Le Canada doit corriger sa gestion des frontières pour éviter une quatrième vague de Covid-19

Source: The Conversation – in French – By Julianne Piper, Research Fellow, Health Sciences, Simon Fraser University

Les responsables fédéraux ont maintes fois vanté les mesures prises par le Canada aux frontières pendant Covid-19 comme étant parmi les plus strictes au monde. La Presse Canadienne/Ryan Remiorz

Les frontières internationales du Canada seront la ligne de front contre l’importation des variants du coronavirus.

En tant que chercheurs en santé mondiale, nous avons comparé l’efficacité des mesures transfrontalières à l’échelle internationale dans le cadre du Projet Pandémies et frontières. À ce stade de la pandémie de Covid-19 nous en avons conclu qu’il est urgent de combler les lacunes de la gestion frontalière afin d’éviter la résurgence du virus à l’automne 2021.

Les études de modélisation montrent que l’immunité collective contre les variants les plus contagieux sera difficile à atteindre. Car malgré les progrès du Canada en la matière, il faudrait avoir vacciné plus de 90 % de la population totale, selon les estimations.

Le gouvernement fédéral a annoncé que ses exigences de quarantaine hôtelière prennent fin le 5 juillet pour les citoyens et les résidents immunisés qui rentrent au pays. D’autres phases d’assouplissement suivront.

Si le Canada veut s’engager sur la voie de la reprise plutôt que dans une quatrième vague, il doit soigneusement gérer les risques en trouvant le point d’équilibre entre la course à la vaccination et les demandes pressantes pour rouvrir les frontières.

Des lacunes persistantes dans la gestion frontalière

Les responsables fédéraux ont souvent affirmé que les mesures prises à la frontière étaient parmi les plus strictes au monde. Pourtant, il y a tout lieu de penser le contraire, surtout au terme d’une troisième vague de Covid-19, avec son lot d’hospitalisations et de mesures sanitaires, et dans le contexte des risques croissants associés au variant Delta détecté en Inde.

Contrairement à de nombreux gouvernements – Taïwan, Thaïlande, Vietnam, Corée du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande, entre autres —, le Canada a tardé à introduire le dépistage et la quarantaine obligatoires à l’hiver 2021. À ce moment-là, le Canada avait déjà importé massivement le coronavirus.

La politique canadienne est demeurée incohérente quant aux arrivées par voie aérienne ou terrestre. Selon une note d’information de Santé publique Canada émise le 10 mars 2021, seulement 7 % des voyageurs entrant par voie terrestre se voyaient imposer une quarantaine. De larges exemptions touchaient les étudiants étrangers, les techniciens travaillant sur des infrastructures plus ou moins essentielles, les fonctionnaires et d’autres catégories d’arrivants.

Quant aux entrées par voie aérienne, les personnes non exemptées étaient soumises à une quarantaine obligatoire de 14 jours en hôtel, mais celle-ci devenait largement « autosurveillée » après trois jours et appliquée sporadiquement.

Les représentants du gouvernement ont souvent affirmé que moins de 2 % des infections étaient associées aux voyages internationaux, mais la fiabilité de cette estimation est sérieusement mise en doute.
(AP Photo/Paul Sancya)

Plus inquiétant encore, la collecte et l’analyse des données, incomplètes, ne permettant pas d’évaluer correctement les risques. Les officiels ont souvent prétendu que moins de 2 % des infections au coronavirus étaient liées aux déplacements internationaux. Ce chiffre justifiait qu’on ne fasse rien pour améliorer les contrôles frontaliers.




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Or, il n’est pas possible d’appuyer une politique sur une donnée aussi peu fiable. Les provinces ont toutes connu des lacunes et des retards dans la recherche et le signalement des contacts, en plus des exemptions et les incohérences dans le dépistage et le suivi des quarantaines.

Et le doute s’amplifie sachant que les données épidémiologiques du gouvernement du Canada [https://sante-infobase.canada.ca/covid-19/resume-epidemiologique-cas-covid-19.html] montrent que plus de 45 % de toutes les expositions ont été de « source inconnue ».

Pour évaluer correctement les risques, il faudra aller au-delà des estimations lacunaires. Les modèles devront tenir compte des risques de transmission communautaire — incluant les variants hautement contagieux — émanant de voyageurs infectés non identifiés qui circulent dans la population générale.

Pour une gestion frontalière efficace maintenant

Les Canadiens ont hâte de pouvoir recommencer à voyager librement. Et tout le monde veut savoir comment et quand la frontière canado-américaine sera rouverte aux voyages non essentiels.

Il importe donc d’appuyer la gestion des frontières sur une évaluation sérieuse des risques. En matière d’accès et de distribution des vaccins à l’échelle mondiale, la grande disparité entre pays se traduit par des niveaux élevés d’infection. On verra certainement apparaître des variants très contagieux, voire résistants aux vaccins.

Dans un tel cas, il ne faudrait pas que le Canada puisse les importer dans les semaines suivantes, comme il l’a fait précédemment. En plus de compromettre les progrès réalisés grâce à la vaccination, il en résulterait un nouveau cycle de mesures sanitaires, dont le confinement et les fermetures d’entreprises, de commerces et d’écoles.

Ouvrir aux voyageurs en toute sécurité

Le poste frontalier Douglas à Surrey, en Colombie-Britannique.
La Presse Canadienne/Jonathan Hayward

En vue de la réouverture, le Canada doit apporter des correctifs afin que son système de gestion des frontières vise à renforcer l’immunité de la population.

Voici quatre recommandations de notre projet Pandémies et frontières :

  1. Une meilleure communication. Fonctionnaires et journalistes ont souvent parlé d’« interdiction de voyager » et de « fermeture des frontières » alors que des centaines de milliers de voyageurs entraient chaque mois. Le Canada doit mieux gérer ses frontières sur la base du risque. Alors que l’on assouplit les mesures, la mission devrait être de déterminer qui peut franchir la frontière et dans quelles conditions sur la base de l’efficacité reconnue des vaccins anti-Covid.

  2. Prévenir la quatrième vague. La politique consistant à réagir après qu’un variant hautement transmissible a déjà franchi nos frontières est inefficace et contreproductive. La prévention exige que l’on ferme d’abord toutes les écoutilles, pour ensuite rouvrir de manière progressive en commençant par les voyageurs entièrement vaccinés.

  3. Prioriser le dépistage efficace et l’autoquarantaine. Certes le dépistage et la quarantaine restreignent la liberté de voyager et peuvent imposer aux voyageurs des charges excessives. Mais il existe des manières assez conviviales de procéder, qui encourageraient par ailleurs la vaccination, et qui préviendraient une quatrième vague. Le Canada n’aurait qu’à s’aligner sur les meilleures pratiques en vigueur dans le monde.

  4. Mieux évaluer le risque. Il faut mieux identifier les faiblesses existantes dans les protocoles de dépistage et de mise en quarantaine des voyageurs. Et il faut que le public ait un meilleur accès à des données correctes, normalisées et détaillées. Nous continuerons de naviguer dans le noir si nous n’améliorons pas la collecte, l’analyse et la communication des données.

Alors que la vaccination de masse se poursuit et que les voyageurs canadiens s’attendent à un assouplissement des restrictions, la stratégie du Canada pour la réouverture des frontières doit s’appuyer sur une évaluation des risques et une gestion améliorées.

Julianne Piper est financée par le Fonds pour les nouvelles frontières de la recherche pour son travail sur le projet «Pandémies et frontières».

Benoît Gomis est financé par le Fonds pour les nouvelles frontières de la recherche pour son travail sur le projet «Pandémies et frontières».

Kelley Lee reçoit des fonds de recherche des Instituts de recherche en santé du Canada et du Fonds Nouvelles frontières de la recherche.

ref. Le Canada doit corriger sa gestion des frontières pour éviter une quatrième vague de Covid-19 – https://theconversation.com/le-canada-doit-corriger-sa-gestion-des-frontieres-pour-eviter-une-quatrieme-vague-de-covid-19-163635

MIL OSI – Global Reports

Comment la viande s’est végétalisée

Source: The Conversation – France (in French) – By Lucie Wiart, Docteure en sciences de gestion, Sciences Po Lille

La surconsommation de viande est aujourd’hui considérée comme un problème public majeur par de nombreux scientifiques et organisations internationales.

La consommation moyenne globale de viande par personne aurait en effet doublé en 50 ans, un rapport de la FAO estimant même que cette consommation augmenterait de 76 % d’ici 2050.

Cet essor, notamment dans les pays émergents comme en Chine et Asie de l’Est, exerce une pression importante sur les ressources naturelles ; c’est ce que soulignent des rapports de la FAO, du GIEC ou des études scientifiques.

Pollution, antibiorésistance et questionnement éthique

L’élevage s’est intensifié et industrialisé : en France, par exemple, on a pu observer une réduction du nombre d’exploitations malgré une augmentation de la production ; dans un récent rapport l’ONG Greenpeace rappelle ainsi que 1 % des exploitations françaises produit aujourd’hui les deux tiers des porcs, poulets et œufs.

L’élevage génère d’autre part une importante pollution : l’azote et le phosphore présents dans les déjections animales dégradent les eaux de surface et souterraines, nuisant aux écosystèmes aquatiques et à la santé humaine. En France, Greenpeace a dénoncé le lien entre prolifération des algues vertes et industrialisation de l’élevage breton.

L’élevage serait également responsable de fortes émissions de gaz à effets de serre – la FAO estime cette part à 14,5 % des émissions de GES globales – et aurait des impacts négatifs sur les habitats naturels ; en constituant notamment un facteur clé de la déforestation et en occupant de manière préoccupante les surfaces émergées.

