Bien se couvrir et s’hydrater : comment faire de l’exercice l’hiver en toute sécurité

Source: The Conversation – in French – By Michael Kennedy, Associate professor, Kinesiology, Sport, and Recreation, University of Alberta

L’exercice par temps froid aide à rester en santé, mais il faut en connaître les risques. Shutterstock

Soyons réalistes, l’hiver est impossible à ignorer au Canada. Et pour beaucoup d’entre nous, cela veut dire sortir et affronter le froid pour le travail, les obligations et… l’exercice.

Mais il existe des moyens d’améliorer son confort et sa sécurité lorsqu’on est actif à l’extérieur par temps froid.

Pour commencer, le « froid » est, selon les physiologistes (ceux qui étudient les fonctions et la structure humaines), un « facteur de stress », ce qui signifie que le corps reconnaît le froid comme quelque chose à quoi il doit s’adapter pour rester en homéostasie (lorsque les fonctions corporelles sont stables).

On peut s’immerger dans différents types de froid – comme l’air froid et l’eau froide –, et la sensation de froid est accentuée par le vent, la neige ou la pluie. Voici quelques conseils pour faire de l’exercice dans l’air froid – il existe aussi de recommandations pour nager dans l’eau froide.

Si vous souffrez de problèmes cardiaques ou d’hypertension artérielle, demandez à votre médecin combien de temps vous pouvez rester à l’extérieur et quels types d’activités vous sont recommandés en hiver.

Maintenir la température centrale du corps

Il est bon de savoir que, si on est nu ou à moitié nu, le corps commence à reconnaître la température comme un facteur de stress à environ 28,5 °C. À cette température de l’air, les mécanismes d’adaptation du corps entrent en jeu pour assurer le maintien de la température centrale. C’est pourquoi, lorsqu’on sort de la douche ou qu’on est légèrement vêtu (comme sur une plage en été), on a tendance à frissonner.

En enfilant des vêtements isolants, on abaisse la température à laquelle on commence à ressentir le stress dû au froid. Dans les environnements froids, le corps produit beaucoup de chaleur lorsqu’il utilise son énergie pour faire bouger ses muscles dans le cadre d’activités comme pelleter de la neige ou faire du ski de fond. Si on porte des vêtements isolants appropriés et qu’on fait suffisamment de travail musculaire, on peut se sentir tout à fait à l’aise – ce qu’on appelle confort thermique – par temps froid ou très froid.

Cependant, il existe différents moyens de réduire les risques et d’améliorer son bien-être lorsqu’on fait de l’exercice en plein air par temps froid. Voici quelques éléments dont il faut tenir compte.

S’habiller de manière adaptée aux conditions météorologiques permet de rester en sécurité et de profiter davantage des activités extérieures.
(Shutterstock)

Se couvrir la peau

On doit réduire la surface de la peau exposée, partout où c’est possible. Selon les directives de l’American College of Sports Medicine mises à jour récemment, les engelures, qui sont des lésions directes de la surface de la peau dues au froid, peuvent se produire dès que la température est de – 3 °C. Les tissus où la circulation sanguine est moins importante, comme ceux des mains, des pieds et de la tête, sont plus vulnérables, surtout lorsque le froid est extrême (température de l’air inférieure à – 15 °C ou refroidissement éolien de – 27 °C).

Le contact avec des matériaux froids (métal, neige, glace) et une peau mouillée augmentent les risques d’engelures. On recommande de porter des vêtements isolants qui ont une grande capacité d’évacuation de l’humidité de la peau et de garder la tête, les pieds et les mains couverts en permanence !

Le visage doit également être couvert pour plusieurs raisons. Couvrir ses joues, son front, son nez et son cou améliore la régulation du confort thermique, surtout par temps venteux, ce qui rend des activités comme la luge ou le ski alpin plus agréables. La peau du visage peut être mise à rude épreuve, car même par vent modéré, la température de la peau du visage peut diminuer de 25 °C.

Les personnes qui souffrent de certaines maladies chroniques sous-jacentes, notamment d’hypertension artérielle, ou de maladies cardiaques, doivent se couvrir le visage. L’exposition d’un visage nu au froid – à parti de -5 °C – sollicite des parties du système nerveux qui peuvent augmenter la pression artérielle, mais il suffit de porter une tuque et un foulard pour pallier ce problème.[

Les engelures peuvent avoir de graves conséquences sur la santé si elles ne sont pas traitées rapidement avec des soins médicaux appropriés.
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Protéger les poumons et la respiration

Les poumons sont particulièrement vulnérables à l’air froid, et l’exercice physique augmente le stress sur les poumons en hiver. Ainsi, les poumons veulent réchauffer l’air que l’on inspire à la température du corps et le ramener à 100 % d’humidité. Ils y parviennent très bien au repos, mais, pendant l’exercice, il faut faire plus d’efforts pour conditionner l’air qu’on respire.

Si l’on ajoute l’air froid à un rythme respiratoire élevé (ce qu’on observe quand on fait de l’exercice), on met les poumons à rude épreuve pour réchauffer et humidifier chaque respiration. Le refroidissement des voies respiratoires est associé à une réponse du système nerveux et l’assèchement de celles-ci est associé à une réponse inflammatoire, les deux pouvant causer une contraction du poumon (on parle de bronchoconstriction par temps froid).

L’activité à moins de 0 °C à une intensité modérée (rythme de marche rapide) entraîne également des symptômes respiratoires, comme le banal nez qui coule ou de l’irritation nasale (démangeaison, sensation de brûlure). Si l’exercice est plus intense (par exemple, de la course à pied ou du ski de fond), les symptômes augmentent et peuvent inclure un excès de mucus, une toux grasse (avec évacuation de mucus) ou sèche (toux irritante), une oppression thoracique (difficulté à respirer), une respiration sifflante et un mal de gorge ; ces symptômes peuvent durer jusqu’à 24 heures après un exercice intense par temps froid.

Il existe plusieurs moyens de réduire ces symptômes. Tout d’abord, en diminuant l’intensité de l’exercice, on donne au corps la possibilité de conditionner l’air à chaque respiration. Deuxièmement, en se couvrant le visage avec un cache-nez, un foulard ou un masque à air froid, on retient l’humidité, ce qui permettra d’humidifier la prochaine inspiration. Troisièmement, on recommande de réduire la durée totale de l’exposition à l’air froid, car même 30 minutes d’exercice modéré peuvent augmenter les symptômes et la constriction des voies respiratoires. Enfin, il est important de boire suffisamment d’eau pendant les sorties prolongées, puisqu’on perd jusqu’à 100 millilitres d’eau par heure si on fait un exercice respiratoire intense par temps froid.

La clinique Mayo donne des conseils pour faire de l’exercice par temps froid.

La préparation

Par temps froid, un manque de préparation augmente le risque global d’hypothermie et d’autres blessures liées au froid. En fait, plus de la moitié des décès associés aux phénomènes météorologiques naturels sont dus au froid – par hypothermie accidentelle directe (chute sévère de la température centrale entraînant la mort) ou par exacerbation d’une condition préexistante découlant de l’hypothermie. Il convient de noter qu’il arrive que l’hypothermie accidentelle se produise par un froid modéré, ce qui peut mettre en danger les amateurs de plein air.

Il est également bien documenté que la consommation d’alcool est un important facteur de risque d’hypothermie accidentelle, de même qu’une exposition prolongée et des vêtements inadéquats. Les autres blessures dues au froid sont les gelures et les engelures, qui peuvent avoir de graves conséquences sur la santé si elles ne sont pas traitées rapidement par des soins médicaux appropriés.

J’espère que cet article vous permet de mieux comprendre la physiologie des interactions entre les humains et les environnements d’air froid. Plus important encore, je souhaite que vous puissiez utiliser certains de ces conseils pour avoir du plaisir en hiver en toute sécurité, en particulier lorsque la température descend bien en dessous de 0 °C.

Michael Kennedy a reçu des financements de Mitacs.

ref. Bien se couvrir et s’hydrater : comment faire de l’exercice l’hiver en toute sécurité – https://theconversation.com/bien-se-couvrir-et-shydrater-comment-faire-de-lexercice-lhiver-en-toute-securite-174923

MIL OSI – Global Reports

Le bénéfice environnemental d’un smartphone reconditionné est de 77 à 91 % supérieur à celui d’un équipement neuf

Source: The Conversation – France (in French) – By Raphaël Guastavi, Responsable du service « Produits et efficacité matière », Ademe (Agence de la transition écologique)

L’empreinte carbone de la France due aux services numériques représente, sur un an, 16,9 millions de tonnes eqCO₂. Shutterstock

Dans deux études dévoilées ce 19 janvier 2022, l’Agence de la transition écologique (Ademe) se penche sur le numérique et ses effets sur l’environnement en France. La première, menée conjointement avec l’Arcep, dresse un état des lieux de l’impact des services numériques en France, en tenant compte de tous les éléments nécessaires à la construction d’un service numérique : réseaux et infrastructure, data centers, équipement des usagers chez les particuliers et les entreprises (smartphones, téléviseurs connectés, objets connectés).

Parmi les enseignements de ce travail systémique, un aspect ressort : la fabrication constitue l’étape du cycle de vie dont l’impact environnemental est le plus fort. Et la partie « terminaux » (c’est-à-dire nos appareils numériques) est de loin la partie la plus marquante. D’où l’intérêt de la seconde étude, qui consiste justement à mesurer les bénéfices environnementaux générés par le reconditionnement des équipements – un travail mené dans un premier temps sur les smartphones et qui sera suivi par d’autres catégories d’équipements électroniques.

Dans ces deux démarches, l’Ademe a fait le choix d’une approche cycle de vie, qui permet de mesurer l’empreinte environnementale depuis l’extraction de matière jusqu’à la fin de vie du produit. Les travaux se penchent par ailleurs non seulement sur les indicateurs « changement climatique » mais également sur l’épuisement des ressources naturelles, l’empreinte matière et la consommation d’énergie.

Le numérique, 2,5 % de l’empreinte carbone de la France

Plusieurs chiffres parlants mentionnés dans ces travaux méritent d’être soulignés, chaque fois exprimés sur une année d’usage.

En premier lieu, l’empreinte carbone de la France – émissions de gaz à effet de serre directes et indirectes – dû aux services numériques représente, sur un an, 16,9 millions de tonnes eqCO2. Cela équivaut à 2,5 % de l’empreinte carbone totale de la France et correspond environ la même empreinte que le secteur des déchets.

En matière d’exploitation des ressources naturelles, l’empreinte numérique correspond quant à elle sur une année à l’équivalent de l’extraction de 21 tonnes d’or.

Le secteur produit par ailleurs 20 millions de tonnes de déchets par an, essentiellement générés par l’exploitation de ressources naturelles et la production – déchets à ne pas confondre avec les déchets directement générés par les équipements, inclus dans ce volume.

Enfin, la part du numérique dans la consommation électrique française s’élève à 10 %, avec un volume de 48,7TWh. Par habitant et par an, ces différents impacts représentent 253kg eqCO2, 300kg de déchets produits et près de 1 tonne de matériaux déplacés.

Nos terminaux, 60 à 90 % de l’empreinte numérique

Ce travail d’ampleur, jamais mené de manière aussi aboutie en France, permet d’identifier que le sujet du numérique ne se réduit pas à la seule question du changement climatique et que la majorité de l’impact se situe au niveau des terminaux, c’est-à-dire des appareils que nous utilisons au quotidien.

