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Fini les coûts-bénéfices, place aux co-bénéfices

Fini les coûts-bénéfices, place aux co-bénéfices

Source: The Conversation – France (in French) – By Fiona Ottaviani, Associate professor en économie – Grenoble Ecole de Management, F-38000 Grenoble, France – coordinatrice recherche Chaire Unesco pour une culture de paix économique – co-titulaire Chaire Territoires en Transition, Grenoble École de Management (GEM)

Les co-bénéfices sont des avantages collatéraux de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, tels que l’amélioration de la qualité de l’air, l’innovation technologique ou la création d’emplois. Panwasinseemala/Shutterstock

Pour sortir de l’approche coûts-bénéfices, place aux co-bénéfices. Ils désignent les multiples effets positifs générés par une même action, qu’ils soient sociaux, économiques ou environnementaux. Concrètement, comment mettre en œuvre cette approche et à quoi sert-elle ?


Il vous arrive sans doute d’aller chercher votre pain en vélo ou à pied plutôt qu’en voiture, en vous disant que c’est bon pour la planète, mais aussi pour la santé et le porte-monnaie. Saviez-vous que ce type d’effets positifs multiples liés à une même action porte un nom : les co-bénéfices ?

Face à l’approche des coûts-bénéfices, qui a irrigué le raisonnement économique au cours des dernières décennies, se développe cette approche. Elle offre une grille de lecture plus adaptée pour comprendre l’interdépendance des crises actuelles et les façons d’y répondre. Penser les co-bénéfices amène à concilier les multiples dimensions d’un projet… souvent considérées inconciliables.

Par exemple, dans le rapport de l’Agence de la transition écologique (Ademe) « Indicateurs de bien vivre et co-bénéfices de la sobriété », nous montrons que la sobriété et les actions associées ne sont ni perçues positivement ni mises en œuvre par l’ensemble des acteurs des territoires, alors qu’elles sont également un levier du bien vivre.

Alors, qu’apporte cette approche par rapport à une réflexion économique traditionnelle fondée sur les coûts-bénéfices ? Concrètement, comment la mettre en œuvre ?

Avantages collatéraux

L’économiste Éloi Laurent situe l’apparition de la définition des co-bénéfices à la Commission santé et changement climatique sous l’égide de la revue médicale The Lancet, il y a une quinzaine d’années. Ils sont abordés comme des « avantages collatéraux liés à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, tels que l’amélioration de la qualité de l’air, l’innovation technologique ou la création d’emplois ».


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Actuellement, la notion de co-bénéfices est de plus en plus utilisée par les institutions internationales. Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), la Banque mondiale, ou encore, à l’échelle nationale, la Commission de l’économie du développement durable (CEDD) ou l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), s’en sont ainsi emparés ces dernières années.

Interconnexion des enjeux et des crises

Le rapport Nexus, ou « Affronter ensemble cinq crises mondiales interconnectées en matière de biodiversité, d’eau, d’alimentation, de santé et de changement climatique », a été récemment publié par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Il mobilise la notion de co-bénéfices pour mettre en lumière l’interconnexion des enjeux et des crises, mais également les réponses pouvant répondant durablement à ces crises.

Soixante-dix réponses générant des co-bénéfices sur plusieurs des cinq éléments du « Nexus » – la biodiversité, l’eau, l’alimentation, la santé et le changement climatique – sont proposées dans le deuxième volet du rapport intitulé « Transformative Change ».

À titre d’exemple, une des réponses combine la restauration des écosystèmes riches en carbone tels que les forêts, les sols, les mangroves et la gestion de la biodiversité pour réduire le risque de propagation des maladies des animaux aux humains.

Alternative aux coûts-bénéfices

Face aux crises environnementales et sociales actuelles, il est urgent de repenser et de réinventer nos modèles d’organisation socioéconomique. La tendance est de penser les réponses face à ces crises en silo, alors qu’elles sont intrinsèquement liées. Les acteurs économiques visent le zéro carbone (ou zéro émission nette), sans interroger l’incidence des choix faits sur les autres volets environnementaux ou sociaux. Comme le montre le rapport croisé du GIEC et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), les interrelations entre changement climatique et biodiversité sont nombreuses.

Les valeurs créées sont souvent réduites à différents indicateurs financiers et monétaires avec une approche par les coûts et bénéfices. On pourrait décider de remplacer un véhicule thermique par un véhicule électrique si les économies réalisées en termes de consommation énergétique, mais aussi de réduction d’émissions de CO2, sont supérieures à l’investissement consenti. Malgré son utilité pour la décision, cette approche oblitère les relations entre les différents enjeux environnementaux, économiques et sociaux.

Transitions interdépendantes

L’approche coûts-bénéfices renvoie à l’idée que les différentes formes de capital pourraient se compenser. Elle oblige fréquemment un chiffrage monétaire d’éléments n’ayant pas de prix de marché. Cette approche amène à considérer qu’une vie humaine n’aurait pas la même valeur selon l’endroit où l’on naît…

S’en détacher pour les co-bénéfices permet de mieux répondre aux interdépendances des enjeux et d’identifier les leviers de changement systémique. L’idée : prendre en compte les conséquences sur la pollution, l’épuisement des ressources ou le bien-être de la population.

Faire du vélo se traduit par des co-bénéfices sur la santé mentale et physique et l’émission de CO2. Cette approche est indispensable pour penser les enjeux de transition : les transitions sont interdépendantes, il faut les penser comme un tout. Une politique climatique efficace ne peut se limiter à la réduction des émissions de CO2, sans considérer son impact sur les emplois locaux, les conditions de vie de la population ou les inégalités socio-spatiales.

Outil de pilotage

Dans les organisations, penser les co-bénéfices permet de répondre aux impératifs sociaux et environnementaux, d’optimiser l’utilisation des ressources financières, personnelles et ressources naturelles et de maximiser les effets positifs d’une seule action sur diverses dimensions. Il y a, selon l’économiste chilien Manfred Max-Neef, un gain d’efficience.

À titre d’illustration, le partage des infrastructures des entreprises ou collectivités peut être positif tant du point de vue de l’artificialisation des sols, de l’optimisation de l’usage de l’énergie, que du point de vue du lien social.

Rendez-vous de la transition de la chaire Territoires en transition de GEM, Campus de la transition.

Cette approche plus systémique constitue une fenêtre d’opportunité pour les entreprises afin de sortir d’une logique de conformité et d’un raisonnement en silo promus par la Directive européenne relative à la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD). Pour les collectivités, sur fond de pénurie budgétaire, le ciblage d’actions couplant des bénéfices socioéconomiques et environnementaux s’avère de plus en plus essentiel. L’intégration de co-bénéfices dans les méthodes de pilotage et d’évaluation d’impact des organisations est une voie prometteuse pour répondre aux exigences d’une transition plus juste et soutenable.

La prochaine fois que vous irez chercher du pain en vélo, songez combien il serait loisible d’étendre à d’autres champs de tels co-bénéfices !

Le rapport sur les cobénéfices de la sobriété et les indicateurs de bien vivre a été commandité par l’ADEME et écrit par la chaire Territoires en transition et le campus de la transition.

Le rapport sur les cobénéfices de la sobriété et les indicateurs de bien vivre a été commandité par l’ADEME et écrit par la chaire Territoires en transition et le Campus de la transition.

Eléonore Lavoine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Fini les coûts-bénéfices, place aux co-bénéfices – https://theconversation.com/fini-les-couts-benefices-place-aux-co-benefices-251518

MIL OSI – Global Reports