Toujours selon la FAO, 70 % des terres agricoles mondiales seraient aujourd’hui affectées à la production de nourriture pour les animaux d’élevage, soit 30 % des terres émergées.

Au-delà de ces impacts environnementaux, il faut aussi mentionner des problématiques de santé publique, l’élevage intensif ayant par exemple une part de responsabilité dans l’accélération du phénomène de résistance aux antibiotiques.

Par sa participation à la déforestation, l’élevage serait également responsable d’une fragmentation des habitats et d’une augmentation des contacts entre humains, animaux sauvages et pathogènes, développant le risque de zoonoses.

Mentionnons enfin la dimension éthique de cette consommation de viande et du sort réservé aux animaux d’élevage, qui s’invitent régulièrement dans le débat, alimenté par les actions d’associations de défense de la cause animale comme L214.

Proposer des alternatives

Face à ces multiples constats, un nouveau marché se développe : celui des protéines dites « alternatives ».

Ces protéines sont principalement d’origine végétale, on les retrouve notamment dans les légumineuses, mais aussi dans les céréales et fruits oléagineux.

Ces alternatives pourront également, dans le futur, provenir de l’agriculture cellulaire et de la viande dite « cultivée ».

Nous allons voir, en nous basant sur nos travaux, comment cette nouvelle offre a été construite pour les viandes végétales, en étudiant les représentations et la réception par les consommateurs.

De la viande élaborée avec des plantes

Les « viandes végétales » se basent sur la transformation de légumineuses, notamment du pois protéagineux et du soja. Elles peuvent également être développées à partir de champignons : la marque Quorn commercialise par exemple ses substituts de viande à base de mycoprotéine, produite à partir de Fusarium venenatum. Le produit est ensuite transformé et aromatisé.

Par leur imitation de la viande – tant sur le goût que l’apparence et la texture –, ces produits permettraient de la remplacer partiellement, tout en ne modifiant ni la structure des repas, ni les habitudes de cuisine des consommateurs. Elles permettent ainsi de corriger l’image d’une alimentation végétale et végétarienne considérée comme insipide, trop radicale et politique.




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Si les légumineuses, riches en protéines, peuvent à elles seules constituer des substituts à fort potentiel pour élever l’apport en protéines végétales dans l’alimentation, elles pâtissent néanmoins d’une image assez négative ; délaissées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale au profit des pâtes et de la viande, elles sont considérées comme étant difficiles à digérer, compliquées et chronophages à cuisiner.

Un secteur dynamique

Ces alternatives végétales étaient autrefois uniquement distribuées en magasins spécialisés, par des marques peu connues du grand public. Elles sont désormais de plus en plus visibles, grâce à l’investissement de grands groupes comme Carrefour, Herta ou Fleury Michon.

Grâce à leur légitimité sur le marché originel de la viande, ces entreprises visent une clientèle plus large et consommatrice de viande. Xerfi estimait ainsi en 2019 le chiffre d’affaires en France de la vente de produits végétariens et végans à 400 millions d’euros et prévoyait une croissance de 3 % par an.

Barclays estime de son côté le marché de la viande alternative à 140 billions de dollars d’ici 2029. La banque d’investissement estimait ainsi que la viande végétale occuperait d’ici à 2029 10 % du marché global de la viande… contre 1 % aujourd’hui.

Les start-up pas en reste

En complément des acteurs historiques (comme Cereal ou Quorn), des grandes marques de distributeurs et d’entreprises spécialisées dans les produits carnés, des start-up se lancent également sur ce marché, ouvrant des lignes de production en France, à l’image des Nouveaux Fermiers ou d’Hari&Co.

Elles sont à l’origine d’un soutien aux systèmes de cultures végétales, pour sécuriser un approvisionnement en légumineuses encore timide.

Un nouvel horizon pour les légumineuses

Contrairement à ce qui a pu être affirmé dans certains débats publics, ces produits ne viennent pas se construire « contre les agriculteurs » ; ils pourraient bien leur proposer des solutions en les accompagnant dans une transition agricole plus durable tout en leur offrant de nouveaux débouchés économiques.

Avec la prise de conscience d’une nécessaire diminution de la consommation de viande, le développement du marché des légumineuses pourrait en effet être favorisé.

Leur culture possède des atouts agro-environnementaux non négligeables ; elle permet, par exemple, de fixer l’azote atmosphérique et donc réduire l’usage d’engrais azotés pour les cultures suivantes. De tels atouts pourraient être davantage valorisés, notamment grâce à l’instauration de paiements pour services environnementaux.

Ces produits doivent toutefois gagner en légitimité auprès des consommateurs, en France notamment, où la question de l’alimentation végétale génère de forts débats politiques et où l’alimentation carnée reste centrale.

La tactique des noms

Les dimensions climatique et environnementale s’avèrent essentielles dans la communication des entreprises sur ces nouveaux produits.

Concernant la question du bien-être animal, par exemple, nous avons étudié comment ces entreprises encouraient le risque d’être targuées d’idéologie en vantant l’absence de produits d’origine animale dans leur production ; les vifs débats autour des noms donnés à ces aliments en témoignent : entre « viande végétale », « fausse viande » ou « viande végane », chaque dénomination aura une influence sur le choix des consommateurs.

Cette dynamique complexe pourrait à long terme questionner la légitimité de ces produits.

La culpabilité des mangeurs de viande

Ces aspects de représentations sont essentiels : dans leurs travaux sur la symbolique de la viande, les socio-anthropologues comme Jean‑Pierre Poulain ou Noëllie Vialles mettent en avant la centralité de la question de l’animal, et surtout de sa mort.

Cette mort – contestée par de nombreux philosophes depuis l’Antiquité, on pense ici à Plutarque – apparaît incontournable lorsqu’on étudie la viande et les viandes dites « végétales ».

La socio-anthropologie de l’alimentation montre que cette mort est source de forte culpabilité pour le mangeur. Autrefois légitimée dans le cadre de sacrifices, la mort animale est désormais soustraite aux consommateurs, par une mise en distanciation du processus d’abattage et une esthétisation des produits carnés.

Pour l’anthropologue Noëlie Vialles, cette culpabilité se gère par un comportement dit « sarcophage » : les consommateurs feraient tout pour éviter de faire le lien entre viande et provenance animale. La viande est ainsi vidée de sa substance symbolique.

Mais les actions d’organisations de défense animale bousculent désormais cette posture, avec par exemple ala diffusion de vidéos tournées dans les abattoirs. En soulignant d’autre part les nombreuses capacités cognitives des animaux de ferme, elles viennent lutter contre les représentations négatives vis-à-vis de ces êtres vivants en mobilisant une approche scientifique.

Ce sont ces consommateurs qui peuvent constituer la cible principale de ce nouveau marché des viandes alternatives, en remplaçant l’origine animale de la viande par une origine végétale (on peut en consommer sans culpabilité).

À l’instar de la viande cultivée en laboratoire, les « viandes végétales » participeraient ainsi à cette même « ruse » de substitution.

Une nécessité de transparence nutritionnelle

Reste un enjeu majeur pour ce nouveau marché, qui porte sur la nécessité d’une transparence nutritionnelle, environnementale et sanitaire.

Notre recherche rappelle la volonté croissante des consommateurs de s’affranchir des produits industrialisés, suremballés et non issus de l’agriculture biologique. Pour ces derniers, si la « viande végétale » peut faire office de facilitateur de transition, elle ne peut représenter une solution sur le long terme.

Une forte attention doit donc être portée aux qualités nutritionnelles et environnementales de ces produits, régulièrement attaqués. Il faudrait ainsi limiter la trop grande transformation, éviter certaines techniques (comme le cracking, qui consiste à décomposer à l’extrême les légumineuses) afin de limiter la dégradation des micronutriments.

Une réduction des prix serait également souhaitable, afin d’augmenter l’acceptation de ces produits, certains étant parfois plus chers que leurs équivalents « carnés ». Enfin, d’autres innovations pourront être développées dans le domaine des substituts : il n’existe par exemple à ce jour que très peu de substituts à viande de porc, l’une des plus consommées par les Français.

Lucie Wiart a reçu des financements de l’Ademe, la Région Hauts de France et l’université de Lille pour son travail de thèse. Elle a également reçu un prix de la Fondation Louis Bonduelle ainsi que de l’Association for Consumer Research & de la Sheth Foundation pour ce travail.

Nil Özçaglar-Toulouse does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Comment la viande s’est végétalisée – https://theconversation.com/comment-la-viande-sest-vegetalisee-162070

MIL OSI – Global Reports

Comment donner à la « viande végétale » le goût de la viande ?

Source: The Conversation – in French – By Mariana Lamas, Research Associate, Centre for Culinary Innovation, Northern Alberta Institute of Technology

En 2019, Burger King a proposé à ses clients le « Rebel Whopper », un burger végétal. Face à leur manque d’enthousiasme, la société américaine les a mis au défi de faire la différence avec un burger classique, à base de viande.

La branche suédoise de Burger King a créé à cet effet un menu spécial : en le choisissant, les clients avaient une chance sur deux de se voir servir le burger végétal. À eux de deviner ensuite quel sandwich ils avaient dégusté. Pour vérifier s’ils ne s’étaient pas trompés, ils pouvaient utiliser une application afin de scanner un code-barre présent sur l’emballage de leur repas. Résultat : 44 % des consommateurs qui se sont prêtés au jeu ont perdu, incapables de faire la différence entre steak à base de viande et préparation végétale.

