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Pourquoi le prix de votre chocolat préféré va continuer d’augmenter

Pourquoi le prix de votre chocolat préféré va continuer d’augmenter

Source: The Conversation – France (in French) – By Narcisa Pricope, Professor of Geography and Land Systems Science and Associate Vice President for Research, Mississippi State University

Les prix du chocolat ont grimpé en flèche dans un contexte de sécheresse intense en Afrique. RimmaBondarenko/Shutterstock

Pâques s’accompagne de chocolat (que l’on soit croyant ou non). Une tradition qui pourrait vite devenir un luxe. Avec le réchauffement climatique, son prix ne cesse d’augmenter. En cause : l’aridité qui se propage silencieusement dans de nombreuses régions productrices de cacao. Heureusement, des solutions existent.


Le nord-est du Brésil, l’une des principales régions productrices de cacao au monde, est aux prises avec une aridité croissante –, un assèchement lent mais implacable des terres. Le cacao est fabriqué à partir des fèves du cacaoyer, petit arbre à feuille prospérant dans les climats humides. La culture est en difficulté dans ces régions desséchées, tout comme les agriculteurs qui la cultivent.

Ce n’est pas seulement l’histoire du Brésil. En Afrique de l’Ouest, où 70 % du cacao mondial est cultivé, ainsi qu’en Amérique et en Asie du Sud-Est, les variations des niveaux d’humidité menacent l’équilibre délicat nécessaire à la production. Ces régions, abritant écosystèmes dynamiques et greniers à blé mondiaux, sont en première ligne de la progression lente mais implacable de l’aridité.

Causes de l’aridité

Au cours des 30 dernières années, plus des trois quarts des surfaces la Terre est devenue plus sèche. Un rapport récent que j’ai aidé à coordonner pour la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification a révélé que les terres arides couvrent maintenant 41 % des terres mondiales. Cette superficie s’est étendue de près de 4,3 millions de kilomètres carrés au cours de ces trois décennies – plus de huit fois la taille de la France.

Cette sécheresse rampante n’est pas seulement un phénomène climatique. Il s’agit d’une transformation à long terme qui peut être irréversible… avec des conséquences dévastatrices pour les écosystèmes, l’agriculture et les moyens de subsistance dans le monde entier.

Un agriculteur colombien tient une cabosse de cacao, qui contient les ingrédients clés du chocolat.
2017CIAT/NeilPalmer, CC BY-NC-SA

L’aridité, bien que souvent considérée comme un phénomène purement climatique, est le résultat d’une interaction complexe entre des facteurs anthropiques – dus à l’existence et à la présence d’humains. Il s’agit notamment des émissions de gaz à effet de serre, des pratiques d’utilisation des terres et de la dégradation des ressources naturelles critiques, telles que les sols et la biodiversité.

Ces forces interconnectées ont accéléré la transformation de paysages autrefois productifs en régions de plus en plus arides.

Changement climatique

Le changement climatique d’origine humaine est le principal moteur de l’aridité croissante.

Les émissions de gaz à effet de serre augmentent les températures mondiales, notamment en raison de la combustion de combustibles fossiles et de la déforestation. La hausse des températures, à son tour, provoque l’évaporation de l’humidité à un rythme plus rapide. Cette évaporation accrue réduit l’humidité du sol et des plantes, ce qui exacerbe la pénurie d’eau, même dans les régions où les précipitations sont modérées.

Le nombre de personnes vivant dans les régions arides a augmenté dans chaque contient au cours des dernières années – 1971-2020.
UNCCD

L’aridité a commencé à s’accélérer à l’échelle mondiale dans les années 1950, et le monde a connu un changement prononcé au cours des trois dernières décennies.

Ce processus est particulièrement marqué dans les régions déjà sujettes à la sécheresse, telles que la région du Sahel en Afrique et la Méditerranée. Dans ces régions, la réduction des précipitations – combinée à l’augmentation de l’évaporation – crée une boucle de rétroaction : les sols plus secs absorbent moins de chaleur, laissant l’atmosphère plus chaude et intensifiant les conditions arides.

Utilisation non durable des terres

L’aridité est également influencée par la façon dont les gens utilisent et gèrent les terres.

Les pratiques agricoles non durables, le surpâturage et la déforestation dépouillent les sols de leur couverture végétale protectrice, les rendant vulnérables à l’érosion. Les techniques d’agriculture industrielle privilégient souvent les rendements à court terme, plutôt que la durabilité à long terme, en appauvrissant les nutriments et la matière organique essentiels pour des sols sains.

L’aridité peut affecter la production de nombreuses cultures. De grandes parties du Tchad, que l’on voit ici, ont des terres en voie d’assèchement.
United Nations Chad, CC BY-NC-SA

Au nord-est du Brésil, la déforestation perturbe les cycles locaux de l’eau et expose les sols à la dégradation. Sans végétation pour l’ancrer, la couche arable – essentielle à la croissance des plantes – est emportée par les pluies ou est emportée par les vents, emportant avec elle des nutriments vitaux.

