonté, on peut progresser, représente une réelle source de motivation pour les tâches scolaires. Toutefois, le talent et les efforts réalisés par un élève (son mérite individuel, donc) ne sont pas les seuls déterminants de la réussite scolaire.

L’origine sociale, le genre, le lieu d’habitation, la présence de troubles cognitifs, pour ne citer que ces exemples, sont autant de facteurs dont on sait qu’ils pèsent également lourdement sur les probabilités de réussite scolaire, les choix d’orientation, la durée des études. Or aucun de ces facteurs ne relève du mérite ou du manque de mérite de l’élève.




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Croire en la méritocratie scolaire, c’est-à-dire croire que la réussite scolaire est le pur produit du mérite de chacun – des efforts qu’il ou elle a produits et de son talent – n’est pas anodin. En effet, bien que cette croyance soit plutôt rassurante, sur le plan individuel, elle peut également représenter un frein important au changement et, en particulier, à la promotion de l’égalité à l’école.

Entre contrôle et responsabilité

Sur un plan individuel, penser que l’école est méritocratique est très rassurant pour les élèves. Du point de vue des élèves qui sont plutôt en réussite, cela signifie qu’ils méritent leurs bonnes notes, leurs diplômes, et plus tard, qu’ils méritent les positions sociales relativement avantageuses auxquelles ces diplômes leur auront permis d’accéder. Étonnamment, cette croyance peut également être rassurante pour les élèves qui sont pourtant plus en difficultés ou ceux qui appartiennent à des groupes stigmatisés.

En effet, croire que le système scolaire est méritocratique est encourageant car cela signifie que le succès est possible pour tous ceux qui s’en donneront les moyens. Cela redonne du contrôle aux élèves et limite le risque de voir apparaître chez eux une certaine résignation. D’ailleurs, les recherches ont montré que promouvoir l’idée que tout le monde peut réussir avec des efforts est bénéfique à tous les élèves, mais particulièrement aux élèves de bas statut socioéconomique.

Toutefois, croire que le mérite est le seul déterminant du succès à l’école peut aussi avoir des effets délétères, notamment en cas de difficultés répétées. En effet, assez logiquement, la croyance en la méritocratie conduit les individus à endosser la responsabilité de résultats défavorables. D’ailleurs, la croyance en la méritocratie réduit la propension à dénoncer une discrimination dont on est victime.

Une recherche a montré que des élèves de CM2 de bas statut socioéconomique se sentaient moins capables de réussir et performaient moins bien à une tâche scolaire que les élèves de statut socioéconomique plus élevé mais que cet écart avait tendance à s’accentuer lorsqu’on avait activé dans leur esprit la méritocratie scolaire (c’est-à-dire lorsqu’on leur avait rappelé qu’à l’école, pour réussir, il « suffit de s’en donner les moyens »).

Ainsi, croire en la méritocratie scolaire, certes, donne du contrôle aux élèves mais peut aussi les amener à endosser la responsabilité de leurs échecs, y compris lorsqu’ils n’en sont, en réalité, pas responsables.

Un frein à la lutte contre les inégalités ?

Surtout, penser que l’école est méritocratique peut représenter un frein au changement. En effet, croire que l’école est méritocratique revient à croire que le système scolaire récompense de manière équitable les efforts et le talent de chacun, c’est-à-dire que le système est relativement “juste”. Or si l’on pense qu’un système est juste, on a peu de raisons de vouloir le changer.

De nombreuses recherches ont établi que plus les individus pensent qu’un système est méritocratique, moins ils soutiennent les actions de lutte contre les discriminations, la promotion de politiques redistributives, et plus ils trouvent normal qu’il existe des différences de salaires et de prestige entre les individus.

Dans une série d’études, nous avons montré que cette croyance en la méritocratie scolaire pouvait impacter l’intention des individus d’agir pour la promotion de l’égalité à l’école. Nous avons mesuré la volonté de participants de voir une intervention pédagogique « égalisatrice » mise en œuvre dans leur propre université (étude 1, réalisée sur des étudiants) ou dans l’école de leurs enfants (études 2 et 3 réalisées sur des parents d’élèves) et leur intention de s’engager personnellement dans cette mise en œuvre.

Pour ce faire, on présentait aux participants une nouvelle méthode pédagogique et les résultats de recherches supposées tester l’efficacité de cette méthode sur les performances scolaires (voir figure 1). Dans tous les cas, l’utilisation de cette méthode augmentait les performances des élèves.

Condition de méthode pédagogique « maintenante »
Fourni par l’auteur
Condition de méthode pédagogique « égalisatrice »
Fourni par l’auteur

Figure 1 : Ces graphiques (support des études) sont présentés comme reflétant les résultats d’une étude testant l’efficacité de la méthode pédagogique sur les performances scolaires des élèves.

Toutefois, pour la moitié des participants, cette méthode était présentée comme « maintenante » dans le sens où elle augmentait la réussite de tous les élèves tout en maintenant l’écart de performance des élèves en fonction de leur origine sociale (figure 1, partie haute). Pour l’autre moitié des participants, cette méthode était présentée comme égalisatrice : non seulement elle augmentait les performances, mais elle permettait également de faire disparaitre l’écart de performances entre élèves issus de milieux défavorisés et élèves issus de milieux favorisés (figure 1, partie basse).

Les résultats montrent que plus les individus croient en la méritocratie scolaire, moins ils sont prêts à soutenir la mise en œuvre de la méthode pédagogique égalisatrice. Or ceci n’est pas observé pour les méthodes pédagogiques qui maintiennent les inégalités. Ainsi, ces résultats soutiennent que les individus (ici, les parents d’élèves) qui croient que l’école est méritocratique ne sont pas opposés au changement en tant que tel, ils le sont uniquement lorsque ce changement implique davantage d’égalité entre les groupes (ici, les élèves issus de milieux favorisés vs défavorisés).

Un outil de légitimation des inégalités sociales

Nous l’avons vu, il est rassurant de croire que l’école fonctionne sur des règles purement méritocratiques. D’ailleurs, à l’école comme dans le monde de l’entreprise ou dans la société en général, la méritocratie est l’une des règles de justice distributive les plus acceptées par les individus. Au-delà de son aspect rassurant sur le plan individuel, la méritocratie scolaire nous est extrêmement utile pour rendre compte des inégalités qui existent, plus largement, au sein de la société.

En effet, si l’école est méritocratique, alors cela signifie qu’elle récompense de manière équitable les efforts et le talent de chacun. Cela amène donc tout simplement à négliger le poids d’autres facteurs (notamment l’origine sociale) pour expliquer la réussite scolaire.




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La réussite scolaire étant elle-même fortement liée à la probabilité d’accéder à des positions sociales de statut plus ou moins élevé, cette croyance en la méritocratie scolaire est susceptible, in fine, d’amener les individus à penser que la société est juste et que chacun y occupe la position qui correspond à ce qu’il « vaut ».

Une inégalité (par exemple, de salaire, de prestige, de droits, etc.) n’apparait dès lors plus comme une inégalité, mais plutôt comme une simple différence qu’on peut qualifier d’équitable entre des individus plus ou moins méritants. Dans un tel système, pourquoi les individus seraient-ils motivés à lutter pour plus d’égalité ?

Céline Darnon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Croire au mérite aide-t-il (ou non) les élèves à réussir ? – https://theconversation.com/croire-au-merite-aide-t-il-ou-non-les-eleves-a-reussir-167590

MIL OSI – Global Reports