Matteo : « On mange quoi dans l’espace ? »

Source: The Conversation – France (in French) – By Yaël Nazé, Astronome FNRS à l’Institut d’astrophysique et de géophysique, Université de Liège

C’est vrai que manger dans l’espace n’est pas une mince affaire ! Il y a tout d’abord le problème de l’apesanteur. Flotter sans entraves nous paraît certes très amusant, mais c’est tout de suite moins drôle s’il faut chasser son hamburger se baladant à travers l’habitacle… En effet, un simple geste un peu brusque, et voilà votre repas qui s’envole, les liquides prenant au passage la forme sphérique. En plus, les miettes et gouttelettes en tous genres causent de véritables problèmes car elles peuvent endommager le matériel ou, plus grave, encombrer les poumons des astronautes.

Ensuite, il y a les restrictions habituelles du spatial : plus c’est lourd, plus c’est cher à envoyer là-haut : ainsi, envoyer un kilogramme dans l’espace coûte environ 10 000 euros !

Il faut donc limiter la masse et le volume des paquets de nourriture destinés aux astronautes… sans oublier de minimiser les déchets ! Les déchets sont stockés dans l’habitacle jusqu’au retour sur Terre. Et quand on parle de déchets à limiter, cela concerne évidemment tous les déchets : par exemple, les toilettes primitives des premiers vaisseaux ne facilitaient pas tellement les « grosses commissions ». Ainsi, la proportion de fibres dans les menus spatiaux était volontairement maintenue la plus basse possible. Heureusement, l’amélioration du système d’évacuation mit rapidement fin à cette restriction.

Luca Parmitano, ingénieur de vol, photographié avec ed la nourriture qui flotte dans la Station spatiale internationale.
NASA, CC BY

Enfin, il y a deux problèmes spécifiques à la nourriture. Le premier, c’est l’absence d’aération – pas question d’ouvrir un hublot sous peine de mort immédiate ! L’espace confiné des habitacles spatiaux ne permet donc ni de griller son steak (bonjour la fumée… qui se transforme en brouillard persistant pour le reste de la mission !) ni d’emporter son Maroilles préféré, même si l’on est ch’ti. Certains commandants de bord ont même un leitmotiv : « pas de banane à bord », l’odeur inoffensive de ce fruit tapant apparemment sur les nerfs quand on y baigne plusieurs jours d’affilée… Le second problème, c’est l’absence de réfrigération. La nourriture doit donc « tenir » à température ambiante : tout menu spatial subit donc avant le départ un contrôle microbien strict. Par contre, on peut chauffer les aliments sans problème.

Sept types de nourriture sont disponibles :

  • Des aliments frais, par exemple des fruits et légumes à manger dans les premiers jours de la mission ou du ravitaillement.

  • De la nourriture dite « sous forme naturelle », non traitée : par exemple les bonbons (les M&M’s sont très populaires pour la variété de jeux auxquels ils se prêtent), des noix, des cookies (assez petits pour être avalés en une bouchée, évitant les miettes), des sucreries en tous genres. Ici, pas de problème de conservation : les sucreries sont faites pour rester longtemps dans les distributeurs terrestres…

  • Des aliments séchés, eux aussi non traités : par exemple des abricots secs, des dattes, du bœuf séché, qui ne demandent aucune préparation.

  • De la nourriture thermostabilisée, c’est-à-dire stérilisée par chauffage pour éviter le développement de microbes. En clair, il s’agit de nos bonnes vieilles conserves.

L’astronaute Sandra Magnus, avec des aliments qu’elle a préparés à la cuisine de la Station spatiale internationale.
NASA, CC BY
  • Des aliments irradiés, par exemple la dinde fumée ou des saucisses fumées, qui se conservent très longtemps à température ambiante. Les rayonnements permettent ici de tuer les bactéries, augmentant ainsi la durée de conservation.

  • De la nourriture réhydratable, dont la préparation consiste à injecter de l’eau (chaude ou à température ambiante) avec une seringue. Cette catégorie comprend les boissons en poudre (jus de fruits, soupes, chocolat au lait) mais aussi les aliments lyophilisés (c’est-à-dire congelés puis déshydratés) comme le cocktail de crevettes et les macaronis au fromage.

  • Des condiments, par exemple sel, poivre, ketchup, mayonnaise. Les deux premiers ont droit à un traitement spécial : ils sont fournis sous forme liquide, le sel dissous dans un peu d’eau et le poivre en suspension dans l’huile. En effet, on imagine bien les dégâts d’un nuage de poivre venant titiller le nez des astronautes à un moment crucial, type « Houston, we have a problem »…


Cet article reproduit un extrait du « Cahier de (g)astronomie » édité par Réjouisciences, et vous pouvez lire la version complète.

Yaël Nazé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Matteo : « On mange quoi dans l’espace ? » – https://theconversation.com/matteo-on-mange-quoi-dans-lespace-163778

MIL OSI – Global Reports

La vaccination, entre devoir démocratique et obligation légale

Source: The Conversation – France (in French) – By Emmanuel Hirsch, Professeur d’éthique médicale, Université Paris-Saclay

Dans un précédent article paru en février 2020, je rappelais l’avertissement de la commission d’enquête destinée à évaluer la manière dont avait été programmée, expliquée et gérée la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) en 2009 :

« La défiance à l’égard de la vaccination constitue un défi pour l’avenir. Demain, il nous faudra peut-être faire face à une nouvelle pandémie à la gravité plus sévère. La mobilisation du corps social sera alors indispensable. Comment ferons-nous si l’on ne croit plus aux mesures de santé publique ? »

Cette interrogation me paraît aujourd’hui encore déterminante, alors que l’exécutif évoque la perspective de contraindre des professionnels de santé et du médicosocial à la vaccination, faute d’avoir su donner à comprendre la signification démocratique de cet engagement et de cette responsabilité.

Le contexte épidémique inquiétant, marqué par la montée de variants plus transmissibles, ainsi que les données, probantes, relatives à l’efficacité du vaccin pour limiter la transmission virale, plaident pour l’accentuation de la mise en avant de l’urgence vaccinale ainsi que de sa pertinence scientifique. Les avantages préventifs individuels et collectifs d’un vaccin auquel nous avons le privilège de pouvoir accéder sans restriction en France s’opposent en effet aux convictions, aux représentations, aux défiances et aux peurs des personnes qui refusent l’injection.

Avant d’évoquer les enjeux immédiats de la vaccination, je proposerai quatre constats pour tenter de cerner les réticences des personnes qui résistent aux prescriptions et aux injonctions, aussi fondées soient-elles.

Des professionnels de santé qui ne sont pas reconnus au sein de leur communauté

Le 3 juillet, 96 médecins ont appelé à la vaccination obligatoire des soignants. Constatant l’échec de leurs tentatives à convaincre les membres d’équipes soignantes rétifs à la vaccination, ils s’en remettent désormais au législateur pour prescrire ce à quoi ils ne sont pas parvenus. Selon eux, « Parce que c’est un devoir éthique de protection des personnes vulnérables dont ils ont la charge, tous les soignants doivent être vaccinés. »

Il s’agit là d’une forme de défaite dont on ne devrait pas minimiser la signification. Elle souligne en effet la crise de crédibilité qui affecte les autorités y compris médico-scientifiques, pourtant certainement plus fondées que des responsables politiques à légitimer une nécessaire vaccination.

Quelques jours plus tôt, le 30 juin 2021, les instances médicales de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), premier centre hospitalo-universitaire européen, diffusaient auprès des 100 000 collaborateurs du groupe un message d’alerte :

« Nous en sommes à 70 % de vaccination parmi l’ensemble de celles et ceux qui travaillent à l’AP-HP. Cela signifie que 30 % d’entre vous ne sont pas vaccinés. Actuellement, une cinquantaine de personnels de l’AP-HP se fait vacciner chaque jour. Cela signifie que pour couvrir toute l’AP-HP, il faudrait près de deux ans. (…) Nous entendons parfois dire “ je le ferai quand ce sera obligatoire ”. Mais faut-il vraiment subir l’obligation, plutôt que la devancer ? (…) Aujourd’hui, nous disons clairement que nous devons tous nous faire vacciner. Le plus rapidement possible. »

Ces efforts d’incitation et de persuasion n’ont pourtant pas abouti auprès des soignants qui les contestent. Ces derniers devraient être, plus que d’autres, en mesure de saisir les enjeux de la vaccination, ne serait-ce qu’en termes d’exemplarité, et parce qu’ils acceptent déjà 4 vaccins obligatoires (diphtérie, tétanos, poliomyélite et hépatite B). Mais bien que conscients des principes déontologiques encadrant leurs missions, ils restent rétifs à consentir à cette contrainte spécifique au vaccin du Covid-19.

Du reste, on pourrait arguer que depuis le début de la crise sanitaire, ils ont assumé leurs missions, y compris lorsqu’ils ne disposaient pas des moyens de protection indispensables à des pratiques exposées au risque viral… Rappelons cependant que, du 1er mars 2020 au 22 juin 2021, Santé publique France a dénombré 82 449 cas de Covid-19 chez les professionnels exerçant en établissement de santé (dont 20 175 infirmiers et 17 627 aides-soignants, représentant respectivement 24 % et 21 % des cas).

La question se pose ici des modalités d’accompagnement et d’explication d’une stratégie vaccinale qui a évolué dans un contexte incertain, parfois confus et contradictoire, dès son lancement le 28 décembre 2020.

Remise en cause de l’autorité scientifique

Ce premier constat en appelle un second. Le 29 janvier 2021, le Premier ministre a annoncé son refus de recourir à toute mesure de confinement, en dépit d’alertes épidémiologiques. Ce faisant, il a mis en cause l’autorité scientifique. Or c’est cette même autorité scientifique qui nous fait défaut aujourd’hui pour éclairer les décisions délicates (personnelles et collectives) auxquelles nous confronte une nouvelle menace de poussée épidémique.

Rappelons-nous l’avertissement formulé le 24 janvier dernier par Jean‑François Delfraissy, président du Conseil scientifique Covid-19 :

« Si nous continuons sans rien faire de plus, nous allons nous retrouver dans une situation extrêmement difficile, comme les autres pays, dès la mi-mars. »

D’autres enjeux auront toutefois prévalu sur ses analyses. Quand bien même en en retardant à début avril les mesures réclamées fin janvier par les scientifiques, le gouvernement a alourdi le bilan de la pandémie en France de « plus de 14 000 décès, près de 112 000 hospitalisations, dont 28 000 en réanimation, et environ 160 000 cas de Covid-19 long supplémentaires », selon les estimations du quotidien Le Monde.

De quoi susciter une certaine circonspection à l’égard des arbitrages politiques, d’autant plus qu’ils sont décidés dans le confinement d’instances comme le Conseil de sécurité sanitaire, le chef de l’État s’attribuant des compétences en matière de santé publique, ou précipités, faute d’anticipation, comme c’est le cas en matière d’obligation vaccinale. La confusion des genres, et parfois le manque de loyauté, attisent les attitudes suspicieuses à l’égard des positions officielles.

Une défiance renforcée par les conditions du « retour à la normale »

Les conditions du dernier déconfinement en date n’ont pas fait davantage l’objet de concertation en société que celles du 11 mai 2020. Le 2e confinement du 29 octobre 2020 s’explique en grande partie par l’impréparation à une phase de résurgence de la pandémie qui imposait des mesures préventives. Comme en juin dernier, la liberté était proclamée et célébrée comme la délivrance de contraintes sanitaires qui avaient épuisé et dérouté nombre d’entre nous.

