Source: People’s Republic of China – State Council News in French
French.china.org.cn | Mis à jour le 26. 08. 2025 | Mots clés : Organisation de coopération de Shanghai,OCS,Tianjin,Sud global,multilatéralisme
french.china.org.cn | 26. 08. 2025
New Delhi a annoncé plus tôt ce mois-ci que le Premier ministre indien Narendra Modi se rendrait en Chine fin août, et ce pour la première fois depuis sept ans, afin de participer au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui se tiendra à Tianjin du 31 août au 1er septembre. Cette décision constitue un pas dans la bonne direction vers la normalisation des relations sino-indiennes et témoigne de certains progrès dans l’approfondissement des liens entre les pays du Sud global.
La dernière visite de M. Modi en Chine remonte à 2018, d’abord pour un sommet informel en avril avec le président chinois Xi Jinping à Wuhan, dans la province du Hubei (centre), puis en juin pour le sommet de l’OCS à Qingdao, dans la province du Shandong (est). Le président Xi s’est à son tour rendu en Inde en 2019 pour un deuxième sommet informel. Cependant, dans les mois qui ont suivi la visite de M. Xi, les relations bilatérales se sont détériorées en raison d’un différend frontalier.
Compte tenu des évolutions géopolitiques, de la montée des sanctions et des conflits, ainsi que des tensions croissantes entre l’Occident et le Sud global, la Chine peut utiliser le sommet de Tianjin comme une plateforme pour bâtir un ordre mondial plus équitable et plus juste.
Depuis sa création, l’OCS s’est positionnée comme un groupe régional axé sur la sécurité et la coopération. L’adhésion de nouveaux membres, comme l’Iran et la Biélorussie, ont renforcé son influence mondiale, marquant son ascension en tant que bloc aspirant à l’autonomie stratégique et fonctionnant sans ingérence occidentale.
Les événements préparatoires au sommet, auxquels ont participé les chefs de ministères et de départements des États membres, suscitent l’espoir et laissent présager le succès du sommet de Tianjin.
Les priorités du sommet incluront probablement le renforcement de la sécurité collective, l’intégration économique dans le cadre modernisé de l’initiative de « La Ceinture et la Route », la transformation numérique, ou encore le règlement des échanges en yuan, en rouble et/ou dans les monnaies des autres pays de l’OCS. Le développement de l’Asie centrale devrait également figurer à l’ordre du jour du sommet, la région étant devenue le théâtre des intérêts concurrents de la Chine, de la Russie, de la Turquie, de l’Union européenne (UE) et des États-Unis.
Face à un contexte d’instabilité en Afghanistan, de sanctions contre la Russie, de conflits au Moyen-Orient et d’érosion de la confiance dans les institutions occidentales, l’OCS devient un symbole de résistance au modèle de développement unipolaire que certaines puissances cherchent désespérément à imposer aux pays eurasiatiques. La Chine fournit des investissements, des services logistiques et une alternative politique au modèle de développement occidental, à savoir un modèle respectueux de la souveraineté des pays, prônant la non-violence et promouvant le bénéfice mutuel.
L’OCS est devenue une plateforme favorisant l’intégration économique et politique des pays du Sud global. Cette évolution semble avoir irrité Washington. C’est pourquoi les États-Unis considèrent les efforts des États membres de l’OCS pour utiliser leurs monnaies afin de régler leurs échanges commerciaux comme un défi au dollar américain, et leurs tentatives de développer des itinéraires logistiques alternatifs et de nouer des partenariats énergétiques comme une menace pour l’ordre mondial dirigé par les États-Unis.
Constatant l’influence croissante des États membres de l’OCS et le manque de moyens pour une concurrence efficace, l’administration américaine a imposé des droits de douane et des sanctions discriminatoires à nombre d’entre eux afin de freiner leur croissance.
L’exemple le plus récent de sanctions remonte au 6 août, lorsque les États-Unis ont imposé des droits de douane de 50% sur les produits indiens. Leur avertissement précédent d’augmenter de 10% les droits de douane en réponse au rôle de l’Inde en tant que membre des BRICS est toujours valable. Initialement, les États-Unis avaient imposé des droits de douane de 25% sur les produits indiens, puis 25% supplémentaires ont été ajoutés en guise de sanction pour l’achat de pétrole russe par l’Inde.
Malgré la rencontre entre le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine à Anchorage, en Alaska, pour tenter de mettre fin au conflit russo-ukrainien, et après l’échec de la conclusion d’un « deal », les deux ne se mettant d’accord que pour une nouvelle rencontre, ni les États-Unis ni les puissances européennes n’ont allégé les sanctions contre la Russie. Certains pays européens ont même menacé d’imposer de nouvelles sanctions à la Russie.
Par ailleurs, l’administration américaine a adopté une politique de « pression maximale » à l’égard de l’Iran, imposant des sanctions à son industrie pétrolière ainsi qu’à ses secteurs financier, logistique et aéronautique. Elle scrute également de près les entreprises chinoises et indiennes impliquées dans des projets d’infrastructures avec l’Iran.
L’OCS n’est pas un bloc destiné à affronter l’Occident dirigé par les États-Unis. Mais l’OCS émerge comme un groupe politique et économique clé cherchant à améliorer l’ordre mondial.
Le sommet de Tianjin pourrait marquer un tournant pour l’OCS, car il pourrait bientôt offrir aux pays du Sud global une alternative aux règles et systèmes commerciaux internationaux.
Par Joomart Otorbaiev, ancien Premier ministre du Kirghizistan et professeur à l’École de « La Ceinture et la Route » de l’Université normale de Beijing
