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Pourquoi les faucons ont-ils des rayures sous les yeux ? La réponse est plus complexe qu’on ne le pensait

Pourquoi les faucons ont-ils des rayures sous les yeux ? La réponse est plus complexe qu’on ne le pensait

Source: The Conversation – in French – By Arjun Amar, Associate Professor, FitzPatrick Institute of African Ornithology, University of Cape Town

On trouve des faucons dans le monde entier, depuis les hobereaux rapides et sveltes jusqu’aux grands et puissants faucons gerfauts de la toundra arctique. En Afrique, on trouve des faucons dans de nombreux habitats. Plusieurs espèces sont uniques au continent, notamment le faucon Taita, en voie de disparition, qui niche sur les hautes falaises, et le grand faucon crécerelle, qui se reproduit dans les anciens nids d’autres espèces, en particulier les corbeaux.

Il existe 39 espèces de faucons dans le monde. Elles sont présentes sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique. Les faucons appartiennent à un groupe d’oiseaux non apparentés appelés rapaces (ou oiseaux de proie), qui se distinguent principalement par leur bec crochu, leur vue perçante et leurs serres acérées.

En tant que scientifiques étudiant les faucons, nous avons toujours été fascinés par les rayures noirâtres spectaculaires situées sous leurs yeux (bandes malaires).

On pense depuis longtemps qu’elles agissent comme des lunettes de soleil naturelles, réduisant la quantité d’éblouissement du soleil réfléchie dans leurs yeux et améliorant ainsi leur capacité à chasser en plein jour.

Cette idée peut également sembler familière aux amateurs de sport. Les joueurs de baseball et de football américain s’enduisent souvent de bandes sombres, appelées « eye black », sous les yeux afin d’améliorer leur vision dans des conditions lumineuses. Des études scientifiques montrent que cela peut améliorer la sensibilité aux contrastes et réduire l’éblouissement, ce qui constitue un avantage crucial pour les athlètes qui suivent des balles en mouvement rapide. Serait-il possible que la nature ait perfectionné cette innovation bien avant que l’homme ne s’y intéresse ?

En 2021, nous avons publié un article apportant la preuve que ce « noir naturel pour les yeux » pourrait aider les faucons pèlerins, l’espèce de rapaces la plus répandue, à repérer et à chasser leurs proies dans des environnements ensoleillés. Mais dans notre nouvel article, nous révélons une histoire plus complexe, dans laquelle ces marques peuvent jouer d’autres rôles chez différentes espèces de faucons.

L’étude des faucons pèlerins

À partir de plus de 2 000 photos de faucons pèlerins soumises par des ornithologues du monde entier, notre étude précédente a testé l’hypothèse de l’éblouissement solaire en cherchant à savoir si les faucons pèlerins vivant dans des environnements plus lumineux avaient des rayures malaires plus grandes ou plus sombres. Pour chaque photo, nous avons évalué la taille (longueur et largeur) et l’intensité de la bande malaire de chaque faucon. Nous avons également décrit la direction dans laquelle l’oiseau posait au cas où cela aurait eu un effet sur l’apparence de la bande malaire. Nous avons ensuite relié l’emplacement de chaque photo à une base de données mondiales sur l’exposition au rayonnement solaire.

Cela nous a permis d’estimer le niveau de rayonnement solaire auquel les oiseaux sur les photos étaient exposés et de le comparer à leurs rayures malaires.

Nous avons constaté que les pèlerins vivant dans des régions plus ensoleillées, comme l’Australie, avaient des bandes malaires plus larges et plus foncées que ceux vivant dans des régions moins ensoleillées, comme l’Écosse. Ces résultats confirment l’idée que ces marques ont évolué pour s’adapter aux environnements lumineux et ensoleillés et qu’elles protègent les yeux des faucons des reflets, leur donnant ainsi de meilleures chances de repérer et d’attraper leurs proies en plein vol.