Si à l’origine, les produits comme le tofu ou le seitan avaient vocation à remplacer la viande sans en adopter les caractéristiques, plus récemment sont apparus sur le marché des produits visant à l’imiter le plus parfaitement possible, tant au niveau du goût que de la texture ou de l’odeur. Burgers, viande hachée, saucisses, nuggets ou encore fruits de mer à base de plantes sont désormais disponibles dans les rayons des magasins ou sur les menus des restaurants. Les promoteurs de ces « viandes végétales » ambitionnent rien moins que nous inviter à repenser notre définition de la viande.

Parvenir à atteindre les standards nécessaires pour satisfaire les sens des consommateurs n’est cependant pas une mince affaire. La société « Beyond Meat » (littéralement « Au-delà de la viande ») a mis plus de six ans pour parvenir à mettre au point son « Beyond Burger », et depuis sa mise sur le marché en 2015, sa formulation a déjà changé trois fois. Concevoir la viande végétale parfaite revient à procéder par essais et erreurs, et nécessite les efforts d’équipes de scientifiques multidisciplinaires.

La réaction de Maillard

Les scientifiques qui souhaitent développer une viande végétale de bonne tenue doivent relever un triple défi. Il s’agit en effet de mettre au point une viande « convaincant » à la fois au niveau de l’apparence, de la texture et de la saveur, trois caractéristiques qui font l’essence d’une viande.

Lorsque nous cuisons une pièce de viande, sa texture change, car la température de la poêle ou du grill affecte la structure des protéines qui la composent. Selon que ces dernières se brisent, coagulent ou se contractent, la viande s’attendrit ou se raffermit.

L’arôme caractéristique de la viande, ainsi que le goût savoureux qui se développe à la cuisson, sont dus à la réaction de Maillard, décrite en 1911 par le chimiste et médecin lorrain Louis-Camille Maillard. Comprendre ce processus permet aux équipes chargées de la recherche et développement des viandes végétales de les améliorer.

La réaction de Maillard est à l’origine du goût caractéristique de la viande cuite.
Shutterstock

Les ingrédients utilisés pour fabriquer la viande végétale influencent bien entendu son apparence, sa texture et sa saveur. Selon la viande animale que l’on cherche à imiter, on pourra utiliser des protéines de soja, de blé, de pois ou de fève, ainsi que des amidons, des farines, des hydrocolloïdes (glucides non digestibles utilisés comme épaississants, stabilisants et émulsifiants, ou comme agents de rétention d’eau et de gélification) et des huiles qui permettront d’obtenir un degré de similarité plus ou moins satisfaisant.

Enfin, la méthode de fabrication influence également les caractéristiques du produit fini. L’« extrusion en milieu humide » (« High-moisture extrusion ») et les technologies basées sur l’emploi de cellules de cisaillement (« shear-cell technologies ») sont deux procédés couramment utilisés pour obtenir, à partir de protéines de végétaux, des structures en couches fibreuses qui imitent l’apparence et la texture de la viande. L’extrusion en milieu humide, qui permet d’obtenir une sensation de mastication proche de la viande, est la technique la plus répandue, mais le traitement par cellule de cisaillement, plus économe en énergie, a une empreinte carbone moindre.

Couleur et texture

Les scientifiques qui travaillent sur ces questions ont mis au point des préparations capables d’imiter la couleur de la viande avant, pendant et après la cuisson. Pour imiter la couleur rouge du bœuf frais ou saignant, ils utilisent notamment de l’extrait de betterave, de la poudre de grenade et de la leghémoglobine de soja.

La texture des protéines animales est plus difficile à reproduire avec des ingrédients d’origine végétale, car les plantes n’ont pas de tissu musculaire : leurs cellules sont rigides et indéformables, alors que les muscles sont élastiques et flexibles. Pour cette raison, les végétaux ne rendent pas la même sensation que la viande lors de la mastication ; en bouche, les burgers végétariens sont souvent friables et pâteux.

Un assortiment d’assiettes d’« Impossible Porc », produit de la société californienne « Impossible Foods », spécialisée dans les viandes végétales.
AP Photo/Ross D. Franklin

Bien choisir la (ou les) protéine(s) de plante(s) mise(nt) en œuvre lors de la fabrication de la viande végétale est crucial. Il s’agit en effet de l’ingrédient clé de la préparation, non seulement essentiel à sa structure, mais aussi très important pour définir l’identité du produit fini, qui va le différencier des autres. La formulation peut contenir une seule sorte de protéine végétale, ou un mélange de diverses sortes.

Les protéines de soja restent celles qui permettent d’obtenir le goût et la texture les plus proches de la viande. Utilisée depuis des décennies, elle a fait l’objet de nombreuses recherches, et les processus utilisés pour sa texturation ont été progressivement amélioré.

Les protéines de pois, rendues populaires par la société Beyond Meat, est le segment du marché de la viande végétale qui connaît actuellement la plus forte croissance, en raison de sa teneur en acide aminés, particulièrement complète.

Il existe en effet neuf acides aminés « essentiels », autrement dit qui ne peuvent être fabriqués par notre corps et doivent donc être apportés par notre alimentation. Les régimes basés sur des produits animaux les contiennent, et sont donc considérés comme complets. Ce n’est pas le cas de la plupart des produits végétaux, dans lesquels certains de ces acides aminés essentiels manquent. En revanche, tous les neuf sont bien présents dans les protéines de pois. Les protéines de pois sont en outre dépourvues d’allergènes.

Contrairement aux protéines de pois, celles de la plupart des plantes ne contiennent pas tous les acides aminés essentiels.
Shutterstock

Riz, fèves, pois chiches, lentilles, haricot mungo… D’autres protéines d’origine végétale suscitent l’intérêt des scientifiques, et de nouveaux produits les incorporant devraient arriver sur le marché à l’avenir.

Créer de la saveur

Les sociétés ne sont pas tenues de divulguer les ingrédients qu’elles ajoutent à leurs préparations pour leur donner de la saveur – elles ont juste obligation d’indiquer s’ils sont d’origine naturelle ou artificielle. Il est donc difficile de savoir précisément ce qui donne aux burgers végétaux cette saveur évoquant celle de la viande.

Le gras est un acteur majeur de la saveur et des sensations lors de la dégustation. Il est responsable de la richesse en bouche, de la « jutosité » (la capacité d’un aliment à libérer les sucs en début de mastication) et de la libération des saveurs. Il active également certaines régions du cerveau impliquées dans le traitement des goûts, des arômes et dans le mécanisme de la récompense.

Jusqu’ici, le standard industriel était d’utiliser l’huile de noix de coco pour remplacer le gras d’origine animal. Le problème est que cette huile est liquide à des températures bien inférieures à celle dudit gras. Résultat : en bouche, l’impression de mâcher un produit riche et juteux est bien présente en début de mastication, mais elle disparaît rapidement. Certains fabricants de préparations à base de plantes recourent donc plutôt à des combinaisons de diverses huiles végétales, comme les huiles de colza et de tournesol, pour augmenter la température de fusion (température à laquelle un solide devient liquide) et ainsi prolonger la jutosité.

De nouveaux substituts aux graisses animales basés sur des émulsions d’huile de tournesol et d’eau ou des graisses animales « cultivées » (des cellules graisseuses cultivées en laboratoire) sont actuellement en cours de développement pour résoudre ce problème. Toutefois, il est clair que certains de ces produits ne conviendront pas aux régimes végétariens ou végétaliens.

Les graisses comptent pour beaucoup dans la saveur de la viande, et les sensations procurées en bouche. Reproduire ces caractéristiques en utilisant des préparations à base de plantes représente an véritable défi.
Shutterstock

Il arrive qu’une formulation végétale semble fonctionner en théorie, qu’elle contienne tous les ingrédients requis et possède le même profil nutritionnel que la viande, mais que dans les faits, son goût ne soit pas agréable, ou encore que sa texture ou les sensations à la mastication soient imparfaites. C’est par exemple le cas des protéines de pomme de terre, qui permettent d’obtenir de formidables textures, mais sont très amères. Tout l’enjeu pour les scientifiques qui travaillent sur ces problématiques est de trouver un équilibre entre contenu protéique, texture et saveur.

Les futures formulations

Les scientifiques n’en sont qu’aux débuts de l’exploration du potentiel des viandes végétales. Il reste encore une importante marge de progression, qu’il s’agisse d’explorer de nouvelles pistes ou d’améliorer l’existant.

Les ingrédients à base de protéines de plantes actuellement disponibles dans le commerce ne représentent en effet que 2 % des quelque 150 espèces de plantes qui nous procurent les protéines végétales que nous consommons habituellement.

Des recherches sont en cours afin d’améliorer les teneurs en protéines de certaines cultures, que ce soit par sélection ou par ingéniérie végétale, afin de pouvoir envisager de futurs développements et améliorations des isolats protéiques d’origine végétale, et donc à terme améliorer également les viandes végétales.




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Des technologies employées dans les processus de transformation sont aussi en cours de développement. Ces dernières années, l’impression 3D et la viande cultivée ont émergé, puis ont été adoptées et améliorées. De nouveaux produits basés sur des préparations végétales devraient donc prochainement se frayer un chemin jusqu’à nos rayons, et l’on peut s’attendre à ce que certains ressemblent désormais à des pièces de viande entières, à l’image de ces steaks végétaux produits par impression 3D.

Mariana Lamas does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Comment donner à la « viande végétale » le goût de la viande ? – https://theconversation.com/comment-donner-a-la-viande-vegetale-le-gout-de-la-viande-163825

MIL OSI – Global Reports

Retour en société : voici pourquoi votre cerveau a besoin de temps pour s’adapter, selon les neurosciences

Source: The Conversation – in French – By Kareem Clark, Postdoctoral Associate in Neuroscience, Virginia Tech

Les neurosciences nous offrent des clés pour comprendre comment le cerveau s’adapte à l’isolement et au retour de la vie sociale. Shutterstock

Avec la vaste campagne de vaccination contre la Covid-19 et la levée des restrictions sanitaires, l’heure est enfin arrivée pour les citoyens depuis longtemps confinés entre leurs quatre murs, d’abandonner leurs cotons ouatés et de sortir de leurs cavernes Netflix.

