Source: United Nations – in French 2
Headline: Conseil de sécurité: devant la hausse de 25% des graves violations des droits des enfants dans les conflits armés en 2024, les délégations étudient les moyens de protection à utiliser
Auteurs en 2024 de 41 370 graves violations contre les enfants, les forces gouvernementales et les groupes armés non étatiques dans des situations de conflit ont établi un « nouveau record accablant », ont appris, aujourd’hui, les membres du Conseil de sécurité et une quarantaine d’autres délégations en examinant un rapport du Secrétaire général présenté par sa Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés. Mme Virginie Samba s’est efforcée de montrer la « voie à suivre » aux États Membres concernés pour qu’ils mettent en œuvre des stratégies pour faire cesser et prévenir ce type de violations.
La Représentante spéciale s’est affligée de cette augmentation de 25% des six types de violations graves commises entre 2024 et 2023. Elle a précisé qu’on avait comptabilisé l’an dernier 22 495 enfants déplacés par les guerres et l’effondrement des systèmes de protection, ainsi que 3 137 enfants victimes d’enlèvement, de recrutement et de violences sexuelles.
Les 11 967 enfants tués ou mutilés par des engins explosifs et des tirs croisés ont soulevé une indignation de tous les participants, notamment pour ceux de Gaza. Pendant ce temps, le recrutement et l’utilisation d’enfants ont touché 7 402 cas au Nigéria et en Afghanistan, et les violences sexuelles contre les enfants ont augmenté de 35%, avec 1 982 de cas recensés. Les attaques contre les écoles et les hôpitaux ont détruit 2 374 établissements au Cameroun, en République démocratique du Congo (RDC), en Syrie et au Myanmar, a ajouté Mme Gamba avant de parler du refus d’accès humanitaire qui est devenu l’un des obstacles les plus graves à la protection des enfants dans les zones de conflit comme à Gaza, en Haïti et au Darfour (Soudan).
Mme Gamba a dénoncé le caractère universel et aveugle de ces violations graves dans les territoires palestiniens occupés, en RDC, en Somalie, au Nigéria, en Haïti, au Liban, au Mozambique, en Éthiopie et en Ukraine. Elle a appelé Israël à faciliter l’arrivée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza et le Hamas à libérer tous les otages israéliens. Près de la moitié des violations graves ont été commises par des groupes armés non étatiques, a-t-elle signalé en accusant aussi les forces gouvernementales d’être responsables de meurtres et de mutilations d’enfants, d’attaques contre des écoles et des hôpitaux, et du refus d’accès humanitaire. « Cela est inacceptable! », a protesté la haute fonctionnaire dénonçant l’implication de milices et de sociétés de sécurité privées qui complique la reddition de comptes et rend improbable la sécurité des enfants.
La prévention et l’accès humanitaire, parmi les efforts à renforcer
Abordant la question de son mandat, elle a prévenu que toute nouvelle réduction des ressources humaines et matérielles en 2025 limitera les capacités de protection et aura des conséquences dramatiques pour les enfants touchés par les conflits. Le débat étant axé sur les solutions, elle a appelé les parties au conflit à élaborer des plans de prévention des violations graves commises à l’encontre des enfants. Les parties belligérantes doivent garantir un accès rapide, sûr et sans entrave à l’aide humanitaire pour tous les enfants et cesser les attaques délibérées ainsi que l’utilisation militaire des écoles, des hôpitaux et des infrastructures essentielles d’approvisionnement en eau et d’assainissement, a plaidé Mme Gamba. Elle a également appelé les États Membres à respecter l’ensemble des instruments juridiques internationaux et des engagements politiques régissant la protection des enfants.
Il faut, de plus, financer les programmes de réintégration des victimes de violences sexuelles, des enfants handicapés et de ceux issus de communautés marginalisées, déplacées, migrantes ou réfugiées. Alors que les opérations de paix sont en phase de transition, il faut préserver les cadres de protection de l’enfance conformément à la résolution 2764 (2024).