Selon les indicateurs environnementaux que l’on considère, ces derniers sont responsables de 60 à 90 % de l’impact du numérique, quand les 10 à 40 % restants sont imputables aux réseaux fixes et mobiles ainsi qu’aux data centers. Si l’on prend l’exemple de l’épuisement des ressources (matériaux), on constate que 90 % de l’empreinte du numérique en la matière provient de nos terminaux fixes et mobiles.

Considérons maintenant le cycle de vie : les travaux de l’Ademe révèlent que l’impact environnemental de l’étape de fabrication est très largement prépondérant au cours de l’ensemble du cycle de vie.

Autant d’éléments qui insistent sur la nécessité d’allonger la durée d’usage de nos équipements. Entre autres, par l’achat d’objets reconditionnés.

Les bénéfices du reconditionnement

Pour mesurer les bénéfices environnementaux du reconditionnement, l’Ademe a collaboré avec l’ensemble des parties prenantes du secteur en France. Elle s’est dans un premier temps concentrée sur le smartphone, d’autres résultats viendront plus tard sur d’autres équipements (ordinateurs, tablettes et consoles de jeu).

En ressortent plusieurs chiffres intéressants, qui constituent des moyennes variables en fonction de certains critères, comme la durée d’usage du produit antérieure à son reconditionnement ainsi que les conditions de ce reconditionnement.

En moyenne, l’acquisition d’un smartphone reconditionné permettrait ainsi la réduction d’impact environnemental annuel de 77 % à 91 % par rapport à un achat neuf, en fonction des indicateurs. Sur l’empreinte « changement climatique », en particulier, l’impact chute de 87 %. Ce choix évite également l’extraction de 82 kg de matières premières et les émissions de 23 kg de gaz à effet de serre sur un an par smartphone reconditionné (versus neuf).

Plus l’appareil reconditionné est utilisé longtemps, plus l’économie de matière et de gaz à effet de serre est élevée – dans la mesure où l’on substitue l’appareil reconditionné à un neuf.

Un choix imparfait mais toujours gagnant

Soulignons que nous n’avons cherché dans cette étude ni à minimiser ni à maximiser le bénéfice environnemental, puisque nous avons tenu compte de cas où étaient changées des pièces maîtresses telles que l’écran et la batterie : même dans ces cas-là et y compris lorsque sont intégrés à la vente des accessoires neufs – chargeur et écouteurs, ce qui est souvent le cas – l’impact environnemental demeure plus de 2 à 4 fois moins important que dans la production d’un équipement neuf. Et ce, quand bien même le reconditionnement est effectué à l’étranger, dans des pays de l’Est ou en Chine, par exemple.

En tenant compte de ces éléments et de la place prépondérante de la phase de fabrication dans l’impact environnemental du numérique, il apparaît essentiel de limiter le suréquipement, d’allonger au maximum la durée de vie des appareils, en les entretenant, en les faisant réparer et en se tournant vers de l’occasion ou du reconditionnement lorsque l’on en change, cette dernière option offrant des garanties de fonctionnement.

Bonnes pratiques pour un reconditionnement optimal

Le reconditionnement n’étant pas pour autant exempt d’impacts, il est préférable pour les consommateurs de privilégier des produits issus d’un reconditionnement local et d’éviter les modèles reconditionnés trop récents afin d’encourager la logique d’allongement d’usage.

Côté reconditionneurs, plusieurs pistes existent pour améliorer l’empreinte de leur pratique : essayer de collecter des téléphones usagés localement, favoriser des pièces de rechange de seconde main, proposer au client de ne pas fournir d’accessoires neufs systématiquement et déployer des ateliers de réparation en France plutôt qu’à l’étranger.

Mais il s’agit aussi de professionnaliser le reconditionnement. D’abord en proposant une démarche de service de qualité avec un bon service après vente afin de donner confiance aux clients dans l’achat d’équipements reconditionnés.

Également en optimisant les processus, en développant l’innovation, en automatisant certaines tâches afin de réaliser des économies d’échelle et, par ricochet, de baisser les prix afin de rendre la différence de prix entre le neuf et le reconditionné plus attractive. Enfin, en diminuant les consommations d’énergie et d’eau du site de reconditionnement, qui pèsent dans l’empreinte de ce dernier.

Raphaël Guastavi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le bénéfice environnemental d’un smartphone reconditionné est de 77 à 91 % supérieur à celui d’un équipement neuf – https://theconversation.com/le-benefice-environnemental-dun-smartphone-reconditionne-est-de-77-a-91-superieur-a-celui-dun-equipement-neuf-174976

MIL OSI – Global Reports

Des neutrinos détectés au grand collisionneur du CERN

Source: The Conversation – France (in French) – By François Vannucci, Professeur émérite, chercheur en physique des particules, spécialiste des neutrinos, Université de Paris

Le détecteur FASER installé dans un des tunnels (en haut à gauche) du LHC. © Maximilien Brice/CERN, CC BY

Le nouveau détecteur FASER vient de publier ses premiers résultats : il a détecté des signaux de neutrinos dans des conditions d’énergie encore jamais atteintes en laboratoire. Cela s’est produit au LHC (Large Hadron Collider), le titanesque complexe de 27 km de circonférence construit au CERN, le centre européen de la physique des particules situé à Genève. L’idée de chercher des neutrinos avait été avancée dès le colloque d’Évian réuni en 1992 pour examiner toutes les mesures accessibles au LHC. L’expérience est enfin sur les rails et prête pour une prise de données qui durera plusieurs années.

Les neutrinos, quèsaco ?

Les neutrinos sont des particules élémentaires qui s’inscrivent à côté des électrons, protons et neutrons formant les atomes. Ils sont électriquement neutres et ont la curieuse propriété de pouvoir traverser la matière presque sans qu’elle les arrête, un peu comme des fantômes. Ainsi, les neutrinos qui nous proviennent du Soleil passent indemnes à travers toute la Terre : pour eux, notre planète est transparente. En pratique (et en moyenne), une seule de ces particules sur un milliard sera arrêtée lors de la traversée, les autres continuant leur chemin en ligne droite. Pourquoi celle-là et pas une autre ? C’est une question de probabilité d’interaction, ce qui peut se comparer à la malchance de faire un accident de la route pendant un long trajet.

Cette propriété de passe-muraille permet aux physiciens de sonder des phénomènes cachés grâce aux quelques exemplaires qui veulent bien se laisser piéger. Les neutrinos renseignent ainsi sur le fonctionnement de notre Soleil, ils espionnent l’intérieur des réacteurs nucléaires, signent l’occurrence de cataclysmes au niveau des noyaux de lointaines galaxies. Mais cette propriété de quasi-invisibilité a comme inconvénient de rendre leur détection très difficile, nécessitant des dispositifs souvent gigantesques pour en repérer quelques traces. Précisons ici qu’il existe trois types de neutrinose, νμ et ντ) qui se distinguent lors de leurs interactions et donc ont des comportements différents.

La production des neutrinos

Les neutrinos se retrouvent en bout de chaîne des processus nucléaires qui s’enclenchent à énergie élevée, autant pour les sources naturelles que artificielles. Pour les sources naturelles, au-delà du Soleil qui en produit en abondance, on peut citer les implosions de supernovae, les rayons cosmiques interagissant dans l’atmosphère, ou encore la Terre elle-même. Parmi les sources artificielles, on compte les réacteurs nucléaires, et bien sûr les accélérateurs de particules.

L’avantage de cette dernière source est que la production y est calculable ce qui permet de faire des mesures précises. Le mécanisme à l’origine des neutrinos est bien compris : quand des protons accélérés bombardent la matière, cela produit beaucoup de particules secondaires, en particulier des pions et des kaons, particules très communes qui se désintègrent assez rapidement en lâchant un neutrino. Or, on sait que leur probabilité d’interagir croît proportionnellement à leur énergie. Ainsi, un neutrino produit au LHC a une chance environ un million de fois plus élevées d’être détecté qu’un neutrino venant du Soleil, d’où l’avantage relatif du dispositif du CERN.

Depuis les années 1970, des millions d’interactions de neutrinos ont été analysées aux accélérateurs grâce à des dispositifs souvent énormes, tant au CERN qu’aux États-Unis et au Japon. D’autres appareillages encore plus imposants sont en développement pour mieux comprendre les propriétés des neutrinos. Aujourd’hui, il s’agit en priorité d’expliquer la disparition de l’antimatière depuis l’époque du Big Bang qui serait la conséquence d’un léger déséquilibre dans les comportements des neutrinos (expériences Hyper-Kamiokande et DUNE).

On possède ainsi une bonne connaissance des deux premiers types de neutrinos (νe et νμ), mais on n’avait encore jamais observé ceux produits au LHC, où le ντ est présent de manière relativement plus abondante. Seule l’expérience pionnière DONUT au laboratoire américain Fermilab en vit quelques exemplaires en l’an 2000, ainsi que, plus récemment, OPERA qui examinait sous la montagne du Gran Sasso en Italie le changement spontané de neutrinos de type νμ produits à Genève après 730 km de course.

Le collisionneur LHC

Le LHC n’est pas un simple accélérateur : c’est un collisionneur constitué d’un double accélérateur permettant de réaliser des collisions entre deux protons qui se percutent de plein fouet à des énergies record.

Le LHC est le plus puissant accélérateur de particules construit à ce jour.

L’unité couramment utilisée ici est l’électron-volt (eV), c’est l’énergie d’un électron accéléré par une tension de un volt. Cette valeur étant minuscule, on utilise les multiples de cette unité. Ainsi, au LHC, chaque proton est accéléré jusqu’à 6,5 Tera-eV (soit 6,5.10 eV) ; l’énergie totale disponible dans les collisions atteint donc 13 TeV, soit environ dix à cent fois plus que celle atteinte avec les accélérateurs antérieurs. C’est une énergie inégalée pour un dispositif construit sur la Terre !

Or, comme on l’a dit, la probabilité d’interagir des neutrinos croît proportionnellement à leur énergie. Le LHC a de plus l’avantage de mettre en scène des milliards de protons accélérés chaque seconde. Ces conditions extrêmes permettent de produire et d’analyser plus facilement des neutrinos dans une gamme d’énergie encore inexplorée, en particulier le type le plus rare (ντ).

À noter qu’en termes d’énergie, la Nature fait mieux : on a détecté des protons 10 millions de fois plus énergétiques que ceux accélérés au LHC parmi les rayons cosmiques (expérience Auger en Argentine), mais le flux correspondant est infiniment rare, de l’ordre d’une particule par siècle tombant sur un km2. De même, des neutrinos d’énergie très supérieure a ceux escomptés venant de l’atmosphère ont été détectés dans d’immenses dispositifs qui se cachent sous la glace du Pôle Sud ou dans les fonds de la Méditerranée (expériences IceCube et Antares), mais eux aussi sont trop rares pour permettre des mesures systématiques. Avantage donc au collisionneur pour une détection finement maîtrisée.

Le détecteur FASER

Le détecteur qui vient de publier les résultats d’un premier test de recherche de neutrinos au LHC a pour nom FASER (Forward Search Experiment). C’est un modeste appendice ajouté à l’un des gros détecteurs en opération, situé à 480 mètres d’un point où se produisent les collisions proton contre proton.

Le dispositif est relativement compact et examine les seules particules émises « vers l’avant », c’est-à-dire dans l’axe d’arrivée des faisceaux de protons entrants, suffisamment éloigné et protégé des autres particules émises qui, beaucoup plus nombreuses, constitueraient un bruit de fond insoutenable. Les expériences principales du LHC cherchent des particules nouvelles caractérisées par une masse très élevée et produits à grand angle par rapport aux collisions. Ici, au contraire, on se focalise sur les petits angles.

