Source: United Nations – in French 2
Headline: Afrique centrale: le Conseil de sécurité salue l’évolution démocratique de la sous-région mais reste préoccupé par la situation sécuritaire et humanitaire
La présentation, ce matin au Conseil de sécurité, du rapport semestriel du Secrétaire général sur le Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (BRENUAC) par le Représentant spécial pour la sous-région a été l’occasion de brosser un tableau contrasté de la situation, entre satisfaction, au vu des transitions et processus électoraux réussis, et préoccupation, compte tenu des crises sécuritaire et humanitaire persistantes.
M. Abdou Abarry, qui est Chef du BRENUAC, a fait état d’une relative stabilité dans la sous-région, tout en convenant que les processus électoraux restent porteurs de risques, de même que la guerre au Soudan et l’insécurité dans le bassin du lac Tchad, qui entraînent des destructions et déplacements de populations conséquents.
Il a d’autre part signalé que les difficultés financières auxquelles l’ONU est aujourd’hui confrontée ont un impact sur le fonctionnement du BRENUAC et sa capacité à mettre en œuvre son mandat. En effet, a-t-il expliqué, le Bureau doit faire face à une réduction de 20% de ses effectifs et à une limitation de ses déplacements, ce qui entrave sa mission. Il a reçu le soutien de plusieurs délégations, dont celles des A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana), qui, par la voix du Guyana, ont appelé à un financement adéquat du BRENUAC « en cette période critique ».
Une situation sécuritaire et humanitaire très préoccupante
S’agissant du Soudan, le Représentant spécial a indiqué que le conflit en cours depuis 2023 a déjà provoqué l’afflux au Tchad de plus de 1,2 million de réfugiés et demandeurs d’asile, auxquels se sont ajoutés 12 930 autres à la suite de la chute d’El-Fasher. Il a ajouté que l’insécurité alimentaire est très préoccupante, avec plus de 7 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire, alors que le plan d’intervention humanitaire 2025 pour le Soudan n’est financé qu’à hauteur de 26,4%, contre 41% l’an dernier à la même période.
Face à ces défis d’ampleur, M. Abarry a dit avoir proposé aux pays de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) de réévaluer, avec les Gouvernements du Tchad et de la République centrafricaine, les implications de la crise au Soudan sur la sécurité sous-régionale.
Pour ce qui est du bassin du lac Tchad, où des combats continuent d’opposer les groupes affiliés à Boko Haram aux forces de défense et de sécurité des quatre pays affectés, il a appelé à aider la Force multinationale mixte à surmonter les obstacles qui entravent ses efforts, notamment en matière de partage de renseignements, de capacités policières intégrées et de mobilisation des financements.
Soulignant le potentiel destructeur persistant de Boko Haram et les activités des groupes affiliés à Daech, la Fédération de Russie s’est félicitée de l’efficacité des efforts déployés par les États de la sous-région au sein de la Force multinationale mixte. Elle a souhaité que cette force bénéficie d’un financement durable et prévisible, avec le soutien de la communauté internationale, tout en se disant prête à partager son expérience et son expertise en matière de lutte antiterroriste avec les Africains et à contribuer à la consolidation de la sécurité sur le continent. « Nous continuerons à fournir à nos collègues africains l’assistance technique nécessaire », a-t-elle promis, rejointe sur ce point par la Chine, qui a jugé essentiel d’aider les pays d’Afrique centrale à renforcer leurs capacités sécuritaires.
Condamnant eux aussi les exactions commises par Boko Haram, les États-Unis se sont surtout alarmés des répercussions de la crise soudanaise sur les pays voisins. Selon la délégation américaine, il est urgent que les Forces armées soudanaises et les Forces d’appui rapide s’engagent à respecter une trêve humanitaire afin de « garantir un accès humanitaire sans entrave et le passage des civils innocents fuyant les violences ».
Des élections porteuses d’espoir dans la sous-région
Sur une note plus positive, le Représentant spécial s’est réjoui du fait qu’à la fin de cette année, « il n’y aura plus de transition politique en cours en Afrique centrale », le Gabon s’apprêtant, après le Tchad, à sortir de ce processus fin décembre, à la suite des récentes élections municipales et législatives. Un peu plus de deux ans après le coup d’État qui a renversé le Président Ali Bongo, il a souhaité que cette nouvelle étape dans la gouvernance du pays bénéficie de l’appui de la communauté internationale.