En ce début d’été, au moment des premières vacances, voilà que s’insinue la menace d’un horizon qui perturbe les plans gouvernementaux et met en cause des promesses peut-être imprudentes. Comment adopter la position ajustée aux circonstances, et accorder confiance aux instances qui semblent surprises et dépourvues alors qu’elles prétendaient imposer leur agenda au virus ?

Le 12 mai 2021, dans le document gouvernemental « Une stratégie et un agenda de réouverture », les étapes de sortie entre le 3 mai et le 30 juin sont décrites. La vaccination est évoquée sans mention incitative. Un développement est consacré à « La vigilance individuelle et collective enfin » insistant sur des mesures déjà bien intégrées au sein de la société : « La réussite de la réouverture repose sur l’implication de chacun. Cela suppose le respect par tous les Français, pour un temps encore, des gestes barrières et des règles de prudence qu’ils ont su adopter depuis plus d’un an. »

Dans ce document, aucune anticipation des éventualités identifiées le 6 mai par le Conseil scientifique Covid-19 : « À moyen terme, et en vue de la période estivale, les scénarios d’évolution restent ouverts et doivent être anticipés. Dans une hypothèse défavorable, en cas de quatrième vague, l’épuisement des personnels de santé n’offrira plus les mêmes capacités de prise en charge, en soins critiques en particulier. Si une vague intervenait pendant une canicule estivale, ces difficultés en seraient accrues. »

Il est significatif à cet égard que la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire n’évoque en rien l’éventualité d’une obligation vaccinale. De telle sorte que c’est in extremis, en évoquant le recours à des dispositifs obligatoires, que le gouvernement tenterait d’intervenir pour contrer une 4e vague pandémique dont seule la vaccination atténuerait les effets.

Observons que cette fois, l’exécutif s’en remet cette fois sans réserve à l’expertise scientifique pour cautionner un processus législatif favorable à la vaccination des professionnels. Rien à voir cette fois avec la gestion dite « politique » de la crise, qui avait notamment mené au « pari présidentiel » de renoncer à toute idée de confinement le 29 janvier 2021.

« Les Français sont désormais favorables à la vaccination obligatoire »

Dans un courrier adressé le 1er juillet 2021 aux présidents de groupes parlementaires, le Premier ministre les consulte à propos « des mesures de prévention et de gestion (…) permettant d’éviter d’imposer à nouveau des contraintes fortes aux Français ».

Jean Castex aborde clairement l’obligation vaccinale imposée aux professionnels exerçant dans un contexte qui favorise les risques de contamination (c’est notamment le cas dans les établissements de soins ou d’hébergement de personnes en situation de vulnérabilité). Cependant son interrogation est plus vaste, puisqu’il demande si les présidents de groupe estiment « que cette obligation devrait être étendue plus largement ». Le Premier ministre remarque en effet que

« de nombreuses personnes ne respectent pas l’isolement lorsqu’elles sont infectées par le virus. Ce constat pourrait conduire à nous interroger sur l’opportunité d’instaurer une obligation d’isolement, assortie de sanctions, comme nous l’avons déjà fait pour les personnes en provenance de certains pays à risque élevé. »

Depuis, la position du gouvernement s’est précisée, ne retenant plus dans son agenda qu’un texte législatif contraignant les seuls professionnels. Son application sur les soignants semble non seulement plus évidente que sur la population générale, mais qui plus est, sa valeur pédagogique ne doit pas être négligée.

Toutefois, rien n’indique que des professionnels se conforment à une mesure qu’ils pourraient considérer de nature à les stigmatiser, voire injuste. Cela d’autant plus que des mesures alternatives à la vaccination leur ont permis depuis des mois de prendre en compte la protection sanitaire de personnes vulnérables en établissement comme à domicile.

Le 1er juillet dernier également, un sondage Odoxa indiquait que les Français sont désormais « favorables à la vaccination obligatoire », près des trois-quarts (72 %) se déclarant favorables à la vaccination obligatoire des soignants, et près de six sur dix (58 %) y étant même favorables pour l’ensemble de la population.

C’est dire que pour l’exécutif, les questions de courage politique et de prudence ne constituent plus des entraves à la décision. Le reproche qui pourrait lui être fait est celui d’un attentisme discutable si l’on tient compte des positions scientifiques développées depuis l’énoncé de la stratégie vaccinale française.

Et ce d’autant plus que depuis quelques jours, l’Institut Pasteur et la Haute Autorité de Santé (HAS) ont produit les arguments attendus pour aborder sur des bases robustes la justification d’une obligation vaccinale.

« L’approche la plus efficace pour contrôler l’épidémie »

Le 30 novembre 2020 la HAS considérait que « La décision de rendre obligatoire une vaccination est d’autant plus justifiée sur le plan éthique que les connaissances sur les futurs vaccins et leur capacité à limiter la contagion du virus sont étendues ». Or, toujours selon l’institution, dans le cas des vaccins contre la Covid-19, cela n’aurait pas dû être le cas « avant un certain temps ».

Pourtant, sept mois plus tard, le 29 juin 2021, l’Institut Pasteur a présenté une étude dont les résultats justifient effectivement l’hypothèse d’une obligation vaccinale. Selon les auteurs de ces travaux, la vaccination est en effet « l’approche la plus efficace pour contrôler l’épidémie », car les personnes non vaccinées « contribuent à la transmission de façon disproportionnée : une personne non vaccinée a 12 fois plus de risque de transmettre le SARS-CoV-2 qu’une personne vaccinée ».

Le lendemain de la publication de cette étude, la HAS déclarait qu’à la lumière des données disponibles sur la protection conférée par les vaccins contre la transmission, « la vaccination des professionnels de santé et plus généralement de ceux qui sont en contact avec des personnes vulnérables revêt un enjeu éthique autant que de santé publique ». L’institution considère désormais qu’il est impératif que « leur couverture vaccinale progresse rapidement, sans quoi, face à une résurgence épidémique, la question de l’obligation vaccinale doit être rapidement posée en tout premier lieu pour les professionnels du secteur sanitaire, social et médicosocial qui ont été les cibles prioritaires de la vaccination dans les premières phases de la vaccination ». Elle n’exclut pas que selon l’évolution de l’épidémie, la réflexion sur l’obligation vaccinale s’étende à l’ensemble de la population.

Les positions des autorités sanitaires sont donc explicites à l’égard de la vaccination des professionnels ; elles délivrent les décideurs politiques de tout dilemme stratégique.

En ce qui concerne la population en général, dans sa position l’Institut Pasteur précise : « Cela suggère que, dans une population partiellement vaccinée, des mesures de contrôle qui ne seraient appliquées qu’aux personnes non vaccinées pourraient maximiser le contrôle de l’épidémie tout en minimisant l’impact sociétal. Cela soulève néanmoins des questions sociales et éthiques importantes qui doivent être discutées. »

Une pédagogie trop tardive

Respecter les libertés individuelles, l’autonomie des personnes, éclairer leur discernement par des arguments fondés, démontrés et pesés aurait nécessité une approche informative cohérente et une concertation publique. Là également nous avons été défaillants. Dès l’annonce des premiers vaccins fin juillet 2020 une pédagogie de la responsabilité partagée devait être mise en œuvre. L’objectif du chiffre diffère d’une mobilisation éthique et politique qui mérite mieux que des propos incantatoires.

Le discours médico-scientifique, comme les injonctions politiques, s’avèrent à bien des égards inopérants là où l’engagement relève de valeurs, de représentations, de convictions personnelles, d’un rapport de confiance et de solidarités entamées, et plus particulièrement là où les vulnérabilités de toute nature se sont avérées les plus fortes au cours de cette crise.

Depuis le début de la campagne de vaccination en France, 34 329 183 personnes ont reçu au moins une injection (soit 50,9 % de la population totale) et 23 839 666 personnes ont désormais un schéma vaccinal complet (soit 35,4 % de la population totale). Des chiffres encore éloignés des seuils permettant d’absorber la vague épidémique qui s’annonce.

Favoriser l’esprit de discernement et le sens des responsabilités

« “Obligation” n’est pas un gros mot quand il s’agit de vacciner contre la Covid-19 », affirmaient les membres de l’Académie nationale de médecine le 25 mai 2021.

L’argument est rationnel et strict, peu discutable :

« [L’obligation vaccinale] s’impose dans tous les cas où une vaccination efficace permet d’éliminer une maladie répandue, sévère et souvent mortelle. Avec un taux d’efficacité de 90 à 95 % contre les formes graves de la Covid-19, les vaccins actuellement homologués en France contre le SARS-CoV-2 remplissent les conditions qui permettent de recourir à l’obligation vaccinale face à une épidémie redoutable, en particulier socialement, que les mesures individuelles (gestes barrière) et collectives (couvre-feu, confinement) sont incapables de contrôler dans la durée. »

En tant qu’éthicien, suis convaincu à la fois de la justification d’une vaccination accessible à tous, y compris au plan international (à ce jour 1,6 milliard de personnes ont accès au 4,3 milliards de doses préemptées par les pays en capacité d’en assumer le coût), ainsi que de son obligation morale et déontologique – puisque tout indique aujourd’hui une telle vaccination s’avère pertinente.

Je m’interroge néanmoins sur les modalités pratiques et les conséquences d’une légalisation de l’obligation vaccinale. En termes d’éthique, nous privilégions l’approche au cas par cas pour éviter des systématismes toujours discriminatoires à l’égard des personnes les plus vulnérables.

Dès lors que l’argumentation contradictoire est préférée au discours d’autorité et aux dogmatismes, les opinions se forment notamment à partir des interventions dans les médias. On constate que cette fois encore, ces derniers se sont substitués à l’organisation d’une concertation publique qui aurait été plus constructive, si l’État avait su produire une communication publique accessible à tous, notamment à propos des vaccins de nouvelle génération, dont la conception inquiète, y compris certains professionnels de santé.




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Nous disposons de quelques semaines pour proposer une approche en responsabilité d’enjeux qui concernent les libertés individuelles au regard des impératifs de santé publique. Il nous faut désormais aller plus avant dans une réflexion qui favorise l’esprit d’ouverture, de discernement et le sens des responsabilités, et ainsi tenir compte de la position des personnes aujourd’hui réfractaires à la vaccination qui, elles aussi, doivent être reconnues dans leur faculté d’assumer leurs décisions.

Pour ce qui me concerne, je préfère exercer le devoir démocratique de vaccination plutôt que de concéder à l’obligation vaccinale.

Emmanuel Hirsch does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. La vaccination, entre devoir démocratique et obligation légale – https://theconversation.com/la-vaccination-entre-devoir-democratique-et-obligation-legale-163998

MIL OSI – Global Reports

La merveilleuse histoire de l’ARN messager et de son pouvoir vaccinal

Source: The Conversation – France (in French) – By Jacques Augé, Professeur des universités en chimie, CY Cergy Paris Université

L’ARN messager (ARNm) est à la une de tous les médias depuis l’élaboration de vaccins anti-Covid d’une très grande efficacité en des temps records. Revenons à la genèse de cette découverte fascinante. Dans les années 1980-90 des chercheurs ont eu l’intuition que l’administration locale d’un ARNm pouvait être d’une grande utilité en cancérologie et en immunologie en induisant de façon ponctuelle la production d’une protéine active ou immunogène, et donc une réponse immunitaire, le principe de base de la vaccination.

Il est possible de faire rentrer ce type de molécule dans nos cellules, tout comme les séquences d’ADN (acide désoxyribonucléique) mais à l’inverse de ce dernier l’ARNm ne peut pas rentrer dans le noyau où réside le matériel génétique. De plus, l’ARNm est détruit rapidement dans la cellule, ce qui d’ailleurs est une garantie pour un vaccin.