Mais notre cerveau, lui, n’est peut-être pas aussi impatient de replonger dans la frénésie sociale d’avant.

Les mesures de distanciation sociale se sont bien sûr avérées essentielles pour ralentir la contagion de la Covid-19 dans le monde entier — empêchant la propagation d’environ 500 millions de cas. Bien que nécessaires, ces 15 mois de séparation ont toutefois eu des impacts sur la santé mentale des individus.

Une enquête à l’échelle nationale réalisée à l’automne dernier, a dévoilé que 36 % des adultes américains — dont 61 % des jeunes adultes — ont déclaré avoir ressenti un sentiment de « solitude grave » pendant la pandémie. Chez nous, une récente étude de l’Association canadienne pour la santé mentale a révélé que 77 % des adultes canadiens ont vécu des émotions qualifiées de négatives depuis le début de la pandémie. Des statistiques qui suggèrent qu’en théorie, les gens devraient être bien impatients de replonger dans le tourbillon social.

Malgré cela, si l’idée de faire la conversation dans un bar bondé vous semble terrifiante, sachez que vous n’êtes pas seul. Près de la moitié des Américains ont déclaré se sentir mal à l’aise à l’idée de reprendre une conversation en personne, et ce, quel que soit leur statut vaccinal.

Comment les gens peuvent-ils à la fois se sentir si seuls et si réticents à sortir de leurs tanières ?

Eh bien, le cerveau est remarquablement adaptable. Et si nous ne pouvons pas savoir exactement ce que notre cerveau a subi au cours de l’année écoulée, les neuroscientifiques comme moi ont une idée de la façon dont l’isolement social et la resocialisation affectent le cerveau.

Homéostasie sociale — le besoin de socialiser

L’humain a un besoin viscéral de socialisation. Cela est ancré dans sa nature, même si son penchant pour le cocoonning peut prendre le dessus lorsque lui vient le temps de choisir entre une invitation à dîner et un marathon d’épisodes de District 31.

Des insectes aux primates, le maintien de réseaux sociaux est par ailleurs essentiel à la survie dans le règne animal. Les groupes sociaux offrent des perspectives d’accouplement, une chasse coopérative et une protection contre les prédateurs.

Les humains ont un besoin viscéral de proximité, mais la longue période d’isolement a brouillé ses repères.
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Mais l’homéostasie sociale,
c’est-à-dire le juste équilibre des liens sociaux, doit être respecté. Les petits réseaux sociaux ne peuvent offrir ces avantages, tandis que les grands réseaux augmentent la concurrence pour les ressources et les partenaires. C’est pourquoi le cerveau humain a développé des circuits spécialisés pour évaluer nos relations et procéder aux ajustements nécessaires, un peu comme un thermostat social.

L’homéostasie sociale implique de nombreuses régions du cerveau. En son centre se trouve le circuit mésocorticolimbique — ou « système de récompense ». C’est ce même circuit qui vous incite à manger du chocolat lorsque vous avez envie de sucré ou à jeter un œil sur Tinder lorsque vous avez envie de… eh bien, vous avez compris.

Et comme pour ces motivations, une étude récente a démontré que la réduction des interactions sociales provoque des fringales sociales — produisant des schémas d’activité cérébrale similaires à la privation de nourriture.

Si les gens ont faim de liens sociaux comme ils ont faim de nourriture, qu’arrive-t-il au cerveau lorsqu’on est affamé socialement ?

En raison des précautions sanitaires prises en cas de pandémie, de nombreuses personnes ont passé beaucoup plus de temps que d’habitude à la maison, parfois seules.
Shutterstock

L’anxiété et l’isolement social

Les scientifiques ne peuvent pas isoler les gens et regarder à l’intérieur de leur cerveau. Au lieu de cela, ils s’appuient sur des animaux de laboratoire pour en savoir plus sur le câblage du cerveau social. Heureusement, puisque les liens sociaux sont essentiels dans le règne animal, ces mêmes circuits cérébraux sont présents dans toutes les espèces.

L’un des principaux effets de l’isolement social est — vous l’aurez deviné — une augmentation de l’anxiété et du stress.

De nombreuses études montrent que le fait de retirer les animaux de leur cage augmente les comportements anxieux et le cortisol, et déclenche la principale hormone du stress. Des études sur l’humain confirment également ce phénomène, puisque les personnes ayant un petit cercle social ont des niveaux de cortisol plus élevés et d’autres symptômes liés à l’anxiété qui sont similaires à ceux des animaux de laboratoire privés de contacts sociaux.

Cet effet est logique du point de vue de l’évolution : les animaux qui perdent la protection du groupe doivent devenir hypervigilants pour se débrouiller seuls. Et cela ne se produit pas seulement dans la nature. Une étude a révélé que les personnes qui se décrivent comme « solitaires » sont plus vigilantes face aux menaces sociales comme le rejet ou l’exclusion.

Une autre région importante pour l’homéostasie sociale est l’hippocampe — le centre d’apprentissage et de mémoire du cerveau. Pour réussir dans les cercles sociaux, vous devez apprendre des comportements sociaux — tels que l’altruisme et la coopération — et savoir distinguer vos amis de vos ennemis. Mais votre cerveau stocke d’énormes quantités d’informations et doit supprimer les connexions inutiles. Ainsi, comme pour vos notions d’algèbre apprises au secondaire, si vous ne les utilisez pas, vous les perdez.

Plusieurs études animales montrent que l’isolement, même temporaire, à l’âge adulte, nuit à la fois à la mémoire sociale — comme la reconnaissance d’un visage familier — et à la mémoire de travail — comme le rappel d’une recette de cuisine.

Et les humains isolés peuvent être tout aussi oublieux. Les membres d’une expédition en Antarctique présentaient un rétrécissement de l’hippocampe après seulement 14 mois d’isolement social. De même, les adultes ayant un petit cercle social sont plus susceptibles de développer des pertes de mémoire et un déclin cognitif plus tard dans leur vie.

Les êtres humains ne vivent peut-être plus à l’état sauvage, mais l’homéostasie sociale est toujours essentielle à la survie. Heureusement, si le cerveau peut s’adapter à l’isolement, il peut en être de même pour la resocialisation.

Votre cerveau face à la reconnexion sociale

Bien que seules quelques études aient exploré la réversibilité de l’anxiété et du stress associés à l’isolement, elles suggèrent que la resocialisation répare ces effets.

Comme les humains, les ouistitis trouvent du réconfort dans la proximité.
Shutterstock

Une étude a par exemple révélé que des ouistitis jadis isolés présentaient d’abord des niveaux de stress et de cortisol plus élevés lorsqu’ils étaient resocialisés, mais qu’ils se rétablissaient ensuite rapidement. De façon adorable, les animaux autrefois isolés passaient même plus de temps à toiletter leurs nouveaux compagnons.

La mémoire sociale et la fonction cognitive semblent également être très adaptables.

Des études menées sur des souris et des rats montrent que si les animaux ne peuvent pas reconnaître un ami familier immédiatement après un isolement de courte durée, ils retrouvent rapidement leur mémoire après une resocialisation.

Il y a peut-être aussi de l’espoir pour les personnes qui sortent d’un confinement. Une étude écossaise récente, menée pendant la pandémie de Covid-19, a révélé que les résidents de ce pays présentaient un certain déclin cognitif pendant les semaines de confinement les plus dures, mais qu’ils se rétablissaient rapidement une fois les restrictions assouplies.

Malheureusement, les études de ce type sont encore rares. Et si la recherche sur les animaux est instructive, elle représente probablement des scénarios extrêmes, puisqu’en réalité les gens n’étaient pas totalement isolés l’année dernière. Contrairement aux souris enfermées dans des cages, nous avons été nombreux à participer à des soirées de jeux virtuels et à des fêtes d’anniversaire Zoom.

Alors, ne vous en faites pas trop avec votre nervosité de reprendre les conversations dans l’ascenseur et par votre brouillard cérébral passager : la « dé-distanciation physique » devrait très bientôt rétablir votre homéostasie sociale.

Kareem Clark ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Retour en société : voici pourquoi votre cerveau a besoin de temps pour s’adapter, selon les neurosciences – https://theconversation.com/retour-en-societe-voici-pourquoi-votre-cerveau-a-besoin-de-temps-pour-sadapter-selon-les-neurosciences-163565

MIL OSI – Global Reports

Baïnes et courants d’arrachement : ce qu’il faut savoir avant d’aller se baigner

Source: The Conversation – France (in French) – By Jeoffrey Dehez, Chargé de recherche en économie des loisirs et environnement, Inrae

Pour profiter en toute sécurité des baignades en mer, mieux vaut se renseigner avant d’entrer dans l’eau. Ilona Bellotto / Unsplash

Avec le retour des beaux jours et la levée des mesures sanitaires liées à la gestion de l’épidémie de la Covid-19, nous devrions être nombreux à retrouver le chemin des plages et du littoral, qui restent parmi les destinations de loisirs préférées des Français. D’autant que la plupart des études scientifiques s’accordent à dire que les risques de contamination à l’extérieur sont nettement moindres que dans les espaces fermés où nous évoluons au quotidien. Ces signaux positifs ne doivent toutefois pas nous conduire à totalement abaisser notre garde, car, derrière ces aspirations bien légitimes, un autre sujet de santé publique se pose : la noyade.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la noyade est la troisième cause de mortalité accidentelle sur la planète. En France, elle est responsable d’un millier de décès par an, dont 40 % en milieu maritime.