La technique de détection est originale, bien que ressemblant à celle choisie par OPERA. Elle est fondée sur un sandwich de tranches de matière dense constituée de plomb et tungstène dans lesquels ont lieu les interactions, séparées par des plans d’émulsions, similaires aux films photo d’antan, qui sont capables de mesurer les traces de toutes les particules secondaires engendrées à 10 microns près.

Le test préparatoire de FASER s’achève : il a réussi à mettre en évidence un total de six interactions de neutrinos du type commun νe et νμ ce qui valide la technique utilisée. Les physiciens espèrent accumuler au cours des prochaines années un échantillon d’environ 10 000 interactions dans une gamme d’énergie encore inexplorée où les neutrinos détectés dépasseront le TeV, ce qui permettra des mesures de probabilité d’interactions inédites.

Parmi cet échantillon, il est prédit la présence de quelques dizaines de neutrinos de l’espèce rare ντ, ce qui triplera la moisson connue aujourd’hui. C’est encore peu, mais cela améliorera la connaissance encore très partielle de cette particule si difficile à mettre en évidence, spécialement dans la région d’énergie très supérieure explorée pour la première fois. L’expérience FASER a peu de chance de révéler une surprise, mais elle amènera sa petite brique supplémentaire dans l’analyse des propriétés de ces fascinantes particules.

François Vannucci does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Des neutrinos détectés au grand collisionneur du CERN – https://theconversation.com/des-neutrinos-detectes-au-grand-collisionneur-du-cern-173434

MIL OSI – Global Reports

Greffe d’un cœur de porc chez un patient : ce que pourraient changer les xénotransplantations

Source: The Conversation – France (in French) – By Patrick Nataf, Professeur à l’’université de Paris, chef du service de chirurgie cardiaque à l’hôpital Bichat (AP-HP), Université de Paris

Un chirurgien de l’école de médecine de l’université du Maryland, à Baltimore (États-Unis), présente le cœur génétiquement modifié qui sera greffé à David Bennett. École de médecine de l’université du Maryland

Le 10 janvier 2022, un communiqué de presse de l’École de médecine de l’Université du Maryland (États-Unis) annonçait qu’un patient avait été opéré trois jours plus tôt pour recevoir un cœur de cochon génétiquement modifié. Âgé de 57 ans et atteint d’une pathologie cardiaque en phase terminale, David Bennett Sr n’était pas éligible à une greffe classique. Il est devenu le premier être humain dont la vie pourrait avoir été sauvée grâce à une « xénotransplantation », autrement dit par la greffe d’un organe provenant d’un être vivant appartenant à une autre espèce. Professeur à l’Université de Paris et chef du service de chirurgie cardiaque à l’hôpital Bichat (AP-HP), Patrick Nataf revient sur les implications de cette prouesse technologique.

The Conversation : En tant que chirurgien cardiaque, que vous inspire cette transplantation ? S’agit-il effectivement d’une prouesse médicale ?

Patrick Nataf : En matière de geste chirurgical, une telle opération diffère peu de celles que l’on met en œuvre régulièrement chez l’être humain. Tout chirurgien cardiaque qui pratique la transplantation sait greffer un cœur dans une autre poitrine. Que celui-ci provienne d’un autre être humain ou d’un cochon voire d’un primate n’est pas l’essentiel. Tant qu’il existe une compatibilité anatomique et morphologique, on peut techniquement transplanter l’organe.

La véritable prouesse n’est pas tant chirurgicale qu’immunologique. Quand on greffe un organe d’une espèce sur une autre, il est généralement immédiatement rejeté par le corps du receveur (son système immunitaire le reconnaît comme étranger et le détruit). Le problème n’est donc pas tant de réussir chirurgicalement la transplantation que d’éviter ce rejet hyperaigu.

C’est l’exploit auquel sont parvenus les spécialistes qui se sont occupés de ce patient. Ils ont pour cela utilisé un cœur provenant d’une lignée de cochon génétiquement modifiée produite par la société américaine Revivicor.

TC : Sait-on quelles ont été les modifications apportées ?

PN : En consultant les informations communiquées par l’Université du Maryland, on apprend que le génome de l’animal a été modifié de plusieurs façons. Trois gènes ont été inactivés : ils codaient pour des enzymes impliquées dans la fabrication de sucres présents à la surface des cellules cardiaques (et impliquées dans les mécanismes de rejet). Par ailleurs, six gènes humains ont été insérés, en vue d’améliorer l’acceptation du greffon par le corps du patient.

Enfin, un dernier gène porcin a été inactivé, afin d’éviter une croissance trop importante du cœur de l’animal. Il faut savoir que chez l’être humain, le capital de cellules cardiaques est fixé dans l’enfance et n’augmente que très peu tout au long de l’existence. Durant la croissance les cellules cardiaques ne se multiplient que très modérément. Elles grossissent, surtout, et ce faisant donnent au cœur sa forme.

Les manipulations effectuées sur les cochons de Revivicor semblent avoir permis d’éviter le rejet hyperaigu. Reste maintenant à observer comment vont évoluer les choses. Après une greffe, il peut en effet se produire différents types de rejets : le rejet hyperaigu, qui est immédiat, le rejet aigu, qui survient une à plusieurs semaines après la transplantation, et le rejet chronique, qui survient plus de 6 mois (et parfois des années) après l’opération.

Dans le cas présent, il est encore trop tôt pour avoir des certitudes quant à ce qui va se passer ensuite. Le rejet interespèce a-t-il été uniquement retardé ? Définitivement évité ? Cette dernière éventualité est relativement peu probable : les modifications génétiques n’ont évidemment pas permis d’éliminer tous les motifs moléculaires qui, sur ce greffon d’origine animale, pourraient être perçus par le système immunitaire du patient comme « étranger », et donc mener à son élimination.

Les thérapeutiques immunosuppressives (médicaments destinés à éviter le rejet, en limitant voire supprimant la réponse immunitaire du patient) associées habituellement à la greffe devront être évaluées et adaptées à ce type de transplantation.

TC : Pourquoi les scientifiques ont-ils choisi le cochon plutôt, par exemple, qu’une espèce de primate ?

PN : Premièrement, parce qu’anatomiquement, le cœur du cochon ressemble beaucoup au cœur de l’être humain. Greffer cet organe ne pose pas vraiment de problème, car sa configuration est approximativement la même que celle de notre cœur. Deuxième point important : les cochons s’élèvent plus facilement que les primates, et ils ont des portées nombreuses, régulières. Enfin, c’est un animal qui grandit assez vite.

On peut donc obtenir rapidement des cœurs de différentes tailles, de volumes variés, adaptés aux morphologies des personnes que l’on doit opérer. Il s’agit là d’un atout majeur du cochon par rapport à d’autres animaux.

TC : Pourrait-on imaginer de greffer d’autres organes que le cœur ? À la fin de l’année dernière, des chirurgiens américains avaient par exemple greffé avec succès un rein de cochon génétiquement modifié sur un patient en état de mort cérébrale…

PN : Anatomiquement, on peut chirurgicalement envisager la greffe d’à peu près tous les organes. Cependant il faut souligner qu’il existe des formes de rejet spécifiques à chaque organe et que chaque organe a des fonctions différentes. De ce point de vue, la complexité immunologique et fonctionnelle n’est pas la même selon l’organe considéré. Ce peut être une des limites pour généraliser à tous les organes ce type de transplantation.

TC : Au-delà des rejets, existe-t-il d’autres risques potentiels ?

PN : On ne peut pas éliminer complètement le risque d’une contamination par un agent pathogène. Même si ces cochons sont élevés dans des laboratoires où les conditions sont strictement contrôlées, et que les cœurs utilisés sont censés être indemnes de tout agent pathogène, on ne peut pas affirmer que le risque est nul.

On pourrait par exemple imaginer que, même si les zoonoses (maladies se transmettant de l’animal à l’humain) que l’on connaît sont bien contrôlées, certaines maladies jusqu’ici non encore identifiées puissent se révéler après transplantation. Un peu comme ce qui s’est passé durant la crise de la vache folle pour les maladies à prions… Il faut d’ailleurs se souvenir que c’est cette crise sanitaire qui a mis un violent coup de frein à la recherche sur les xénotransplantations, qui, en matière de recherche, avait le vent en poupe dans notre pays jusqu’au début des années 1990.

TC : Pourquoi cette technologie a-t-elle été choisie pour ce patient ? N’y avait-il pas d’autre solution ?

PN : Le patient qui a reçu cette xénogreffe était maintenu en vie grâce à une assistance respiratoire extra-corporelle (extracorporeal membrane oxygenation – ECMO). En d’autres termes, son sang était pompé au moyen de canules puis mis en circulation après son passage dans une machine destinée à l’oxygéner. Les ECMO ne pouvant être utilisées que pendant un laps de temps limité, ce type de patient est prioritaire pour obtenir un greffon. Mais il n’est pas toujours possible de lui en procurer un, du fait de l’incapacité de trouver un greffon humain compatible morphologiquement ou immunologiquement, ou encore en raison d’une dégradation de son état général, avec des défaillances pouvant toucher d’autres organes. Dans ces conditions, il faut envisager d’autres solutions.

Le chirurgien peut alors choisir d’installer un ventricule artificiel, comme solution temporaire ou à titre définitif. Il peut aussi envisager la pose d’un cœur artificiel total, tel celui mis au point par l’entreprise française Carmat, en attendant une transplantation. Mais ce type d’appareillage n’est pas disponible pour toutes les morphologies de patients, et il ne peut pas être utilisé systématiquement, cela dépend du type de défaillance observée. Par ailleurs, la pose de ces dispositifs n’est pas sans danger.

Outre les aléas liés à la chirurgie ou à la défaillance de la machine, il existe aussi des risques d’infection (les ventricules, par exemple, sont alimentés par des câbles qui sortent par la peau, et ces points peuvent s’infecter). Enfin, la qualité de vie des patients s’en ressent : ils doivent vivre en permanence avec une machine reliée soit à une prise de courant, soit à des batteries externes, ce qui limite leur autonomie.

Les xénogreffes pourraient constituer des organes de transition, voire de remplacement définitif. Si elles devenaient un jour largement disponibles, cela permettrait peut-être de limiter l’impact de la pénurie à laquelle nous faisons face, malgré une législation aujourd’hui très en faveur du prélèvement d’organe en cas de décès. Chaque année, en France, environ 800 patients attendent une greffe du cœur, mais seuls 400 sont transplantés, faute de greffons. Dans le cas des autres organes, environ 20 000 patients sont en attente d’une transplantation (de foie, poumons, rein, etc.). Seuls 5000 d’entre eux en recevront une, tandis que 1500 décéderont faute de greffon.

TC : Mais quand bien même cette première chirurgicale se solderait par un succès, il ne s’agit pour l’instant que d’un premier essai. Cette technologie n’est pas près d’être démocratisée…

PN : Non. Mais surtout, les enjeux ne se limitent pas aux questions de disponibilité ou de faisabilité technique. Selon moi, le défi posé par les xénogreffes n’est pas seulement chirurgical, immunologique, ou infectieux. Il est avant tout éthique, psychologique et sociétal, et nécessite de prendre le temps de la réflexion.

