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Les clés de la survie des entreprises zombies, dépendantes des crédits

Les clés de la survie des entreprises zombies, dépendantes des crédits

Source: The Conversation – France (in French) – By Eric Séverin, Professeur des Universités Finance – Comptabilité, Université de Lille

Plus d’une entreprise sur 20 en France est une entreprise zombie, soit une entreprise qui ne survit que grâce aux crédits. Ce phénomène nuisant à l’efficacité économique, comment en sortir ? De récents travaux montrent un lien entre les formes de gouvernance et le risque qu’une entreprise-zombie le reste durablement.


La zombification de l’économie n’est pas un phénomène nouveau. Il a vu le jour au Japon dans les années 1980. Grâce à des prêts accordés par les banques à des taux d’intérêt très faibles, les banques ont continué d’approvisionner en fonds des entreprises en difficulté, les maintenant ainsi en activité alors même qu’elles n’étaient pas rentables. Plusieurs définitions de la zombification existent, mais celle qui est la plus couramment retenue est celle de l’OCDE qui définit une entreprise zombie comme une entreprise d’au moins 10 ans d’âge et dont le revenu opérationnel est inférieur aux charges financières pendant 3 années consécutives.

Le phénomène de zombification avait déjà augmenté durant la période 2013-2016 et représentait 5,6 % des entreprises matures en France. Il a progressé avec la crise du Covid et en particulier par le vecteur du PGE.

Des causes multiples

Les causes de la zombification sont multiples. Les déterminants externes tiennent, d’une part, à l’environnement financier – faibles taux d’intérêt et faiblesse de la structure financière des banques – et, d’autre part, à l’environnement économique au travers de la hausse des coûts des matières premières), facteurs de baisse de performance.

À ces éléments s’ajoutent des facteurs liés aux choix politiques, comme en Chine). Les déterminants internes tiennent dans la faible performance et la gouvernance.

Menaces sur l’économie

Le phénomène de zombification n’est pas anodin. Il menace l’économie dans sa globalité en perturbant l’allocation optimale des ressources financières – ces dernières étant bloquées dans des entreprises peu rentables –, en entravant la concurrence, car les entreprises déficitaires peuvent pratiquer des prix bas empêchant de nouveaux concurrents d’entrer sur le marché. Par ailleurs, ces zombies fragilisent le système bancaire, car les banques engagées dans ces prêts se trouvent piégées face à un risque de défaut de paiement sur la totalité des emprunts déjà accordés.

Dans une étude récente, les auteurs proposent de se focaliser sur l’influence de la gouvernance dans la sortie de l’état de zombification des entreprises. Jusqu’alors, les études s’étaient le plus souvent concentrées sur le rôle des créanciers et des banques dans la survie des entreprises zombies, négligeant l’impact des mécanismes internes de gouvernance.

L’étude mobilise la théorie de l’agence et la théorie de la succession en période de crise, afin d’analyser comment certaines structures de gouvernance influencent la durée de survie des entreprises zombies avant leur sortie du marché.

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La non-neutralité des dirigeants actionnaires

L’analyse empirique repose sur un échantillon de 2 794 entreprises françaises identifiées comme zombies au cours de la période allant de 2010 à 2014. Cet échantillon comprend 41 % d’entreprises manufacturières, 33 % d’entreprises de service ; il est constitué de 84 % de TPE (mois d’un million d’euros de chiffre d’affaires), de 10 % d’entreprises dont le chiffre d’affaires est compris entre 1 million à 5 millions d’euros et de 6 % d’entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 50 millions d’euros.

L’étude examine quatre variables clés de la gouvernance : la taille du conseil d’administration, le pourcentage de capital détenu par le dirigeant, le renouvellement des administrateurs et la concentration de l’actionnariat.

Les résultats obtenus, grâce à une méthode classique de régression linéaire, font ressortir deux résultats importants.

  • Premièrement, le pourcentage de capital détenu par le dirigeant et la concentration de l’actionnariat prolongent la survie des entreprises zombies. Les dirigeants et actionnaires majoritaires, ayant un intérêt personnel élevé dans l’entreprise, tendent à prolonger artificiellement sa survie pour éviter des pertes financières. Cela est d’autant plus vrai pour le dirigeant qui perd aussi les avantages liés à sa fonction et qui peut subir une perte de réputation en cas de faillite.

  • Deuxièmement, et, à l’inverse, une taille de conseil plus importante et un taux élevé de rotation des administrateurs accélèrent le redressement des entreprises zombies et leur retour à la performance. Ainsi, une rotation plus fréquente des administrateurs et des conseils plus larges favorisent des décisions plus objectives au regard des difficultés rencontrées.

Le rôle clé des administrateurs

Ces conclusions soulignent l’importance des structures de gouvernance dans la gestion des entreprises en difficulté. En définitive, cette étude apporte un éclairage nouveau sur le rôle de la gouvernance d’entreprise dans la dynamique des échecs d’entreprise.

Elle invite à une réflexion sur la nécessité de réformes en matière de gouvernance et de procédures de faillite pour éviter le maintien artificiel des entreprises zombies et favoriser une meilleure allocation des ressources économiques.

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les clés de la survie des entreprises zombies, dépendantes des crédits – https://theconversation.com/les-cles-de-la-survie-des-entreprises-zombies-dependantes-des-credits-249905

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