De nombreuses tentatives avaient été faites, mais la réponse inflammatoire était beaucoup trop forte. De nombreux laboratoires, y compris parmi les plus prestigieux, n’ont plus porté beaucoup d’attention à l’utilisation de l’ARNm, molécule très fragile, préférant développer les techniques fondées sur l’emploi de séquences d’ADN.

Katalin Kariko, la pionnière de l’ARNm

Des chercheurs isolés, sans beaucoup de moyens, se sont pourtant attelés à la tâche. C’est le cas de Katalin Kariko qui a débuté ses recherches sur l’ARNm en Hongrie jusqu’en 1985, puis a émigré aux États-Unis à l’âge de 30 ans. Elle a continué ses recherches à l’Université de Pennsylvanie, mais ses travaux intéressaient peu de monde et elle a eu beaucoup de difficultés pour trouver des financements. Par contre, elle avait une totale confiance en elle-même, en ses projets.

Pour simplifier, ceux-ci tiennent en une idée. Puisque l’ARNm est trop immunogène, alors pourquoi ne pas le modifier chimiquement afin de diminuer son impact inflammatoire tout en préservant une bonne traduction en protéines. Katalin Kariko a sélectionné un certain nombre de modifications chimiques en privilégiant celles qui touchent les bases nucléotidiques (les briques essentielles de l’ARN) et en respectant leur appariement par liaisons hydrogène.

Ces liaisons intermoléculaires sont en effet essentielles à la traduction de l’ARNm en protéines, ainsi d’ailleurs qu’à la transcription de l’ADN en ARN. Un des collègues de Katalin Kariko, l’Américain Drew Weissman, élève d’Antony Fauci (l’actuel conseiller Covid de la Maison Blanche) l’a beaucoup encouragé et aidé dans cette voie. Après de nombreuses années de persévérance, ils ont découvert que le remplacement de l’uridine phosphate, l’un des nucléotides de l’ARNm, par une pseudouridine, (un atome d’azote est remplacé par un atome de carbone et vice-versa) donnait des résultats extraordinaires en termes de stabilité et de capacité de traduction de l’ARNm en protéines.

Un brevet a été déposé en 2005 par l’Université de Pennsylvanie en ce sens. L’avantage de la pseudouridine vient du fait qu’elle est moins fragile que le nucléoside « naturel ». C’est le cas aussi de la pseudothymidine. Dans tous ces cas, les liaisons hydrogène avec l’adénosine sont préservées, permettant de comprendre à l’échelle moléculaire l’exaltation du pouvoir vaccinal de l’ARNm.

Dans les années qui ont suivi cette découverte fondatrice, nombreux ont été les chercheurs à suivre les travaux de Kariko et Weissman, qui ouvraient de vraies perspectives médicales. Le brevet de l’université de Pennsylvanie a d’ailleurs été racheté par une Biotech américaine, aujourd’hui Cellscript, privant Kariko et Weissman de tous droits. La licence du brevet a été achetée en 2010 par la start-up Moderna dont le PDG est aujourd’hui le Français Stéphane Bancel. Pour la petite histoire MODeRNA signifie Modified RNA, ce qui montre à la fois l’objectif de la start-up et le rôle essentiel de la modification chimique de la molécule d’ARN (RNA en anglais). Katalin Kariko a, quant à elle, collaboré avec les médecins Ugur Sahin et Ozlem Tureci, d’origine turque, créateurs de la start-up BioNTech en Allemagne. Vice-Présidente de cette start-up, elle participe notamment aux travaux sur l’efficacité de vaccins à base d’ARNm sur des animaux au sujet des virus Zika, grippe ou Sida.

Lorsque le virus de la Covid-19 a été connu, Moderna et BioNtech étaient tout à fait bien préparés, sûrs d’eux-mêmes, pour lancer leurs études, dès le mois de janvier 2020. BioNTech s’est allié à Pfizer pour augmenter sa capacité de production industrielle.

Comment sont réalisés les vaccins à ARNm

On sait que la protéine Spike (protéine S) composée de 1273 acides aminés et ancrée dans l’enveloppe externe du SARS-CoV-2 contient des motifs impliqués dans l’interaction avec le récepteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (ACE2) présent à la surface des cellules cibles, permettant la fusion du virus avec la cellule-hôte, puis sa réplication, provoquant la Covid-19. La protéine S s’avère donc le choix de prédilection pour combattre le SARS-CoV-2.

La séquence nucléotidique du génome de SARS-CoV-2 (virus à ARN) ayant été précocement établie (fin 2019) et compte tenu des connaissances antérieures acquises sur les coronavirus, il a été aisé d’identifier la partie du gène codant pour la protéine S puis d’en isoler une réplique ADN, pour servir de matrice à la production à grande échelle d’ARNm. Ainsi à partir de cet ADN, on peut produire par transcription in vitro l’ARN en remplaçant dans le milieu réactionnel l’uridine triphosphate par la pseudouridine triphosphate, l’enchaînement nucléotidique se faisant grâce à une enzyme, l’ARN polymérase. Cette transcription en dehors de la cellule est facilitée et permet d’éviter tout risque de contamination par un éventuel agent infectieux intracellulaire. Une coiffe et une queue (polyadénosine) complètent la séquence de l’ARNm codant la protéine S car ces structures permettent l’accès de l’ARNm aux ribosomes, c’est-à-dire à la machinerie cellulaire de production des protéines.

Cet ARNm est finalement encapsulé dans des nanoparticules lipidiques chargées positivement afin de renforcer sa stabilité, et de faciliter sa pénétration à travers la membrane (chargée négativement) des cellules du muscle où on l’injecte à très faible dose. Une fois dans le cytoplasme au niveau des ribosomes, l’ARNm code la synthèse des protéines virales S. Celles-ci migrent à la surface cellulaire et sont reconnues par des lymphocytes B qui produisent des anticorps anti-Covid. D’autres fragments de Spike sont digérés par des cellules dendritiques (dites présentatrices d’antigènes). Ces cellules présentent ces fragments de Spike aux lymphocytes T, garants de la mémoire immunitaire.

La modification chimique de l’ARNm est l’une des clés qui a ouvert la porte aux vaccins. Ce sera probablement aussi l’une des clés pour lutter contre certains cancers.

Il existe donc de merveilleuses histoires de découvertes scientifiques majeures, qui ont changé la face du monde. Une autre m’avait ébloui il y a quelques années en découvrant le film de Luc Jacquet, la Glace et le Ciel à propos de l’épopée de Claude Lorius (premier français à recevoir le prix Planète bleue). Celui-ci est à l’origine de la découverte majeure suivante : le taux de CO2 a été relativement stable pendant 800 000 ans puis a connu une hausse spectaculaire depuis la fin du XIXe siècle, reliée à la température. On le pressentait depuis 1896 lorsque Arrhénius, prix Nobel de chimie, l’avait prévu par le calcul. La démonstration expérimentale a définitivement changé, au plus haut niveau, notre vision du monde. La portée mondiale de la COP21 de Paris en 2015 en est une illustration récente. Les rapports du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) sont lus chaque année avec attention par tous les décideurs politiques et de nombreuses ONG.

Si j’ai relié ces deux belles histoires de Claude Lorius et de Katalin Kariko, c’est qu’elles apportent toutes les deux une avancée scientifique majeure pour l’humanité et qu’elles concernent des chercheurs rigoureux, humbles, ne cherchant pas les honneurs, soucieux de vraies avancées scientifiques, ne se précipitant pas forcément dans les sentiers battus. Ce sont des exemples pour les jeunes, les étudiants, les doctorants et les chercheurs. Tous, sans qu’ils en soient bien conscients, peuvent être amenés, avec un peu de chance, de par leur persévérance et leur esprit scientifique, à faire des découvertes d’une portée considérable.

Jacques Augé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La merveilleuse histoire de l’ARN messager et de son pouvoir vaccinal – https://theconversation.com/la-merveilleuse-histoire-de-larn-messager-et-de-son-pouvoir-vaccinal-162264

MIL OSI – Global Reports

Streaming en direct : pourquoi tout le monde (même les politiques) se rue sur Twitch

Source: The Conversation – France (in French) – By Pauline Brouard, Doctorante en Sciences de l’Information et de la Communication, spécialisée dans les cultures digitales et les nouveaux médias numériques, Sorbonne Université

Dédiée au live-streaming, la plate-forme Twitch – propriété de la multinationale américaine Amazon depuis 2014 – permet à ses usagers de produire et diffuser des vidéos en direct. Cette dernière a reçu un coup de projecteur début 2021 avec l’émission matinale « La Matinée est Tienne » de Samuel Étienne. La revue de presse du journaliste de France Télévision, portée par son succès retentissant, a fait connaître Twitch au-delà de son public habituel d’amateurs de jeux vidéo.

Les interventions répétées de personnalités politiques sur la plate-forme alimentent également les interrogations sur Twitch et son contenu. On peut citer pêle-mêle l’entretien de François Hollande, puis de Jean Castex, tous deux invités par Samuel Étienne, la chaîne Twitch créée par Gabriel Attal avec son émission #SansFiltre, les interventions organisées par un groupe de députés écologistes au sujet de la Loi climat, ou plus récemment la rencontre entre les deux députés Denis Masséglia (LREM) et Ugo Bernalicis (LFI).

Alors qu’est-ce que Twitch, cette plate-forme qui attire des publics de plus en plus éclectiques ?

De Justin.tv à Twitch : une plate-forme initialement dédiée au jeu vidéo

Si on ne peut plus réduire les usagers de Twitch aux seuls joueurs de jeux vidéo, il faut reconnaître que ceux-ci ont fortement marqué les premiers temps du live-streaming. Le nom même de la plate-forme vient du champ lexical de la création vidéoludique. Les développeurs nomment « twitch gameplay » une mécanique de jeu qui impose des réactions quasiment instantanées à ce qui se passe à l’écran. Ce qualificatif est tout particulièrement associé aux jeux vidéo de tir comme Counter Strike ou multijoueurs comme League of Legends.

Un rapide coup d’œil sur l’histoire de la plate-forme indique que le nom n’a probablement pas été choisi au hasard. Twitch était initialement la section dédiée aux jeux vidéo d’une plate-forme de diffusion appelée Justin.tv, désormais disparue. La plate-forme prend son essor à partir de 2011 jusqu’à s’imposer sur le marché du live-streaming, surtout en Europe et en Amérique.

En France, les premiers streamers ont utilisé d’autres plates-formes que Twitch, comme Dailymotion qui les rémunérait – plutôt généreusement pour l’époque – en fonction du temps de diffusion de publicité. Ce modèle économique lié aux annonceurs publicitaires est d’ailleurs toujours en vigueur sur d’autres plates-formes médiatiques comme Twitch ou YouTube, en complément d’autres modes de rémunération possibles pour les créateurs de contenus.

Twitch est actuellement devenu le site de live-streaming le plus utilisé. L’étude des pratiques des streamers – dont certains sont usagers de la plate-forme depuis près de dix ans – est donc particulièrement intéressante. Les performances médiatiques que l’on observe actuellement sur Twitch ne ressemblent plus vraiment à celles d’il y a une dizaine d’années. Beaucoup de choses ont changé depuis les premiers temps du live-streaming, où les transmissions en direct pouvaient fréquemment pâtir des capacités réduites des connexions Internet. Avec le déploiement de l’ADSL, puis de la fibre, les possibilités du streaming se sont accrues, nécessitant un savoir-faire technique toujours plus complexe.