Se baigner dans un lac, une rivière, ou dans les vagues de l’océan est en effet très différent de la pratique de la natation en piscine. Dans ces milieux naturels, nous nous exposons, souvent sans le savoir, à des risques propres à leur nature même. Parmi ces dangers figurent les courants d’arrachement, trop souvent sous-estimés par les nageurs.

Un danger méconnu : les courants d’arrachement

Observés en divers endroits du globe, les courants d’arrachement (rip current en anglais) sont une cause majeure de noyade sur les littoraux. Ils résultent du reflux, vers le large, de l’eau emmenée par les vagues. Les baigneurs qui s’y retrouvent piégés sont entraînés, et s’épuisent en tentant de rejoindre la plage.

Aux États-Unis, ces courants seraient responsables de près 80 % des interventions des sauveteurs. Dans le sud-ouest de la France, ils sont souvent connus sous le nom de courants de baïnes. L’une des rares études disponibles à ce jour a montré qu’ils étaient impliqués dans près de 80 % des noyades.

Divers paramètres influent sur la formation des courants d’arrachement : les hauteurs de marées, la morphologie des plages (les formes des plages vont donner naissance à différents courants d’arrachement), voire la présence d’ouvrages physiques tels qu’une digue de port. Ces courants sont d’autant plus difficiles à déceler qu’ils sont parfois générés dans des parties du plan d’eau où les vagues sont absentes, donnant l’impression trompeuse qu’il n’y a là aucun danger.

Si la compréhension des mécanismes qui concourent à la formation de ces courants est une étape incontournable de la prévention des risques, une analyse par les sciences sociales des usagers qui s’y exposent est tout aussi vitale.

Exposition et perception des risques

Les études épidémiologiques révèlent que nous n’avons pas tous le même risque d’être emportés par les courants d’arrachement. Bon nombre de ces travaux indiquent en effet que ce type d’accident est significativement plus élevé chez les jeunes hommes.

Ce résultat est généralement expliqué par la propension de cette catégorie de la population à surestimer ses capacités de nage, ainsi que par la pression sociale exercée par les proches ou encore par la recherche de sensations fortes. La consommation d’alcool fait également partie des facteurs aggravants le risque.

Cependant, il ne faudrait pas croire que l’exposition au risque est nécessairement volontaire. Elle peut en effet tout aussi bien résulter d’une relative méconnaissance du danger chez des personnes a priori peu enclines à se mettre dans des situations délicates. Sur ce plan, les populations riveraines du littoral semblent bénéficier d’un certain « avantage comparatif ». En Australie, pays qui a fait de ce sujet une priorité de santé publique et où sont menées les recherches les plus avancées, des scientifiques ont ainsi montré que les personnes habitant près de la plage étaient plus familières des courants d’arrachement que les celles qui en sont éloignées, ou que les touristes étrangers.

En Aquitaine, nous avons trouvé un résultat analogue dans une enquête exploratoire menée sur un échantillon représentatif de la population régionale, âgée de 18 ans et plus. Les individus déclarant se rendre à la plage étaient plus nombreux à donner une définition (simple) des baïnes que ceux qui n’y allaient pas (80 % contre 65 %). En outre, les taux de réponse étaient encore plus élevés parmi les habitants des départements littoraux : ils atteignaient 84 % dans les Landes, 81 % en Gironde et 79 % dans les Pyrénées-Atlantiques, contre 61 % en Dordogne et 59 % dans le Lot-et-Garonne.

Mais savoir que les courants d’arrachement existent ne signifie pas être capable d’en reconnaître un lorsque l’on se baigne. Certains nageurs pourraient même s’imaginer, à tort, être en capacité de le faire alors que ce n’est pas le cas. Cette hypothèse a été étayée au début des années 2010 par une autre étude australienne. Au cours de cette enquête en deux étapes, des individus qui avaient dans un premier temps donné une définition correcte des courants d’arrachement se sont ensuite avérés nettement moins habiles quand il s’est agi de les identifier sur des photographies.

Baïne sur le littoral de la commune de Vieille Saint Girons (Landes)
crédit Johanes Martin, Author provided

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles certains chercheurs préconisent d’interroger systématiquement les baigneurs in situ, face à la réalité à laquelle ils sont censés se confronter. Bien que séduisante pour le praticien (il y a pire endroit que les plages pour mener des enquêtes !), cette méthode crée malgré tout un biais d’inclusion, en donnant plus de poids aux usagers assidus, alors que les populations éloignées du littoral sont elles aussi des victimes potentielles.

Prévention et adaptation

Les travaux de recherche révèlent aussi que lorsque les baigneurs sont conscients du risque que représentant les courants d’arrachement, ils ne prennent pas tous les mêmes précautions.

Une étude menée dans la région de Sydney a ainsi montré que les individus habitant « l’intérieur des terres » déclarent plus que les autres nageurs (y compris les touristes) se baigner dans les zones surveillées. Le constat est assez similaire de ce côté-ci du globe, puisque la proportion d’Aquitains déclarant se baigner, même occasionnellement, en dehors de la surveillance, est plus forte chez ceux qui vivent à proximité du littoral.

L’information et l’expérience dont ils semblent bénéficier, eu égard aux connaissances qu’ils expriment, leur confèrent-t-elles une aptitude à mieux appréhender et donc à se prémunir (au moins en partie) contre le risque ? Ce n’est pas évident. Cependant, la stratégie individuelle a ses limites, car il n’existe pas de voie universelle d’échappement.

La conduite à tenir dépend du type de courant dans lequel on est pris mais, d’une façon générale, les spécialistes s’accordent à dire qu’il ne faut pas paniquer, ni lutter, et tenter de signaler sa présence. La surveillance des plages reste donc un instrument collectif incontournable de gestion du risque.

Identifier les courants d’arrachement est un exercice délicat, mais c’est aussi une occasion d’en apprendre un peu plus sur l’environnement marin dans lequel nous souhaitons nous immerger. Après plus d’un an de déferlement de vagues épidémiques sources de grande anxiété, essayons de profiter sereinement de celles de l’océan cet été…

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Baïnes et courants d’arrachement : ce qu’il faut savoir avant d’aller se baigner – https://theconversation.com/ba-nes-et-courants-darrachement-ce-quil-faut-savoir-avant-daller-se-baigner-163755

MIL OSI – Global Reports

« Retour sur… » : Souffrance animale, pollution, santé, la « viande artificielle » est-elle la solution ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Jean-François Hocquette, Directeur de recherche de classe exceptionnelle, Inrae

« Retour sur… », un podcast pour décrypter l’actualité avec les expert·e·s.


La consommation de viande est aujourd’hui sous le feu des critiques : il y a bien sûr la prise de conscience de la souffrance animale, les problèmes environnementaux que posent les élevages intensifs, et la mise en évidence de problèmes pour la santé humaine d’une surconsommation de viande.

La « viande artificielle » (qui correspond en réalité à des fibres musculaires produites en laboratoire à partir de cellules souches animales) pourrait nous permettre de consommer de la viande sans faire souffrir d’animaux. Mais est-ce si simple ? Peut-elle permettre de répondre aux défis environnementaux ? Est-ce un produit sain ? Qui la produit et surtout comment ?

On fait le point avec Jean‑François Hocquette, expert en biologie musculaire et en production de viande à INRAE.


Animation, Benoît Tonson. Réalisation, Romain Pollet. Chargé de production, Rayane Meguenni

Jean-François Hocquette est président de l’association française de zootechnie (AFZ), et membre de l’académie de la viande, de l’association américaine des sciences animales (ASAS) et de la fédération européenne des sciences animales (EAAP). Son laboratoire reçoit essentiellement des subventions publiques par exemple de l’union européenne, de l’agence nationale de la recherche, de INRAE, de FranceAgriMer, du FEDER et de conseils régionaux.

Benoît Tonson ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Retour sur… » : Souffrance animale, pollution, santé, la « viande artificielle » est-elle la solution ? – https://theconversation.com/retour-sur-souffrance-animale-pollution-sante-la-viande-artificielle-est-elle-la-solution-163662

MIL OSI – Global Reports

Nord Stream 2 : comment interpréter la fin des sanctions américaines ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Sophie Marineau, Doctorante en histoire des relations internationales / phD candidate History, International relations, Université catholique de Louvain

Le 19 mai 2021, pendant les préparatifs du sommet entre Vladimir Poutine et Joe Biden à Genève dans le cadre du G7, le secrétaire d’État américain Anthony Blinken annonce que les États-Unis renoncent aux sanctions qu’ils avaient imposées au projet du gazoduc Nord Stream 2.

Le premier Nord Stream, complété en 2011, relie Vyborg en Russie et Greifswald en Allemagne. Nord Stream 2 reliera quant à lui Oust-Louga en Russie, toujours à Greifswald. Depuis 2017, Washington avait imposé une série de sanctions aux entreprises et aux individus participant à sa construction dans l’objectif de la bloquer et de l’arrêter définitivement.

L’administration Biden admet que les sanctions américaines ont actuellement très peu de chances de porter leurs fruits, puisque le projet est déjà presque complété et que son gouvernement souhaite améliorer ses relations avec l’Allemagne, laquelle est très désireuse de voir le gazoduc entrer en exploitation.

Les raisons de l’hostilité américaine au projet

Washington s’oppose au NS2 (l’opposition n’a pas disparu, même avec la levée des sanctions) d’une part parce que celui-ci renforcera la dépendance européenne à l’égard du gaz russe et, d’autre part, parce que les exportations de gaz russe vers l’Europe sapent l’efficacité des sanctions frappant la Russie depuis 2014 en raison de la crise en Ukraine.

