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De la fragmentation à une vision commune : comment l’Égypte transforme son écosystème de start-up

De la fragmentation à une vision commune : comment l’Égypte transforme son écosystème de start-up

Source: African Development Bank Group in French

Alors que l’Afrique du Nord recherche de nouveaux moteurs de création d’emplois et de croissance tirée par le secteur privé, la Charte égyptienne des start-up offre des enseignements opportuns sur la manière dont la coordination des politiques publiques, les financements innovants et le dialogue au sein de l’écosystème peuvent faire de l’entrepreneuriat une priorité nationale de développement.

Tamer Taha a coprésidé le secrétariat technique du Groupe ministériel égyptien pour l’entrepreneuriat, qui a piloté les efforts collectifs ayant abouti à la Charte égyptienne des start-up, une initiative majeure de politique publique lancée en février 2026. Dans cet entretien, M. Taha revient sur l’évolution de l’écosystème égyptien des start-up, le rôle de la Banque africaine de développement, ainsi que les principales opportunités de collaboration régionale en matière d’entrepreneuriat, d’investissement à impact et de formalisation en Afrique du Nord.

L’écosystème égyptien des start-up est souvent présenté comme étant en pleine transformation. Qu’est-ce qui faisait défaut auparavant et que visait à changer la Charte égyptienne des start-up ?

Au cours des dernières années, l’écosystème égyptien des start-up a considérablement évolué, suscitant un intérêt croissant de la part des entrepreneurs, des investisseurs, des structures d’accompagnement, des partenaires internationaux au développement et des institutions publiques. Cette dynamique s’est traduite par la mobilisation, par les start-up égyptiennes, d’environ 614 millions de dollars de financements sous forme de fonds propres et de dette en 2025.

À mesure que l’écosystème gagnait en maturité, il est apparu clairement qu’une coordination plus forte entre les parties prenantes était nécessaire, ainsi qu’un cadre national commun, des priorités partagées et une vision unifiée reliant l’entrepreneuriat à une croissance économique plus large et à la création d’emplois. Un meilleur alignement signifiait également que les ressources disponibles pouvaient être déployées plus efficacement.

Un autre axe prioritaire consistait à clarifier la distinction entre start-up, PME et nouvelles entreprises traditionnelles, qui présentent des trajectoires de croissance, des besoins de financement et des exigences de politique publique différents. Sans cette distinction, il était plus difficile de concevoir des incitations et des mécanismes d’appui ciblés. La Charte égyptienne des start-up y a répondu en les positionnant comme une partie intégrante du programme de développement économique de l’Égypte, et en présentant l’entrepreneuriat comme un moteur d’innovation, de productivité, de compétitivité et de transformation à long terme dans une économie de plus en plus fondée sur la connaissance et la technologie.

L’une de ses principales contributions a été l’introduction d’une approche écosystémique plus coordonnée, associant fondateurs, investisseurs, grandes entreprises et entités publiques. La Charte a également introduit un système de certification « Startup ID », conçu comme une base pour un appui plus ciblé et une élaboration des politiques publiques davantage fondée sur les données.

Le processus lui-même était tout aussi important. Plus de 250 représentants de l’écosystème et plus de 15 entités publiques y ont participé pendant plus d’un an et demi. La Charte a ainsi constitué une démarche nationale, portée localement, financée par le gouvernement égyptien en partenariat avec les parties prenantes de l’écosystème.

Quels ont été les résultats les plus significatifs de la Charte — pour les investisseurs, pour le financement et pour l’écosystème — et quel rôle la Banque africaine de développement a-t-elle joué dans ce processus ?

Outre l’établissement d’une définition commune et d’un cadre de certification pour les start-up, l’une des contributions les plus importantes de la Charte a consisté à apporter davantage de clarté et de prévisibilité aux politiques publiques pour les parties prenantes de l’écosystème. À travers plus de 80 mesures de politique publique couvrant la création de start-up, l’accès aux services publics, le développement des talents, le financement et l’accès aux marchés, la Charte a envoyé un signal fort : l’entrepreneuriat et les start-up sont devenus une priorité économique nationale, soutenue par un dialogue continu et une mobilisation coordonnée au sein de l’État.

Un autre résultat important a été l’adoption d’une approche plus structurée du financement des start-up. La Charte a permis d’identifier les déficits de financement tout au long du cycle de vie des start-up et de faire avancer les discussions de politique publique sur des instruments innovants, notamment la proposition d’une initiative de financement catalytique. Cette initiative vise à attirer des capitaux privés et à renforcer les trajectoires de financement à travers des mesures telles que des fonds de capital-risque d’entreprise, le financement participatif, des fonds de contrepartie pour les investisseurs providentiels et d’autres mécanismes de financement innovants.