Alarmée par le bilan de 2024 tout autant que la Représentante spéciale, Mme Sheema SenGupta, Directrice de la protection de l’enfance du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), s’est appesantie sur la situation des enfants à Gaza, doublement victimes de la défaillance de la protection juridique et du manque de décence humaine. Elle a pointé l’utilisation accrue d’armes explosives dans les zones peuplées et la recrudescence des violences sexuelles. « Les parties aux conflits doivent mettre fin à l’utilisation des armes explosives dans les zones peuplées, protéger et élargir l’espace humanitaire, et faciliter l’engagement humanitaire avec les groupes armés non étatiques.
Pour les survivants de violences sexuelles, Mme SenGupta a souligné l’importance de soutenir les programmes de réintégration, de santé mentale et les soins spécialisés et vitaux. Inquiète, elle aussi, du manque de ressources pour soutenir les efforts en ce sens, elle a prévenu que sans un financement adéquat et prévisible, le programme de lutte contre l’utilisation d’enfants et d’adolescents dans les conflits armés ne pourrait aboutir. Elle a aussi plaidé pour que tout soutien militaire, financier ou politique apporté aux parties à un conflit soit assorti de conditions claires en matière de protection des enfants.
Invitée au Conseil pour porter la voix de la société civile, Sila, une jeune syrienne originaire d’Edleb, a dit faire partie d’une génération qui n’a jamais connu la sécurité. Son histoire, c’est la guerre et la douleur qui persistent même après le silence des armes, a-t-elle dit, en évoquant son mince espoir qu’il existe un avenir meilleur, « si Dieu le veut ». Son premier souvenir remonte à quand elle avait environ 3 ans, lorsqu’elle avait été réveillée en sursaut au son d’une explosion, de verres brisés sur le sol et de cris de ses parents. À partir de ce jour, ma maison est devenue un « sac de voyage » et « notre chemin », celui du déplacement. « Chaque fois que nous nous sommes habitués à un endroit, nous l’avons quitté sous les bombardements. » Le véritable danger, ce sont les mines, a-t-elle indiqué. Sans leur élimination, il n’y aura ni véritable espoir, ni véritable retour, ni avenir pour nous.
Les enfants de Gaza
Les membres du Conseil et les délégations ont compati au témoignage poignant de Sila. Mais c’est le sort des enfants de Gaza qui les a préoccupés davantage. « Quels efforts concrets le Bureau de la Représentante spéciale déploie-t-il pour atténuer les souffrances des enfants à Gaza ? » a voulu savoir l’Algérie pour qui l’absence de visite de Mme Gamba dans l’enclave, depuis le début du conflit, conjuguée à des déclarations publiques limitées, porte atteinte au principe même d’engagement proactif, essentiel à ce mandat crucial. « La crédibilité du mandat de la Représentante spéciale et notre engagement collectif en faveur de la protection des enfants dans les conflits exigent une réponse plus vigoureuse et plus ferme à la crise sans précédent à Gaza », a tranché le représentant algérien.
Le Royaume-Uni parmi d’autres a appelé Israël à respecter ses obligations au titre du droit international humanitaire, pour protéger les enfants, et à lever d’urgence les restrictions afin de permettre l’acheminement de l’aide à Gaza à grande échelle. La Chine a aussi mis en exergue la situation alarmante des enfants de Gaza et de ceux en Haïti, appelant à cesser le feu et à augmenter l’aide humanitaire. Israël doit lever le blocus humanitaire imposé à Gaza et ratifier la Convention sur les droits des enfants sans tarder, a préconisé la Chine, suivie par d’autres intervenants. Le Groupe des États arabes a jugé nécessaire d’inscrire les forces d’occupation et de sécurité israéliennes sur la liste des auteurs des pires violations du droit international humanitaire, appelant le Conseil de sécurité à agir d’urgence pour tenir Israël, Puissance occupante, responsable de ses actes.
De son côté, Israël a fait valoir que les tunnels sous les écoles, les roquettes à côtés d’hôpitaux et les centres de commandement sur les terrains de jeu sont suffisants pour montrer que le Hamas utilise les enfants comme des boucliers humains. Le Hamas qui a perpétré le massacre du 7 octobre, a-t-il tenu à rappeler. Le Liban, lui, a attiré l’attention sur les dégâts physiques mais aussi psychologiques de nombreuses guerres sur les enfants. Selon l’UNICEF, a-t-il signalé, 62% des enfants libanais ont souffert de dépression et de tristesse à la suite de la guerre au Liban.