Par ailleurs, en réduisant l’accès au gaz russe, l’administration Trump espérait augmenter ses propres exportations de gaz naturel liquéfié (LNG) vers le continent européen. C’est donc également dans une perspective de bénéfices économiques que les États-Unis s’opposent à NS2.

Dès 2017, le Congrès américain adopte donc le Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA) et le Sénat américain le Countering Russian Influence in Europe and Eurasia Act afin de bloquer NS2 en sanctionnant tout individu ou toute entité investissant ou travaillant sur le projet ; mais comme la Commission européenne se dit prête à adopter des contre-sanctions si la Maison Blanche décrète des mesures coercitives, les discussions entourant de potentielles sanctions sont temporairement suspendues.

Le recours aux sanctions secondaires

En novembre 2019, les États-Unis annoncent que le US National Defense Authorization Act (NDAA) 2020 inclura des sanctions visant les entreprises et les individus impliqués dans la construction du gazoduc. Craignant les sanctions américaines, la compagnie suisse Allseas et la compagnie italienne Saipem suspendent alors leur collaboration avec Gazprom avant la fin de la construction de Nord Stream 2.

Les sanctions américaines posent plusieurs problèmes, notamment en raison de la section 232 du CAATSA – dans le cas du Nord Stream 2 – qui permet d’imposer des sanctions « secondaires » à des personnes et à des entités non américaines. C’est précisément ce qui distingue ces sanctions dites secondaires des sanctions « primaires », lesquelles prennent pour cible exclusivement les intérêts du pays visé – ici, la Russie.

C’est par le même type de procédé que les États-Unis ont réussi à décourager de nombreuses entreprises européennes d’investir en Iran depuis 2017.

Craignant de se voir refuser l’accès au marché américain, la française Total s’est ainsi retirée d’un partenariat d’un milliard de dollars avec l’Iran. Les sanctions secondaires américaines ont le désavantage de ne plus différencier les alliés des adversaires puisqu’elles peuvent viser toute compagnie faisant affaire avec un partenaire considéré hostile aux États-Unis.

Selon Washington, les sanctions secondaires n’imposent aucune pénalité aux autres États, mais elles ont comme objectif d’empêcher les entreprises étrangères d’accéder au marché américain si les États-Unis jugent que ces entreprises poursuivent des activités allant à l’encontre des intérêts américains. Selon le représentant républicain Kevin Brady, les sanctions secondaires encourageront les entreprises étrangères à collaborer davantage avec les États-Unis, à isoler la Russie, et à entraver son développement économique.

Comme outil de politique étrangère, les sanctions servent normalement à influencer les comportements des États sanctionnés, selon les préférences des États sanctionneurs. Or, les sanctions secondaires forcent également les entreprises étrangères à se conformer à l’agenda international américain, même si celui-ci va à l’encontre des intérêts de leur propre État.

La question se pose alors : est-ce que les États-Unis devraient être en mesure de dicter aux firmes européennes la façon dont celles-ci doivent mener leurs affaires en les menaçant, en cas de non-obéissance, de les priver de leur accès au marché américain ?

En Europe, des voix discordantes

Dans le cas de Nord Stream 2, l’Union européenne, comme organisation, s’est bien sûr opposée publiquement et farouchement à l’extraterritorialité de ces mesures, ainsi qu’à leur légalité douteuse. Les États-Unis se permettent d’adopter ce type de politiques en raison de leur place centrale dans l’économie mondiale et de l’importance notoire de leur marché pour le continent européen. Les entreprises européennes se retrouvent dès lors dans une relation asymétrique vis-à-vis du gouvernement américain, alors que l’UE devrait être en mesure de garantir aux entreprises la liberté de conduire leurs affaires dans le cadre des lois et des politiques européennes, sans ingérence extérieure.

Toujours dans le cas particulier de Nord Stream 2, il est important de noter que certains pays européens soutiennent toutefois ces sanctions. L’Ukraine a, sans aucun doute, le plus grand des intérêts à soutenir les États-Unis dans leurs tentatives de bloquer le gazoduc. Une part importante du gaz russe destiné au marché européen transite actuellement par l’Ukraine. Les revenus générés par les frais de transit payés par la Russie et l’UE représentaient 3 % du PIB total de l’Ukraine en 2017. Nord Stream 2, reliant directement la Russie à l’Allemagne, permettra donc à la Russie et à l’UE d’économiser ces frais de transit.

Parallèlement, la Pologne s’oppose tout autant au projet. Elle bénéficie également des frais de transit en raison des gazoducs passant sur son territoire, bien qu’en proportion beaucoup moins importante que pour l’Ukraine. Par ailleurs, comme Varsovie souhaiterait devenir un hub pour le gaz naturel liquéfié américain, le gouvernement polonais a tout intérêt à soutenir les mesures américaines et, potentiellement, les exportations américaines de GNL vers l’Europe. En outre, la Pologne craint que Nord Stream 2 ait pour effet d’accroître l’influence russe en Europe. Alors même que le premier projet Nord Stream était lancé, le ministre de la Défense polonais Radoslaw Sikorski n’hésitait pas à comparer le gazoduc au Pacte Ribbentrop-Molotov de 1939. Depuis, d’autres voix se sont prononcées contre le projet de NS2, notamment le ministre des Affaires étrangères de l’Estonie Sven Mikser et le premier ministre lithuanien Saulius Skvernelis.

Tous ces efforts n’ont pas été couronnés de succès, puisque les États-Unis ont finalement décidé de lever les sanctions visant les firmes et les individus impliqués dans la construction du Nord Stream 2. Par l’application de sanctions secondaires, dans le cadre de ce projet, de l’accord sur le nucléaire iranien ou lors de toute autre situation litigieuse entre Washington et l’Union européenne, la Maison Blanche force ses alliés à suivre son propre agenda. En faisant front commun, comme en 2017, et en prévoyant des contre-mesures aux sanctions secondaires américaines, l’UE pourrait toutefois arriver à dissuader les États-Unis de mettre en place ce type de sanctions, tout en garantissant aux entreprises européennes la liberté d’œuvrer dans le cadre légal européen sans ingérence externe.

Sophie Marineau does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Nord Stream 2 : comment interpréter la fin des sanctions américaines ? – https://theconversation.com/nord-stream-2-comment-interpreter-la-fin-des-sanctions-americaines-162031

MIL OSI – Global Reports

Du début du XXᵉ siècle à aujourd’hui, le choix du conjoint reste-t-il une affaire de famille ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Milan Bouchet-Valat, Sociologue, Chargé de recherche, Institut National d’Études Démographiques (INED)

Deux mariés français posent en studio avec leurs familles, autour de 1925. Au début du 20ème siècle, le milieu familial jouait un rôle déterminant dans le choix du conjoint, qui s’est peu à peu affaibli jusqu’à aujourd’hui, au profit des individus. Gilles Péris y Saborit/Flickr, CC BY-NC

On ne choisit plus son conjoint de la même manière qu’il y a un siècle. L’intervention des parents, jugée illégitime aujourd’hui, était déterminante au moins jusqu’au milieu du XXᵉ siècle. Depuis, la famille donne de plus en plus de place à l’expression des individus qui la composent, et ce mouvement s’est accéléré à partir des années 1960.

Comment a évolué le rôle des parents dans la formation du couple de leurs enfants ?

Analysant trois enquêtes sur la formation du couple menées en France au cours des soixante dernières années, nous retraçons la place croissante du mariage d’amour depuis le début du XXe siècle et l’élargissement des lieux de rencontre, au détriment du contrôle familial. Si les parents sont plus ouverts qu’il y a 50 ans au choix du conjoint fait par leurs enfants, cette évolution n’a eu lieu qu’après une augmentation des désaccords dans ce domaine qui a culminé autour de 1968.

Les trois enquêtes que nous avons utilisées ont toutes été menées par l’Institut national d’études démographiques et ont eu lieu en 1959, 1983 et 2013. Concernant l’appréciation des parents de la personne enquêtée sur le couple qu’elle a formé, ces enquêtes ont posé une série de questions comparables. Nous disposons ainsi d’informations sur l’avis de la famille et indirectement sur son influence durant un siècle. Les enquêtes interrogent également les enquêtés sur les critères de choix du conjoint, et précisent leur date de mise en couple.

L’avis des parents : une évolution en deux temps

La proportion d’unions bénéficiant d’un avis favorable des parents et des beaux-parents suit une courbe en U : partant du niveau élevé de 81 % en 1919, elle diminue de 12 points jusqu’en 1970, puis augmente d’autant jusqu’en 2014 (figure 1). Le tournant des années 1960 y apparaît clairement et semble cohérent avec l’ensemble des mutations qu’a connues la famille au cours du siècle. Précisons que nous considérons que l’avis familial est défavorable si au moins un des quatre parents ou beaux-parents était réservé ou défavorable.

Figure 1 : Proportion d’avis favorables des deux familles selon la cohorte de mise en couple (1919-2014).
Milan Bouchet-Valat et Sébastien Grobon, Author provided

Cette évolution en deux temps pourrait s’expliquer par un changement générationnel. De façon schématique, les jeunes adultes qui ont fait l’expérience du mariage d’amour contre l’avis de leurs parents en première période (1919-1970) auraient fait preuve de plus de tolérance à l’égard de leurs propres enfants en deuxième période (1970-2014).

La persistance du modèle d’avant-guerre a valu aux parents des générations nées à la fin de la Seconde Guerre mondiale l’accusation d’incohérence voire d’hypocrisie de la part de leurs enfants. Les parents auraient demandé une évolution des normes quand ils étaient enfants et soumis à l’influence des parents sur leur choix de conjoint, mais auraient ensuite fait subir à leurs enfants ces mêmes normes rigides une fois devenus parents. Ces tensions ont culminé avec la crise de mai 1968 et les transformations rapides qui en ont découlé.