Le streamer : un spécialiste de la technique et du spectacle

Les compétences fondamentales des streamers relèvent de la maîtrise de supports informatiques, mais aussi de logiciels indispensables. Le « set up », ou matériel, comporte généralement un ordinateur avec deux écrans, une caméra et un microphone. De plus, la gestion des fonctionnalités de logiciels additionnels et des paramètres de la plate-forme Twitch est déterminante. Streamer, c’est produire et diffuser instantanément une captation audiovisuelle, sous les yeux d’un public qui est là – et qui réagit – en même temps que l’on transmet sa vidéo.

Première étape nécessaire sur Twitch : se créer un compte. Celui-ci permet non seulement de regarder et participer aux streams en direct, mais aussi de lancer son propre live. La plate-forme agit donc comme un intermédiaire ou plutôt un agent de médiation qui capte, enregistre et hiérarchise les données de ses usagers en temps réel. Ce fonctionnement est à la base du modèle économique de la plate-forme, déjà mis en évidence par les chercheurs Vincent Bullich et Benoît Lafon à propos de la plate-forme française Dailymotion.

La deuxième étape complexifie déjà les choses : utiliser seulement Twitch ne suffit pas pour lancer un stream en direct. Il faut recourir à un logiciel de diffusion, comme Twitch Studio ou XSplit ou encore OBS. Ces logiciels permettent la diffusion simultanée de différents flux audiovisuels qui proviennent de la captation de l’écran du jeu vidéo, de la webcam, ainsi que d’un ensemble d’autres incrustations possibles à l’écran comme une bannière, le logo d’un sponsor, le chat diffusé en direct…

Il existe des tutoriels conçus par les streamers eux-mêmes à destination des néophytes qui souhaitent s’initier aux arcanes de l’élaboration d’un stream. Ils y expliquent notamment comment créer ses « overlays » ou ses « scènes » qui désignent la configuration des éléments visuels présents à l’écran lors de la diffusion en direct. Cette deuxième étape – bien plus laborieuse que la première – produit un feuilletage d’éléments visuels qu’il est possible d’organiser en amont, mais aussi de modifier à loisir lors du stream en direct.

Enfin, il est possible de mentionner brièvement une troisième étape qui consiste à produire des vidéos à partir de l’enregistrement du stream et à les mettre en ligne sur YouTube. Elles y sont alors accessibles à tout moment pour les spectateurs qui auraient manqué la diffusion en direct, ce qui constitue un espace de médiatisation complémentaire a postiori.

Le streaming en direct : une grammaire audiovisuelle à maîtriser

Il suffit d’ouvrir la page d’accueil de Twitch pour avoir un aperçu du défi de lecture et de compréhension qu’implique le visionnage d’un stream. Par leurs tentatives plus ou moins réussies et leurs expériences, les streamers ont élaboré au fil des années ce qu’on pourrait qualifier de « grammaire », en empruntant ce mot à Dario Fo quand il évoque la grammaire du masque des acteurs de la Commedia dell’arte. Les streamers se sont dotés de tout un bagage de connaissances qui constituent « un trésor accumulé, fixé par la pratique d’une infinité de représentations », pour reprendre les mots du grand dramaturge italien dans Le Gai savoir de l’acteur à propos des praticiens du théâtre d’improvisation. Cette grammaire relève de différentes strates de savoirs qui permettent de mieux comprendre ce qu’est le live-streaming.

Tout d’abord, il s’agit d’une grammaire gestuelle relative à la façon de se montrer lors d’un stream en direct. Il y a des manières d’annoncer un stream, de se présenter, de gérer la webcam, de parler, d’agir et de réagir dans ce contexte particulier où on est tout à la fois un joueur de jeu vidéo et un animateur. Cela nécessite pour le streamer des capacités d’oscillation de l’attention entre l’écran du jeu vidéo et celui du stream, en particulier avec le chat qui constitue souvent un élément important de la performance de live-streaming. Cette grammaire est également discursive : elle apparaît au sein du chat, mais aussi graphiquement quand on s’intéresse à la construction visuelle de l’écran. Elle réside, entre autres, dans des signes et un lexique dont la signification peut être hermétique à un public non initié.

Bien qu’aucun manuel du live-streaming n’ait encore été édité, on peut constater une forme de rationalisation des pratiques, selon des habitudes qui s’effacent ou s’ancrent durablement dans les usages des streamers et des publics. De nombreux tutoriels insistent ainsi sur l’importance d’acquérir un matériel audio performant : si un écran pixelisé est agaçant, un son qui grésille est considéré comme carrément rédhibitoire pour le spectateur.

Twitch : un agent de médiation qui rassemble des communautés ?

Certains prêtent à Twitch une forte dimension communautaire. En effet, la plate-forme est un agent de médiation qui permet aux individus de se constituer en tant que public et collectif. Les usagers partagent un répertoire de références communes, de plaisanteries récurrentes et d’expressions vernaculaires. En parallèle, des évènements rythment la temporalité des contenus diffusés sur Twitch, comme des compétitions d’Esports ou bien des actions à l’initiative des streamers comme le très médiatisé Z Event, projet caritatif organisé par Adrien Nougaret et Alexandre Dachary. Chaque jeu vidéo, chaque streamer, chaque catégorie ou encore chaque évènement a ses habitudes et ses propres usages.

Toutefois, au-delà du discours sur l’aspect communautaire mis en valeur par la plate-forme elle-même, il est intéressant de réfléchir à l’expérience spectatorielle du streaming en direct, qu’il soit ou non lié au jeu vidéo. C’est peut-être là que se situe l’innovation médiatique de Twitch, en comparaison avec d’autres formes de direct présentes à la télévision, à la radio ou sur d’autres plates-formes numériques comme YouTube. Les contenus audiovisuels issus du live-streaming sont élaborés et diffusés sous les yeux d’un public doté de la possibilité de réagir instantanément. Le streamer et ses spectateurs sont là en même temps et dans un même espace.

La spectatorialité du streaming est liée à cette situation de communication particulière : le spectateur regarde le stream, mais peut aussi écrire dans le chat et s’adresser directement au streamer et aux membres du public. Le streamer, de son côté, doit savoir composer avec ce qui arrive, improviser et rebondir immédiatement selon ce qui se passe et ce qu’il peut lire dans le chat. En tenant compte de la complexité des compétences médiatiques et communicationnelles nécessaires sur Twitch, on peut mieux saisir pourquoi certaines tentatives – comme celles de chaînes télévisuelles ou d’acteurs médiatiques historiquement distincts du monde du live-streaming – ne parviennent pas à convaincre les usagers ordinaires de la plate-forme.

En guise d’exemple et pour conclure, nous pouvons mentionner le récent affrontement qui a opposé Denis Masséglia (LREM) et Ugo Bernalicis (LFI) sur League of Legends. La partie a été filmée sur plateau et commentée par des streamers reconnus. S’il faut admettre la bonne connaissance du jeu par les deux députés, cette double confrontation – à la fois vidéoludique et politique – interroge sur les nouveaux usages du live-streaming.

On peut se questionner sur la façon dont Twitch devient un lieu de fixation d’expérimentations médiatiques qui, tout en affleurant le champ de la communication politique, ne se revendiquent pas comme telles. À l’inverse, de remarquables projets, initiés depuis plus longtemps, soulignent les enjeux politiques et sociaux au sens large qui se jouent sur Twitch. On peut penser à l’association Afrogameuses qui œuvre à une meilleure représentation des streameuses et gameuses noires dans le secteur du jeu vidéo.


Pauline Brouard est doctorante en Sciences de l’information et de la communication, au sein de l’école doctorale Concepts et Langages de Sorbonne Université, et rattachée au laboratoire du GRIPIC. Sa thèse, menée sous la direction de Joëlle Le Marec, s’intéresse à des thématiques relatives à l’anthropologie du numérique, les performances et les fictions médiatiques informatisées.

Pauline Brouard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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MIL OSI – Global Reports

Passeport vaccinal, pass sanitaire… Comment assurer la libre circulation des personnes ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Nathalie Devillier, Professeur de droit, Grenoble École de Management (GEM)

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Dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19, l’Union européenne a guidé les États membres dans l’élaboration de leurs applications mobiles. Cependant, si l’application française TousAntiCovid – dont la première mouture avait soulevé tant de critiques l’an dernier – est techniquement interopérable, comme 21 de ses homologues dans l’Union européenne, sa connexion au certificat européen n’est pas encore effective.

Ce choix de conception n’empêche pas pour autant l’ajout d’une fonctionnalité importante : la certification de l’état vaccinal de son titulaire. Depuis avril, le gouvernement avait en effet annoncé que le statut vaccinal, certifié dans l’application, y serait stocké au format numérique.

Cette fonction a d’abord facilité la circulation des utilisateurs de l’application dans les vols à destination de la Corse et de l’Outremer. Elle va s’étendre désormais aux déplacements au sein de l’Union européenne.

Un réseau pour rendre interopérables les systèmes de santé européens

En avril 2020, la Commission européenne avait explicité différents profils d’application au sein d’une « boîte à outils commune ».

Une déclaration antérieure du Superviseur européen à la protection des données de la Commission européenne et du Comité européen à la protection des données insistait cependant sur l’équilibre à trouver s’agissant des droits et libertés individuelles.

Chaque État membre ayant la responsabilité du traitement de données de son application mobile, il devait en déterminer les fonctionnalités et caractéristiques, y compris en matière d’interopérabilité. Cette dernière exigence permet déjà depuis dix ans aux patients qui se déplacent dans un autre État de l’Union européenne de bénéficier de soins de santé sûrs et de qualité, puis d’être remboursés par leur propre système d’assurance maladie. Ils profitent alors d’un véritable réseau, appelé « Santé en ligne ».

Celui-ci a deux objectifs. Il permet en premier lieu de rendre possible le transfert de données électroniques dans le cadre des soins de santé transfrontaliers (directive Droits des patients en matière de soins transfrontaliers). En second lieu, il a vocation à promouvoir une plus grande interopérabilité des systèmes nationaux de technologies de l’information et de la communication, notamment des applications mobiles de suivi de contacts et d’alerte dans le cadre de la lutte contre la Covid-19.

Ces applications ont la possibilité d’être connectées entre elles depuis le 15 juillet 2020, décision mise en pratique en octobre 2020 avec une passerelle européenne de connexion regroupant 16 d’entre elles. À travers ce réseau « Santé en ligne », les États membres travaillent à l’élaboration d’un ensemble commun harmonisé de données pour les certificats des tests Covid-19 et l’interopérabilité des certificats sanitaires.

Garantir la libre circulation des personnes

Pour limiter la propagation du coronavirus à l’origine de la pandémie, les États membres ont adopté des mesures de restriction à la libre circulation des personnes qui ont eu d’importantes répercussions. Exigences spécifiques, limitations voire interdictions, obligation de se soumettre à une quarantaine ou autoconfinement et tests de dépistage avant/après l’arrivée : les personnes les plus touchées étaient celles devant franchir une frontière quotidiennement, que ce soit pour des raisons professionnelles, éducatives, médicales, familiales ou autres.




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L’absence de formats normalisés et sécurisés a compliqué la vie de ces voyageurs, les documents présentés n’étant pas forcément acceptés. En outre, des rapports ont fait état de documents frauduleux ou falsifiés, ainsi que du déploiement d’un commerce illicite de certificats sanitaires par des individus opportunistes, non seulement à l’aéroport de Luton ou à Paris Charles de Gaulle, mais aussi en Espagne ou aux Pays-Bas – via Snapchat ou WhatsApp.