Quel sera le niveau d’acceptation des xénogreffes par la population, les instances politiques, religieuses, les ONG, etc. ? Certes, on implante déjà en routine des valves cardiaques de porc pour remplacer celles, défectueuses, de certains patients. Mais annoncer à quelqu’un qu’on va lui greffer un cœur d’animal complet, en remplacement du sien, n’a probablement pas les mêmes implications psychologiques. Cela pourrait poser problème à certaines personnes. Et à l’heure où certains s’inquiètent de l’exploitation et de la souffrance des animaux, que penser de cette approche qui les instrumentalise ? Sans même parler du fait que ces animaux sont des organismes génétiquement modifiés, nécessitant de recourir à des technologies qui polarisent fortement les débats, elles aussi. Prendre le temps de se pencher sur toutes ces questions, importantes, est essentiel. Rappelons qu’à ses débuts, la transplantation cardiaque entre humains elle-même a été très décriée…

Mais au-delà de ces questions se pose aussi la place de la recherche française dans le paysage international. Aujourd’hui, dans le secteur des xénogreffes, et plus largement de la recherche sur la transplantation, la France est distancée par les États-Unis, la Chine, l’Allemagne ou le Japon, alors même que nos équipes de transplantation sont très performantes. Notre recherche doit rester compétitive. Pour cela, des investissements majeurs sont à prévoir afin de parvenir à regrouper toutes les compétences de haut niveau sur ce thème.

Une solution serait de créer un institut hospitalo-universitaire (IHU) spécialisé dans la transplantation multiorganes (labellisés par l’État, les IHU sont des pôles d’excellence visant à fédérer recherche, soin, formation et transfert de technologies dans le domaine biomédical. Il en existe 6 en France actuellement, ndlr). Nous travaillons actuellement sur le Campus Nord Parisien à la réalisation de ce projet, qui réunirait les médecins, chirurgiens, chercheurs de tout type, spécialistes des questions de transplantations et d’innovation dans ce domaine.

Patrick Nataf ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Greffe d’un cœur de porc chez un patient : ce que pourraient changer les xénotransplantations – https://theconversation.com/greffe-dun-coeur-de-porc-chez-un-patient-ce-que-pourraient-changer-les-xenotransplantations-175234

MIL OSI – Global Reports

Bioéthique : cœur de porc greffé sur un homme, quand les technologies abolissent les limites du vivant

Source: The Conversation – France (in French) – By Emmanuel Hirsch, Professeur d’éthique médicale, Université Paris-Saclay

L’équipe de l’école de médecine de l’université du Maryland, à Baltimore (États-Unis), implante un cœur de cochon génétiquement dans la poitrine de David Bennett, 57 ans. École de médecine de l’université du Maryland

Au moment où il est tant question, dans le contexte de la pandémie de Covid-19, de vaccins à ARN messager, la transplantation d’un cœur de porc sur un Américain âgé de 57 ans, le 7 janvier 2022 à l’École de médecine de l’Université du Maryland (États-Unis), éclaire d’autres champs de la recherche biomédicale.

Cette innovation scientifique chirurgicale est démonstrative d’une capacité d’intervention sur l’être humain qui, au-delà de la prouesse technologique, reconfigure les repères dans la relation interespèces, non seulement d’un point de physiologique, mais aussi dans une approche anthropologique.

Tentatives d’approches chirurgicales disruptives et spectaculaires

Quelques repères historiques permettent de mieux comprendre l’évolution des pratiques de greffes d’organes, dans une première phase à partir de donneurs vivants ou de cadavres.

  • Le 23 décembre 1954, Joseph Edward Murray réalise la première greffe de rein sur des jumeaux monozygotes (« vrais » jumeaux) au Brigham and Women’s Hospital de Boston (États-Unis). En 1990, le Prix Nobel de physiologie ou médecine lui sera attribué, notamment pour ses recherches ayant permis de développer les immunosuppresseurs, utilisés pour contrer le processus physiologique de rejet du greffon ;

  • En 1966, une greffe de pancréas est réalisée avec succès à Minneapolis ;

  • En 1967 Christiaan Barnard réalise à Cap Town (Afrique du Sud) la 1re greffe de cœur. La même année, à Denver (États-Unis) une greffe de foie permet une survie de 13 mois ;

  • En 2000, une double greffe de 2 mains et avant-bras est réalisée à Lyon ;

  • En 2005, une étape supplémentaire est franchie, avec la greffe partielle d’un visage à Amiens (tant en ce qui concerne le bénéficie direct du receveur que les aspects d’ordre anthropologique, les controverses ont été vives).

Parallèlement à ces transplantations entre êtres humains, le recours à des organes animaux ou à des organes artificiels connaît également une phase expérimentale. En 1984, un enfant survit 21 jours avec un cœur de babouin ; le 19 juillet 2021 la 1re implantation commerciale d’un cœur artificiel a lieu en Italie ; en octobre 2021 la greffe d’un rein de porc génétiquement modifié est poursuivie pendant 3 jours sur une personne en état de mort cérébrale.

Ces tentatives d’approches chirurgicales disruptives et spectaculaires, visant à explorer les différentes voies du possible afin de repousser la fatalité d’un dysfonctionnent organique, ne pouvaient que susciter, par leur nature même, des dilemmes éthiques. Ces derniers s’ajoutent à la complexité de l’acte chirurgical, à partir des conditions du prélèvement jusqu’à celles de la réalisation de la greffe.

Des pratiques sujettes à controverses

La chirurgie de la greffe a notamment bénéficié des premiers acquis de la réanimation médicale intervenant « aux frontières de la vie », ainsi que des avancées en immunologie. Elle a de ce fait suscité nombre de controverses relatives à l’intervention du médecin en situation extrême et aux transgressions parfois assimilées à ce qu’il convenait de dénoncer comme de « l’acharnement thérapeutique ».

Dans les années 1970, la greffe d’organes a ainsi suscité à la fois espoirs et critiques. En cause, l’origine des greffons utilisés, prélevés sur des cadavres (le terme d’« état de mort encéphalique » semble aujourd’hui plus approprié). Sur la scène publique, cette innovation scientifique apparaissait alors, de par sa force symbolique, comme une forme de transgression anthropologique, voire d’enfreinte à la dignité humaine.

La loi n°76-1181 du 22 décembre 1976 relative aux prélèvements d’organes avait alors provoqué sur le moment de vives controverses qui se sont estompées à mesure que les techniques de la greffe se sont intégrées aux pratiques conventionnelles de la chirurgie (elle sera abrogée par la loi n° 94-654 du 29 juillet 1994 relative au don et à l’utilisation des éléments et produits du corps humain, à l’assistance médicale à la procréation et au diagnostic prénatal, revue dans la loi n°2021-2017 du 2 août 2021 relative à la bioéthique).

Dans les temps pionniers de la greffe (les premières transplantations réussies datent des années 1950), on évoquait les risques de dérives dans l’exploitation du « corps pourvoyeur d’organes ». Un encadrement des pratiques a été prescrit dans le Code civil :

« Il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas de nécessité médicale pour la personne ou à titre exceptionnel dans l’intérêt thérapeutique d’autrui. »

De même, la non-patrimonialité du corps, l’anonymat et la gratuité se sont imposés dans les principes éthiques du don d’organes :

« Aucune rémunération ne peut être allouée à celui qui se prête à une expérimentation sur sa personne, au prélèvement d’éléments de son corps ou à la collecte de produits de celui-ci. »

Ces réticences morales, notamment à l’encontre de la « commercialisation du vivant », se sont estompées à travers le temps. Elles ont toutefois bénéficié en 2005 de la création de l’Agence de la biomédecine (ABM), dont la rigueur est reconnue dans le suivi scientifique et éthique de la stratégie de la greffe d’organes et de tissus. Cette dernière fait l’objet, depuis l’année 2000, d’un plan national.

Au plan international, les risques inhérents au « trafic d’organes » » ou à des prélèvements qui seraient pratiqués sur les cadavres de condamnés à mort ont justifié la rédaction de la Convention du Conseil de l’Europe contre le trafic d’organes humain (Convention de Compostelle, 25 mars 2015), ainsi que de l’intéressante proposition de loi visant à garantir le respect du don d’organes par nos partenaires non européens.

Dernière innovation témoignant d’évolutions dans l’acceptabilité sociétale des capacités d’interventions biomédicales notamment pour pallier la pénurie de greffons, la loi relative à la bioéthique du 2 août 2021 instaure le recours au « don croisé d’organes » :

« Le don croisé d’organes consiste pour un receveur potentiel à bénéficier du don d’une autre personne qui a exprimé l’intention de don et également placée dans une situation d’incompatibilité à l’égard de la personne dans l’intérêt de laquelle le prélèvement peut être opéré en application du I, tandis que cette dernière bénéficie du don d’un autre donneur. Pour augmenter les possibilités d’appariement entre les donneurs et les receveurs engagés dans un don croisé et en substitution au prélèvement de l’un des donneurs vivants, il peut y avoir recours à un organe prélevé sur une personne décédée, dans les conditions fixées à l’article L. 1232-1. »

Le recours à l’animal et plus encore aux cellules souches pluripotentes induites (résultant de la transformation artificielle de cellules adultes, ces cellules « immatures » sont capables de redonner n’importe quelle sorte de cellules de l’organisme, ndlr) poserait en des termes différents l’approche éthique des technologies de la greffe d’organes et de tissus.

Ce que les technologies biomédicales rendent possible

Il pourrait être admis a priori que les technologies développées pour parvenir à la conception d’organes artificiels solliciteraient moins directement la réflexion éthique que les prélèvements sur cadavre ou à la suite de « l’humanisation » d’un animal (approche consistant, grâce à des techniques d’édition du génome, à rendre un organe animal « compatible » avec l’être humain, en éliminant notamment certains gènes produisant des molécules impliquées dans les mécanismes de rejet, ndlr).

Le débat mérite cependant d’être engagé tant du point de vue de nos représentations de l’intégrité humaine au regard de la « barrière des espèces », que de cette forme de solidarité inédite entre l’animal et l’être humain, solidarité qui est l’un des marqueurs moraux évoqués depuis les premiers prélèvements et dons d’organes entre humains à des fins thérapeutiques.

Les critères qui ont prévalu pour engager l’expérimentation de la greffe d’un cœur de porc en janvier 2022 sont l’absence de tout recours thérapeutique pour la personne bénéficiaire consentante, les avancées dans l’acquisition des savoirs relatifs aux xénotransplantations et le contexte de pénurie de greffons qui pourrait justifier, dans ce domaine aussi, des audaces qui ont souvent servi les avancées scientifiques. C’est notamment au titre de traitement compassionnel que la Food and Drug Administration (FDA) avait donné son accord à cette expérimentation.

Les xénotransplantations, continuité ou rupture ?

La question doit être posée : à quels enjeux nous confronte l’évolution des pratiques dans le champ de la greffe d’organes, jusqu’à ce recours aux organes d’animaux afin de pallier la pénurie de greffons humains ?

Si, depuis 1923, des laboratoires produisent de l’insuline à partir de pancréas de bœufs et de porcs, et que l’utilisation des valves cardiaques prélevées sur des porcs est de pratique courante, se situe-t-on dans la continuité de ces approches thérapeutiques ou en rupture ? S’il n’a jamais été anodin de bénéficier d’un organe prélevé sur un cadavre, qu’en est-il du cœur d’un animal, alors qu’est du reste attachée à cet organe une valeur symbolique spécifique ?

