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Haïti: le Secrétaire général demande au Conseil d’agir sans délai et d’autoriser une force internationale soutenue par l’ONU sur le plan logistique et opérationnel

Haïti: le Secrétaire général demande au Conseil d’agir sans délai et d’autoriser une force internationale soutenue par l’ONU sur le plan logistique et opérationnel

Source: United Nations – in French 2

Headline: Haïti: le Secrétaire général demande au Conseil d’agir sans délai et d’autoriser une force internationale soutenue par l’ONU sur le plan logistique et opérationnel

On trouvera, ci-après, le texte de l’allocution du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, prononcée lors de la séance du Conseil de sécurité consacrée à la question concernant Haïti, à New York, aujourd’hui:

Je remercie le Panama d’avoir organisé cette séance d’information sur la situation humanitaire et la protection des enfants en Haïti.

Le people haïtien est plongé dans une spirale de souffrances. 

L’autorité de l’État s’effondre tandis que la violence des gangs engloutit Port-au-Prince et s’étend au-delà – paralysant la vie quotidienne et forçant les familles à fuir.

Les civils sont assiégés, avec des témoignages effroyables de viols et de violences sexuelles.

Les hôpitaux et les écoles subissent des attaques répétées.

L’état de droit s’est effondré.

Le bilan humanitaire est effarant: 1,3 million de personnes –dont la moitié sont des enfants– ont dû fuir leur foyer.

Six millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire.

Haïti fait désormais partie des cinq points névralgiques les plus préoccupants au monde en matière d’insécurité alimentaire aiguë.

Les travailleurs humanitaires, en particulier les intervenants locaux, sont pris pour cible et font l’objet de menaces de violence, d’extorsion et d’enlèvement.

Soyons clairs: toutes les parties doivent respecter le droit international humanitaire.

Le personnel, les biens et les installations humanitaires doivent être protégés.

Malgré le danger, les humanitaires restent sur le terrain – fournissant eau, nourriture, médicaments et abris.

Rien qu’au premier trimestre de cette année, ils sont venus en aide à 1,3 million de personnes.

Malheureusement, Haïti demeure honteusement négligé et cruellement sous-financé.

Pour 2025, nous avons besoin de 908 millions de dollars afin d’aider 3,9 millions de personnes.

Mais nous n’avons même pas reçu dix pour cent de cette somme – et l’appel humanitaire pour Haïti est aujourd’hui l’appel le moins financé au monde.

Par conséquent, plus de 1,7 million de personnes risquent de ne recevoir aucune aide. 

Il ne s’agit pas d’un simple déficit de financement – mais d’une question de vie ou de mort. 

J’exhorte tous les donateurs à agir sans délai, avant que des opérations vitales ne soient réduites à néant.

Ce sont les enfants qui sont les plus durement touchés par cette crise.

Dans mon rapport annuel sur les enfants et les conflits armés, Haïti faisait partie des cinq pays enregistrant le plus de violations graves commises contre des enfants en 2024.

Les enfants sont enlevés et tués, enrôlés et utilisés, et soumis à d’horribles violences sexuelles, y compris des viols collectifs.

Ce sont des crimes qui laissent des marques sur le corps, l’esprit et l’avenir. 

L’année dernière, l’ONU a recensé 2 269 violations graves commises contre 1 373 enfants, soit près de cinq fois plus que l’année précédente.

Cela inclut 213 enfants tués, 138 atteintes à l’intégrité physique et 302 cas d’enrôlement et d’utilisation. 

Nous avons également recensé 566 cas de violences sexuelles contre des mineurs, dont 160 cas de viols collectifs, ce qui montre que ces crimes sont utilisés comme une arme de terreur et de contrôle.

Les services de base se sont effondrés.  Les déplacements massifs de population ont privé les enfants d’éducation, de soins de santé et de sécurité.

En avril, la violence des gangs a interrompu la scolarité de 243 000 élèves. 

Nous avons recensé 154 enlèvements, 154 attaques contre des écoles ou des hôpitaux, et 728 cas de refus d’accès humanitaire.