La vaccination n’est pas une condition préalable à l’exercice de la libre circulation. Il n’y a pas d’obligation d’être vacciné, ni droit à l’être : on est libre de le faire, ou de ne pas le faire. Toute personne doit donc pouvoir se déplacer à travers le monde sans être vaccinée – pour des raisons médicales, ou parce qu’elle ne fait pas partie du groupe cible (enfants), ou parce qu’elle n’a pas encore eu la possibilité de le faire, voire ne le souhaite pas. Si nécessaire dans le pays d’arrivée, il s’agira de se soumettre à des restrictions – un test obligatoire et/ou une quarantaine/un autoconfinement.

Si la problématique de la preuve authentique du statut vaccinal est sur le point d’être résolue grâce à au dispositif de certificat européen, on devra intégrer le principe de non-discrimination afin que les personnes non vaccinées n’en soient pas exclues.

Le certificat européen

En mars dernier, la Commission européenne a proposé ce certificat, gratuit, dans la langue nationale et en anglais, qui serait valide dans tous les États membres. L’accord politique du 20 mai doit à présent être formellement adopté par le Parlement européen et par le Conseil. Le règlement est entré en application le 1ᵉʳ juillet.

Il s’agit d’une preuve numérique ou au format papier attestant qu’une personne a été vaccinée contre la Covid-19, a été testée négative, ou s’est rétablie de la maladie. Cette preuve sera délivrée par des hôpitaux, des centres de test ou des autorités sanitaires avec un code QR qui, une fois scanné, peut être utilisé par tout citoyen.

Peu importe le type de vaccin reçu : le certificat sera accepté dans tous les États membres. Ceux-ci sont également libres de faciliter la circulation de personnes ayant reçu un vaccin qui n’a pas été mis sur le marché européen.

Le certificat vert contiendra le nom, la date de naissance, la date de délivrance, des informations pertinentes sur le vaccin/test/rétablissement et un identifiant unique. Toutes ces données sont régies par l’État qui a généré le certificat : cela signifie qu’elles ne seront pas enregistrées par les autorités de l’État membre où le citoyen se déplace.

Le certificat vert pourrait servir de cadre pour d’autres certificats, comme ceux des tests de dépistage.
JC Gellidon/Unsplash, CC BY

Afin de garantir l’authenticité du certificat, un cachet numérique y sera intégré pour le protéger contre toute falsification. On pourra ainsi vérifier non seulement le statut vaccinal, mais aussi la signature de l’organisme ayant généré le certificat – chaque organisme susceptible d’en délivrer un disposant à cette fin de sa propre clé de signature numérique. Toutes ces données seront stockées dans une base de données sécurisée dans chaque pays, et un portail européen permettra de les vérifier.

D’après la Commission, ce futur cadre devrait également couvrir d’autres certificats délivrés pendant la pandémie : les documents certifiant un résultat négatif à un test de dépistage, ou ceux attestant qu’une personne s’est rétablie après avoir été infectée.

Les personnes non vaccinées pourraient donc bénéficier d’un tel cadre interopérable, ce qui faciliterait leur libre circulation. Et dans le cas particulier des enfants, ils pourraient disposer d’un certificat de test ou de rétablissement obtenu par leurs parents en leur nom.

Le Parlement européen a adopté une position commune lors de sa session plénière des 26-29 avril 2021. Les eurodéputés ont d’ores et déjà fait savoir que le certificat vert ne devrait pas devenir une condition de facto de la liberté d’aller et venir au sein de l’Union.

Faut-il réviser le règlement sur la protection des données ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le partage des données de santé issues des applications mobiles de suivi de la pandémie n’a pas été facilité par le règlement général sur la protection des données (RGPD).

En effet, il est supposé fixer les règles du partage de données de santé pseudonymisées avec des chercheurs situés en dehors de l’Union européenne et de l’Espace économique européen. Mais comme l’a fait remarquer l’eurodéputé Axel Voss, ses dispositions sur la minimisation des collectes de données, la limitation des finalités et le transfert international des données ont rendu ce partage extrêmement difficile.

Dans le cadre de la recherche scientifique, l’échange de données est prévu et explicité par de multiples documents et lignes directrices du Comité européen à la protection des données. Ainsi peut-on lire dans le RGPD que

« le traitement ultérieur […] à des fins de recherche scientifique […] n’est pas considéré, conformément à l’article 89, paragraphe 1, comme incompatible avec les finalités initiales (limitation des finalités) ».

La collecte et la combinaison de données de santé sont toutefois fondamentales pour faire avancer la recherche médicale, améliorer les diagnostics et les traitements. Cette dimension devra être pleinement intégrée au futur règlement sur la gouvernance des données. Un challenge à relever pour la Présidence française de l’Union européenne de 2022.

Nathalie Devillier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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MIL OSI – Global Reports

La nécessaire préservation des savoirs météorologiques traditionnels en Afrique

Source: The Conversation – France (in French) – By Philippe Roudier, Chargé de recherche agriculture, climat et sécurité alimentaire, Agence française de développement (AFD)

Les sociétés africaines traditionnelles ont toujours considéré la nature comme un objet de communion et ont su trouver dans leurs traditions des explications aux changements observés dans leur environnement.

Ce patrimoine de savoirs se transmet de génération en génération sous formes diverses : chants, contes, mysticisme… Avec les pertes de repères dues aux changements environnementaux et le manque de supports écrits, une bonne partie de ces connaissances sont en train d’être perdues, d’où la nécessité de les préserver, notamment celles utilisées dans le secteur agricole.

L’agriculture, un poids lourd économique soumis aux aléas météorologiques

En Afrique subsaharienne, l’agriculture représente toujours un secteur économique prépondérant (15,6 % du PIB et 53 % des emplois, entre autres).

Les cultures qu’on y trouve (coton, maïs, mil, cacao, igname, mangue…) sont très diverses et dépendent beaucoup des conditions agroclimatiques. Cependant, elles possèdent des traits communs comme la forte dépendance à la variabilité pluviométrique : plus de 95 % des superficies cultivées sont en effet non irriguées.

Les activités agricoles (et non agricoles d’ailleurs) sont ainsi intimement liées aux pluies, à leur qualité, leur répartition, etc. Par exemple, l’imminence des premières pluies en début de saison pluvieuse demande une préparation des champs spécifique. En fin de saison, en revanche, lorsque les cultures sont en phase de dessiccation, l’arrivée d’une pluie importante invitera l’agriculteur à hâter sa récolte pour éviter des pertes par pourrissement et re-germination.

Si la saison est attendue comme plutôt humide (ou sèche) par rapport à d’habitude, les exploitants vont également utiliser telle ou telle variété plus adaptée et adapter leurs achats d’engrais en fonction (les engrais azotés ayant une moindre efficacité en cas d’année plutôt sèche).

Il existe encore beaucoup d’exemples de ce type qui montrent qu’une grande partie de l’activité des agriculteurs en Afrique subsaharienne est régie par les événements météorologiques – comme c’est d’ailleurs le cas pour bon nombre d’agriculteurs dans le monde.

L’observation et l’interprétation de phénomènes naturels

Pour pouvoir anticiper ces phénomènes météorologiques, les agriculteurs ont développé depuis des générations des savoirs traditionnels qui se fondent généralement sur l’observation et l’interprétation de phénomènes naturels. Ils utilisent par exemple les changements phénologiques de certaines plantes, le comportement de certains animaux, la présence/position de corps célestes, ou encore l’observation de certains paramètres climatiques à un moment donné pour en prédire d’autres.

Ces connaissances, qui se transmettent de génération en génération par voie orale, permettent de prévoir aussi bien la pluie dans les prochains jours que les grandes tendances des mois à venir, ce qu’on appelle des prévisions saisonnières. Par exemple, les Afar en Éthiopie observent que la floraison de plusieurs types d’acacias indique l’arrivée prochaine des pluies ; des prévisions de ce type impliquant la floraison – ou l’apparition de fruits – pour des espèces locales se retrouvent d’ailleurs dans plusieurs régions africaines.

Le comportement de nombreux animaux est également scruté avec attention : dans le bassin arachidier sénégalais, le coassement des grenouilles après une pluie importante indique que la pluie va continuer dans les jours à venir.

En termes de prévisions saisonnières, les températures lors de la saison sèche sont un indicateur souvent utilisé : des températures anormalement élevées pendant la période de fin février à début mai sont un indicateur d’une saison pluvieuse (quelques mois plus tard) pour les agriculteurs burkinabè de Bonam.

Les prévisions sont ainsi très dépendantes du contexte local, où jouent d’autres facteurs comme les sols, l’orographie, la végétation. Enfin, les astres permettent également de se situer dans le calendrier cultural. Au Burkina Faso, la position de la Grande Ourse, qui ressemble à une houe de plantation, indique la bonne période pour semer le sorgho : elle commence quand la houe est orientée vers le sol en juin et se termine lorsqu’elle est positionnée comme appuyée au mur début août. Ces savoirs liés aux étoiles requièrent cependant une grande expérience et sont pour cette raison plutôt réservés aux anciens.

Ces prévisions sont-elles fiables ?

La question de la fiabilité de ces prévisions traditionnelles, difficiles à quantifier et donc à évaluer, se pose souvent quand elles sont analysées au travers du prisme des connaissances météorologiques scientifiques et la difficulté se trouve aussi sur leur quantification. Leurs usagers reconnaissent sans problème qu’une erreur est toujours possible.

En Tanzanie, 55,8 % des personnes interrogées jugent cependant les systèmes de prévision traditionnels comme fiables (24,7 % les considèrent plutôt fiables et 15,6 % pas fiables) alors que les agriculteurs du Nord du Ghana soulignent que leurs prévisions saisonnières sont de bien plus mauvaise qualité que celles sur quelques jours. Au Zimbabwe, une évaluation des savoirs traditionnels a montré une précision de qualité, avec même plus de fiabilité au niveau local que les prévisions scientifiques.

Pourtant, plusieurs études soulignent que ces connaissances traditionnelles ont tendance à être de plus en plus remises en question localement. Les explications à ce phénomène varient : on invoque souvent le dérèglement climatique qui rend invalides les connaissances et les repères locaux, la détérioration des écosystèmes qui fait disparaître les indicateurs ou les rend caducs, ou bien encore les systèmes éducatifs changeants et le poids de plus en plus important de la culture occidentale, ce qui rend les connaissances traditionnelles peu attirantes pour les nouvelles générations.

Combiner prévisions scientifiques et traditionnelles

Dans ce contexte, on comprend que des prévisions scientifiques telles que véhiculées par les services météorologiques nationaux ont un rôle à jouer pour compléter la gamme d’outils à la disposition des agriculteurs africains.

Loin de les percevoir comme des prévisions se substituant à leurs connaissances traditionnelles, ceux-ci y voient plutôt, lorsque l’intégration est bien faite, une nouvelle source d’information qui pourrait enrichir leur panel d’indicateurs fondés sur la tradition. Ces indicateurs se fondent sur les variations de phénomènes naturels, liées à la variation du climat à échelle grande ou locale. Et la science moderne, à travers ses instruments, capte ces mêmes variations. Les deux peuvent bien être combinés si des études comparatives sont menées. Cette combinaison pourrait augmenter le taux d’adoption par les communautés et la confiance qu’elles portent aux stratégies d’adaptation y afférant.

Ainsi, lorsque les prévisions saisonnières scientifiques sont accessibles aux agriculteurs, elles sont utilisées dans 74 % des cas, selon la moyenne établie par six études. Mais dans la plupart des cas, les agriculteurs n’abandonnent pas leurs systèmes traditionnels car cela leur permet de tirer « le meilleur des deux mondes ».

