Source: African Development Bank Group in French
Cinq heures, c’est le temps qu’il fallait à Fatima Meftah Abudhair et à son fils, Abdelmuen Salah, pour aller de Tripoli à Djerba avant février 2023. Depuis cette date, la durée du trajet en voiture a été divisée par deux grâce à la nouvelle autoroute qui relie Gabès, Médenine à Ras Jédir à la frontière libyenne. Un gain de temps de 3h également sur le trajet Tunis – Ras Jedir de 5h aujourd’hui contre 8h auparavant.
L’autoroute de la santé
Abdelmuen, 27 ans, est l’un des six enfants de Fatima et son mari. Depuis sa naissance, le jeune homme est paraplégique, autiste, aveugle, sourd et muet. Des pathologies lourdes de conséquences pour la famille qui s’efforce, au-delà d’une attention constante, de lui apporter des soins médicaux réguliers. « Mon fils est malade. Je dois faire attention à lui, je veille tard, c’est beaucoup de fatigue. Avant la mise en service de la nouvelle autoroute, le trajet était difficile. Maintenant, c’est plus facile de venir à Djerba pour qu’il reçoive les soins nécessaires », raconte Fatima.
En raison de son handicap, le jeune homme est suivi plusieurs fois par mois par différents spécialistes, chiropracteurs, orthopédistes, spécialistes des nerfs à la clinique Echifa, à Djerba. La vétusté de l’ancienne route imposait jusqu’alors des trajets longs et éprouvants.
En 2012, le Groupe de la Banque africaine de développement apporte plus de 137 millions d’euros pour construire la section reliant Médenine à Ras Jédir, soit 104 kilomètres de tronçon autoroutier sur un total linéaire de 188 km (Gabès-Médenine-Ras Jédir) pour relier les zones enclavées aux métropoles tunisiennes des gouvernorats de Gabès et Médenine. L’ouvrage, réalisé par la Société Tunisie Autoroutes, a été inauguré depuis 2023.
La route désormais plus sûre et mieux entretenue permet de dynamiser les échanges et de réduire les temps de trajet. « J’aime venir à Djerba car les médecins sont réputés. Ils savent s’occuper de mon fils qui a besoin de soins particuliers. D’ailleurs, quand je suis à Djerba, je m’y repose, je m’y sens bien », reconnaît Fatima.
Dans la salle d’examen, le docteur Houidi Ali ausculte Abdelmuen. Il le manipule, contrôle ses réflexes moteurs, testent l’élasticité de ses muscles et la solidité de ses os. « C’est un rituel qu’il connaît bien maintenant, je m’occupe de lui depuis mon arrivée à Djerba il y a dix ans. Avant, je le voyais peut-être une ou deux fois par mois. Maintenant, grâce à l’autoroute, je peux m’occuper de lui deux fois par semaine, car c’est beaucoup moins contraignant pour ses parents », confie le médecin.
Un tourisme médical en plein essor
Djerba et la Tunisie étaient déjà reconnues pour leur expertise dans le domaine médical. Le développement des infrastructures routières change dorénavant la donne. Depuis que cette route existe, le nombre de personnes se rendant à Djerba pour raisons médicales a pratiquement doublé, selon le docteur Ali. Les patients se voient proposer un suivi médical plus régulier, car les conditions de circulation sont meilleures. « On s’occupe beaucoup mieux de nos patients. Certains font même l’aller-retour dans la journée maintenant. Avant, il fallait rester sur place. Même nous, médecins, passons moins de temps sur la route et dans les embouteillages. Par conséquent, nous sommes plus en forme pour nous occuper de nos patients », se réjouit le spécialiste.
Djerba est devenue non seulement une « destination médicale d’excellence » pour les Tunisiens, mais elle l’est aussi pour les pays voisins. À l’instar de Fatima, de nombreux Libyens empruntent la route depuis Ras Jédir pour consulter à Djerba. « Quasiment 50 % de nos patients sont des Libyens. Cela montre bien l’attractivité médicale de Djerba ! », assure le docteur Ali.
Le secteur de la santé n’est pas le seul à bénéficier de cette nouvelle autoroute. Avec une circulation plus fluide et sécurisée pour les personnes, les biens et les marchandises, les investissements et les activités économiques s’intensifient et trouvent un nouveau souffle. Cette autoroute représente donc une véritable opportunité pour Djerba qui accueille un million de touristes par an sans oublier d’autres destinations comme Hammamet et Kairouan. Ces villes disposent enfin d’une infrastructure à la hauteur de leur réputation et de leurs ambitions.
Cette autoroute n’est peut-être pas le dernier maillon du réseau autoroutier trans-maghrébin. Elle connecte les peuples, stimule les échanges et renforce les liens pour faire la différence.