Évoquant les autres processus électoraux passés et futurs dans la sous-région, M. Abarry s’est dit convaincu que les autorités du Cameroun prendront les mesures d’apaisement nécessaires pour « renforcer la cohésion nationale et le bien vivre ensemble », après les tensions qui ont suivi l’élection présidentielle du 12 octobre. Des tensions mais aussi « des violences postélectorales graves » déplorées par la France ou encore la Chine qui a appelé les différents groupes à faire preuve de retenue. Les A3+ ont demandé en outre aux parties prenantes de discuter des entraves qui ont été mises à la participation des candidats de l’opposition. Le Représentant spécial a assuré que le BRENUAC aidera au renforcement de la cohésion nationale.
Le haut fonctionnaire a également salué la tenue, le 29 décembre prochain, d’un quadruple scrutin en République centrafricaine qui combinera les élections législatives, régionales, municipales et présidentielle, avant de rappeler qu’en 2026, la République du Congo et Sao Tomé-et-Principe organiseront à leur tour un scrutin présidentiel.
Cette forte activité électorale a été applaudie par l’ensemble des membres du Conseil. Le Royaume-Uni s’est particulièrement réjoui de l’achèvement de la transition politique au Gabon, encourageant le pays à mettre en œuvre les réformes de gouvernance nécessaires à la consolidation des institutions démocratiques. La France a, pour sa part, insisté sur les préparatifs menés par la République centrafricaine, avec le soutien décisif de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du pays (MINUSCA), en vue des élections qui débuteront à la fin du mois.
Tout en se joignant à ces satisfecits, les A3+ ont exprimé leur préoccupation au sujet des tensions politiques entourant la présidence tournante de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Exhortant toutes les parties concernées à dépasser leurs divergences « dans l’intérêt supérieur des populations de la sous-région », ils ont félicité le nouveau Président de la Commission de la CEEAC, M. Ezéchiel Nibigira, du Burundi, et salué son prédécesseur. La présidence tournante des chefs d’État de la Communauté reste pour l’heure exercée par la Guinée équatoriale.
L’éducation, grande sacrifiée des conflits en Afrique centrale
Invitée par le Conseil à témoigner de son action dans la sous-région, la Cheffe du plaidoyer pour l’Afrique de l’Ouest et centrale au Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) a alerté les délégations sur les difficultés à maintenir l’enseignement dans cette partie du continent sujette à de nombreux conflits.
Mme Christelle Huré a relevé qu’en août dernier, près de 5 800 écoles étaient fermées en Afrique centrale, laissant plus de 1,2 million d’enfants sans enseignement. « Les attaques, y compris pillages, incendies criminels, meurtres, enlèvements et intimidations, restent fréquentes », a-t-elle détaillé, avant de s’étendre sur la situation au Cameroun, où le conflit en cours dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest a entraîné la fermeture de centaines d’écoles.
De même, en République centrafricaine, où des années de crise ont rendu le système éducatif extrêmement fragile, des faiblesses structurelles persistent, a déploré l’intervenante, faisant état de pénurie d’enseignants qualifiés, de salles de classe surchargées, de cycles scolaires incomplets et de disparités de genre importantes.
Face à cette situation, elle a demandé aux membres du Conseil de rester fermement aux côtés des familles et des enseignants, ainsi que des communautés qui « s’efforcent chaque jour de maintenir l’éducation vivante ». En protégeant le droit des enfants de la sous-région à l’apprentissage, « vous investissez dans leur résilience, leur rétablissement et leur avenir », a-t-elle lancé.
Plusieurs délégations se sont montrées sensibles à cet appel, à commencer par la Slovénie, qui a remercié le NRC pour ses recommandations et encouragé tous les pays d’Afrique centrale à rejoindre les 122 États qui ont approuvé et mis en œuvre la Déclaration sur la sécurité dans les écoles. « Cet engagement politique représente un outil puissant pour renforcer la prévention des attaques contre les établissements d’enseignement », a souligné la déléguée slovène.
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