En décembre 2020, dans son Rapport d’information au Parlement et au Gouvernement sur le développement des connaissances et des techniques, L’Agence de la biomédecine a anticipé les évolutions actuelles :

« Avec la production des porcs spécifiques, la xénogreffe a sans doute franchi un cap et on observe aujourd’hui des survies de greffes porc/babouins pouvant aller jusqu’à 9 mois. Des chercheurs chinois ont affirmé être en capacité de passer à l’étape humaine si les autorités leur permettaient. Des essais cliniques avec utilisation de cellules porcines se profilent ainsi d’ores et déjà à court terme pour des îlots de Langerhans chez des patients diabétiques, ou en greffe de cornée. »

Dans ce document très argumenté, l’ABM constatait :

« en 1993 a émergé l’idée que la suppression chez le porc de la cible majeure (Gal) de la réponse par les anticorps humains permettrait de réduire le risque de rejet humoral. Dès 2002, des porcs appelés « Gal-KO » chez qui l’enzyme avait été invalidée ont vu le jour. Actuellement, une vingtaine de cibles antigéniques sont potentiellement modifiables sur une trentaine connue. »

Les évolutions intervenues en 2012 dans le champ de la génétique avec le développement de la technologie d’édition du génome CRISPR-Cas-9 se sont avérées déterminantes. En 2022, c’est en effet cette technique qui a permis à la fois d’intégrer au génome du porc 6 gènes humains favorisant la compatibilité immunitaire avec le receveur, et d’en supprimer 3. Cette modification organique du porc devrait prévenir tout risque de rejet, mais aussi de zoonose. Rappelons que dans les années 1990, les recherches relatives aux xénogreffes avaient été interrompues par l’émergence de la maladie de Creutzfeldt-Jacob dans un contexte de contaminations interespèces.

Mieux envisager l’éthique de nos interventions sur l’animal

En résonnance aux avancées technologiques dans les xénogreffes, on ne peut pas s’empêcher d’évoquer le débat relatif à la production de chimères interespèces autorisée dans la loi n°2021-1017 du 2 août 2021 relative à la bioéthique (article 20) à des fins de recherche sur l’embryon. Comme si se diluait progressivement, à travers des reconfigurations génétiques, ce qui était distinctif de l’humain au regard de l’animal, et que, d’une certaine manière, se dévoilait une étrange proximité qui justifierait d’être mieux caractérisée.

Cette forme d’altérité pourrait du reste inciter à mieux envisager les règles d’une vigilance éthique dans nos interventions sur l’animal. Du point de vue de la singularité humaine et de ces solidarités interespèces qui émergent de l’innovation biomédicale, il me semble indispensable d’être davantage attentif aux réflexions philosophiques que développent les animalistes : l’actualité scientifique leur confère, en ces circonstances, une pertinence qui mérite notre attention.

Autre considérations d’ordre anthropologique, de même que bénéficier du greffon issu d’un cadavre ou d’un donneur apparenté n’est pas anodin, dans son Rapport d’information au Parlement et au Gouvernement sur le développement des connaissances et des techniques, l’ABM estime que

« De nombreuses questions demandent encore à être résolues avant une éventuelle application à l’homme. Au plan psychologique et éthique notamment, une étude menée auprès d’une centaine de patients greffés ou en attente de greffe a permis d’émettre certaines hypothèses quant à l’acceptabilité psychique d’une xénogreffe. […] Trois profils différents se sont dégagés parmi les patients interrogés : ceux qui acceptent sans condition l’idée d’une xénogreffe (45 %), ceux qui la refusent radicalement (30 %) et les patients qui posent des conditions (25 %). »

Au-delà des effets d’annonce scientifique, il pourrait être justifié de créer les conditions d’un débat à ce propos au sein de la société, ainsi du reste qu’en ce qui concerne une autre évolution intervenue de manière pour le moins discrète dans les pratiques du prélèvement d’organes : celle du prélèvement d’organes après arrêt circulatoire suite à un arrêt des traitements, le protocole « Maastricht 3 ».

De la greffe d’organes à la conception d’organoïdes

Dernier élément à intégrer à nos réflexions, les innovations biomédicales relatives à la greffe concernent désormais la reconstruction d’organes à partir de cellules souches pluripotentes induites qui peuvent être ensemencées sur une matrice (comme ce fut le cas pour une bronche), mais également produire des organoïdes déjà expérimentés notamment dans l’approche des maladies rénales (les organoïdes sont de petites structures tridimensionnelles produites à partir de cellules souches pluripotentes induites, qui reproduisent en partie l’architecture d’un organe, ndlr).

Les enjeux et les promesses de la « médecine régénératrice » sont évoqués depuis une vingtaine d’année, avec aujourd’hui des perspectives et des réalisations de nature à bouleverser les technologies de la vie et du vivant tant du point de vue de nos concepts que de celui de nos représentations.

D’autres questions éthiques spécifiques sont suscitées par les greffes de tissus cérébraux ainsi que la création d’organoïdes de cerveaux humains.
Promesse chirurgicale dont on ignore la destinée, en novembre 2017, le neurochirurgien italien Sergio Canavero annonçait publiquement l’imminence de l’expérimentation d’une greffe de tête pratiquée sur deux cadavres à la Harbin Medical University

La réflexion bioéthique, on le constate, est confrontée à des innovations qui doivent être accompagnées de capacités d’innovations conceptuelles, à la fois en anticipation des évolutions et en accompagnement des équipes dans la mise en œuvre de leurs protocoles. Dans le cadre de son approche de la révision de la prochaine loi de bioéthique, le Parlement devrait favoriser avec l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) et les instances éthiques nationales la concertation indispensable à l’acceptabilité d’innovations disruptives d’ordres à la fois technologue, anthropologique, éthique et sociétal. En 1986, déjà, le philosophe Georges Canguilhem nous interpellait : « Innover ne va pas sans risque. Le risque jusqu’où ? Le risque admis par qui ? »


Pour aller plus loin :

Emmanuel Hirsch ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Bioéthique : cœur de porc greffé sur un homme, quand les technologies abolissent les limites du vivant – https://theconversation.com/bioethique-coeur-de-porc-greffe-sur-un-homme-quand-les-technologies-abolissent-les-limites-du-vivant-175218

MIL OSI – Global Reports

Les vins fins : des actifs d’investissement (pas tout à fait) comme les autres

Source: The Conversation – France (in French) – By Éric Le Fur, Professeur, INSEEC Grande École

L’année 2021 aura été un grand cru pour les investisseurs sur le marché du vin fin. Le London International Vintners Exchange (Liv-ex), la principale plate-forme d’échange de vins créée au début des années 2000, a enregistré des niveaux d’échanges record et a même présenté aux investisseurs des niveaux de rentabilité supérieurs à des placements tel que l’or, ou le Dow Jones.

La progression s’avère en fait constante sur les deux dernières décennies. Elles ont vu les investisseurs accorder toujours plus d’intérêt à cet « or rouge » qu’ils considèrent comme des actifs financiers alternatifs précieux. Ils en apprécient les propriétés singulières qui permettent de diversifier le risque, tout en présentant des niveaux de rendements très intéressants.

Cependant, investir dans le vin fin ne reste pas sans risque, et comme partout ailleurs, les informations disponibles se révèlent essentielles. Dans nos travaux, nous avons tenté d’identifier lesquelles sont à considérer en priorité pour comprendre les prix, entre cycles macroéconomiques et incertitudes politiques.

Vigilance

Les vins fins sont actifs financiers très spécifiques. Leur matérialité, par exemple, les soumettent à des coûts de transport et d’entreposage, des assurances, mais aussi des taxes et procédures – notamment à l’export – qui n’existent pas dans le cas d’actifs immatériels. Il s’agit aussi de biens d’expérience, c’est-à-dire de bien dont on ne peut apprécier la qualité avant l’achat. Les asymétries d’information, parfois manipulées stratégiquement par divers intermédiaires, et l’hétérogénéité entre les produits exposent par conséquent les investisseurs à des risques spécifiques.

Comme pour d’autres biens de collections, il n’est ainsi guère étonnant que l’Autorité des marchés financiers (AMF) appelle régulièrement investisseurs et conseillers en placements financiers à la plus élémentaire des vigilances les concernant. Atypiques, ces actifs requièrent des connaissances spécifiques et des stratégies adaptées.

L’enjeu semble résider dans la capacité à améliorer suffisamment la prédictibilité des cours de façon à prendre des décisions d’investissement, ou de désinvestissement, aussi efficientes que possible. Or, les incertitudes s’avèrent de plus en plus fortes dans un monde où s’enchainent des événements géopolitiques majeurs, Brexit et mesures protectionnistes d’exception (venues, par exemple, des États-Unis comme de Russie) pour ne citer qu’eux. Les cycles économiques, comme les grands agrégats macroéconomiques, semblent, par ailleurs, largement bouleversés par les mesures de soutien à l’économie post-Covid.

Géopolitique de long terme

Pour comprendre l’amplitude et le sens de ces différents impacts économiques et politiques sur le prix des vins fins, nous avons mobilisé des indices de référence spécifiques au produit tels que les Fine Wine 50/100 (s’intéressant respectivement aux 50 et 100 références les plus recherchées sur le marché). Nous avons aussi regardé le composite leading indicator, fourni par l’OCDE pour appréhender les cycles économiques de chaque région, et l’indice de Baker qui mesure le niveau d’incertitude politique de trois places fortes du marché du vin fin : l’Europe, les USA et la Chine.

Notre modèle économique a pris soin de bien dissocier les impacts de court et de long terme. Les résultats montrent que, sur le court terme, le prix des vins fins est davantage influencé par les cycles économiques que par les incertitudes politiques. Autrement dit, la fluctuation plus prononcée des cycles économiques a un pouvoir explicatif significatif sur la volatilité des prix.

À long terme, en revanche, les prix s’avèrent bien plus sensibles aux incertitudes politiques, ce de façon plus nette sur les marchés occidentaux par rapport au marché chinois, ce dernier étant probablement jugé moins instable politiquement par les investisseurs.

Pour une réflexion d’ensemble de la filière

Ces résultats nous ont amenés à conclure, de manière générale, que les parties prenantes qui opèrent sur le marché secondaire devraient se doter d’outils de veille informationnelle et d’intelligence économique de pointe. Il s’agit de déceler rapidement les événements susceptibles d’altérer les indices d’incertitude, tout particulièrement quand les marchés occidentaux sont concernés.

Cependant, là où les short-runners, les agents spéculateurs, devraient se focaliser sur les informations relatives aux cycles économiques, les investisseurs de long terme devraient surtout s’intéresser aux événements et décisions politiques. Ce peut être le niveau de taxation ou les politiques monétaires qui pourraient avoir un impact déterminant sur la fixation des prix des vins fins.

Bien naturellement, ce marché implique bien plus d’acteurs que les seuls investisseurs. Des producteurs aux revendeurs, en passant par les intermédiaires et les grossistes, tous sont intéressés par une lecture prévisionnelle des prix, et ce de façon à leur permettre de mettre en œuvre des stratégies affinées, tant sur le marché primaire que sur le marché secondaire.

Nos résultats sauront entrer en résonnance avec leurs réflexions stratégiques du moment, en matière de sélection de marchés à l’export, d’adaptation des canaux de distribution, ou de gestion des stocks. Cela ne doit toutefois, en aucun cas, exonérer la filière viticole d’une réflexion d’ensemble sur les moyens de faire face à des maux structurels et une nouvelle concurrence mondiale féroce qui, sur le long terme, pourrait contester le leadership français sur les vins fins. Car la financiarisation croissante du marché en a largement bouleversé la structure, jadis essentiellement composée d’actionnaires issus de la filière vinicole.

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Les vins fins : des actifs d’investissement (pas tout à fait) comme les autres – https://theconversation.com/les-vins-fins-des-actifs-dinvestissement-pas-tout-a-fait-comme-les-autres-175022

MIL OSI – Global Reports

Covid-19 : à quoi aurait ressemblé l’économie française sans les mesures de soutien ?

Source: The Conversation – France (in French) – By François Langot, Professor in Economics, Le Mans Université

La France a connu une récession sans précédemment avec la crise du Covid-19 : une chute de 17 points de son PIB au creux de la crise (au troisième trimestre 2020). La vitesse de la sortie de crise est aussi inédite : en sept trimestres seulement, le PIB a renoué avec son niveau d’avant-crise.