Ces changements créent un cercle vicieux : les sols dégradés retiennent également moins d’eau et entraînent plus de ruissellement, ce qui réduit la capacité de récupération des terres.

Lien entre le sol et la biodiversité

Le sol, souvent négligé dans les discussions sur la résilience climatique, joue un rôle essentiel dans l’atténuation de l’aridité.

Les sols sains agissent comme des réservoirs, stockant l’eau et les nutriments dont les plantes dépendent. Ils soutiennent également la biodiversité souterraine et aérienne. Une seule cuillère à café de sol contient des milliards de micro-organismes qui aident à recycler les nutriments et à maintenir l’équilibre écologique.

À mesure que les sols se dégradent sous l’effet de l’aridité et de la mauvaise gestion, cette biodiversité diminue. Les communautés microbiennes, essentielles au cycle des nutriments et à la santé des plantes, déclinent. Lorsque les sols se compactent et perdent de la matière organique, la capacité de la terre à retenir l’eau diminue, ce qui la rend encore plus susceptible de se dessécher.

La perte de santé des sols crée des effets en cascade qui sapent les écosystèmes, la productivité agricole et la sécurité alimentaire.

Crises de sécurité alimentaire imminentes

Le cacao n’est qu’une des cultures touchées par l’empiètement de l’aridité croissante.

D’autres zones agricoles clés, y compris les greniers à blé du monde, sont également à risque. En Méditerranée, au Sahel africain et dans certaines parties de l’Ouest américain, l’aridité mine déjà l’agriculture et la biodiversité.

D’ici 2100, jusqu’à 5 milliards de personnes pourraient vivre dans les zones arides, soit près du double de la population actuelle de ces zones. Les raisons : la croissance démographique et l’expansion des zones arides à mesure que la planète se réchauffe. Cela exerce une pression immense sur les systèmes alimentaires. Elle peut également accélérer les migrations, car la baisse de la productivité agricole, la pénurie d’eau et l’aggravation des conditions de vie obligent les populations rurales à se déplacer à la recherche d’opportunités.

Une carte montre l’aridité moyenne de 1981 à 2010.
UNCCD

Les écosystèmes sont mis à rude épreuve par la diminution des ressources en eau. La faune migre ou meurt, et les espèces végétales adaptées à des conditions plus humides ne peuvent pas survivre. Les prairies délicates du Sahel, par exemple, cèdent rapidement la place aux arbustes du désert.

À l’échelle mondiale, les pertes économiques liées à l’aridification sont vertigineuses. En Afrique, l’aridité croissante a contribué à une baisse de 12 % du produit intérieur brut de 1990 à 2015. Les tempêtes de sable et de poussière, les incendies de forêt et la pénurie d’eau pèsent davantage sur les gouvernements, exacerbant la pauvreté et les crises sanitaires dans les régions les plus touchées.

La voie à suivre

L’aridité n’est pas une fatalité et ses effets ne sont totalement irréversibles. Mais des efforts mondiaux coordonnés sont essentiels pour freiner sa progression.

Les pays peuvent travailler ensemble à la restauration des terres dégradées en protégeant et en restaurant les écosystèmes, en améliorant la santé des sols et en encourageant les méthodes agricoles durables.

Les communautés peuvent gérer l’eau plus efficacement grâce à la collecte des eaux de pluie et à des systèmes d’irrigation avancés qui optimisent l’utilisation de l’eau. Les gouvernements peuvent réduire les facteurs du changement climatique en investissant dans les énergies renouvelables.

La poursuite de la collaboration internationale, y compris avec les entreprises, peut aider à partager les technologies pour rendre ces actions plus efficaces et disponibles dans le monde entier.

Pendant que vous savourez du chocolat en cette fête de Pâques, souvenez-vous des écosystèmes fragiles qui se cachent derrière. Au début de l’année 2025, le prix du cacao était proche de son plus haut niveau historique, en partie à cause des conditions sèches en Afrique. En l’absence d’une action urgente pour lutter contre l’aridité, ce scénario pourrait devenir plus courant, et le cacao – et les concoctions sucrées qui en découlent – pourrait bien devenir un luxe rare.

Narcisa Pricope est membre de l’interface science-politique de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), qui s’efforce de traduire les résultats et les évaluations scientifiques en recommandations pertinentes pour les politiques, notamment en collaborant avec différents groupes et organismes scientifiques.

ref. Pourquoi le prix de votre chocolat préféré va continuer d’augmenter – https://theconversation.com/pourquoi-le-prix-de-votre-chocolat-prefere-va-continuer-daugmenter-253358

MIL OSI – Global Reports