Comme le démontrent certaines études, la combinaison des deux systèmes de prévision en un seul permet d’obtenir in fine une prévision que 93 % des agriculteurs ghanéens sondés préfèrent aux prévisions traditionnelles ou scientifiques, prises isolément : le scepticisme de beaucoup de scientifiques par rapport à ces connaissances endogènes de nature orale, non quantitative et parfois mystique est finalement l’une des barrières majeures à l’utilisation effective des prévisions traditionnelles. C’est pourquoi il est fondamental, pour les projets cherchant à développer l’utilisation des prévisions scientifiques de ne plus opposer sciences et traditions et de commencer cette intégration en documentant les savoirs traditionnels, leurs modes d’apprentissage et leur rôle dans la société.

Ousmane Ndiaye est Directeur de l’Exploitation de la Météorologie à de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie (ANACIM) du Sénégal.

Philippe Roudier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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MIL OSI – Global Reports

Débat : À quoi sert l’agrégation ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Yves Verneuil, Professeur des Universités en sciences de l’éducation, Université Lumière Lyon 2

Avec la création d’une spécialité en numérique et sciences informatiques au lycée, l’Éducation nationale a lancé en 2020 une filière de Capes dédiée au recrutement des enseignants chargés de ces cours. Et voilà qu’à partir de 2021, les étudiants qui le souhaitent pourront aussi se préparer à l’agrégation externe en informatique, donc la première session sera organisée en 2022. Consécration pour cette discipline nouvelle ? Et signe que cette institution vénérable qu’est l’agrégation sait se renouveler selon les exigences de l’époque ?

Le concours de l’agrégation a en effet une longue histoire sur laquelle il convient de revenir pour mieux comprendre les débats actuels sur le recrutement des enseignants du secondaire. Créé une première fois en 1766, ce concours a été recréé en 1821. Originellement, il avait pour but de recruter des professeurs remplaçants, destinés à succéder aux professeurs titulaires. Mais, par la suite, les agrégés sont devenus les professeurs de référence de l’enseignement secondaire, et même, pendant longtemps, les candidats privilégiés à des postes dans l’enseignement supérieur.

Avant 1950 et la création du CAPES, l’agrégation était le seul concours de recrutement des professeurs de l’enseignement secondaire (excepté en langues vivantes et dans l’enseignement secondaire féminin). Elle pouvait donc être valorisée en tant que concours fondant une certaine indépendance des professeurs par rapport à l’« arbitraire » administratif. Les autres professeurs étaient en effet recrutés sur la base de la licence, au choix de l’administration.

Académisme en question

De fait, l’agrégation n’a jamais suffi à assurer le recrutement des professeurs du secondaire car, dès le XIXe siècle, les jurys ont tenu à lui donner un haut niveau scientifique. Ce système permettait d’encourager les professeurs non agrégés à renforcer leurs compétences en préparant le concours, condition pour acquérir les avantages octroyés aux agrégés (temps de service inférieur, mais traitement supérieur).

La création du CAPES n’a pas fondamentalement modifié cette situation. Elle l’a au contraire rendue plus visible, puisqu’il existe dès lors deux concours pour la même fonction. Depuis 1988, le concours de l’agrégation interne, en particulier, joue ce rôle incitatif. Seul changement : ce ne sont plus complètement les mêmes compétences que doivent acquérir les candidats, puisque l’agrégation interne comprend des épreuves de didactique.

Pour sa part, l’agrégation externe continue d’être de nature exclusivement scientifique. Mais ses partisans considèrent que les qualités dont ont dû faire preuve ses lauréats, tant à l’écrit qu’à l’oral, fondent les compétences qui permettent de devenir un bon professeur.

Ce point de vue n’a jamais fait l’unanimité. À la fin du XIXe siècle, par exemple, l’historien Ernest Lavisse trouve le concours de l’agrégation trop académique, insuffisamment professionnel. Est-il vraiment adapté à sa fonction ? Ne recrute-t-on pas des conférenciers plus que des pédagogues ? Le niveau scientifique de l’agrégation ne relève-t-il pas davantage de l’enseignement supérieur que de l’enseignement secondaire, sa véritable destination ?

Entre secondaire et supérieur

Certains vont plus loin : trop savants, les agrégés seraient incapables de se mettre à la portée de leur public d’élèves du secondaire, surtout dans les petites classes. Cette critique a été renforcée par la démocratisation/massification de l’enseignement du second degré. Archaïque et élitiste, l’agrégation ne serait plus adaptée aux nouveaux publics scolaires.

Pire : la figure de référence que continuent de représenter les agrégés ralentirait l’indispensable processus de professionnalisation des concours de recrutement des enseignants du second degré (l’agrégation externe est d’ailleurs épargnée par les réformes qui concernent le CAPES). Elle maintiendrait l’idée que le meilleur professeur est celui qui maîtrise le mieux sa discipline, alors que bien d’autres compétences sont nécessaires, notamment l’aptitude à travailler en équipe.

Au demeurant, n’est-ce pas sur le terrain, et non à la suite d’un concours, que l’on prouve sa compétence ? Croire que l’on est un bon professeur parce que l’on est agrégé, ce serait comme croire que l’essence précède l’existence.

Ces critiques profitent évidemment aux revendications des professeurs non agrégés, qui peuvent s’appuyer sur le principe « à travail égal, salaire égal ». « Le Comité anti-agrégation » né après mai 1968 estimait au reste que la fonction de l’agrégation, en créant une hiérarchie entre les professeurs et en semblant la légitimer, était de permettre de sous-payer les non agrégés.

La place des agrégés serait-elle dans l’enseignement supérieur ? Certainement pas, estiment ceux qui considèrent que l’enseignement dans le supérieur doit être fécondé par des travaux de recherche. De fait, la légitimité des « prag » est aujourd’hui contestée : elle serait source de « secondarisation » de l’enseignement supérieur, et le recrutement des Prag servirait seulement des motifs d’économies (un Prag doit un service deux fois supérieur à celui d’un enseignant-chercheur).

Avenir en question

Trop savant pour le second degré, lauréat d’un concours n’accordant pas de place à la recherche, l’agrégé, au fond, n’aurait de place nulle part. Il faudrait donc supprimer l’agrégation. C’est d’ailleurs l’opinion du SGEN depuis 1989.

Évidemment, les partisans de l’agrégation ne sont pas d’accord. Ils déplorent que l’on compare toujours le mauvais professeur agrégé et le bon professeur non agrégé. Trop savants, les agrégés ? Il faut savoir beaucoup pour enseigner même les bases, car c’est la hauteur de vues qui permet de donner du sens aux enseignements. Incapables d’interdisciplinarité ? Assimiler haut savoir disciplinaire et enfermement disciplinaire est un sophisme.

Pas assez formé du point de vue pédagogique ? Mais après le concours, les agrégés suivent la même formation que les certifiés dans les INSPE (instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation) : ils ont juste prouvé en plus leur excellence disciplinaire. Comment considérer que cela puisse être un élément négatif ? L’agrégé n’est nulle part à sa place ? Mais qui peut le remplacer en CPGE ? Et comment peut-on à la fois mettre en doute la compétence des agrégés dans le second degré et régulièrement dénoncer le fait que les agrégés seraient concentrés dans les « meilleurs » établissements, pas assez présents dans ceux de banlieue ?

Le problème de l’agrégation est qu’elle a une triple fonction : recrutement de professeurs du second degré, promotion interne et parfois critère de sélection (aujourd’hui encore dans les disciplines littéraires) pour un poste en université. Comment trancher ce nœud gordien ? Comment concilier l’existence, depuis 1972, d’un mode d’accès sur liste d’aptitude (donc sans concours) au corps des agrégés (un septième du corps) et l’institution, en 2016, d’un « concours externe spécial » réservé aux titulaires du doctorat ?

Avec ses épreuves de didactique, l’agrégation interne tend à secondariser le concours, alors que l’horizon d’attente de nombreux lauréats du concours externe est l’enseignement supérieur. La menace ? C’est… la désagrégation. Statutairement, les agrégés doivent assurer leur service dans les CPGE, dans les classes de lycée, et, exceptionnellement, dans les classes de collège. Mais un sur cinq enseigne en collège. Sont-ce les mêmes compétences qui sont exigées d’un professeur de collège et d’un Prag ? Est-ce la même chose d’être agrégé sur liste d’aptitude exerçant en collège et titulaire de l’agrégation externe exerçant en CPGE ?

La solution réside sans doute dans un resserrement de la place des agrégés, des classes terminales des lycées au niveau licence. Ce serait conforme à l’objectif officiel du continuum bac-3/bac+3. Mais les syndicats du second degré s’opposent au retrait total des agrégés des collèges, craignant que la dissociation des fonctions entre agrégés et certifiés ne nuise à la progressive acquisition des avantages des agrégés par les non agrégés. C’est donc le statu quo. Mais aussi, parallèlement, la disjonction progressive entre les épreuves du CAPES, de plus en plus « professionnelles », et celles de l’agrégation externe, restées scientifiques. Et cela pour une fonction à peu près identique.

Yves Verneuil ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Débat : À quoi sert l’agrégation ? – https://theconversation.com/debat-a-quoi-sert-lagregation-163607

MIL OSI – Global Reports

Total et l’éolien offshore, se diversifier pour survivre

Source: The Conversation – France (in French) – By Sylvain Roche, Docteur en sciences économiques, enseignant-chercheur associé, transition énergétique et territoriale, Sciences Po Bordeaux

Depuis les années 1970, les majors du pétrole s’intéressent aux énergies dites alternatives. C’est par exemple le premier choc pétrolier qui incita le groupe Esso à créer la Solar Power Corporation en 1973. Plus tard, en 1981, BP suivra avec BP Solar, puis Total en 1983 et Shell en 1984.

La crise sanitaire, couplée à une crise énergétique inédite, a donné un coup d’accélérateur aux politiques de décarbonation à l’échelle mondiale. Pour l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le pétrole pourrait chuter de 75 % d’ici à 2050 alors que l’éolien et le solaire pourraient représenter 70 % du mix énergétique à cette échéance.

Un signal fort envoyé aux États et industriels du pétrole à quelques mois de la COP26 sur les changements climatiques. Actant ce changement de paradigme tout en annonçant une perte de 7 milliards d’euros en 2020, le groupe Total est devenu « TotalEnergies » en mai dernier, avec l’adoption d’un nouveau logo pour symboliser sa mue.

L’objectif affiché ? Devenir un énergéticien, un « major de l’énergie responsable », avec l’ambition que les énergies renouvelables atteignent 40 % du total de ses ventes dans le monde d’ici à 2050.

Au moment où l’électricité est présentée comme « l’énergie de l’avenir », le pétrolier compte notamment s’appuyer sur le développement des éoliennes offshore, fruit d’un long processus de diversification industrielle entamé il y a plus de 20 ans.

En 2003, son premier parc éolien en France

Face aux nouvelles réglementations environnementales (le protocole de Kyoto est signé en 1997) et la forte croissance de la consommation énergétique, l’éolien jouit d’un regain d’intérêt au tournant des années 2000. En France, du fait des engagements européens en faveur du renouvelable, un objectif de production entre 2 000 et 6 000 mégawatts éolien d’ici à 2007 est inscrit au Journal officiel le 18 mars 2003 (soit 1 000 à 3 000 turbines éoliennes), provoquant un véritable appel d’air pour la filière.

