Après l’Accord de Paris en 2015 puis l’adoption du Green Deal (ou Pacte vert) par l’Union européenne en 2020, de nombreuses politiques climatiques ont été adoptées à travers l’Europe. Certaines sont cependant contestées et on assiste ces dernières années à un retour en arrière dans plusieurs domaines (transition agricole, électrification du parc automobile, etc). Comment expliquer ce backlash ? Quels liens entretient-il avec le sentiment de déclassement et le soutien à l’extrême droite en Europe ?
Répondre à ces questions, qui sont au cœur du projet de recherche de Diane Bolet, permettra de contribuer à une transition écologique efficace et juste.
Manifestation d’agriculteurs européens le jour d’une réunion des ministres de l’agriculture de l’UE à Bruxelles, le 26 février 2024. (crédits : Alexandros Michailidis / Shutterstock.com)
“Je m’intéresse aux communautés liées aux énergies fossiles (extraction de charbon, industries pétrolières et gazières), ainsi qu’aux agriculteurs : comment réagissent-ils à l’adoption de réglementations ou de politiques environnementales plus strictes ? En effet, celles-ci sont porteuses d’avantages sociétaux à long terme, mais sont aussi susceptibles d’engendrer des coûts pour les travailleurs et les localités concernés. Je cherche donc à savoir dans quels cas elles déclenchent un retour de bâton ou backlash (en l’occurrence un “greenlash”).”
Autre observation à expliquer : le soutien électoral accru à l’extrême droite dans les communautés fortement exposées aux politiques climatiques.
“Les mécanismes à l’origine de ce phénomène restent mal compris. Ils peuvent être liés à des pertes économiques locales, mais aussi à des facteurs plus symboliques, comme un sentiment de déclassement ou de perte de statut social. Je fais l’hypothèse que ces facteurs contribuent à une identité collective forte dans les communautés affectées, que j’ai choisi d’appeler “identité greenloss”. Il est également important de prendre en compte le rôle d’autres acteurs tels que les entreprises fossiles, les syndicats, les acteurs politiques locaux. Enfin, il s’agit de comprendre pourquoi l’extrême droite tire un bénéfice particulier de cette identité greenloss, et quelles politiques publiques, notamment de “transition juste”, pourraient atténuer ces effets dans ces territoires.”
Une étude publiée en 2023par Diane Bolet et deux autres collègues donne de premiers éléments de réponse. En Espagne, un “‘accord de transition juste” visant la sortie progressive du charbon, négocié par le gouvernement du Parti socialiste en place (PSOE) avec les syndicats et les entreprises touchés, s’est traduit par un surcroît de votes pour ce parti aux élections suivantes dans les municipalités concernées.
Afin de répondre à ces questions, le projet se donne pour objectifs :
d’identifier les perdants des politiques climatiques et d’analyser la formation et les variations de leur identité “greenloss” selon les secteurs d’activité et géographiques ;
d’évaluer l’impact de l’identité “greenloss” sur l’opposition aux politiques climatiques et sur le soutien aux partis d’extrême droite ;
d’analyser comment les partis d’extrême droite activent cette identité “greenloss” dans leur rhétorique et de tester quel(s) aspect(s) de cette identité motivent le soutien aux politiques climatiques.
Pour cela, GREENLOSS combinera des méthodes qualitatives (entretiens, focus groups…) et quantitatives (enquêtes, analyse de textes par des méthodes computationnelles).
Politiste,Diane Boletest spécialiste du comportement électoral, de l’opinion publique et des politiques publiques territoriales et climatiques en Europe. Ses recherches visent à comprendre comment les sociétés réagissent aux changements structurels, tels que la mondialisation, les flux migratoires ou la transition écologique. Elles ont été publiées dans des revues telles que l’American Political Science Review, le European Journal of Political Research et le British Journal of Political Science. Avant de rejoindre Sciences Po et le CEE comme Assistant Professor en 2025, elle a occupé des postes similaires dans les universités de Durham et d’Essex au Royaume-Uni.
Les bourses ERC Starting Grantssont attribuées à des chercheurs et chercheuses justifiant d’une expérience de deux à sept ans depuis l’obtention de leur doctorat et présentant un parcours scientifique très prometteur.