Cette résilience exceptionnelle de l’économie française reste fortement liée aux mesures de soutien de l’activité prises par le gouvernement depuis le début de la crise sanitaire : sans elles, la baisse du PIB aurait été de 37 points de PIB, et le niveau de PIB d’avant-crise aurait été retrouvé après 13,5 trimestres, selon nos estimations réalisées pour le Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap). La combinaison de la hausse des dépenses publiques à court terme, relayée par une baisse de la pression fiscale à moyen terme, explique cette dynamique.

Ces mesures exceptionnelles ont eu pour contrepartie d’accroître le ratio de dette sur PIB, celui-ci atteignant 115 %. Toutefois, notre analyse montre que si le gouvernement n’avait pas pris ces mesures, alors le ratio de dette aurait pu atteindre 145 % compte tenu de l’effondrement de l’activité.

Enfin, la programmation des dépenses publiques et des allègements fiscaux prévus dans le projet de loi de finance (PLF) 2022 met la France sur une trajectoire de croissance du PIB plus forte (1,65 %) que celle observée lors des deux quinquennats précédents (1,5 %).

Cette relative bonne santé de l’économie française en fin d’année 2021 doit cependant s’apprécier avec prudence, la situation sanitaire n’étant pas stabilisée. Il reste néanmoins utile d’évaluer l’efficacité des mesures déjà prises et d’en déduire les perspectives de l’économie française dans la période à venir.

Plus d’un an de gagné

La crise sanitaire s’est traduite sur le plan économique par une restriction inédite des échanges nationaux, tant sur le marché des biens et services que sur celui du travail, et des échanges internationaux. Les mesures exceptionnelles de politique économique ont alors été prises, modifiant la consommation publique (emploi, éducation, santé, culture…), l’investissement public (R&D, armement, bâtiments et d’infrastructures), et la fiscalité (taxation des entreprises et des ménages).

Graphique 1 : La crise du Covid-19 en l’absence des politiques macroéconomiques. Note : PIB réel par habitant observé (trait noir), prévu par le PLF 2022 (trait bleu) et simulé par le modèle CEPREMOD en l’absence des politiques macroéconomiques (trait rouge). Indice 100 en 2020 T1.
PLF 2022 et calculs des auteurs

Le graphique 1 compare la trajectoire « réelle » de l’économie française (traits noirs et bleus) à un scénario où les mesures budgétaires et fiscales exceptionnelles prises par le gouvernement sont supprimées (trait rouge). Il montre comment ces politiques ont protégé l’économie française d’une crise qui aurait été encore plus ample.

Dans les deux cas, avec ou sans les politiques de soutien, le creux de l’activité économique se produit au troisième trimestre de 2020, à la suite du confinement de l’économie. La contraction observée est de – 17 % par rapport à la situation d’avant-crise, alors qu’en l’absence des mesures exceptionnelles, la chute de l’activité économique est estimée à – 37 %. Au plus fort de la crise, les politiques macroéconomiques auraient donc permis d’éviter des pertes de l’ordre de 20 points de pourcentage du PIB de 2019.

Sur les quatre années d’après-crise, les mesures ont permis d’éviter des pertes de PIB encore plus importantes. En effet, alors que le PIB observé a déjà quasiment retrouvé son niveau d’avant-crise (il est un point de pourcentage en dessous), il se situerait à près de 10 points de pourcentage en dessous de son niveau d’avant crise sans ces mesures exceptionnelles. Sans ces politiques, le niveau d’activité de 2019 ne serait rejoint qu’au premier trimestre 2023, soit avec plus d’une année de retard (5,5 trimestres).

La hausse de la consommation publique explique l’essentiel des pertes évitées durant les deux premières années suivant la crise (à hauteur de 85 % sur la période 2020-2021), tandis que les allègements fiscaux jouent un rôle prépondérant pour les années suivantes (à hauteur de 85 % sur la période 2022-2023). L’investissement public expliquant le reste (de l’ordre de 15 %), de manière homogène sur l’ensemble de la période.

Une dette publique finalement contenue

Les politiques macroéconomiques de soutien à l’activité économique ont représenté une charge financière importante pour l’État dans un contexte de recettes fiscales limitées du fait du ralentissement de l’activité économique. Elles ont par conséquent conduit à d’importants déficits publics, faisant progresser le niveau de la dette publique.

Graphique 2 : évolution et simulation de la dette publique (en % du PIB) en l’absence des politiques macroéconomiques. Note : Dette au sens de Maastricht des administrations publiques en points de PIB observée (trait noir), prévue avant la crise du Covid-19 par le PLF 2019 (trait bleu) et simulée par le modèle Cepremod en l’absence des politiques macroéconomiques (trait rouge).
Insee, PLF 2019 et calculs des auteurs

Renoncer à ces politiques de soutien aurait-il permis de limiter la progression de l’endettement public ? Le graphique 2 compare l’évolution observée de la dette publique à ce qu’elle aurait été sans les mesures exceptionnelles de soutien à l’activité.

La dette publique en pourcentage du PIB a augmenté de plus de 20 points durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, principalement du fait de la crise financière de 2008-2009. Pendant le quinquennat de François Hollande, elle a lentement progressé, alors que cette période ne connaissait aucune crise majeure (pendant cette période, la dette allemande est passée de 88 % à 70 % du PIB), pour se stabiliser autour du niveau de 100 % du PIB au début du quinquennat d’Emmanuel Macron.

La gestion de la crise du Covid-19 a augmenté ce ratio de 15 points de pourcentage amenant la dette publique à un niveau de 115 % du PIB à la fin de l’année 2021. Sans les mesures de soutien à l’économie, l’aggravation de la crise économique aurait conduit à une hausse encore plus forte du ratio de dette publique. Selon nos simulations, ce ratio aurait en effet atteint un niveau de 145 % du PIB dès le troisième trimestre de 2020 (cf. la courbe rouge du graphique 2).

Cet écart de 30 points du ratio d’endettement entre les deux scénarios s’explique par la plus grande ampleur et la plus forte persistance de la crise qui aurait alors eu lieu sans les mesures de soutien (voir ci-dessus). En conclusion, la politique du « quoi qu’il en coûte » semble avoir été une meilleure opération pour les finances publiques qu’une politique de « laissez-faire », encadrée par les critères de Maastricht.

Graphique 3 : évolution depuis 2007 et prévisions jusqu’en 2025 du PIB par tête en France. Note : PIB réel par habitant observé (trait plein noir) et prévu par le PLF 2002 (trait plein rouge) à partir de 2021 T4 (indice 100 en 2017 T2). Tendances du PIB réel par habitant de 1,2 % à partir des débuts des mandants de M. Sarkozy (tirets noirs), M. Hollande (tirets bleus) et de 1,35 % pour le début du mandat de M. Macron (tirets roses).
PLF 2022 et calculs des auteurs

Le gouvernement a présenté ses politiques budgétaire et fiscale jusqu’en 2025 dans le PLF 2022. Sous l’hypothèse qu’il n’y aura pas de nouvelle vague épidémique, le graphique 3 montre que ces politiques ancrent la France sur un rythme de 1,35 % de croissance annuelle par tête (soit 1,65 % de croissance en ajoutant la croissance démographique). Cette croissance est donc plus élevée que lors des deux précédents quinquennats (croissance de 1,2 % par tête, soit 1,5 % en ajoutant la croissance démographique).

Au-delà de l’amortissement de la crise, la politique macroéconomique engagée, de par les réductions pérennes d’impôts et le soutien aux investissements publics, semble donc avoir des effets positifs à moyen terme sur le rythme de croissance.

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Covid-19 : à quoi aurait ressemblé l’économie française sans les mesures de soutien ? – https://theconversation.com/covid-19-a-quoi-aurait-ressemble-leconomie-francaise-sans-les-mesures-de-soutien-175088

MIL OSI – Global Reports

Sans rites fédérateurs, l’Europe peine à faire rêver

Source: The Conversation – France (in French) – By Pascal Lardellier, Professeur à l’Université de Bourgogne France-Comté, Chercheur à Propedia (Groupe IGS, Paris), Université Bourgogne Franche-Comté (UBFC)

Les polémiques se succèdent dans la France préélectorale de début 2022. Mais il ne faudrait pas qu’à côté des débats passionnés autour du Covid (il y est question in fine de vie et de mort), la forte polémique à laquelle a donné lieu la présence du seul drapeau européen sous l’Arc de Triomphe, le 2 janvier 2022, soit lue comme un psychodrame sans importance, opposant « européistes » et « patriotes ». Pour rappel, il s’agissait de saluer le début de la Présidence française de l’Union européenne.

L’intense polémique à laquelle tout cela a donné lieu est tout sauf superficielle. Car en filigrane, sont posées au moins deux questions aux fortes implications : le rôle des symboles en politique d’abord. Selon la célèbre assertion lévi-strausienne, « ils sont plus forts que ce qu’ils représentent ». Mais de même, cette séquence rappelle le cruel déficit symbolique affectant l’Europe au sens large ensuite, si la France comme Nation est a contrario richement dotée niveau mythes, rites et symboles.

Cette analyse, reprenant un débat ancien, constitue un pas de côté, amenant à considérer non pas le « supplément d’âme » mystique de la Nation française (« profané » par l’éclipse du drapeau tricolore selon ses défenseurs) mais la carence symbolique européenne.

Le philosophe Jürgen Habermas évoquait joliment « le désir d’Athènes », pour qualifier une aspiration profonde à l’idéal démocratique. Mais qu’en est-il du « désir d’Europe » ?

Déficit d’image

Les raisons du désamour affectant ordinairement l’Europe sont multiples. Mais le fait est que l’Europe a contre elle, avant toute chose, un « déficit d’image » : suspicion généralisée à l’égard « la technocratie », opacité réelle ou supposée des modalités de décisions, pouvoir normatif et réglementaire oppressant, impression d’une dilution des souverainetés, libéralisme européiste sur le mode du célèbre « l’argent n’aime pas les frontières », tels sont quelques-uns des griefs communément adressés à « l’UE ». Certes, arguments recevables, et discutables.

Mais où (en) est donc l’imaginaire européen ? Quid des symboles et des rites qui pourraient œuvrer à fédérer les peuples du Vieux Continent, par-delà leurs mythes nationaux respectifs ? Poser la question revient à réintroduire du politique dans la politique.

Invoquer rites, mythes et symboles politiques peut éveiller la suspicion. Car ces mots se sont trouvés dévalués par l’air du temps, quasi-synonymes de « pensée magique ». Raoul Girardet y voit l’héritage de cette primauté accordée au rationnel, depuis trois siècles, par la civilisation de l’Occident : « c’est dans le seul cadre de l’affrontement des doctrines et des systèmes de pensée que devrait être contenu le destin des Cités ». Pourtant, rites et symboles sont substantiels à l’action collective et à la vie sociale, sans lesquels la politique se réduit à la délibération rationnelle, à l’application de procédures abstraites, à l’adhésion de principe à chartes et déclarations. La politique c’est cela, mais c’est autre chose aussi…

Mystique du pouvoir

Il y a une part de mystique dans le pouvoir. Ne pas le reconnaître, c’est faire passer par pertes et profits quelques siècles de l’histoire politique européenne. François Mitterrand l’avait bien compris, monarque républicain que ses adorateurs appelaient « Dieu », et qui ouvrit son règne par une déambulation solitaire dans le bien nommé Panthéon. C’est cette cérémonie sacrée dans l’esprit qu’Emmanuel Macron a tenté de ressusciter lors de la propre investiture, via sa promenade dans la cour du Louvre avec en fond « l’Ode à la Joie » de Beethoven, hymne européen.