Des parents de plus en plus ouverts aux relations hétérogames

Comme l’avait déjà relevé Alain Girard, dans les années 1920, l’approbation des familles était moins forte lorsque les conjoints étaient socialement éloignés (on parle d’hétérogamie) que lorsqu’ils étaient proches (homogamie) (figure 2). L’attitude des parents était la moins favorable quand les conjoints étaient de religions ou de pays de naissance différents (30 points de pourcentage d’écart avec les couples homogames dans les deux cas). La réduction est spectaculaire sur la période, puisque dans les deux cas l’écart est d’environ 15 points pour les couples formés en 1960 et n’est plus significatif en 2014.

Figure 2 : Proportion d’avis favorables des deux familles selon le type d’union (1919-2014).
Milan Bouchet-Valat et Sébastien Grobon, Author provided

Concernant le département de naissance et le diplôme, l’écart d’approbation des parents entre couples homogames et hétérogames dans les années 1920 était moins fort, mais il était néanmoins notable (respectivement 19 et 13 points d’écart). Cet écart s’est résorbé plus rapidement : il est presque nul dès les années 1960 pour le diplôme, et autour de 1980 pour le département de naissance.

Une diminution continue de l’homogamie

Cette ouverture progressive des parents à ce que leurs enfants choisissent un conjoint socialement éloigné s’accompagne d’une diminution continue de l’homogamie depuis le début du XXe siècle (figure 3). Alors que 95 % des conjoints qui s’étaient mis en couple en 1919 avaient été élevés dans la même religion, cette proportion diminue fortement à partir des années 1960. En 2014, seulement 68 % des conjoints sont de même religion.

Figure 3 : Évolution du taux d’homogamie (1919-2014).
Milan Bouchet-Valat et Sébastien Grobon, Author provided

De même, les conjoints sont de moins en moins souvent nés dans le même département : c’est le cas de 69 % d’entre eux parmi les couples formés en 1919, contre 35 % de ceux formés en 2014. Toutefois, pour 95 % des couples formés en 1919, les deux conjoints étaient nés dans le même pays, et cette proportion n’a quasiment pas changé en 2014 (84 %).

Concernant le diplôme et l’origine sociale, la diminution de l’homogamie, déjà établie, est confirmée ici sur une plus longue période. Cependant, ces tendances reflètent avant tout des évolutions structurelles (augmentation de la mobilité sociale et géographique, plus grande hétérogénéité de la population), mais pas nécessairement une transformation des préférences des individus ou de leurs familles. Par exemple, le développement de l’hétérogamie religieuse peut notamment s’expliquer par l’augmentation de la proportion de personnes se déclarant sans religion, alors que la population française s’identifiait presque uniformément comme catholique au début du XXe siècle.

L’attirance prend le pas sur le statut social

Au cours du siècle, les conjoints prennent de plus en plus en compte l’attirance en lieu et place du statut social. Cette évolution est cohérente avec la baisse de l’homogamie sur la période et l’ouverture croissante des parents à l’hétérogamie.

Elle est clairement visible dans l’enquête de 1959. Pour les couples formés entre 1919 et 1959, la proportion d’individus déclarant qu’« en vue d’un mariage », il vaut mieux « considérer l’attirance des personnes », plutôt que « la situation sociale » ou « les deux » augmente très nettement, particulièrement pour les couples formés après 1945 (figure 4). Ces données suggèrent une première rupture à la Libération (de 50 % en 1919 à 58 % en 1945, puis 69 % en 1959).

Figure 4 : Évolution des critères de choix du conjoint (1919-2014).
Milan Bouchet-Valat et Sébastien Grobon, Author provided

De même, interrogé sur les qualités qui « comptent le plus » chez l’autre « en vue d’un mariage », parmi la santé, l’aspect physique, les qualités morales, le milieu social ou les goûts communs, le panel voit sa fraction choisissant les goûts communs augmenter fortement entre les couples formés en 1919 et ceux formés en 1959, de 22 % à 37 %. Dans la même période, la proportion choisissant le milieu social diminue (de 17 % en 1919 à 11 % en 1959), alors que celle choisissant l’apparence physique connaît l’évolution inverse (de 11 % en 1919 à 18 % en 1959).

Si l’enquête de 1983-1984 ne comporte aucune question comparable, cette tendance est confirmée par l’enquête de 2013-2014. Elle révèle une forte augmentation de la proportion de personnes indiquant qu’elles auraient accepté « l’idée d’être avec quelqu’un qui aurait été nettement moins diplômé » ou « nettement plus diplômé ». Cette proportion, qui s’élève à 62 % pour les personnes s’étant mises en couple en 1945, passe à 83 % au début des années 1990, et même à 88 % en 2014.

Les rencontres sortent du cadre familial

Autre évolution de fond, les conjoints se rencontrent de plus en plus hors de l’influence de la famille. On considère ici qu’une rencontre a eu lieu dans un cadre familial si elle s’est faite à l’occasion d’un mariage, d’une autre fête ou réunion de famille, ou par l’intermédiaire d’un parent. Nous ajoutons à ces rencontres celles qui ont eu lieu dans le voisinage, sur lesquelles la famille peut exercer une certaine influence. Alors que 40 % des unions formées en 1919 résultaient d’une rencontre dans le cadre familial ou dans le voisinage, ce n’est le cas que de 9 % de celles formées en 2014 (figure 5), poursuivant une tendance déjà observée par Bozon et Héran. La proportion des rencontres pour lesquelles les familles des conjoints se connaissaient déjà suit une tendance similaire.

Figure 5 : Proportion de rencontres dans le cadre familial ou le voisinage (1919-2014).
Milan Bouchet-Valat et Sébastien Grobon, Author provided

L’évolution du choix du conjoint décrite ici illustre le passage d’une société peu mobile, vivant encore pour moitié de l’agriculture au début du XXe siècle, à une autre, majoritairement urbaine, dans laquelle la mobilité géographique, l’allongement de l’éducation ainsi que le développement du salariat et de la protection sociale ont largement émancipé les individus de l’influence familiale, notamment les femmes.


Ce texte est adapté d’un article publié par les auteurs dans Population et Sociétés n° 588, « L’avis des parents sur le conjoint choisi par leur enfant : quelles évolutions en un siècle ? »

Milan Bouchet-Valat reçoit des subventions publiques pour la réalisation de l’enquête Generations and Gender Programme en France.

Sébastien Grobon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Du début du XXᵉ siècle à aujourd’hui, le choix du conjoint reste-t-il une affaire de famille ? – https://theconversation.com/du-debut-du-xx-siecle-a-aujourdhui-le-choix-du-conjoint-reste-t-il-une-affaire-de-famille-160302

MIL OSI – Global Reports

Pour les femmes boliviennes, l’eau est source de vie… et d’inégalités persistantes

Source: The Conversation – France (in French) – By Sarah Botton, Sociologue PhD, chargée de recherche, Agence française de développement (AFD)

En 2016, une importante crise de l’eau avait touché La Paz, la capitale bolivienne, et privé de service 94 quartiers pendant plusieurs semaines d’affilée. Cet événement avait jeté crûment la lumière sur les défis rencontrés par le pays dans l’approvisionnement de sa population urbaine en constante expansion. Loin d’être une charge pesant uniformément sur les habitants, les difficultés pour accéder à l’eau impactent particulièrement les vies des femmes boliviennes, comme le montre le quotidien d’Eva Condori, documenté en 2020 dans le cadre du projet de recherche « Inégalités d’accès aux services urbains de l’eau à La Paz et El Alto, Bolivie ».




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Bolivie : les leçons à tirer de la crise de l’eau de 2016


La jeune femme est née il y a vingt-neuf ans dans les Yungas méridionales, une écorégion subtropicale du département de La Paz, caractérisée par un climat humide, chaud et des précipitations abondantes. La maison où a grandi Eva était équipée d’une borne-fontaine avec de l’eau provenant d’un puits qui permettait d’alimenter toute la communauté. Lorsque l’eau n’arrivait pas, Eva était chargée d’aller la chercher elle-même au puits.

Comme beaucoup d’autres jeunes Boliviennes, à 19 ans, elle a dû migrer vers la ville voisine d’El Alto afin de pouvoir étudier et travailler. Forte d’une intense activité commerciale, des nombreux services qu’elle propose et de sa position au carrefour des liaisons routières, El Alto est l’une des principales villes du pays. Située près de la capitale, elle forme même la plus grande zone métropolitaine du pays.

Le cas d’Eva est très fréquent. Le manque d’opportunités et surtout d’accès à l’éducation pousse bien souvent les familles des zones rurales défavorisées à envoyer en ville leurs fils et filles encore adolescents, ou parfois même enfants. À leur arrivée à El Alto, le coût des terrains les oblige à s’installer en général dans des zones périurbaines, dépourvues de services d’eau.

À la maison, l’eau en priorité au fils aîné et au père de famille

À El Alto, Eva, arrivée avec ses parents, a d’abord vécu dans un logement de location, jusqu’au jour où sa mère a appris qu’un terrain était en cours de lotissement dans le quartier Señor de Mayo I, dans le district 8 de la ville d’El Alto. Bien que ce terrain soit éloigné du centre et dépourvu d’eau et d’électricité, la famille a décidé d’en acquérir une parcelle en la payant en plusieurs fois. La construction de la maison nécessitant une grande quantité d’eau, la famille a dû avoir recours à de la récupération d’eau de pluie en complément des achats effectués au camion-citerne, réduisant ainsi les coûts.

