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Non, les relations entre professeurs et étudiants ne sont pas simplement une affaire d’« adultes consentants »

Non, les relations entre professeurs et étudiants ne sont pas simplement une affaire d’« adultes consentants »

Source: The Conversation – in French – By Bryn Williams-Jones, Professor of Bioethics and Director of the Department of Social and Preventive Medicine, École de santé publique, Université de Montréal

Dès qu’on parle de relations intimes entre professeurs et étudiants, l’argument revient : « Ce sont des adultes consentants. Ce qu’ils font en privé ne regarde personne d’autre. » Mais à l’université, cet argument ne tient pas.


Le consentement a bien sûr son importance, mais il ne résout pas les problèmes éthiques qui surgissent lorsqu’une personne exerce un pouvoir sur une autre. Les professeurs encadrent les étudiants, évaluent leur travail, contrôlent l’accès aux opportunités de recherche et influencent leur avenir. Dans ce contexte, une relation intime n’est jamais simplement privée.

L’enjeu dépasse d’ailleurs le milieu universitaire. Les Forces armées canadiennes viennent d’adopter une directive beaucoup plus restrictive sur les relations entre militaires de différents niveaux d’autorité : les liaisons secrètes sont interdites et la responsabilité de déclarer la relation incombe d’abord à la personne en position d’autorité. La logique est la même : dans une institution hiérarchique, le consentement ne suffit pas à régler les enjeux de pouvoir.

Professeur de bioéthique, je travaille depuis plus de vingt ans sur les conflits d’intérêts, l’intégrité académique et la gouvernance universitaire. J’ai aussi siégé à de nombreux comités disciplinaires, où les problèmes les plus difficiles tiennent rarement à une absence de règles : ils surgissent plutôt lorsque le pouvoir, la dépendance et la responsabilité professionnelle sont mal reconnus.

Un espace social structuré par le pouvoir

À l’université, même les relations entre collègues de statut similaire peuvent créer des difficultés. Elles peuvent influencer la perception des décisions, des collaborations, des embauches ou de l’accès à l’information. Si la relation se termine mal, les conséquences peuvent aussi affecter les collègues, les étudiants et le climat institutionnel.




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Il est compréhensible que des personnes travaillant étroitement ensemble pendant des années développent des sentiments amoureux. Cela peut se produire entre collègues, entre supérieurs et subordonnés, ou entre professeurs et étudiants de cycles supérieurs. Mais les universités ne sont pas des espaces sociaux neutres : l’accès aux opportunités y est inégal.

Quand l’autorité transforme la relation

Lorsqu’un déséquilibre de pouvoir manifeste existe entre un professeur et un étudiant, les risques deviennent beaucoup plus graves.

Un professeur peut noter, superviser, employer, financer, encadrer ou recommander un étudiant. Il peut aussi contrôler l’accès aux conférences, aux publications, aux postes d’assistant de recherche, aux bourses ou aux réseaux professionnels. Même vécue comme consensuelle, la relation est transformée par le contexte institutionnel.

La personne ayant le moins de pouvoir peut se sentir contrainte de maintenir la relation, d’éviter les conflits ou d’accepter des conditions qu’elle refuserait autrement. Elle peut craindre de perdre un soutien académique, de nuire à sa réputation ou de compromettre son avenir. Même sans pression explicite, la dépendance façonne ce que signifie concrètement le consentement.

L’équité vue par les autres

La relation affecte aussi les autres. D’autres étudiants peuvent se demander si les décisions académiques sont équitables. Une personne obtient-elle de meilleures notes, davantage d’occasions de recherche ou un soutien accru en raison d’une relation intime ? Les discussions confidentielles restent-elles protégées ? Les décisions reposent-elles sur le mérite ou sur l’attachement, la loyauté, la jalousie ou la peur ?

Ces préoccupations ne relèvent pas seulement des apparences. Dans les universités, les apparences comptent parce que la confiance compte. Les étudiants et les collègues doivent pouvoir croire que l’évaluation est équitable, que les opportunités sont bien réparties et que les informations confidentielles sont protégées. Une fois ébranlée, cette confiance est difficile à rétablir.

Qui paie le prix réputationnel ?

La réputation est aussi en jeu.

