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De la peur à l’espoir : le combat de Jacqueline Bagabo contre Ebola en République Démocratique du Congo

De la peur à l’espoir : le combat de Jacqueline Bagabo contre Ebola en République Démocratique du Congo

Source: Africa Press Organisation – French

À Bunia, dans la province de l’Ituri, les femmes s’inscrivent davantage au cœur de la riposte à Ebola. Jacqueline Bagabo est l’une des nombreuses femmes en première ligne dans la lutte contre la maladie à virus Ebola qui, selon les autorités congolaises, a déjà fait plus 4800 morts au 24 octobre 2026. On estime que les femmes représentent 54 % de l’ensemble des cas signalés. 

Directrice exécutive de l’organisation Women Need Peace, elle consacre sa vie à la défense des droits des femmes et à la promotion de leur participation dans les espaces de prise de décision.

Lorsque les premiers décès inexpliqués sont apparus dans la communauté, la confusion régnait. Beaucoup attribuaient ces morts subites à la sorcellerie, à l’empoisonnement ou à d’autres maladies courantes. Face à cette situation alarmante, des femmes leaders communautaires ont alerté les autorités sanitaires et plaidé pour des investigations approfondies. Les analyses ont finalement confirmé la présence du virus Ebola, en mai 2026.

Très vite, Jacqueline et son organisation Women Need Peace ont lancé des campagnes de sensibilisation pour informer la population sur les mesures de prévention et les comportements à adopter afin de limiter la transmission de la maladie. Environs 1800 personnes ont été touchées par ces actions.

« Je ne pouvais pas rester inactive. Les communautés que nous accompagnons, composées en majorité de femmes, étaient directement touchées », raconte-t-elle. Women Need Peace a alors distribué des kits de lavage des mains, du gel hydroalcoolique et du matériel de désinfection dans les écoles et les espaces communautaires. 

Dans un contexte où de nombreuses personnes ne comprenaient pas encore la nature du virus, ces actions ont contribué à réduire les risques de contamination. Jacqueline se souvient avec émotion de la perte d’un collègue emporté par la maladie. « Sa mort m’a profondément traumatisée. Mais elle a aussi renforcé ma détermination à agir pour briser la chaîne de transmission. »

Les femmes, premières victimes de la maladie

En Ituri—l’épicentre de l’actuelle épidémie, les conséquences d’Ebola ont été particulièrement lourdes pour les femmes. En raison de leur rôle de mères, d’épouses et d’aide-soignantes, elles sont souvent les premières exposées au virus lorsqu’un membre de la famille tombe malade. 

Parallèlement aux risques sanitaires, la fermeture des frontières a fragilisé leurs revenus. De nombreuses commerçantes ont perdu leur capital et leurs revenus. Les prix des produits de base ont augmenté tandis que les coûts de transport ont parfois triplé, compliquant davantage l’accès aux marchés et aux services essentiels.

Combattre la stigmatisation des survivantes

Au-delà de la maladie, les survivantes d’Ebola ont souvent dû affronter la peur et le rejet de leur entourage. Une fois sorties des centres de traitement, beaucoup ont été victimes de discrimination, de moqueries et d’exclusion sociale.

Pour répondre à cette situation, Women Need Peace a développé un accompagnement psychosocial destiné aux survivantes et à leurs familles. En parallèle, l’organisation a mené des campagnes communautaires pour lutter contre les rumeurs et sensibiliser la population au fait qu’une personne guérie ne représente plus un danger. Ces efforts ont porté leurs fruits. De nombreuses personnes souffrant d’anxiété, de dépression ou de traumatismes liés à la maladie ont progressivement retrouvé confiance. Certaines ont repris leurs études, tandis que d’autres ont retrouvé leur place dans la vie sociale et économique de leur communauté.

La riposte à Ebola a également mis en lumière les défis particuliers auxquels sont confrontées les personnes sourdes et muettes, souvent exclues de l’accès à l’information. Consciente de cette réalité, Women Need Peace a organisé des sessions de sensibilisation dans une école spécialisée pour enfants sourds-muets, le centre Ephphatha dans la ville de Bunia. Avec l’appui des enseignants, les messages de prévention ont été traduits en langue des signes afin que chacun puisse comprendre les risques liés à Ebola et les moyens de s’en protéger.

Cette approche inclusive a permis de sauver des vies. Lorsque des cas d’Ebola ont été enregistrés parmi certains élèves, ceux-ci ont été rapidement orientés vers les centres de traitement et ont pu guérir.

Parmi les cas guéris figure Nyagoma, 20 ans, aujourd’hui apprenante en coupe et couture à l’école Ephphatha. « Lorsque j’ai appris que j’avais Ebola, je pensais que j’allais mourir. Après un mois de traitement, j’ai guéri, mais le plus difficile a été le retour dans la communauté. Beaucoup de personnes avaient peur de moi », témoigne-t-elle. 

Shukuru, 25 ans, également sourde-muette et une jeune mère de deux enfants, garde le souvenir douloureux de la séparation avec ses enfants pendant son hospitalisation. « À l’hôpital, je me sentais mal d’être séparée de mes enfants. Je craignais pour leur sort. J’ai dû me battre contre le virus dans l’angoisse et le désespoir ».

Aujourd’hui, toutes deux ont vaincu Ebola et partagent le même rêve : devenir de grandes couturières et construire un avenir meilleur pour les familles. Leur centre n’a qu’une seule machine à coudre pour environs 40 apprenants. Le manque d’équipements adéquats ralentit leur apprentissage. 

Pour Jacqueline Bagabo, les femmes doivent être placées au centre des réponses à l’épidémie d’Ebola car ce sont elles qui prennent soin des malades, qui soutiennent les familles et qui portent les efforts de sensibilisation dans les communautés. Pourtant, leur voix reste insuffisamment entendue et les organisations locales dirigées par des femmes manquent souvent de ressources pour agir. 

Pour soutenir leurs efforts, ONU Femmes a lancé, en septembre 2026, une stratégie visant à les placer au cœur de la Riposte— avec un besoin de près de 6 millions de dollars à mobiliser. 

Sur le terrain, Women Need Peace fait partie de 27 organisations soutenues par ONU Femmes avec des fonds de l’Allemagne et de la Suède, pour combattre Ebola. 

« Cet accompagnement nous a permis d’agir au plus près des populations, particulièrement des femmes et des filles, à un moment où l’accès à une information fiable était crucial », souligne Jacqueline.

Malgré les défis, Jacqueline demeure optimiste. Grâce au leadership des femmes, à l’engagement des survivantes et à la mobilisation des organisations communautaires, l’Ituri continue de renforcer sa résilience face à Ebola.

« La maladie est réelle, mais l’espoir l’est aussi. Les solutions durables naîtront des communautés elles-mêmes, et les femmes en sont une force essentielle. », conclue-t-elle.

L’histoire de Jacqueline, de Shukuru et de Nyagoma rappelle qu’une réponse efficace à Ebola ne se limite pas aux interventions sanitaires. Elle repose également sur la confiance des communautés, l’accès équitable à l’information, la lutte contre la stigmatisation et la participation des femmes aux décisions qui concernent leur santé et leur avenir.

Distribué par APO Group pour UN Women – Africa.

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Original source: https://africa.mil-osi.com/2026/11/04/de-la-peur-a-lespoir-le-combat-de-jacqueline-bagabo-contre-ebola-en-republique-democratique-du-congo/