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Ukraine: inquiétudes au Conseil de sécurité après les débordements « dangereux » du conflit en Roumanie en fin de semaine dernière

Ukraine: inquiétudes au Conseil de sécurité après les débordements « dangereux » du conflit en Roumanie en fin de semaine dernière

Source: United Nations – in French 2

Headline: Ukraine: inquiétudes au Conseil de sécurité après les débordements « dangereux » du conflit en Roumanie en fin de semaine dernière

Cet après-midi, le Conseil de sécurité s’est réuni pour la quatrième fois en deux semaines pour débattre de la guerre en Ukraine, cette fois-ci à la demande de la Roumanie qui a vivement dénoncé l’incursion d’un drone russe transportant des explosifs dans son espace aérien dans la nuit du 28 au 29 mai.

L’incident « dangereux » en Roumanie cristallise nos multiples avertissements sur le débordement de la guerre en Ukraine, a souligné Mme Kayoko Gotoh.  La Directrice de la Division Europe, Asie centrale et Amériques des Départements des affaires politiques et de la consolidation de la paix et des opérations de paix a expliqué que dans la nuit du 28 au 29 mai, un drone armé a explosé au dernier étage d’un immeuble résidentiel de la ville roumaine de Galaţi, blessant une femme et un enfant. 

Elle a précisé que l’ONU ne dispose d’aucune information supplémentaire concernant cette frappe.  Cependant, cet incident s’inscrit dans un contexte d’escalade brutale des attaques menées par les Forces armées russes contre les villes ukrainiennes, ainsi que dans la continuité d’une tendance inquiétante d’incursions de drones dans l’espace aérien et les eaux territoriales de pays frontaliers de l’Ukraine ou de la Fédération de Russie, a-t-elle poursuivi. 

Au cours des 12 derniers mois, de tels incidents ont été signalés par les autorités de la Lettonie, de la Lituanie, de l’Estonie, de la Finlande, de la Pologne, du Kazakhstan et du Bélarus, ainsi que par celles de la Bulgarie, la Grèce et la Türkiye.  Quarante-neuf incidents ont également été enregistrés sur le territoire de la République de Moldova depuis le début du conflit, a signalé la délégation moldove.

Les positions des protagonistes

« C’est la première fois que la Roumanie demande une réunion du Conseil de sécurité », a fait observer sa Ministre des affaires étrangères.  Elle a expliqué que l’analyse militaire de son armée laisse voir que le drone mis en cause faisait partie d’un groupe de plusieurs drones russes et qu’il est entré dans l’espace aérien roumain pendant 4 minutes avant de s’écraser sur un immeuble dans la ville de Galați.  Ce n’est pas un incident isolé.  Il y a eu plus de 30 incursions de ce type en Roumanie depuis le début de cette année, mais c’est la première fois qu’il y a des victimes civiles roumaines, a-t-elle précisé. 

Nous avons la plus longue frontière avec la guerre et avons le devoir de la protéger, a-t-elle poursuivi, tout en précisant que la Roumanie « n’est pas partie à la guerre », mais veut faire partie des efforts pour parvenir à un règlement pacifique.  Ma présence au Conseil, a-t-elle ajouté, a pour but de protéger la paix et la vérité, et s’assurer que ceux qui sont victimes ne soient pas présenter comme les agresseurs. 

De son côté, le représentant de la Fédération de Russie a expliqué que les Forces armées russes ont effectivement mené des actions pour neutraliser l’infrastructure militaire du « régime de Kiev » dans la nuit du 29 mai. Dans le cadre de ces opérations, des frappes ont été menées contre des installations du port de Reni, dans la région d’Odessa, par lequel nos anciens partenaires occidentaux acheminent du matériel militaire destiné aux Forces armées ukrainiennes.  Il a noté que la distance entre le port de Reni et l’immeuble susmentionné à Galați est de 19,5 kilomètres.  Si les Forces armées ukrainiennes avaient pu intercepter le drone russe près de Reni, celui-ci se serait écrasé sur place et n’aurait certainement pas parcouru une telle distance sans exploser en vol, a-t-il commenté.

Il a également mis en avant « l’incohérence » des déclarations des responsables roumains qui ont modifié leur position de départ, passant « d’une frappe russe » à « un drone russe ayant dévié de sa trajectoire ».  De plus, nous pensons que le fait que cet incident de drone se soit produit le lendemain de la demande adressée par Zelenskyy au Président américain d’acquérir des systèmes de défense aérienne Patriot américains, que Washington aurait ignorée, n’est pas une coïncidence, a-t-il ajouté. 

« Incursion inacceptable »

Pour l’Ukraine, cette « attaque russe » en Roumanie visait au contraire à tester la détermination de ses voisins, d’observer leurs réactions et de mesurer jusqu’où la Russie peut pousser son agression en direction du territoire de l’OTAN. 

« La sécurité du ciel roumain commence par une protection beaucoup plus efficace du ciel ukrainien », a souligné le délégué ukrainien, qui n’a pas manqué d’appeler à renforcer la capacité de l’Ukraine à défendre son espace aérien et bâtir, avec les partenaires européens et nord-américains, un véritable bouclier aérien intégré. 

La France a condamné cette « incursion inacceptable » et a assuré qu’en tant que nation-cadre du bataillon multinational de l’OTAN déployé en Roumanie, elle continuera de prendre toute sa part dans le renforcement de la posture de dissuasion et de défense sur le flanc est de l’OTAN.  Des propos largement repris par le Royaume-Uni.

La rhétorique et les actes d’escalade de la Russie ne font que renforcer notre détermination à soutenir l’Ukraine ainsi que son droit à la souveraineté, à l’intégrité territoriale et à l’indépendance politique, a avancé la Lettonie.  De même, l’Union européenne a promis qu’elle allait continuer de promouvoir ses initiatives destinées à renforcer les capacités de défense de toutes ses frontières terrestres, aériennes et maritimes —y compris sur le flanc oriental— ainsi qu’à consolider l’état de préparation de la défense et la résilience.

Devant cette situation, « les États-Unis défendront chaque centimètre carré du territoire de l’OTAN », a promis à son tour la délégation américaine.

Le risque que cet incident fasse tache d’huile a préoccupé de nombreuses délégations dont celles du Pakistan et de la Chine qui a appelé les parties à rester calme et à éviter que cet incident ne conduise à l’escalade, exhortant en outre la communauté internationale à œuvrer de concert pour faciliter la désescalade. 

« Le seul antidote durable aux débordements transfrontaliers ne réside pas dans des algorithmes de correction plus sophistiqués, mais bien dans la cessation des hostilités qui en sont la cause », a estimé pour sa part le représentant du Libéria.  Il a appelé à la fourniture d’infrastructures de détection passive et de capacités radar civiles localisées à tous les pays voisins du conflit. 

Cette initiative, a-t-il proposé, serait coordonnée par l’intermédiaire d’un fonds fiduciaire dédié de l’ONU, dont la capitalisation initiale devrait être garantie conjointement par les cinq membres permanents du Conseil, « car ceux qui détiennent les plus vastes arsenaux portent la responsabilité la plus lourde quant au rayon d’impact des explosions ».

MIL OSI