Il s’agit de la première confirmation empirique d’une hypothèse qui fait depuis longtemps partie de la culture ornithologique populaire et qui est souvent enseignée aux étudiants de premier cycle, mais qui n’a jamais été testée de manière rigoureuse. Les faucons pèlerins, l’espèce la plus rapide au monde, chassent des oiseaux agiles comme les pigeons et les colombes, et dépendent donc fortement d’une vision précise. L’idée que leurs rayures malaires puissent renforcer cette capacité était donc logique du point de vue de l’évolution.

Qu’en est-il des autres faucons ?

Inspirés par ces résultats, nous avons cherché à savoir si le même schéma s’appliquait à d’autres espèces de faucons. Nous avons utilisé plus de 10 000 images de 39 espèces de faucons recueillies sur des plateformes de science citoyenne, notamment la Bibliothèque Macaulay. De manière surprenante, cette étude plus vaste a remis en question nos hypothèses antérieures.

Nous avons à nouveau établi un lien entre les niveaux de rayonnement solaire subis par les faucons dans différents endroits et la taille et la noirceur de leurs rayures malaires. Contrairement à ce que nous avions observé chez les faucons pèlerins, la taille de la bande malaire de ces autres espèces n’était pas liée au niveau d’exposition au soleil.

Dans notre nouvelle analyse, les pèlerins présentaient toujours un lien clair entre des environnements plus lumineux et des rayures plus foncées. Mais ce n’est pas le cas pour les espèces apparentées. Nous n’avons pas non plus constaté que les espèces vivant dans des régions plus ensoleillées, comme l’Afrique, présentaient des bandes malaires plus larges et plus foncées. En fait, certaines espèces africaines, comme la crécerelle de Dickinson, n’avaient pas de rayures malaires du tout.

Nos résultats confirment les opinions de recherches antérieures qui ont également mis en évidence des incohérences avec l’hypothèse de l’éblouissement solaire. Il a été noté que de nombreux faucons du désert, comme le faucon sacre, ont des rayures malaires relativement petites ou discrètes.

Alors, pourquoi ces rayures ?

Ces résultats suggèrent que les rayures malaires peuvent avoir des fonctions différentes selon l’espèce. Pour les faucons pèlerins, l’hypothèse de l’éblouissement solaire semble toujours valable. Mais pour d’autres faucons, ces marques pourraient jouer un rôle qui n’est pas lié à la lumière du soleil. Peut-être aident-elles à camoufler les yeux du faucon de ses proies ou servent-elles de signaux sociaux à ses congénères.

Cette variabilité souligne la complexité de l’évolution. Tout comme les athlètes de différents sports portent des équipements spécialisés, les rayures malaires des faucons se sont peut-être développées en fonction des défis uniques de leur environnement et de leur mode de vie. Les rayures ne sont pas une solution unique, mais reflètent la diversité de l’adaptation.

Science citoyenne

Les faucons pèlerins restent l’exemple type de l’hypothèse de l’éblouissement solaire. Mais nos résultats nous rappellent qu’il ne faut pas supposer que les relations observées chez une espèce sont valables pour d’autres. Les recherches futures pourraient tester ces idées sur le plan expérimental ou étudier les fonctions sociales et écologiques des rayures malaires chez d’autres espèces de faucons.

Nous espérons que les scientifiques citoyens et leurs photos pourront encore jouer un rôle clé dans ces efforts. Sans leurs données, nous n’aurions pas pu entreprendre cette recherche. Ces photos jouent un rôle de plus en plus utile dans la compréhension de l’écologie et de l’évolution des rapaces, avec des études récentes utilisant des photos pour examiner le régime alimentaire des rapaces à des échelles sans précédent.

Si vous souhaitez soutenir la recherche sur les rapaces, pensez à télécharger vos photos de rapaces sur des plateformes de science citoyenne telles que eBird ou iNaturalist. Vos observations pourraient permettre de faire de nouvelles découvertes sur ces oiseaux remarquables.

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pourquoi les faucons ont-ils des rayures sous les yeux ? La réponse est plus complexe qu’on ne le pensait – https://theconversation.com/pourquoi-les-faucons-ont-ils-des-rayures-sous-les-yeux-la-reponse-est-plus-complexe-quon-ne-le-pensait-247472

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