Ces situations prennent plusieurs formes, mais elles s’inscrivent souvent dans des rapports de pouvoir genrés : les cas les plus fréquents et problématiques impliquent un professeur homme et une étudiante femme. Celle-ci peut alors être perçue comme bénéficiant de favoritisme plutôt que comme réussissant par son mérite.

Cette perception est sexiste et injuste, mais elle influence la reconnaissance de ses réalisations. La personne ayant le moins de pouvoir supporte ainsi une grande partie du coût professionnel et réputationnel, même lorsque la responsabilité principale revenait à la personne en position d’autorité.

Un conflit d’intérêts impossible à « gérer »

Les relations intimes dans un contexte d’autorité académique doivent donc être comprises comme des conflits d’intérêts problématiques. Un conflit d’intérêts survient lorsqu’un intérêt secondaire, comme une relation intime, pourrait influencer le jugement professionnel ou être perçu comme le compromettant.

Certains conflits d’intérêts sont relativement simples à gérer. Un professeur peut se récuser d’un comité ; un chercheur peut déclarer un intérêt financier et limiter son implication dans certaines décisions.




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Mais dans le contexte des relations intimes entre professeurs et étudiants, la déclaration est insuffisante. La promesse de rester objectif l’est aussi. La relation fragilise les conditions mêmes d’une supervision, d’une évaluation, d’un mentorat et d’une confiance institutionnelle équitables.

La vulnérabilité particulière des cycles supérieurs

C’est particulièrement vrai aux cycles supérieurs.

Certaines universités interdisent les relations entre professeurs et étudiants de premier cycle en raison du déséquilibre de pouvoir évident, mais restent souvent moins claires pour les cycles supérieurs.

Or, ces étudiants peuvent être encore plus dépendants de leur direction de recherche que ceux du premier cycle. Ils travaillent pendant des années avec une personne qui peut orienter leur recherche, contrôler le financement, rédiger des lettres cruciales et influencer l’obtention du diplôme dans les délais prévus.

L’avenir académique et professionnel d’un étudiant de cycles supérieurs peut donc dépendre d’une seule personne. Cette dépendance rend les relations intimes particulièrement risquées, même lorsque les deux personnes affirment qu’elles sont consensuelles.


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Ce que l’éducation peut (et ne peut pas) faire

L’éducation et la formation ont un rôle à jouer. Les membres des universités doivent comprendre le consentement, le harcèlement, les conflits d’intérêts et les limites professionnelles. Ils doivent aussi reconnaître qu’une attention romantique peut être importune, qu’un « non » doit être accepté et que des avances répétées peuvent constituer du harcèlement.

Mais l’éducation ne suffit pas lorsque le risque institutionnel est élevé. Certaines relations ne doivent pas être gérées après coup, mais interdites, car elles sont incompatibles avec la responsabilité professionnelle et un milieu de travail sain.

Changer la relation de pouvoir avant la relation intime

Cela ne signifie pas que l’amour, l’attirance ou l’intimité ne peuvent jamais naître dans un contexte universitaire. Cela signifie que lorsqu’il existe un rapport de pouvoir significatif, la relation professionnelle doit changer avant la relation intime. Si deux personnes veulent s’engager dans une telle relation, la supervision, l’évaluation ou le lien d’emploi doit d’abord prendre fin.

Cela peut être inconfortable et impliquer des choix difficiles. Cela peut même exiger qu’une personne quitte son poste, change de direction de recherche ou d’établissement. Mais l’alternative consiste à faire peser le risque sur la personne ayant le moins de pouvoir, ainsi que sur une communauté universitaire qui repose sur l’équité et la confiance.

L’université n’est pas un espace privé

« Ce sont des adultes consentants » peut sembler convaincant dans la vie privée ordinaire. Mais les universités ne sont pas des espaces privés. Ce sont des institutions structurées par la hiérarchie, la dépendance, la réputation et les opportunités. Elles ont besoin de la confiance de leurs membres et du public pour remplir leurs missions d’éducation et de production de connaissances.

Les relations amoureuses impliquant un rapport de pouvoir académique ne peuvent être éliminées par l’éducation. Elles doivent être interdites.

Bryn Williams-Jones ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Non, les relations entre professeurs et étudiants ne sont pas simplement une affaire d’« adultes consentants » – https://theconversation.com/non-les-relations-entre-professeurs-et-etudiants-ne-sont-pas-simplement-une-affaire-d-adultes-consentants-283847

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