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L’annexion du Canada détruirait-elle les États-Unis ?

L’annexion du Canada détruirait-elle les États-Unis ?

Source: The Conversation – in French – By Aisha Ahmad, Associate Professor, Political Science, University of Toronto

À l’heure où Donald Trump, président des États-Unis, agite la menace d’annexer le Canada, des Canadiens redoutent de voir un jour les États-Unis envahir leur pays.

Comment se déroulerait un tel scénario ? Compte tenu de la taille de l’armée américaine, on pourrait penser que Trump remporterait une victoire facile.

C’est faux. Si Trump décidait un jour d’utiliser la force militaire pour annexer le Canada, le résultat ne serait pas déterminé par une confrontation militaire conventionnelle entre les armées canadienne et américaine. Une invasion militaire du Canada entraînerait plutôt une résistance violente qui pourrait durer des décennies et finir par détruire les États-Unis.

Dans ce scénario cauchemardesque, les Canadiens pourraient-ils résister avec succès à une invasion américaine ? Tout à fait. Je le sais parce que j’ai étudié pendant plus de vingt ans des insurrections dans le monde entier et que j’ai côtoyé des gens ordinaires qui se sont battus contre de puissantes armées d’invasion.




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Comment naissent les insurrections ?

Les études sur la guérilla montrent clairement que les parties plus vulnérables peuvent utiliser des méthodes non conventionnelles pour affaiblir un ennemi puissant pendant de nombreuses années. Cette approche conçoit la guerre comme un travail secret, à temps partiel, qu’une personne ordinaire peut accomplir.

Les guérilleros recourent à des embuscades, à des raids et à des attaques-surprises pour décimer lentement l’armée d’invasion, et les collectivités locales les soutiennent en leur offrant des abris et un appui matériel. Les citoyens peuvent également s’engager dans des formes de « résistance quotidienne », en utilisant des tonnes de gestes de sabotage passif agressif pour frustrer et épuiser l’ennemi.

Trump se trompe s’il croit que 40 millions de Canadiens se laisseraient conquérir sans résistance. Aucun parti politique ni dirigeant n’est prêt à renoncer à la souveraineté canadienne pour des raisons de « coercition économique », de sorte que pour annexer le Canada, les États-Unis devraient l’envahir.

Un tel geste déclencherait un cycle de violence inarrêtable. Même si on imagine un scénario où le gouvernement canadien capitulerait, les combats éclateraient dans les rues. Un adolescent lancerait une pierre sur les soldats envahisseurs et ceux-ci lui tireraient dessus. Après, il y aurait d’autres pierres et d’autres coups de feu. L’insurrection serait inévitable.

Le mythe de la « gentillesse » canadienne

Cette idée peut choquer les Canadiens, car ils se considèrent comme des personnes sympathiques et aimables. Cependant, l’image de « gentillesse » que le Canada projette aujourd’hui n’existe que parce qu’il vit en paix. La guerre change les gens très rapidement, et les Canadiens ne sont pas plus fondamentalement pacifiques que les autres humains de la planète.

Quand on voit son enfant mourir dans ses bras, on devient capable de violence. Lorsqu’on perd ce qu’on aime, résister est aussi naturel que de respirer.


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Selon mes recherches, à l’exception de quelques collaborateurs et kapos, de nombreux Canadiens s’engageraient probablement dans diverses formes de résistance quotidienne contre les forces d’invasion, qui pourraient inclure le vol, le mensonge, les coupures de câbles et le détournement de fonds.

Pendant ce temps, les insurgés se livreraient à une destruction de cibles américaines. En supposant qu’un pour cent des Canadiens participaient à une insurrection armée, celle-ci compterait 400 000 personnes, soit près de dix fois plus que les talibans au début de la guerre d’Afghanistan. Si une fraction de ce nombre se lançait dans des attaques violentes, cela mettrait le feu à l’ensemble du continent.

La géographie du Canada rendrait cette insurrection difficile à vaincre. Avec ses forêts profondes et ses montagnes escarpées, le nord du Canada ne peut être ni conquis ni contrôlé. Cela signifie que les loyalistes des forces armées canadiennes pourraient mobiliser des recrues civiles pour former des unités de combat décentralisées capables de frapper, de se replier dans la nature et de se fondre dans les collectivités qui les soutiennent.

La frontière canado-américaine est également facile à franchir, ce qui permettrait aux insurgés d’accéder aux infrastructures américaines essentielles. La construction d’un oléoduc coûte des dizaines de milliards de dollars, mais son explosion n’en coûte que quelques milliers.

Et les attaques aériennes ?

Les Américains n’écraseraient-ils pas la rébellion à coups de missiles et d’attaques de drones ? Ils tenteraient de le faire, mais cette approche de la contre-insurrection ne fonctionnerait pas.

En fait, c’est un piège bien connu de la guerre insurrectionnelle. Plus les nations puissantes frappent fort, plus l’insurrection s’élargit et se fragmente, rendant impossible toute victoire militaire ou tout accord négocié. Le terrain accidenté du Canada protégerait les insurgés de ce type d’attaques, tandis que l’indignation mondiale suscitée par les bombardements ne ferait que renforcer le soutien à la rébellion.

Les Américains ont déjà été vaincus par des insurgés dans de nombreuses régions du monde parce qu’ils n’ont pas su éviter ce piège. S’ils osent envahir le Canada, c’est à l’intérieur de leurs frontières qu’ils engendreront ce problème de sécurité insoluble.

La Russie et la Chine montent en puissance

Comment les Canadiens pourraient-ils payer pour cette insurrection de plusieurs décennies ? La réponse se trouve dans chaque exemple historique du vieil adage : « L’ennemi de mon ennemi est mon ami ».

La perspective de voir les Américains pris avec une insurrection sur leur continent réjouirait Moscou et Pékin, qui pourraient facilement établir des routes secrètes par le nord pour acheminer des armes à la résistance. Le financement d’une insurrection est un moyen efficace de piéger et de ruiner une puissance rivale, car les opérations de contre-insurrection sont exponentiellement plus coûteuses que quelques livraisons d’armes.

Une insurrection violente chronique en Amérique du Nord pourrait immobiliser financièrement et militairement les États-Unis pendant des décennies, ce qui finirait par provoquer un effondrement économique et politique. La Russie et la Chine, quant à elles, connaîtraient alors une montée en puissance incontestée.

On vous aura avertis…

Ce scénario garantirait la destruction du Canada et des États-Unis. Aucune personne saine d’esprit ne choisirait cet avenir effroyable au lieu d’une alliance pacifique et mutuellement bénéfique avec un voisin ami.

Néanmoins, si Trump est assez inconscient pour penser que l’annexion du Canada par la violence est un objectif réalisable, qu’il sache que les conséquences affreuses d’une telle guerre étaient prévisibles, et qu’il a en été averti.

Aisha Ahmad a reçu des fonds du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

ref. L’annexion du Canada détruirait-elle les États-Unis ? – https://theconversation.com/lannexion-du-canada-detruirait-elle-les-etats-unis-249973

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