Le Groupe de la Banque africaine de développement a joué un rôle d’appui important à travers le projet « Enhancement of the Entrepreneurship Ecosystem in Egypt » (EEE). Cet appui a notamment porté sur un « Policy Hackathon » organisé en 2024, qui a contribué à aligner les parties prenantes de l’écosystème et à nourrir les discussions ultérieures sur la Charte. Celle-ci s’est également appuyée sur des études et rapports relatifs à l’écosystème, y compris des travaux précédemment commandés par la Banque.

Des progrès ont été accomplis, mais des défis structurels demeurent, notamment en matière d’emploi, de déficits de financement et d’informalité. Comment appréhendez-vous spécifiquement l’informalité : s’agit-il principalement d’un problème réglementaire ou d’un enjeu plus fondamental ?

Je ne considère pas l’informalité comme un simple problème réglementaire. Comme le Maroc et la Tunisie, l’Égypte fonctionne dans le cadre d’une économie duale, où une large part de l’emploi demeure concentrée dans le secteur informel, en particulier dans les segments inférieurs des chaînes de valeur.

Pour cette raison, la formalisation devrait être envisagée comme faisant partie d’une stratégie économique plus large, liée à la productivité, à la qualité de l’emploi et à la durabilité à long terme des entreprises. La priorité devrait être de créer des incitations tangibles encourageant les entreprises à se formaliser, plutôt que de s’appuyer uniquement sur la réglementation ou l’application des règles.

Un exemple concret réside dans les mécanismes d’appui liés au système « Startup ID », notamment les programmes subventionnés de formation des employés, les opportunités d’accès aux marchés internationaux, les services de développement des entreprises et l’appui au renforcement des capacités. Ces mesures sont conçues pour accélérer la croissance et le passage à l’échelle des start-up. Plus largement, les start-up à forte croissance créent des emplois formels. À mesure que ces emplois se développent, ils peuvent attirer des travailleurs du secteur informel vers l’économie formelle. En ce sens, soutenir la croissance des start-up n’est pas seulement un objectif entrepreneurial ; cela s’inscrit aussi dans une stratégie plus large visant à améliorer la productivité, la qualité de l’emploi et la formalisation du marché du travail.

Où voyez-vous les liens les plus directs entre les travaux d’EInA — Entrepreneuriat, Innovations et Conseil — sur l’investissement à impact et la formalisation, et les priorités de l’Égypte ? Quelle est l’opportunité pour l’Afrique du Nord en tant que région ?

Je vois une forte convergence entre les priorités actuelles de l’Égypte en matière d’entrepreneuriat et les travaux d’EInA dans ce domaine. L’investissement à impact a été intégré dès les premières étapes des discussions sur la Charte, avec une attention croissante portée au soutien aux start-up à impact, capables de créer des emplois de qualité, de favoriser la participation économique des femmes et de répondre à des défis sociaux et environnementaux plus larges.

Ce qui me paraît essentiel, c’est que l’investissement à impact, la création d’emplois, l’innovation et la formalisation ne doivent pas être considérés comme des agendas de politique publique distincts, que ce soit au niveau national ou régional. Ce sont des moteurs qui se renforcent mutuellement au service de la productivité, de la compétitivité et de la croissance inclusive.

En Afrique du Nord, les pays font face à de nombreux défis communs liés à la productivité, à l’accès au financement, à la croissance des entreprises et à la transition de l’activité informelle vers l’économie formelle. Les travaux d’EInA sur l’échange de connaissances et les cadres de politique publique relatifs à la formalisation des MPME soutiennent directement ce que l’Égypte et ses voisins cherchent à accomplir à travers la réforme de leurs écosystèmes respectifs.

L’atelier régional, organisé au Caire en 2024, l’a bien illustré. Les discussions entre l’Égypte, le Maroc et la Tunisie sur l’entrepreneuriat, le financement et la formalisation ont été substantielles et ancrées dans l’expérience concrète. C’est, selon moi, la contribution centrale d’EInA : aider les pays de la région à réfléchir collectivement à la manière dont l’entrepreneuriat, l’investissement à impact et la formalisation peuvent être combinés dans des stratégies cohérentes de création d’emplois inclusifs et durables, tout en ouvrant des possibilités de partenariats transfrontaliers, d’apprentissage partagé et de collaboration autour de défis communs de politique publique et de développement.

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