Et à y bien regarder, la sphère politique se caractérise par un éventail de rites impressionnant. Investitures, passations de pouvoir, rentrées officielles, vœux, défilés, réceptions et visites d’État et remises d’insignes divers. Ces innombrables rites du pouvoir, qui démontrent le pouvoir des rites, ont pour fonction de mettre « le pouvoir sur scènes ». Georges Balandier parlait, dans Le Pouvoir sur scènes, de « théâtrocratie », pour qualifier ce besoin qu’éprouvent les institutions à parader, quêtant là autant l’admiration que la légitimité. Et ces choses-là viennent de loin, leur souffle est antique ! Puissante généalogie. Ainsi, les Entrées royales de la France de l’Ancien Régime, à l’époque d’une monarchie encore itinérante, prenaient-elles leur modèle dans les triomphes des empereurs romains, montant victorieux au Capitole incarner Jupiter. Rien de moins !

Or l’Europe n’a ni mythes ni rites fédérateurs capables de la constituer en corps politique homogène. Où voit-on le pouvoir européen ? Qui sort du lot pour l’incarner avec charisme (osons le mot, qui renvoie étymologiquement à l’onction divine), et s’élever au niveau de l’Histoire, par-delà le très abstrait « Conseil » et les bureaucratiques commissions ? Quelle célébration sanctuarise l’Europe à l’échelle du Continent ? Quel acte fondateur constitue le « soc de Romulus » de cette « maison commune » que pourrait être l’Europe ?

Déshérence symbolique

On rencontre une étonnante carence quant à l’histoire et au symbolisme européens, qui sont peut-être au cœur de la polémique actuelle. Le caractère sacrilège de la présence de la seule bannière étoilée venait aussi de son incapacité à fédérer et à « enthousiasmer » (verbe renvoyant étymologiquement « au souffle sacré » Des pères fondateurs évanescents, un drapeau bleu qui renonça longtemps à compter ses étoiles, Mitterrand et Kohl main dans la main à Verdun, mais pour le reste ? Un « micro-trottoir » serait sans doute édifiant, qui demanderait aux Européens la date de la Fête de l’Union, ce qu’était la CECA, ou le nom du compositeur de son hymne. Ou encore ce qui les fait rêver dans l’Europe (comme projet politique et non comme destination touristique, programme d’échanges universitaires ou championnat de football). Là où il y a du fédéral, il faudrait du symbolique, qui étymologiquement relie.

Une vraie cérémonie supranationale qui donnerait à voir que l’Europe est supérieure à la somme de ses parties, des « grands-messes » tour à tour solennelles et festives qui pourraient rassembler celles et ceux composant le vieux Continent et transporter ses âmes, on peine à les percevoir. Proposition rétrograde ? Rétrogrades, alors, les Fêtes de la musique, du patrimoine, et ces défilés tour à tour et événements festifs et rituels qui se sont multipliés ces dernières décennies. Car tous créent des liens, soudent les communautés et ravivent la conscience d’un partage, tout en célébrant le plaisir d’« être ensemble ».

Toutes les institutions possèdent leur corpus de rites. En déshérence symbolique, l’Europe laisse les rites et les « effervescences collectives » au sport, à la consommation et à la religion, pour le meilleur ou le pire, chacun jugera. Elle est en quête d’un sens qui se met en scène et se dramatise, pour rassembler par-delà les différences. Et là est précisément la fonction des rites, qui sont des creusets, qui « noue le Nous » (R. Debray). Le pouvoir, quoi qu’on en dise, doit être incarné et solennel, de temps à autre. Sans cette gravité, en souscrivant aux impératifs médiatiques du « jeunisme », de la « petite phrase », on joue le jeu des animateurs, des polémistes et des « influenceurs ». Ils ont leur public, mais leur temporalité est rarement celle de l’Histoire.

Marc Abélès et Henri-Pierre Jeudy notaient dans leur Anthropologie du politique que « si le rituel n’est évidemment pas la seule clef de la réussite dans la conduite d’une politique, l’incapacité rituelle peut être le signe d’une impuissance plus générale et l’échec rituel, l’échec d’une politique ». Appliqué à l’Europe, le constat est édifiant.

Il faut alors réveiller dans les fêtes et les rites la conscience d’un destin partagé, ranimer le « feu sacré » de tous ceux ­ politiques, artistes, intellectuels, citoyens engagés ­ qui ont (eu) envie de « faire Europe ». Sinon, elle se destine à être cette « Europe-fantôme » si bien décrite par Régis Debray (à qui ont doit des pages inoubliables sur la mystique du pouvoir). Car s’il y a de la joie, selon l’ode, alors il y a de l’espoir.


Cet article est inspiré de celui que l’auteur a publié dans « Libération » (pages Rebonds) le 2 juin 2006. Pascal Lardellier a publié en 2019 « Sur les tracs du rite. L’institution rituelle de la société » (ISTE, Londres).

Pascal Lardellier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Sans rites fédérateurs, l’Europe peine à faire rêver – https://theconversation.com/sans-rites-federateurs-leurope-peine-a-faire-rever-174725

MIL OSI – Global Reports

Covid-19 et myocardite : le virus est plus dangereux que le vaccin

Source: The Conversation – in French – By Glen Pyle, Professor, Laboratory of Molecular Cardiology, University of Guelph

La myocardite est une inflammation du muscle cardiaque habituellement provoquée par un virus. Shutterstock

Depuis les premiers cas de Covid-19, le cœur est une cible de choix du coronavirus et les risques de troubles cardiovasculaires sont sérieux. Un nombre important de patients hospitalisés présentent des signes de lésions cardiaques, et beaucoup demeurent affectés même après l’infection.

Que l’on débatte de la sécurité des vaccins anti-Covid de leur risque pour la santé cardiovasculaire n’est guère étonnant. L’arrêt cardiaque très médiatisé du footballeur danois Christian Eriksen en plein tournoi de l’Euro a lancé un mythe persistant sur les dangers de la vaccination pour les athlètes.

La polémique à propos des vaccins anti-Covid se concentre sur le risque de myocardite après la vaccination, en particulier chez les jeunes. Mais que disent les données ?

Qu’est-ce qu’une myocardite ?

La myocardite est une inflammation du muscle cardiaque habituellement causée par un virus comme l’influenza, le coxsackie, l’hépatite ou l’herpès. Les autres causes comprennent les bactéries, les mycoses, les toxines, la chimiothérapie et les maladies auto-immunes.

Certains virus provoquent des lésions directes au cœur, tandis que d’autres l’endommagent indirectement par voie du système immunitaire. En effet, le système immunitaire réagit aux infections en libérant dans l’organisme des substances chimiques appelées cytokines qui régulent la réponse immunitaire. Or, il arrive que les taux de cytokines atteignent des niveaux trop élevés, et c’est cette « vague de cytokines » qui abîme alors le muscle cardiaque.

La myocardite en chiffres

Alphonso Davies, 21 ans, de l’équipe nationale de foot canadienne, a subi une inflammation cardiaque après avoir contracté la Covid-19.
(AP Photo/Efrem Lukatsky)

Avant la Covid-19, l’incidence de la myocardite se situait entre un et dix cas pour 100 000 personnes par an. Fait intéressant, le risque le plus élevé touchait les hommes de 18 à 30 ans, et plus particulièrement les individus actifs et en bonne santé.

Selon l’Agence américaine de santé publique (CDC), le risque après une infection à la Covid-19 est de l’ordre de 146 cas pour 100 000 personnes. Le risque beaucoup plus élevé concerne particulièrement les hommes, les adultes de plus de 50 ans et les enfants de moins de 16 ans. Un cas typique est celui du footballeur Alphonso Davies, 21 ans, de l’équipe nationale du Canada, qui a subi une inflammation cardiaque après avoir contracté le coronavirus.

Myocardite postvaccinale

La myocardite consécutive à la vaccination anti-Covid est rare et le risque est beaucoup plus faible que pour les myocardites liées à la Covid-19.

Selon une étude israélienne, le taux de myocardite postvaccinale est de 2,13 cas pour 100 000 vaccinés, c’est-à-dire à l’intérieur de la fourchette normale de fréquence pré-Covid-19. Ce résultat concorde avec d’autres études américaines et israéliennes qui situent l’incidence globale de la myocardite postvaccinale entre 0,3 et 5 cas pour 100 000 personnes.

Les myocardites postvaccinales sont rares et la grande majorité des cas, bénins, guérissent rapidement.
(Shutterstock)

Après une vaccination à ARN messager, l’incidence la plus élevée de myocardite post-vaccinale est survenue chez les hommes de moins de 30 ans trois à quatre jours après la deuxième dose. Chez les mineurs, les données pédiatriques indiquent un âge médian de 15,8 ans, à 90,6 % de sexe masculin, blancs (66,2 %) ou hispaniques (20,9 %). Pour ce groupe d’âge, on ne dispose pas encore de données fiables sur les injections de rappel.

La plupart des études montrent un bénéfice clair de la vaccination par ARNm en ce qui concerne la myocardite. Une seule étude, réalisée par l’équipe de Martina Patone de l’Université d’Oxford, conclut de manière plus équivoque en ce qui concerne les individus de moins de 40 ans. Celle-ci se base uniquement sur les taux de myocardite. Toutefois, si l’on tient compte de tous les effets néfastes, cardiaques ou non, de la Covid-19, il demeure très avantageux d’immuniser les personnes plus jeunes avec des vaccins autres que Moderna — ce dernier, selon les recherches, présenterait tout de même un risque de myocardite plus élevé que celui de Pfizer.

Réparer les dommages

Le traitement de la myocardite varie selon sa gravité. Dans sa forme légère, il suffit à un adulte de prendre du repos et des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène. Les cas plus graves nécessitent des médicaments ou même une assistance ventriculaire, un dispositif mécanique implanté par chirurgie. Si ce traitement ne marche pas, il faut alors recourir à la transplantation cardiaque.

Dans le cadre d’une étude multicentrique de patients de moins de 21 ans, ceux atteints de symptômes légers ne recevaient aucun traitement anti-inflammatoire ou seulement des AINS. Les patients présentant des symptômes plus graves pouvaient se voir administrer des traitements plus puissants, par immunoglobuline intraveineuse, aux glucocorticoïdes ou à la colchicine, en plus des AINS.

C’est grave, docteur ?

Les adultes qui développent une myocardite causée par la Covid-19 s’en tirent moins bien et présentent un risque supérieur de décès que pour les cas non associés à la Covid-19.
(Pixabay)

Plus de 80 % des cas de myocardite non liés à la Covid-19 ou à la vaccination guérissent sans problème, tandis que 5 % des patients en meurent à moins de recevoir une transplantation cardiaque dans l’année qui suit.

Les adultes qui développent une myocardite suite à la Covid-19 s’en tirent moins bien et le taux de décès est plus élevé.

Il convient de noter qu’en plus de la myocardite, la Covid-19 provoque d’autres maladies cardiaques et leur pronostic, par ailleurs, est moins favorable que pour les cas non associés à la Covid-19.

Quant aux myocardites postvaccinales, la grande majorité des cas sont légers et guérissent rapidement. Chez les adultes, 95 % des cas sont considérés comme légers. De même, chez les enfants — 98,6 % de cas bénins et aucun besoin d’assistance cardiaque mécanique. Tous les enfants touchés au cœur ont vu leur fonction cardiaque se normaliser complètement lors du suivi et on ne note aucun décès.

Le message à retenir

Compte tenu de l’évolution constante de la pandémie mondiale et des connaissances, il peut être difficile pour le public d’assimiler toutes les informations sur les risques et les avantages des vaccins.

