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Faire le deuil d’un grand-parent : un long chemin pour les enfants comme les adultes

Faire le deuil d’un grand-parent : un long chemin pour les enfants comme les adultes

Source: The Conversation – France (in French) – By John Frederick Wilson, Honorary Research Fellow, Director of Bereavement Services Counselling & Mental Health Clinic, York St John University

Les jeunes enfants n’expriment pas leur chagrin de la même manière que les adultes. Ils peuvent aussi éprouver de la culpabilité face au décès d’un être aimé. C’est pourquoi il est important d’entamer le dialogue avec eux pour comprendre leur ressenti et les aider à mettre des mots sur leurs émotions. Quelques pistes pour mesurer ce qui se joue au fil des âges.


Ce sont en général nos parents qui ont accompagné nos premiers pas et nous ont soutenus pendant notre enfance mais les grands-parents peuvent aussi jouer un rôle spécial dans nos vies.

Comment surmonter notre chagrin face à leur perte ? Chaque parcours de deuil est bien sûr unique. Mais mon travail auprès de personnes traversant cette épreuve permet d’éclairer ce qui s’y joue.

Comprendre les circonstances du décès

Tout d’abord, aucun conseiller expérimenté en matière de deuil ne part de suppositions sur la relation entre l’être cher qui a disparu et le parent en deuil. Il ne fait pas non plus d’hypothèses sur les pensées ou les sentiments éprouvés.

Ma première démarche face à une personne en deuil est de lui demander de me raconter, quel que soit son âge, à son rythme, l’histoire de la perte qu’elle vit, en incluant les événements qui l’ont précédée, tels qu’une maladie prolongée ou un décès soudain et inattendu.

La façon dont la personne raconte cette histoire, en entrant dans les détails, en éclatant en larmes ou en adoptant un style neutre, me donne des indices importants sur son état émotionnel. Le fait de raconter l’histoire de manière brève et dépassionnée est un signe par exemple que la personne se dissocie de son chagrin.

Dans le cas des jeunes enfants, leur témoignage m’aide à comprendre ce que les adultes leur ont dit et jusqu’où ils ont été dans leurs explications. Même adolescent, voire adulte, un petit-enfant peut ne pas disposer de toutes les informations dont il aurait besoin pour comprendre la perte qu’il vit. Contrairement à ses parents, il n’a peut-être pas assisté au décès.




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Les adultes qui ont tout fait pour venir pour assister aux dernières heures de leur grand-parent (ou parent) mais qui n’y sont pas parvenus peuvent éprouver un profond sentiment de culpabilité. La partie la plus importante de la résolution d’un deuil consiste à donner un sens à la perte. Cela implique de comprendre et d’exprimer ses sentiments.

Aider les jeunes enfants à faire leur deuil

Même le plus jeune enfant éprouve le chagrin du deuil, d’une certaine manière. Son niveau de développement intellectuel et cognitif fait une grande différence dans la manière de l’accompagner.

En bas âge, il ne comprend pas la permanence de la mort. La pensée magique d’un jeune enfant, le stade égocentrique qui consiste à croire que ses actions peuvent entraîner des événements qui n’ont aucun lien en réalité avec elles, peut lui donner l’impression qu’il a, d’une certaine manière, causé cette mort.

L’enfant qui parvient à un stade abstrait de réflexion sur la mort, normalement entre 11 et 16 ans, peut encore avoir du mal à utiliser le vocabulaire des émotions. Même un bébé peut sentir le stress de sa famille et percevoir que son parent, touché par ce décès, est émotionnellement distant.

La profondeur du chagrin d’un petit-enfant peut ne pas être pleinement comprise par sa famille, qui, comme on peut l’imaginer, est absorbée par son propre chagrin. Il est parfois utile pour les psychologues de travailler en collaboration avec les adultes de la famille.

