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12 millions de bénévoles dans les associations : comment les motiver ?

12 millions de bénévoles dans les associations : comment les motiver ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Lucie Cortambert, Maitresse de conférences, UCLy (Lyon Catholic University)

Dans un contexte où le sentiment de manquer de temps est de plus en plus fort, s’engager durablement dans une activité bénévole peut sembler difficile. Les associations ont tendance à proposer des missions de plus en plus courtes et ponctuelles qui ne favorisent pas la création d’un lien fort. Les temps passés entre bénévoles, en «coulisses», sont déterminants pour les fidéliser sur le long terme.


En 2018, la France comptait 1,3 million d’associations actives, dont 25 % relèvent du domaine du sport, 20 % de la culture et des spectacles et 19 % des loisirs. Le bénévolat revêt une importance primordiale dans le fonctionnement et la pérennité de ces associations en raison de la contribution des bénévoles, qui offrent leur temps, leurs compétences et leur engagement, pour soutenir les missions des organisations à but non lucratif. Les activités des associations reposent principalement sur la main d’oeuvre bénévole : 1,1 million d’associations n’ont pas de salariés.

Selon une enquête menée par Recherches et Solidarités, le nombre de Français bénévoles dans les associations en 2024 est de 12,5 millions dont 5,5 millions actifs chaque semaine. Les femmes ainsi que les catégories sociales les plus favorisées sont sur-représentées parmi les bénévoles associatifs, la solidarité s’exerçant sous d’autres formes moins formalisées dans les foyers plus modestes. Comme l’explique Marie Cousineau, en échange de leur engagement, les bénévoles s’attendent à éprouver un bien-être, à acquérir de nouvelles compétences et à être eux-mêmes aidés si un jour ils en ont besoin.

Les bénévoles accordent une grande importance à la rencontre et aux relations interpersonnelles. L’engagement bénévole répond à des besoins de reconnaissance, de sociabilité et d’expérience, tout en permettant d’aider les autres.

Aujourd’hui, le bénévolat est de plus en plus irrégulier ; les bénévoles se «branchent et se débranchent » selon leurs envies et disponibilités. Face à cette situation, faut-il imaginer des missions toujours plus courtes ?

Notre travail, qui repose sur l’observation des pratiques de 18 associations du secteur de la solidarité et du spectacle vivant, fait ressortir l’importance d’avoir des moments et des espaces où les bénévoles peuvent se retrouver entre eux, sans être vus des bénéficiaires ou d’un public.

Un bénévole prépare des palettes de nourriture à l’entrepôt des Restaurants du Coeur, La Garde, France, le 12 décembre 2023.
Obatala-photography

les 4 fonctions essentielles des coulisses du bénévolat

Ces « coulisses du bénévolat » sont des moments en marge des missions dont la fonction a rarement étudiée. Nous identifions qu’elles ont quatre fonctions distinctes : la coordination, la formation, la cohésion et le travail émotionnel.

La coordination et la formation

Ces moments en coulisse constituent tout d’abord des temps de transmission d’information. Il s’agit pour les bénévoles de préparer l’événement à venir, d’assurer la communication entre les différentes équipes se relayant. En amont de l’activité principale, ils pourront par exemple se répartir leurs rôles en vue de l’accueil des artistes et du public, mettre en place les tables et le buffet de la distribution, préparer le circuit de la maraude, etc. En aval, les bénévoles rangent, rédigent le compte-rendu pour la prochaine maraude ou le prochain concert. Ces pratiques permettent d’assurer une transmission d’informations entre les différentes équipes se relayant, mais également de faire le lien entre les bénévoles.

Ces coulisses permettent également de former les nouveaux bénévoles – sans les exposer tout de suite au regard du public. Par exemple, dans une association culturelle étudiée, les bénévoles qui accueillent le public pour la première fois doivent apprendre certains codes : ne pas monter sur scène une fois que les portes de la salle sont ouvertes, communiquer en silence et plutôt avec des gestes qu’avec des mots. De même, lors de la préparation d’une maraude, les bénévoles aguerris pourront apprendre aux nouveaux comment se comporter et se présenter à une personne sans-abri.

La cohésion et le travail émotionnel

Les activités de coulisse participent également à créer de la cohésion entre les bénévoles. C’est par exemple fêter l’anniversaire de l’un d’entre eux après une maraude ou partager le repas annuel des bénévoles, dans une ambiance détendue, festive et propice aux confidences.

Enfin, la réalisation d’une mission devant des bénéficiaires génère souvent des émotions intenses : stress du concert, choc émotionnel au contact des sans-abri. Pendant l’action, le bénévole est concentré sur la réalisation de sa tâche et la maîtrise de ses émotions. Pouvoir partager ses émotions et échanger une fois la mission accomplie est donc essentiel.

Ainsi, les associations de maraudes organisent un temps d’échange entre les bénévoles pour partager et mettre à distance les émotions ressenties durant l’intervention. Ce moment, appelé débriefing, peut avoir lieu dans le camion de l’association, le local ou même dans un bar, autour d’une bière.

La Croix Rouge a par exemple fait le choix de faire les débriefings sur le parking de la Maison de la Danse et non dans le local de l’association «afin d’évacuer tout le mauvais ressenti en dehors du local» comme l’explique une bénévole.

Ces moments en coulisse sont essentiels et lorsqu’ils se passent mal, ils peuvent conduire au départ du bénévole. En témoigne ce chargé de communication qui appréciait l’action de l’association mais qui n’est pas parvenu à créer de lien avec les autres bénévoles: «Je suis peu reconnu dans mon travail, je ne suis jamais remercié, jamais informé des sujets en cours par le président. Partir, c’est une des rares bonnes décisions que j’ai prises ces dernières années».

Ainsi, notre recherche montre qu’il est essentiel d’organiser des moments entre bénévoles pour créer du lien et entretenir la motivation de ces acteurs essentiels de l’organisation. Il est important que les bénévoles se sentent intégrés et inclus en coulisses. Si cela peut sembler contre-intuitif, raccourcir le temps de présence des bénévoles ne constitue pas forcément le meilleur moyen de les fidéliser.

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. 12 millions de bénévoles dans les associations : comment les motiver ? – https://theconversation.com/12-millions-de-benevoles-dans-les-associations-comment-les-motiver-243131

MIL OSI – Global Reports