Anticipant un déclin du pétrole dans la décennie 2020, tout en essayant de gommer son image de pollueur (l’Erika fait naufrage le 12 décembre 1999), Total créait en 2000 une direction chargée de développer la production d’énergie « verte » pour mener des expérimentations sur les différentes familles qui composent le secteur bourgeonnant des énergies renouvelables.

La multinationale inaugure en 2003 son premier parc éolien à Mardyck dans le Nord (12 MW) et porte dans l’Aveyron le plus grand projet éolien terrestre de France de l’époque (90 MW).

L’énergie éolienne est alors présentée comme « une des façons les plus naturelles d’avancer » par l’entreprise.

En 2019, le retour avec l’éolien flottant

Conscient du potentiel possible de l’éolien en mer (plusieurs parcs sont déjà installés en Europe), Total cherche à développer un projet au large de Dunkerque en coopération avec Shell (90 MW) dès la fin des années 1990.

Ayant la mainmise sur les activités énergétiques en mer, les majors du pétrole entendent alors bloquer le marché naissant de l’éolien offshore à de nouveaux entrants, comme les énergéticiens et les industriels de l’éolien terrestre.

Projet mort-né (car non retenu lors de l’appel d’offres de 2004), l’échec de Dunkerque maque le retrait de Total (et des pétroliers et parapétroliers) dans l’éolien offshore en France.

L’année 2019 marque son retour sur ce marché lorsque l’entreprise se porte candidate au nouveau projet éolien au large de Dunkerque (600 MW). Mais c’est surtout dans la filière naissante de l’éolien flottant que Total se positionne, en devenant actionnaire à 20 % du projet pilote de ferme éolienne flottante EolMed située en Méditerranée (30 MW).

EolMed – Appel aux énergies positives (EolMed, le 25 janvier 2016).

À l’international, Total investit dans un portefeuille de 2 GW d’éolien flottant en Corée du Sud et s’installe au Royaume-Uni avec le projet Erebus (100 MW).

Une stratégie de diversification industrielle

Les nouveaux objectifs environnementaux des années 2010, notamment l’accord de Paris sur le climat en 2015, vont mener Total à reconsidérer sa stratégie en amplifiant sa diversification vers les énergies renouvelables. Celle-ci se concrétise notamment avec sa branche Gaz Renewables & Power créée en 2016.

Cette politique de diversification de redéploiement se veut à la fois une réaction forcée à la contrainte carbone et un relais de croissance future. Pour y arriver, Total envisage d’investir 60 milliards de dollars dans le bas carbone au cours des dix prochaines années. Cette stratégie tournée vers les renouvelables passe notamment par des investissements dans l’éolien flottant.

D’un côté, les dividendes liés au pétrole entraînent un accroissement important des marges d’autofinancement des compagnies pétrolières (200 milliards d’euros de revenus en 2019 pour Total, pour 11 milliards d’euros de bénéfice), leur permettant d’investir dans des projets avant-gardistes à fort potentiel (comme EolMed en Méditerranée) et de racheter des sociétés expérimentées déjà établies (comme Global Wind Power pour Total ou encore Eolfi pour Shell).

D’un autre côté, la prédictibilité des revenus issus de l’éolien en mer sur plusieurs années, moins cycliques que ceux du pétrole car moins liés aux incertitudes de la demande, peut rassurer les investisseurs.

Encourager les effets de synergies

Cette vision économico-stratégique se veut être une diversification liée qui cherche à produire des effets de synergies entre des activités existantes (cross-sector opportunitites), afin de bénéficier d’un avantage concurrentiel rapide.

La diversification horizontale doit produire des interactions entre l’activité principale (le pétrole) et un domaine connexe (l’éolien en mer) via des transferts technologiques. Les économies de champ qui en découlent doivent couvrir plusieurs domaines en partageant des compétences clés, comme le transport logistique, la construction des parcs éoliens et les opérations de maintenance en mer.

Les flotteurs et les systèmes d’ancrage font partie des technologies développées pour les parcs pétroliers offshore réexploitables dans l’éolien flottant.

Selon une étude britannique, la diversification de l’industrie du Oil & Gas serait directement profitable à 24 secteurs, dont l’éolien offshore et les énergies marines. L’Agence internationale de l’énergie estime que les synergies de coûts entre les activités pétrolières et celles dans l’éolien marin s’élèvent à 40 %.

Opportunisme ou vraie mutation ?

Les acteurs pétroliers et parapétrolier semblent tombés sous le charme, malgré eux, des green tech (solaire, bornes de recharge pour les véhicules électriques, biocarburants, l’hydrogène vert, éolien offshore…).

Le pouvoir de blocage historique des énergies fossiles (carbon lock-in) s’effrite de plus en plus. Les attentes de la société civile étant à l’image de l’urgence climatique, l’entreprise Total est attendue au tournant et reste sous le feu des critiques des associations écologiques.

Même si l’effort est souligné, le discours reste peu convaincant pour de nombreuses associations environnementales face à la réalité du terrain et des sommes engagées dans les différentes filières énergétiques.

Les investissements des sociétés pétrolières et gazières dans les technologies bas carbone, 2015-2020.
Bloomberg NEF, 2021

Total s’est engagé en 2020 dans un chantier pétrolier monumental de 10 milliards de dollars en Ouganda. Un an auparavant, le groupe lançait au Nigeria la plus grosse plate-forme pétrolière offshore flottante de son histoire pour un coût de 16 milliards de dollars.

Entre opportunisme commercial et véritable mutation industrielle, le pétrolier français se plairait donc à cultiver une forme de paradoxe sur ses réelles intentions, marquée par une différence de traitement entre ses objectifs écologiques européens (sous contraintes règlementaires) et les pays du Sud.

Rappelant la nécessité d’agir rapidement afin de respecter les objectifs bas carbone, l’AIE a demandé aux acteurs de l’énergie à renoncer dès maintenant à tout nouveau projet pétrolier ou gazier, après ceux déjà approuvés.

Évolution de l’approvisionnement en pétrole afin de respecter l’Accord de Paris.
IAE, 2021

Cette déclaration sonne comme un coup dur pour Total qui déclare vouloir être « dans le top 5 mondial des supermajors de l’énergie verte » mais qui parallèlement poursuit ses prospections pétrolières et gazières dans les coins les plus reculés et fragiles du monde, comme en Arctique.

Il faudra donc bien plus que des mots pour refondre l’image d’une « supermajor » de l’énergie qui figure toujours parmi les plus polluantes de la planète.

Muter pour ne pas mourir

La puissance financière des majors du pétrole fait qu’elles ont aujourd’hui la possibilité d’être les locomotives de la transition énergétique – 100 milliards d’euros de valorisation pour Total.

Du fait de leurs activités polluantes et leurs capitaux, elles ont la main sur le levier de vitesse et l’agenda. Toujours au cœur du système énergétique, les pétroliers exercent un effet aspirant sur de multiples secteurs d’activités.

En mer du Nord, la diversification industrielle engagée depuis les années 2000 ressemble à une stratégie de survie pour pallier la fin de « la civilisation fossile ». Le positionnement central des acteurs du pétrole et du gaz dans le secteur de l’éolien en mer est un des facteurs explicatifs du développement rapide de l’éolien offshore au Royaume-Uni depuis les années 2000.

Fondée en 1972 pour exploiter le pétrole et le gaz, l’entreprise danoise Ørsted est aujourd’hui devenue un des leaders planétaires de l’éolien offshore, tout en gagnant le titre de « société la plus soutenable du monde » en 2020.

Ørsted ranked the most sustainable company in the world (2020) (Ørsted, le 21 janvier 2020).

A contrario, au même moment, le groupe Shell était condamné par le tribunal de La Haye à réduire drastiquement ses émissions de CO2 d’ici à 2030, générant une insécurité juridique et poussant les actionnaires de Total à réagir rapidement. En février dernier, le tribunal judiciaire de Nanterre se déclarait compétent pour juger la démarche contentieuse engagée en 2020 par 14 collectivités et 5 associations contre Total pour « inaction climatique ».

L’historien canadien Vaclav Smil estime qu’il a fallu plus 80 ans au pétrole pour qu’il contribue à hauteur de 25 % à l’approvisionnement mondial en énergie. Les majors de l’or noir auront 30 ans pour faire la plus grande mutation de leur histoire.

Sylvain Roche ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Total et l’éolien offshore, se diversifier pour survivre – https://theconversation.com/total-et-leolien-offshore-se-diversifier-pour-survivre-163124

MIL OSI – Global Reports

Packaging et art contemporain : je t’aime, moi non plus

Source: The Conversation – France (in French) – By Nil Özçaglar-Toulouse, Professeure des universités, LUMEN (ULR 4999), Université de Lille

SupermARTché de Chloé Ruchon, Forum Ouvert Oeuvres et Recherches (FOOR) 2021, Espace culture de l’Université de Lille 2021 Chloé Ruchon

Alors que le Sénat a adopté, le 29 juin dernier, le projet de loi Climat et résilience, le packaging est pointé du doigt pour ses conséquences négatives sur la planète. La directive (UE) 2018/852 relative aux emballages et aux déchets réclamait déjà la disparition du packaging, si celui-ci n’assure aucune fonction technique. L’article 11 du projet de loi Climat et résilience va dans le même sens et incite les entreprises à privilégier la vente en vrac de leurs produits.

Malgré la crise environnementale qui signe la fin du packaging, la crise sanitaire semble avoir stimulé l’utilisation des emballages par les consommateurs, notamment pour des achats à emporter. Selon le sondage IFOP du 16/06/2020, six Français sur dix considèrent l’emballage comme « extrêmement ou très utile » et cette proportion est encore plus importante chez les seniors âgés de 65 ans et plus. Si huit Français sur dix indiquaient privilégier avant la pandémie des produits avec moins d’emballage (et un sur trois de manière régulière), 40 % d’entre eux déclarent acheter davantage de produits avec emballage depuis la crise. « Une différence de comportement qui s’explique par la fonction sécuritaire qu’apporte l’emballage et qui semble vouée à perdurer » commente l’étude qui précise qu’un français sur deux continue d’acheter des produits avec moins d’emballage.

A quoi sert le packaging ?

Sa première fonction est la protection. Il permet de protéger le produit de l’environnement extérieur, d’empêcher le vol ou la consommation du contenu avant l’acte d’achat, de limiter les détériorations du conditionnement ou du produit. Sa conception doit également intégrer la sécurité du consommateur, la conservation des qualités organoleptiques et nutritionnelles du produit, la prise en compte de l’environnement et les praticités d’usage du produit.

De nombreuses innovations portent sur les facilités d’usage du produit et/ou constituent un levier important dans la démarche de Responsabilité Sociétale des Entreprises et de développement durable. A cet effet, le Conseil National de l’Emballage rappelle les huit leviers permettant la prévention par réduction à la source des emballages : faire évoluer la conception du produit, modifier le procéder de conditionnement, concevoir différemment l’emballage, simplifier le système d’emballage, bénéficier des évolutions techniques des matériaux, améliorer la mise en œuvre des matériaux et optimiser la palettisation des produits.

Le packaging est utilisé comme levier d’action marketing : il constitue un des signes de la marque en remplissant de nombreuses fonctions commerciales : théâtraliser le linéaire, capter l’attention du consommateur et favoriser l’impulsion d’achat, enrichir les identités visuelle, olfactive ou sonore de la marque, donner des informations utiles ou légales sur le produit. Ces fonctions commerciales sont apparues avec l’évolution de la société de consommation et font du packaging un objet design.