Lorsqu’ils se sont finalement installés, il y avait encore peu de maisons, et aucune ne disposait de service d’eau ni d’électricité. Pendant cinq ans, l’approvisionnement en eau du foyer a été assuré par un camion-citerne, une solution très coûteuse, exigeant un lourd investissement en temps quotidien de la part d’Eva. La jeune femme devait ainsi organiser ses doubles journées de travail autour de multiples activités : d’une part, effectuer ses tâches de couturière et, d’autre part, s’occuper de ses enfants, laver, cuisiner, et gérer l’approvisionnement et la répartition de l’eau.

Dans de telles situations, où les ménages paient cher pour l’eau, certains usages sont prioritaires, et d’autres sont effectués avec l’eau recyclée ou réutilisée. Considérant que la toilette était très importante pour aller à l’école et au travail, le fils aîné et le mari ont eu la priorité, les filles et la mère utilisant l’eau après le reste de la famille.

Eva, gestionnaire de l’eau pour la famille

En définitive, la responsabilité de la gestion de l’eau – qu’il s’agisse de l’approvisionnement, du transport, de la collecte, de l’usage raisonné ou de la réutilisation – incombe bien à Eva. Une tâche qui est tout sauf inconnue pour elle : Eva se livre à l’ensemble de ces activités depuis son enfance.

Eva se consacre à ses travaux de couture à différents moments de la journée : tôt le matin de 6 heures à 11 heures, avant de s’interrompre pour faire la cuisine, nourrir ses fils et sa fille et envoyer l’aîné à l’école l’après-midi. Elle reprend, explique-t-elle, la couture « jusqu’à six heures sans s’arrêter ». Ensuite, ajoute-t-elle, « je les fais manger jusqu’à huit heures, puis je recommence jusqu’à dix heures pour avancer encore un peu ». Eva a trois enfants, deux garçons de neuf ans et d’un an et demi, et une fille de quatre ans. Avec des enfants aussi jeunes, les besoins en eau sont importants : ils doivent être baignés et hydratés fréquemment, leurs vêtements lavés quotidiennement.

Si Eva reçoit la visite de ses frères et sœurs, elle s’inquiète car elle a alors besoin de plus d’eau qu’elle n’en utilise en temps normal. Finalement, en de nombreuses occasions, il lui faut en acheter davantage. Elle finit par se retrouver à court d’argent et doit parfois demander crédit au porteur d’eau : « Comme il me connaît, il me laisse faire », confie-t-elle. Et Eva de raconter leurs échanges : « S’il vous plaît, je n’ai pas d’argent, je vais bientôt terminer une pièce de couture et je vous paierai. » Le porteur accepte : « Il a l’habitude de me fournir ainsi. »

L’eau de la citerne, une préoccupation sanitaire

Aller chercher de l’eau au camion-citerne exige du temps, de l’argent et peut aussi avoir un coût pour la santé des enfants. Afin d’éviter tout problème sanitaire, Eva lave en permanence les bidons d’eau et le réservoir où elle reçoit l’eau du camion-citerne : « Une fois, mon aîné est tombé malade, il a eu une infection, c’est pour ça que je lave », précise-t-elle. Aux yeux d’Eva, l’eau que transporte le camion-citerne est d’origine douteuse : son aspect est trouble, son odeur désagréable et on y trouve parfois même des particules de déchets. Quand elle récupère l’eau, elle place une passoire sur le bidon afin de filtrer ces débris. Eva utilise la même technique lorsqu’elle récolte l’eau de pluie dégoulinant du toit.

Eva et la plupart des femmes du quartier doivent sans cesse garder un œil sur les passages du camion-citerne, celui-ci ne disposant pas d’horaires fixes. Pendant les périodes de sécheresse, il peut tout simplement décider de ne plus s’arrêter dans le quartier : « Parfois, il n’est pas passé du tout, on a dû l’appeler, raconte Eva. On va l’attendre là-bas en bas, il nous dit de loin « je vais passer, je vais passer », et en fait il file à toute vitesse. »

Nouvelle étape : neuf mois avant d’installer les connexions domiciliaires individuelles à l’eau courante, l’opérateur local EPSAS a mis en place une borne-fontaine collective dans le quartier. Ses habitants, dont Eva et sa famille, ont ainsi pu bénéficier de l’eau du réseau mais avec un service très dégradé. La borne ne fonctionnait qu’entre 23 heures et 5 heures du matin, quand la pression était suffisante : il a fallu s’organiser entre voisins. Le problème n’a donc été réglé que partiellement.

L’eau à domicile, une révolution inachevée dans le foyer

Aujourd’hui, cinq ans après son installation dans le quartier, Eva est heureuse de pouvoir enfin disposer d’un service d’eau à domicile. Ses enfants peuvent en boire et se laver à tout moment, ils sont libres de jouer et de salir leurs vêtements. Quant à Eva, bien que l’organisation de son temps ne repose plus sur la collecte et la gestion de l’eau, elle ne parvient pas à dégager plus de temps. Car, paradoxalement, ce meilleur accès à l’eau s’est traduit par une multiplication de ses activités domestiques : elle lave, cuisine et nettoie plus fréquemment.

Eva a, par ailleurs, l’intention de consacrer plus d’heures à ses travaux de couture, sans toutefois évoquer la possibilité de reprendre ses études. C’était pourtant la principale raison qui l’avait poussée à migrer vers la ville d’El Alto.

En définitive, le problème de l’accès aux services d’eau en Bolivie, ajouté à la perpétuation des rôles domestiques, montre que, quel que soit le contexte dans lequel elles vivent – que ce soit dans des communautés rurales ou en zones périurbaines –, les femmes héritent de la responsabilité de fournir de l’eau à leur famille. Et lorsqu’elles bénéficient enfin d’un accès à ce service au sein de leur domicile, loin de disparaître, leur rôle domestique s’intensifie. Leurs aspirations ne cessent d’être différées, puisqu’elles sont mises entre parenthèses le temps de l’installation et finissent par se diluer à mesure que leur vie familiale se stabilise.

Des inégalités de genre qui persistent à travers les générations

Cette situation d’inégalité entre les femmes et les hommes se répète de génération en génération. Dans son livre paru en 1998, le sociologue américain Charles Tilly décrit les inégalités persistantes comme celles « qui durent tout au long d’une carrière, d’une vie ou de l’histoire d’une organisation et qui se manifestent ou agissent dans les paires catégorielles homme/femme, aristocrate/plébéien, citoyen/étranger ». Cette notion de persistance élaborée par Tilly est ici illustrée par l’exemple d’Eva. Elle nous permet de mieux comprendre ce qui se joue pour les femmes ayant accès aux services d’eau, une problématique résonnant fortement avec l’approche de l’intersectionnalité.

En définitive, l’eau agit bien comme un révélateur : celui des inégalités persistantes tout au long de la vie des femmes. C’est ce que montre l’observation des routines quotidiennes de collecte et d’utilisation de l’eau par Eva en particulier, et par les femmes boliviennes en général.


Article publié en partenariat avec Ideas4Development, un blog animé par l’Agence française de développement.

Ce texte est tiré du récit de l’expérience de l’une des femmes rencontrées lors des enquêtes de terrain du projet de recherche « Les inégalités face aux services urbains de l’eau à La Paz-El Alto, Bolivie » mené par le CIDES-UMSA, coordonné par l’AFD et financé par la facilité de recherche sur les inégalités de l’Union européenne.

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pour les femmes boliviennes, l’eau est source de vie… et d’inégalités persistantes – https://theconversation.com/pour-les-femmes-boliviennes-leau-est-source-de-vie-et-dinegalites-persistantes-163681

MIL OSI – Global Reports

« Sexualités, un regard philosophique » : La technologie, une menace pour le « masculin » et le « féminin » ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Laurent Bibard, Professeur en management, titulaire de la chaire Edgar Morin de la complexité, ESSEC

Les nouvelles technologies ne doivent pas nous faire oublier la question du sens que l’on veut leur donner.
Pixabay, CC BY-SA

« In extenso », des podcasts en séries pour faire le tour d’un sujet.


Mouvement NoGender, procréation médicalement assistée, gestation pour autrui, et même bébés génétiquement modifiés en Chine, voire transhumanisme… Les sexualités n’ont jamais semblé autant bouleversées qu’aujourd’hui, ni les débats aussi vifs.

Phénoménologie des sexualités : la modernité et la question du sens.
Éditions L’Harmattan

Pour le philosophe Laurent Bibard, auteur d’une Phénoménologie des sexualités aux Éditions L’Harmattan, l’évolution de la conception des notions de « féminin » et de « masculin » au travers de l’histoire peut permettre de mieux saisir les enjeux actuels.

Matrice de la vie politique ou encore économique, les sexualités, éclairées tant par les lumières de la pensée occidentale qu’orientale, doivent, selon lui, nous aider à comprendre qui nous sommes et le sens de ce que nous voulons être.

Et à l’avenir ? Dans ce dernier épisode, c’est l’existence même des notions de « masculin » et « féminin » qui est interrogée. Si le processus de disparition de celles-ci est en route, est-il pour autant souhaitable de le conduire à son terme ? Que penser d’ailleurs du transhumanisme ? Pour le philosophe Laurent Bibard, la question du sens, notion qui a trait à notre corps, ne doit pas être oubliée.


Conception, Thibault Lieurade. Production, Romain Pollet.

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. « Sexualités, un regard philosophique » : La technologie, une menace pour le « masculin » et le « féminin » ? – https://theconversation.com/sexualites-un-regard-philosophique-la-technologie-une-menace-pour-le-masculin-et-le-feminin-161131

MIL OSI – Global Reports