Source: Universities – Science Po in French
Parce que l’égalité femmes-hommes dans la formation et sur le marché de l’emploi n’est pas encore au rendez-vous. Même si les femmes sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes (en 2021, 55,8% des diplômes de l’enseignement supérieur en France tous domaines et tous niveaux confondus ont été attribués à des femmes), les inégalités persistent. La création d’une journée dédiée à la place des femmes dans les filières et les métiers scientifiques, en particulier dans les STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) met l’accent sur une disparité qui a longtemps été peu examinée au niveau mondial.
La tech est sans doute le secteur le plus porteur dans l’économie actuellement, et l’un des secteurs où les salaires sont les plus élevés. Malgré un contexte économique défavorable post-crise sanitaire du Covid, l’emploi dans le numérique progresse 2,5 fois plus vite que dans les autres secteurs. Il est donc impossible de parler d’égalité salariale et de présence des femmes sur le marché du travail sans évoquer l’innovation et la recherche.
Ce problème n’est pas nouveau : historiquement, les femmes n’ont pas eu la même place et ne sont pas représentées de la même façon que les hommes dans la hiérarchie académique et professionnelle. Cela renvoie au phénomène de leaky pipeline : au fur et à mesure des progressions de carrière, les femmes quittent leur secteur, et “gouttent” du “tuyau percé” (leaky pipeline). Ce terme anglo-saxon décrit donc ce processus de décrochage des femmes au cours de leur carrière professionnelle. Et cela commence dès les études supérieures. Ce phénomène de leaky pipeline est particulièrement marqué dans les secteurs des STEM où les femmes sont les plus représentées, comme la biologie. Et paradoxalement ce “leak” est moins marqué dans les domaines comme l’ingénierie, où les femmes sont moins nombreuses.
Cette tendance est aussi palpable dans le monde académique : alors que 45% des doctorats sont attribués à des étudiantes, seulement 30% des chercheurs actifs et 18% des professeurs titulaires sont des femmes dans l’Union européenne en 2022. Ces tendances prennent une tournure plus dramatique dans les disciplines STEM : bien que les femmes représentent 38% des diplômés de doctorat dans l’Union européenne (UE) dans les disciplines STEM, l’écart de genre se creuse à mesure que les niveaux de séniorité augmentent : seules 17,9% des postes de professeur titulaire en ingénierie et technologie sont occupés par des femmes.
Il faut aussi regarder l’insertion des femmes dans le marché du travail : d’après Eurostat, en 2023, seulement 21,4% des femmes diplômées en Europe (18,4% pour la France) ont obtenu un diplôme dans les filières du numérique, et seules 17% de ces diplômées travaillent dans ces filières. Il n’y a jamais eu plus de 20% de femmes parmi les personnes employées dans la tech, ni en France, ni en Europe. En effet, les femmes n’ont pas dépassé le 20% des personnes employées dans la tech pendant la dernière décennie, ni en France, ni en Europe.
Le fait que ce soient les Nations unies qui portent cette campagne démontre d’ailleurs qu’il s’agit d’une problématique globale. Par exemple, aux États-Unis en 2024, parmi les personnes salariées du secteur numérique il n’y avait que 33% de femmes.