Les enfants dans le conflit Russie-Ukraine
La Fédération de Russie a tout simplement imputé au conflit israélo-palestinien l’augmentation de 25% du nombre de violations graves commises à l’encontre des enfants. Cette délégation a dénoncé le rapport du Secrétaire général qui, selon elle, avance des chiffres non vérifiés sur la situation des enfants victimes en Ukraine, et qui sous-évalue le nombre des petits russes victimes des mines déposées par l’Ukraine.
Interpellée par la Russie, l’Ukraine a préféré se tourner vers la décision du Secrétaire général d’inscrire les forces armées russes en tant qu’auteur récurrent de violations graves en Ukraine, et ce pour la troisième année consécutive. Elle a appelé à suspendre la participation de la Russie dans les opérations de maintien de la paix notamment en tant que fournisseur de contingent. La délégation a proposé que les parties figurant dans le rapport soient visées par des sanctions ciblées et les auteurs individuels de crimes, punis. Quant aux États auteurs de ces violations, ils devraient contribuer à un fond d’indemnisation des enfants victimes qu’il faudrait créer sous la houlette de l’ONU, a encore suggéré le délégué ukrainien.
Le droit et les plans d’action comme outils de protection
La Ministre des services sociaux et de la sécurité sociale de Guyana, Mme Vindhya Vasini Persaud, qui présidait ce débat, a mis l’accent sur l’importance du droit, dont le droit international humanitaire et le droit international relatif aux droits de l’homme, qui doit être respecté par toutes les parties au conflit. Elle a exhorté les États Membres à ratifier et à mettre en œuvre le Traité sur l’interdiction des mines antipersonnel, demandant aussi aux donateurs d’accroître leur financement du déminage et de l’aide aux victimes. La France a lancé le même appel pour la Convention relative aux droits de l’enfant et ses protocoles facultatifs, ainsi que pour le Statut de Rome qui a créé la Cour pénale internationale.
Le respect du droit allant de pair avec la justice, le Royaume-Uni a voulu que les auteurs des violations contre les enfants soient traduits en justice. Il a aussi soutenu l’appel lancé par le Secrétaire général à toutes les parties figurant sur la liste afin qu’elles collaborent avec les Nations Unies pour élaborer et mettre en œuvre des plans d’action visant à mettre fin aux violations graves et à les prévenir. Des plans d’actions plébiscités par de nombreux orateurs, à commencer par Mme Gamba selon laquelle la signature et la mise en œuvre de plus de 40 plans d’action par des acteurs étatiques et non étatiques ont démontré l’efficacité des outils dont nous disposons lorsque la volonté politique existe.
La Sierra Leone a recommandé une coopération constructive entre les parties aux conflits et l’ONU pour signer de tels plans d’action pour la protection des enfants. Elle a par ailleurs exhorté les autorités de facto en Afghanistan à lever les restrictions à l’éducation des filles. La Somalie a, elle, formulé trois propositions: créer un fonds mondial dédié au soutien de programmes complets de réintégration pour les enfants touchés; fournir des ressources techniques et financières accrues pour consolider les mécanismes de suivi et de signalement; et instaurer une coordination plus étroite entre l’ONU, les organismes régionaux et les États Membres afin de garantir la cohérence, l’efficacité et la constance des efforts collectifs.
Des ressources attendues pour de réels progrès
S’agissant des ressources financières, résumant le sentiment général, la Ministre du Guyana a prévenu que l’initiative ONU80 ne doit pas se faire au détriment de la protection des enfants. Le cadre relatif aux enfants et aux conflits armés, y compris le mécanisme de surveillance et de communication, reste essentiel pour éclairer les réponses du Conseil et ses engagements auprès des parties au conflit afin de lutter efficacement contre les violations graves commises à l’encontre des enfants.
La Représentante spéciale a fait valoir à cet égard qu’au cours des 25 dernières années, le mandat relatif aux enfants et aux conflits armés a permis la libération de plus de 200 000 enfants et la prévention d’un nombre incalculable de meurtres, de mutilations, de violences sexuelles et d’attaques contre des écoles et des hôpitaux. L’agenda des enfants et des conflits armés reste une source d’espoir, a confirmé la responsable de l’UNICEF en indiquant que plus de 16 000 enfants ont, en 2024, quitté des forces et des groupes armés et ont reçu une protection et un soutien à la réintégration.
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