Le protocole de transfert signé en 2024 entre l’ONU et le Gouvernement haïtien constitue une étape importante dans la protection des enfants détenus en raison de leur association présumée avec des groupes armés.

Mais son application demeure inégale. 

Les conditions qui règnent au CERMICOL – le Centre de réinsertion des mineurs en conflit avec la loi – sont extrêmement préoccupantes.

Je suis également très inquiet de la montée en puissance des groupes dits d’autodéfense communautaire, dont certains agissent aux côtés des forces de police; des groupes qui se livrent à de graves violations, y compris des exécutions sommaires d’enfants. 

J’exhorte toutes les autorités à appliquer le protocole de transfert sur l’ensemble du territoire national.  De mettre fin à la détention d’enfants pour association présumée avec des groupes armés. De garantir l’accès à des services spécialisés, notamment pour les personnes rescapées de violences sexuelles. Et de faire en sorte que tous les auteurs répondent de leurs actes.

Je demande au Conseil de faire de la protection des enfants une priorité.

La situation politique demeure fragile. 

Mais on voit poindre des lueurs d’espoir. 

Je salue la coopération croissante entre le Président du Conseil présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr, et le Premier Ministre, Alix Didier Fils-Aimé, qui mènent tous deux des consultations afin de faire avancer le processus politique.

Nous constatons également une coordination plus étroite entre le ‘Task Force’ du Premier Ministre, la Police nationale d’Haïti et la Mission multinationale d’appui à la sécurité, ce qui permet une amélioration des opérations sur le terrain. 

Ces acquis fragiles doivent être défendus et étendus.

Pour cela, il faut un appui décisif et coordonné de la communauté internationale en matière de sécurité, afin de renforcer le travail mené au niveau national, de protéger la population et de créer les conditions d’un retour à l’État de droit et à des élections crédibles et ouvertes à tous.

Je salue les efforts déployés par certains membres du Conseil pour faire avancer ma proposition du 24 février en vue de renforcer la Mission multinationale d’appui à la sécurité par un soutien logistique et opérationnel de l’ONU.

Je demande instamment au Conseil d’agir sans délai et d’autoriser une force internationale soutenue par l’ONU sur le plan logistique et opérationnel et bénéficiant d’un financement prévisible. 

Les contributions volontaires au fonds d’affectation spéciale de la Mission multinationale d’appui restent essentielles, mais un financement par contributions obligatoires garantirait l’efficacité à long terme de la Mission.

Les mesures de sécurité doivent s’accompagner d’une pression accrue sur ceux qui alimentent la violence. 

Ainsi, il faut mettre en place un véritable embargo sur les armes et étendre les sanctions en ciblant les chefs de gangs, les commanditaires, les trafiquants d’armes et autres complices et associés.

Il est vital de prendre de telles mesures pour interrompre les flux d’armes et d’argent qui alimentent le chaos. 

Les contrôles effectifs doivent être renforcés dans les ports, aux frontières et en ligne, en étroite coordination avec les partenaires régionaux.

Mon Représentant spécial, Carlos Ruiz Massieu, est à Port-au-Prince, où il travaille avec les partenaires nationaux et internationaux pour trouver des consensus en cette période charnière. 

Le BINUH continuera d’œuvrer en faveur d’un processus politique inclusif et de travailler en étroite collaboration avec la Police nationale d’Haïti, la Mission et les donateurs pour assurer une aide cohérente et coordonnée.

J’invite instamment toutes les parties prenantes nationales à saisir cette occasion et à faire perdurer cet esprit de coopération.

Si l’unité prévaut dans le pays, et avec la détermination du Conseil, le peuple haïtien pourra sortir de cette spirale, commencer à transformer l’épreuve en espoir et se réapproprier son avenir.

Je réaffirme ma solidarité indéfectible et la détermination de l’ONU à rester aux côtés du peuple haïtien pour faire advenir la paix, la dignité et la sécurité.

MIL OSI