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Trente-cinq ans après la chute du mur, Berlin est divisée sur le devenir des bâtiments de l’ex-RDA

Trente-cinq ans après la chute du mur, Berlin est divisée sur le devenir des bâtiments de l’ex-RDA

Source: The Conversation – France (in French) – By Katrin Schreiter, Senior Lecturer in German and History, King’s College London

Le 35e anniversaire de la chute du mur de Berlin, événement qui a symbolisé l’effondrement du communisme en Europe de l’Est et marqué la fin de la guerre froide, est l’occasion de faire le point sur ce qu’il reste de l’Allemagne de l’Est (RDA) dans la capitale allemande.


Les vestiges du mur dans la partie orientale de la ville, dont le plus visible est la « East Side Gallery » le long de la Spree à Berlin-Friedrichshain, sont devenus une attraction touristique. De même, l’ancien poste-frontière américain, Checkpoint Charlie, est une étape très fréquentée sur la carte touristique de Berlin.

Un morceau du mur de Berlin à Londres.
Flickr/Richard Clifford, CC BY-SA

De nombreuses dalles de béton originales du mur ont été offertes à l’étranger. Un morceau portant des graffitis de l’artiste Jürgen Grosse, connu sous le nom d’Indiano, est exposé à l’extérieur du musée impérial de la guerre de Londres.

Ce qui reste du mur de Berlin est une ligne de démarcation qui tend à s’effacer et qui fait trébucher les passants sur cette partie de l’histoire allemande, quand le pays a été divisé pendant 40 ans et qu’il y avait un « mur de protection antifasciste » censé séparer les Allemands de l’Est de l’attrait de l’Ouest capitaliste.

Cependant, le touriste attentif remarquera que les monuments de l’ancienne RDA disparaissent peu à peu du paysage berlinois. Le patrimoine architectural est transformé par les urbanistes – victime du désir politique d’encadrer le passé de l’Allemagne de l’Est.

Checkpoint Charlie est l’un des sites historiques les plus touristiques de Berlin.
ilolab/Shutterstock

Tous les types d’amiante ne se valent pas

Ce qui symbolise le mieux cette disparition progressive est le Palais de la République, le bâtiment parlementaire et espace public en verre, acier et béton de la RDA. Il a été érigé en 1976 sur le site du palais des Hohenzollern, qui abritait autrefois la famille régnante de l’Allemagne impériale, mais qui a été détruit pendant la guerre. La découverte d’amiante dans le « palais du peuple » est-allemand dans les années 1990 a fait de sa démolition une option rationnelle. Elle eu lieu au début des années 2000.

Le palais de la République, aujourd’hui démoli, à Berlin.
Bildagentur Zoonar/ Shutterstock

Les fonds auraient pu être investis dans la réparation du bâtiment, si l’on avait voulu sauver ce patrimoine architectural emblématique de la RDA. Mais les forces conservatrices ont mobilisé un fort soutien politique en faveur d’un projet très controversé pour le remplacer : la reconstruction partielle du palais des Hohenzollern.

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Les partisans du projet mettent en avant la tradition et l’histoire commune de tous les Allemands. Les opposants évoquent les crimes coloniaux de l’empire. Ce débat se poursuit depuis que le nouveau bâtiment abrite le Forum Humboldt, un musée qui abrite une collection « interculturelle » d’objets coloniaux qui n’appartiennent pas légitimement à l’Allemagne.

Entre-temps, le Centre international des congrès, un complexe de conférences situé à l’ouest de Berlin qui a également été construit avec de l’amiante dans les années 1970, a été, lui, inscrit sur la liste des bâtiments à préserver.

Un patrimoine en voie de neutralisation

En parallèle, la ville a adopté une approche différente pour d’autres bâtiments plus utilitaires, avec par exemple l’effort de restructuration des célèbres plattenbauten préfabriqués – les grands immeubles d’habitation qui dominent le paysage urbain dans la partie est de la ville.

Plattenbauten à Berlin est.
SebastianO/Shutterstock

Selon l’Agence statistique allemande, entre 1970 et 1990, la RDA a construit environ 1,9 million d’appartements dans des blocs de ce type pour lutter contre une grave pénurie de logements. Ces immeubles sont devenus cultes au début des années 2000, lorsqu’il est devenu à la mode pour les étudiants universitaires et les jeunes actifs berlinois de vivre dans ces immeubles. Les préoccupations relatives à l’insuffisance de l’espace de vie dans une capitale en pleine expansion ont justifié les investissements réalisés par la ville pour moderniser ces bâtiments.

Mais une approche aussi utilitaire du patrimoine architectural est-allemand prive sans doute les bâtiments tels que les plattenbauten de leur signification politique. En étant rénovés en vue d’une utilisation future, ils sont aussi « neutralisés ».

Ces dernières années, un certain nombre de plattenbauten situés en dehors de Berlin ont été inscrits sur la liste des bâtiments à préserver. Le mois dernier, une mesure similaire a été annoncée pour le centre de Berlin. Elle concerne des habitations situées dans les rues Münzstraße, Torstraße, Neue et Alte Schönhauser Straße et Dircksenstraße.

Mais quiconque connaît le quartier sait que les bâtiments qui s’y trouvent ont été construits par les urbanistes est-allemands lors de la « redécouverte » du patrimoine architectural berlinois dans les années 1980. Ils imitent le style des immeubles d’appartements du début du siècle et n’ont rien en commun avec les gigantesques plattenbauten modernistes qui avaient contribué à résoudre la crise du logement en Allemagne de l’Est.

Berlin, ville de la guerre froide et nouveau siège du gouvernement de l’Allemagne réunifiée, reste un espace urbain particulier. Les préjugés conscients ou inconscients des politiciens entrent inévitablement en jeu lorsqu’ils décident quels bâtiments sont autorisés à rester debout et lesquels sont démolis.

Katrin Schreiter ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Trente-cinq ans après la chute du mur, Berlin est divisée sur le devenir des bâtiments de l’ex-RDA – https://theconversation.com/trente-cinq-ans-apres-la-chute-du-mur-berlin-est-divisee-sur-le-devenir-des-batiments-de-lex-rda-243085

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