Un terrain d’expérimentation

Le packaging des Produits de Grande Consommation (PGC) est la source d’inspiration, la matière première de nombreux artistes contemporains. Ces détournements reposant sur la transgression et l’expérience des limites, les significations sociopolitiques et le ludisme peuvent être regroupés en trois types d’expressions artistiques :

Dans une démarche de synthèse, l’œuvre « SupermARTché » est née d’une collaboration entre une artiste plasticienne, Chloé Ruchon, et des chercheurs en marketing du laboratoire LUMEN dans le cadre du programme AirLab à l’Université de Lille. Cette œuvre immersive, dans laquelle on peut déambuler, récupère les codes du supermarché : on y trouve des rayons remplis avec des packagings détournés, une caisse automatique, des caddies… SupermARTché devient un espace à penser sur les défis environnementaux. Elle interroge notre consommation quotidienne : l’importance de l’emballage dans notre achat, les déchets que l’on fabrique dans notre consommation usuelle, les types de consommations essentielles ou non essentielles… Elle joue sur le marketing expérientiel, propose de vivre le supermarché comme une expérience culturelle et invite le spectateur-consommateur à poser son regard sur des choses normalement imperceptibles.

SupermARTché de Chloé Ruchon, FOOR 2021, Espace culture de l’Université de Lille.

Le packaging est au cœur des réflexions proposées par l’installation : Pourquoi jette-t-on un emballage ? L’emballage peut-il évoluer grâce à une réinterprétation artistique ? Peut-il devenir un espace d’expression pour le consommateur ? L’art contemporain tente ainsi de lui attribuer une nouvelle valeur, et incite le spectateur-consommateur à le garder et le réutiliser.

La collaboration entre art et recherche mentionnée dans cet article est financée par le programme AirLab, Artiste en Immersion Recherche dans un LABoratoire à l’Université de Lille. La recherche devient ainsi une source d’émergence de projets artistiques innovants. Et l’art à son tour développe le regard critique du chercheur sur son objet de recherche et favorise sa créativité, notamment en ce qui concerne la diffusion des savoirs

ref. Packaging et art contemporain : je t’aime, moi non plus – https://theconversation.com/packaging-et-art-contemporain-je-taime-moi-non-plus-163319

MIL OSI – Global Reports

Les tiers-lieux, une solution au télétravail subi ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Ingrid Nappi, Professeur, titulaire de la Chaire « Immobilier & Développement Durable » et de la Chaire « Workplace Management », ESSEC

Les périodes de déconfinement rappellent les salariés aux bureaux, parfois selon des formules hybrides, de façon un peu expérimentale. Un mélange entre télétravail et instauration du flex office a pour l’heure les faveurs des entreprises, qui optimisent par là même leur charge immobilière. Dans un flex office, personne n’a de bureau attitré : chacun s’installe, comme à la bibliothèque, là où il trouve de la place. Cette pratique déplaît à la majorité des salariés et se montre inadaptée au contexte sanitaire.

L’avenir du bureau peut alors se chercher du côté des tiers-lieux, qui se posent comme une alternative aux déçus du télétravail. Répondant à des enjeux territoriaux, environnementaux et sociaux, ils suscitent l’intérêt des promoteurs immobiliers et des décideurs politiques.

Les sénateurs de la majorité ont d’ailleurs proposé en février dernier l’instauration d’un « ticket-bureau » susceptible d’accompagner l’essor de la fréquentation des tiers-lieux sous le parrainage des employeurs. Il s’agirait de reprendre le modèle du ticket-restaurant déjà en place.

Dans le cadre de sa troisième enquête « Mon bureau post-confinement », la Chaire Workplace Management de l’ESSEC Business School a enquêté sur les rapports recomposés aux espaces de travail à l’aune de l’expérience désormais bien plus répandue du télétravail, parfois subi, parfois souhaité.

Cette enquête sur les représentations liées à l’immobilier de bureau fait le point sur l’appréhension des tiers-lieux par les salariés selon les facteurs sociologiques susceptibles d’influencer leur expérience.

Elle a été réalisée entre le 21 et le 30 avril 2021 en ligne, auprès d’un échantillon de 1868 employés et utilisateurs de bureaux. Parmi eux, 58 % de femmes et 42 % d’hommes, âgés en moyenne de 39 ans. 75 % appartiennent à la génération Y (nés entre 1984 et 1996).

Quel bureau idéal ?

Interrogée sur sa vision d’un bureau idéal et adapté à ses besoins post-confinement, une très nette majorité (près de 80 %) de l’échantillon s’accorde sur une préférence pour le bureau attitré, qu’il soit fermé (63 %) ou en open space (16 %). Les espaces de travail non attribués ne reçoivent, eux, que 9 % des suffrages, autant que le télétravail exclusif à domicile.

Comme pour ce qui est du vécu du télétravail, des distinctions apparaissent cependant entre individus selon leur âge ou leur position hiérarchique. Alors que le bureau fermé séduit plus de la moitié de l’échantillon et accorde toutes catégories sociales, les avis divergent sur les autres espaces de travail.

Les flex office ne sont pas forcément populaires auprès des salariés qui apprécient d’avoir un poste attitré.
CC BY-SA

Les plus jeunes se montrent plus attirés que leurs aînés par le coworking (6,4 % contre 3 % environ parmi le reste de la population). En revanche, ils se montrent moins enclins au télétravail exclusif à domicile (4 % chez les Z, environ 10 % pour les X et les Y, et 7 % pour les baby-boomers).

Leur appétence relative pour le coworking souligne que ce n’est pas tant la fréquentation du bureau en tant que telle, que l’émulation et la concentration qu’on y trouve auprès d’éventuels collègues ou partenaires de travail qui les motive à retrouver des conditions matérielles plus encadrées.

Cela est confirmé d’ailleurs par leur réponse à la question suivante : « selon vous, quel sera l’intérêt principal de retourner au bureau dans le monde post-Covid-19 ? ». À cette question, les plus jeunes choisissent davantage que la moyenne les arguments de la concentration (15 %) et de la créativité (12 %), arguments qu’il attribuent également aux tiers-lieux.

La grande majorité de l’échantillon, toutes tranches d’âge confondues, sélectionne en premier lieu l’argument de la sociabilité : « c’est un lieu de rencontre, d’échange, de convivialité avec les collègues », ce qui marque, loin d’un engouement supposément massif pour le télétravail, l’expression d’un manque de tissu social associé à l’espace de travail.

Le télétravail, de moins en moins populaire

En 2020, les premières semaines de confinement ont donné lieu à des spéculations sur l’avenir radieux du télétravail, sur la solution miracle que représenterait le flex office, ou encore sur la mort prédite du bureau traditionnel.

Aujourd’hui, la tendance que l’on mesure s’avère défavorable aux alternatives les plus impersonnelles et favorable au bureau fermé et attribué. La popularité du télétravail chute fortement et passe en dessous des 10 %, alors qu’elle avoisinait les 25 % lors du premier confinement.

L’alternative du coworking reste de son côté très peu envisagée par les répondants de cette enquête et ne dépasse jamais 5 %. Très peu d’entre eux déclarent toutefois avoir expérimenté cette solution auparavant (1,4 % de l’échantillon). 30 % de ceux qui l’ont testée la désignent comme idéale, ce qui en fait, à leurs yeux, le meilleur type d’espace de travail, devant tous les autres. Cette portion de l’échantillon reste principalement composée d’indépendants et de prestataires ou de cadres.

Pourtant, entre le domicile et le lieu de travail, le tiers-lieu se place en contrepoids de la relocalisation domestique du travail qu’ont occasionnée les épisodes de confinements. Les réticences et les motivations exprimées à l’égard de ce type de lieux trouvent un écho dans les expériences positives et négatives que cette année de confinements a permis d’acquérir.

Entre la créativité qu’y trouveraient les plus jeunes, l’espace qu’y trouveraient les moins bien logés, les ressources matérielles et numériques qu’y trouveraient les plus âgés, et la proximité qu’il permettrait, le tiers-lieu est en mesure de s’intégrer pleinement aux habitudes des travailleurs, quelle que soit leur profession. Encore faut-il qu’il prenne la forme adaptée aux publics qu’il vise.

Nécessaire démocratisation

À l’heure actuelle, si les tiers-lieux restent méconnus et si peu investis par les employés, c’est probablement en raison de l’homogénéité sociologique qui y est associée et qui s’avère même performative, comme le montre l’enquête. Les tiers-lieux ont pris principalement la forme d’espaces de coworking concernant dans un premier temps les indépendants, les autoentrepreneurs ou les start-up, et dans un second temps les salariés des entreprises du numérique.

La méconnaissance de ce paysage ralentit son expansion. L’appellation recoupe en effet plusieurs réalités et ne se résume plus à l’espace de coworking, s’adressant à une cible jeune, créative, free-lance et urbaine. Aujourd’hui, la constellation des formes que prennent les tiers-lieux répond à des besoins identifiés et distincts, tant en termes de métiers que de réalités sociales.

Pour se déployer dans les meilleurs termes, la solution du tiers-lieu doit être plébiscitée notamment par les salariés et donc se démocratiser. Il faudra pour cela qu’elle dépasse l’image dominante du coworking et révèle ses autres facettes. À cette fin, elle devra d’une part faire l’objet d’une campagne de familiarisation auprès des publics visés, et d’autre part s’adapter à la diversité de ce public et à la diversité de ses attentes.

Une journée en tiers-lieu

Puisque les modes d’organisation du travail deviennent mixtes, nous proposions par ailleurs aux enquêtés d’établir la répartition d’une semaine idéale selon eux, en choisissant la distribution de leurs jours de travail sur un éventail de trois lieux (domicile, bureau, tiers-lieu). Les résultats obtenus confirment un besoin d’équilibre entre les formes de bureaux et les vertus professionnelles qui leur sont prêtées.

Toutes catégories confondues, les répondants à l’enquête optent majoritairement pour une partition relativement équilibrée entre travail au bureau (plus de 2 jours et demi) et travail à domicile (2 jours), additionnée d’environ une demi-journée en tiers-lieu.

Quelques variations apparaissent néanmoins selon les catégories d’âge. Les plus jeunes, par exemple, accorderaient dans l’idéal une place bien plus importante à la fréquentation d’un tiers-lieu, presque une journée complète hebdomadaire en moyenne. Si la fréquentation des tiers-lieux aurait tendance à décroître avec l’âge, celle des bureaux suit une direction inverse.

Tiers-lieux et inégalités

Le prisme générationnel ne doit cependant pas faire oublier l’influence du facteur hiérarchique sur la perception de l’espace de travail. La position hiérarchique que l’on occupe dans une entreprise conditionne de façon inégale la propension de chacun à fréquenter de tels espaces de travail et à organiser sa semaine à sa convenance.

Il reste ainsi à l’entreprise d’assurer à ses salariés les meilleures conditions matérielles relatives à leurs espaces de travail et d’assumer sa responsabilité à les leur fournir quel que soit leur statut et leurs préférences. En effet, le déferrement aux salariés du choix de leur espace de travail – comme pourrait le proposer l’instauration d’un « ticket-bureau » – est susceptible d’occasionner un dégagement de l’entreprise de ses responsabilités matérielles, immobilières et sociales envers eux.

Aujourd’hui, ce sont les employés, les salariés les plus isolés et les moins autonomes qui manifestent le plus le souhait de retrouver un espace de travail délimité et attitré. Ils souhaitent y retrouver un lien social mis à mal par la crise sanitaire. C’est de leurs attentes qu’il faudra tenir compte dans la détermination des futures politiques d’organisation du travail.

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les tiers-lieux, une solution au télétravail subi ? – https://theconversation.com/les-tiers-lieux-une-solution-au-teletravail-subi-163837

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