Les parents et les frères et sœurs de la personne décédée pouvaient s’attendre à ce que le décès survienne tôt ou tard, alors que pour les petits-enfants, la perte peut avoir été un choc pour leur monde présumé (« assumptive world ») – c’est-à-dire le monde personnel que nous connaissons et que nous tenons pour acquis, en l’occurrence, un monde dans lequel notre grand-mère ou notre grand-père sera toujours là.

La gravité de l’état de santé du grand-parent peut ne pas avoir été communiquée aux enfants, et ce qu’ils savent peut avoir été glané en entendant des bribes de conversation d’adultes. Il n’est pas toujours facile de reconnaître le chagrin d’un jeune enfant parce qu’il s’exprime souvent différemment d’un adulte, notamment par la colère, les sautes d’humeur et la régression vers des comportements plus infantiles.

La perte d’un grand parent fait partie de l’évolution de la vie.
OHishiapply/Shutterstock

J’ai également besoin de savoir quel rôle le grand-parent a joué dans la vie du petit-enfant. Les grands-parents vont souvent chercher leurs petits-enfants à l’école, leur lisent des histoires, leur apprennent des chansons, les aident à faire leurs devoirs et les emmènent en excursion. Le grand-parent peut être un modèle pour les enfants des familles monoparentales. Quand le grand-parent a joué un rôle important dans sa vie, le petit-enfant a besoin de temps pour s’adapter et réapprendre un monde sans son grand-père ou sa grand-mère.

Accompagner adolescents et jeunes adultes face à la mort

J’ai travaillé avec de jeunes adultes qui considéraient leur grand-mère comme le substitut d’une mère absente. On m’a dit : « Sur le papier, c’était ma mamie, mais en réalité, c’était ma maman ». Dans une large mesure, les émotions des adultes sont les mêmes, en particulier dans les premières semaines et les premiers mois de deuil.

Un petit-enfant, quel que soit son âge, peut se retrouver avec un chagrin non reconnu, c’est-à-dire avec la conviction qu’il n’a pas le droit d’avoir les pensées et les sentiments qu’il éprouve.

Une fois que j’ai la certitude que mon client comprend ce qui s’est passé, qu’il peut donner un sens à la mort et qu’il dispose du vocabulaire nécessaire pour exprimer ses émotions, nous commençons

le processus d’adaptation à la perte. Les psychologues ne s’attendent plus à ce que les gens lâchent prise et passent à autre chose. Au contraire, nous les encourageons à conserver des souvenirs, ce qui les aide à développer un nouveau lien symbolique avec leur grand-parent.

Pour les enfants plus âgés, il peut être utile d’examiner de vieilles photos et de parler avec eux d’événements passés. Pour les jeunes enfants, nous utilisons des boîtes à souvenirs, qu’ils peuvent vouloir décorer et qu’on remplit de photos et d’objets représentant l’être cher disparu ou la relation qu’ils entretenaient avec lui.

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Les jeunes enfants prennent intuitivement le temps de se distraire de leur chagrin, et dans une certaine mesure les adultes aussi, bien que la culpabilité et les pressions sociales puissent les en empêcher. Il est utile de valider les moyens qu’ils peuvent choisir pour se distraire de leur chagrin, souvent avec des films, des jeux sur ordinateur ou des échanges avec des amis sur les médias sociaux. Je leur explique que c’est naturel et que cela ne diminue en rien le lien qu’ils avaient avec leur grand-parent décédé.

Le deuil des grands-parents fait partie de chemin vers l’âge adulte et de l’évolution de la vie et, pour la plupart d’entre nous, de la préparation à la perte des parents. Le chagrin sera toujours présent. Il est important de comprendre qu’il ne s’arrêtera jamais mais qu’il deviendra plus facile à gérer, et de rompre ainsi le cycle de douleur des émotions non résolues.

John Frederick Wilson ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Faire le deuil d’un grand-parent : un long chemin pour les enfants comme les adultes – https://theconversation.com/faire-le-deuil-dun-grand-parent-un-long-chemin-pour-les-enfants-comme-les-adultes-241814

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