C’est pourquoi il est utile de se tourner vers les conseils des organisations médicales dont le mandat est de protéger la santé et le bien-être de la société.

Compte tenu de toutes les recherches disponibles, des organisations comme l’Association américaine de cardiologie (AHA), la Société canadienne de cardiologie, la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC du Canada, la Société canadienne de pédiatrie et l’Académie américaine de pédiatrie (APA) encouragent toutes les personnes admissibles à se faire vacciner contre la Covid-19.

C’est ce message que nous devrions tous prendre à cœur.

Glen Pyle reçoit des fonds des Instituts de recherche en santé du Canada, de la Fondation des maladies du cœur du Canada et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada. Il est co-responsable de COVID-19 Ressources Canada “La science expliquée”, membre de Science Up First, et fait partie du conseil consultatif de Royal City Science.

Jennifer H Huang does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Covid-19 et myocardite : le virus est plus dangereux que le vaccin – https://theconversation.com/covid-19-et-myocardite-le-virus-est-plus-dangereux-que-le-vaccin-175186

MIL OSI – Global Reports

L’adhésion aux complots et aux populismes, une question d’éducation ?

Source: The Conversation – in French – By Frédérick Guillaume Dufour, Professeur en sociologie politique, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Un manifestant anti-vaccins et une manifestante pro-vaccins se côtoient devant un hôpital montréalais, en septembre 2021. Des études démontrent que le niveau d’éducation entre en jeu lorsqu’il est question d’adhésion à des mouvements complotistes. La Presse canadienne/Paul Chiasson

On entend fréquemment que si les gens étaient plus éduqués, ils adhéreraient moins au complotisme ou à des partis populistes.

Le niveau d’éducation a en effet une incidence sur l’intention de voter pour un parti populiste ou sur l’adhésion à des idées complotistes. Cependant, c’est une variable dont les effets sont équivoques. D’autres variables, cognitives et sociales, viennent complexifier cette relation.

Professeur de sociologie politique, je m’intéresse aux dynamiques politiques au Québec, au Canada et en Europe, avec un intérêt particulier pour l’étude comparative des nationalismes et des populismes de droite.

Pourquoi y a-t-il une relation entre le populisme et le complotisme ?

Cette relation réside dans le type de cadrage politique que le populisme met de l’avant. En divisant le monde entre un peuple, présumé honnête, moral et homogène, et une élite, présumée immorale, corrompue et cosmopolite, le populisme favorise les raisonnements complotistes à propos de cette élite. Par exemple, on présume qu’elle est l’instrument de l’exécution d’un grand plan caché.

En Allemagne, la corrélation entre l’appui à la droite radicale populiste (Alternativ Für Deutschland) et la vigueur de la contamination à la Covid-19 a pu être mesurée à la décimale près. L’étude documentant cette corrélation se concentrait cependant sur la spatialité du phénomène sans se pencher sur ses causes.

Au Canada, lors de l’élection fédérale de 2021, la sympathie envers le mouvement contre la vaccination a également été identifiée comme la variable déterminante dans l’appui au Parti populaire du Canada de Maxime Bernier.

Au Québec, le mouvement anti-vaccin a fédéré une coalition contre-intuitive constituée d’éléments de la droite radicale, de libertariens et d’évangélistes. Ces acteurs proviennent de milieux socioéconomiques diversifiés. Le mouvement n’est cependant pas représentatif de l’ensemble des non-vaccinés. Durant les dernières semaines, le retour du couvre-feu annoncé par la CAQ a grandement bénéficié au Parti conservateur du Québec, dirigé par Éric Duhaime.

L’impact de l’éducation et du revenu

Deux études dont les résultats ont été publiés en 2017 indiquaient qu’un niveau d’éducation élevé diminuait l’adhésion aux théories du complot. Un des mécanismes au cœur de cette relation était le développement de capacités analytiques diminuant le recours à des solutions simples pour résoudre des problèmes complexes. Ces résultats sont intuitifs, mais ils restent très généraux.

Une étude menée au New Jersey en 1994 mettait en évidence une plus forte propension à croire à des conspirations chez les individus ayant moins de relations interpersonnelles stables et ayant un emploi précaire. Elle testait la corrélation avec le niveau d’éducation sans y trouver de variations significatives.

Une étude menée en France à l’été 2020 chez les opposants au port du masque ne concluait pas que le niveau d’éducation était une variable décisive dans l’adhésion à cette opposition.

Bien entendu, l’hésitation vaccinale peut être attribuée à d’autres facteurs que le complotisme. L’information de la santé publique sur la pandémie a parfois été contradictoire. Elle s’est développée au fur et à mesure. Ces développements ont parfois contredit des consignes précédentes, ce qui pouvait alimenter un certain cynisme.

Une méfiance des élites et des institutions publiques

Ceci étant dit, l’étude française indiquait une forte propension des antimasques à se méfier des institutions et des représentants politiques. Cette méfiance est importante en France en général et chez les antimasques encore plus. L’étude indiquait aussi une propension plus importante chez les antimasques à croire en l’existence d’une influence occulte des Illuminati (+25 %), d’une conspiration sioniste (+35 %), à la théorie du grand remplacement (+21 %), sur la pseudo invasion migratoire, ou encore, à un complot des pharmaceutiques et du gouvernement pour cacher les effets nocifs du vaccin (+47 %).

De façon plus contre-intuitive, cette étude identifiait une forte présence d’attitudes libertaires et « des cadres et des professions intellectuelles supérieures » parmi les antimasques. Le chercheur l’expliquait par l’attrait plus élevé des idées libertaires chez les diplômés aux salaires plus élevés. Cette sous-population constituerait donc une brèche dans l’explication en fonction du niveau d’éducation, du moins en France.

Des manifestants anti-vaccins, lors d’une manifestation à Paris, en août 2021. En France, plusieurs facteurs, dont la méfiance envers les élites et l’attrait d’idées libertaires, expliquent l’important mouvement anti-vaccins.
(AP Photo/Adrienne Surprenant)

Les non-vaccinés, plus nombreux à adhérer aux théories complotistes

Des données canadiennes comparent également l’adhésion à différentes croyances complotistes au Canada à propos de la Covid et d’autres enjeux. Elles indiquent la présence de croyances similaires : 15 % croient que l’industrie pharmaceutique a répandu le virus et 9 %, en l’existence d’une puce électronique inoculée par le vaccin.

Ces croyances, clairement complotistes, ne sont pas du même registre que la discussion publique concernant l’efficacité de telle ou telle politiques publiques ou du questionnement sur les volte-face de la santé publique.

En contraste avec certaines idées reçues, une enquête canadienne sur les récalcitrants à la vaccination indiquait que les individus ayant reçu au moins une dose de vaccin étaient proportionnellement plus nombreux parmi les gens ayant des revenus inférieurs à 60 000$, que chez ceux ayant des revenus supérieurs à 60 000$ ou à 120 000$.

Une importante étude menée au Québec indiquait que les non-vaccinés avaient plus de chance d’adhérer à des conspirations que le reste de la population (+27 %), qu’ils étaient plus nombreux chez les 25-44 ans et moins nombreux chez les universitaires (-14 %), que chez les détenteurs d’une éducation secondaire ou moins (données de la fin de l’année 2020). Il était cependant impossible de dégager un profil politique des non-vaccinés à partir de cette étude.

Ces études indiquent donc qu’un niveau d’éducation élevé tend à diminuer l’adhésion à des idées complotistes, mais que dans le cadre de la pandémie actuelle d’autres facteurs comme l’âge ont eu une plus grosse incidence sur le fait de se faire vacciner ou non. Le revenu semble également une variable, mais il ne permet pas de procéder à des conclusions hâtives.

Des manifestants brandissent des messages dénonçant un « génocide » en raison de l’obligation. vaccinale défilent à Kiev, en Ukraine. Les opposants à la vaccination et les complotistes sont présents partout sur la planète.
(AP Photo/Efrem Lukatsky)

La gauche, immunisée contre le complotisme ?

Une autre impression tenace est que les gens ayant une éducation universitaire et se situant à la gauche du spectre politique seraient immunisés contre les raisonnements complotistes.

Un chroniqueur du Guardian se surprenait ainsi récemment qu’autant de ses collègues succombent à de telles idées. Les gens ayant une éducation universitaire sont effectivement moins portés à voter pour des partis populistes de droite radicale. Mais l’histoire de l’antisémitisme nous rappelle aussi que la gauche n’a jamais été immunisée contre le complotisme.

Au Canada, un sondage Abacus mené en mai 2021 indiquait que le pourcentage cumulé des répondants affirmant « je ne me ferai pas vacciner » ou « je préfère attendre/je pourrais être convaincu » était le même chez les électeurs potentiels du Parti conservateur que chez ceux du Parti vert.

Au début de l’actuelle pandémie, le philosophe Giorgio Agamben, gourou d’une certaine gauche, a nié, banalisé et relativisé la réalité de la pandémie, voyant dans les mesures sanitaires des caprices d’un nouvel État répressif. Ce thème de la résistance à une « dictature sanitaire » a alimenté des mouvements incels et de droite radicale et des manifestations violentes préoccupants les agences et experts en sécurité nationale à travers le monde occidental.

L’éducation, mais encore ? Quelques mécanismes cognitifs en cause

D’autres études se sont penchées sur le type de raisonnements fortement corrélés sur la pensée complotiste. Leurs résultats sont intéressants.

Elles ont indiqué une corrélation entre l’adhésion à des théories complotistes et les raisonnements anthropomorphiques, c’est-à-dire des raisonnements qui attribuent un comportement humain à des objets inanimés ou des entités abstraites qui ne peuvent pas avoir d’intentions par elles-mêmes.

Ceci constitue une piste intéressante pour expliquer la propension des individus éduqués, les libertaires par exemple, à formuler des raisonnements complotistes. Ces derniers ont tendance à attribuer une intentionnalité à des macro-entités : « État », « système », « capitalisme », « gouvernement mondial ». Ces raisonnements sont souvent au cœur de la logique politique du complotisme. Les études indiquaient que le conservatisme politique était également corrélé à l’adhésion à ce type de croyances.

Un autre type de raisonnement alimente fortement la pensée complotiste, notamment chez les antisémites, soit l’inversion de la cause et de l’effet : parce qu’un événement donné a bénéficié à un groupe ou une organisation donnée, ces derniers doivent forcément en être à l’origine, ou la fameuse cause cachée.

L’éducation, qu’est-ce que ça donne ?

L’éducation supérieure, le revenu, ou le fait de se situer sur la gauche du spectre politique ne constituent donc pas des antidotes infaillibles contre l’adhésion à des complots ou à une politique populiste.

Cependant, l’éducation aide à réfléchir et donc, comprendre que certaines hypothèses peuvent être fausses. Elle permet de débusquer les raisonnements qui attribuent des intentions cachées ou inconscientes à des entités macrosociales ou dont l’existence ne peut pas être démontrée. Elle force les chercheurs à préciser le lieu d’une action et des mécanismes causaux.

Enfin, plusieurs mécanismes sociaux favorisent la pensée complotiste et le populisme : la crainte d’être déclassé socialement, l’affaiblissement des réseaux de confiances, le sentiment d’impuissance, les inégalités économiques, la désinformation, etc. L’interaction de ces dimensions sociales, avec celles liées à l’éducation, ne doit pas être minimisée.

Frédérick Guillaume Dufour does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. L’adhésion aux complots et aux populismes, une question d’éducation ? – https://theconversation.com/ladhesion-aux-complots-et-aux-populismes-une-question-deducation-174929

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