Source: The Conversation – in French – By Hela Chebbi, Professor, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Les entreprises familiales (EF) se caractérisent certes par leurs valeurs et leurs traditions, mais de plus en plus aussi par des enjeux de transmission : près de 70 % des EF échouent à trouver un repreneur. Comment alors assurer la continuité tout en innovant ? La réponse pourrait bien se trouver dans l’intrapreneuriat.
L’intrapreneuriat désigne le fait de lancer de nouveaux projets ou d’innover à l’intérieur d’une organisation existante, plutôt que de créer une nouvelle organisation comme en entrepreneuriat. Cette approche pourrait permettre à la nouvelle génération d’entreprendre dans l’EF tout en restant à l’intérieur des structures en place.
Cet article découle d’une recherche collaborative avec la FEF (Fondation des EF) et son secrétaire général Olivier DeRichoufftz, menée auprès de dix entreprises québécoises engagées dans un programme d’accompagnement « initiative intrapreneuriale ». Nos résultats démontrent comment l’intrapreneuriat peut servir de langage commun intergénérationnel pour innover, se renouveler et assurer la transmission.
La relève ne se décrète pas, elle se construit
Pour la nouvelle génération, créer une start-up ou reprendre l’entreprise familiale n’est pas toujours possible, souhaitable ou réaliste. Dans ces circonstances, l’intrapreneuriat offre une troisième voie : lancer un nouveau produit ou service, créer une nouvelle activité, s’implanter sur un nouveau marché, voire créer une nouvelle entreprise au sein de l’EF.
En lançant leurs projets, les jeunes intrapreneurs gagnent en confiance et en légitimité. Cette nouvelle génération apprend aussi à mieux connaître l’EF tout en bénéficiant d’un encadrement de la part des parents ou de mentors internes ou externes à l’EF. Elle ne se contente plus d’hériter d’une entreprise, elle y laisse ses empreintes. Ces projets ne viennent donc pas remettre en cause l’héritage, ils le prolongent différemment. À ce sujet, une intrapreneure témoigne :
« Je peux dire que je suis directrice de ma ligne d’affaires au sein de l’entreprise familiale, ça m’a permis de briser les tabous sur les enfants dans l’entreprise qui ne font rien. J’ai réalisé mon projet avec succès. »
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Intraprendre, c’est réconcilier tradition et innovation
Si les EF se montrent souvent prudentes face au changement, elles constituent néanmoins un terrain fertile pour l’intrapreneuriat, à condition d’offrir liberté, accompagnement, reconnaissance et accès aux ressources. Un intrapreneur témoigne :
« J’ai eu l’aide et le support des équipes de développement, du numérique et du marketing. Quand j’appelais mon père, il répondait, il me conseillait et faisait les suivis nécessaires. Il m’a même mis en contact avec des gens de son réseau qui m’ont aidé. »
Dans un contexte d’incertitude et de pénurie de relève, l’héritage d’une EF ne doit plus être un frein, il doit nourrir l’innovation. En transmettant l’héritage comme une ressource plutôt qu’une charge, les parents permettent à leurs enfants d’explorer de nouvelles voies tout en conservant l’ADN de l’EF. Notre recherche démontre que l’intrapreneuriat devient un pont entre les générations. Il contribue à la croissance des EF grâce aux nouvelles activités développées, comme le souligne un intrapreneur :
« On a ajouté de nouveaux domaines comme le droit de la publicité et du marketing, ça n’existait pas dans le cabinet d’avocats créé par notre père ». L’intrapreneuriat permet également à la nouvelle génération de se préparer à la reprise.
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Une aventure aussi exigeante qu’inspirante
Si l’intrapreneuriat est un levier pertinent pour faciliter l’innovation et la transition générationnelle, bouger les lignes dans une EF peut vite devenir un défi à part entière. Les témoignages recueillis dans le cadre de notre recherche font apparaître plusieurs défis récurrents.
D’abord, l’absence de culture intrapreneuriale constitue un frein majeur. Les EF sont souvent structurées autour de routines, où la stabilité prime. Initier un nouveau projet peut souvent être perçu comme risqué et accueilli avec réticence.
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Ensuite, le faible alignement stratégique du projet avec l’ADN de l’EF peut également générer frustrations et malentendus. Certains projets paraissent, aux yeux des parents, peu prioritaires ou éloignés du cœur de métier, ce qui frustre les jeunes : « On a intégré le projet à l’entreprise sans la bousculer, mais ça a demandé beaucoup de diplomatie », raconte une intrapreneure, qui a dû naviguer entre incompréhension et besoin de justifier la pertinence stratégique de son projet.
Du côté de la nouvelle génération, certains jeunes peinent à défendre leur projet : « Je n’avais même pas les mots pour expliquer ce que je faisais. » D’autres peuvent manquer de légitimité ou de persuasion pour convaincre leurs proches. Enfin, les tensions intergénérationnelles constituent une source fréquente de conflits. La volonté de changement se heurte à la peur du risque et à l’attachement au modèle historique. Un intrapreneur rapporte que son père lui disait souvent : « Pourquoi tu veux changer quelque chose qui fonctionne bien depuis des années ? »
Pour les EF qui réussissent à relever ces défis, l’intrapreneuriat devient une voie prometteuse. La nouvelle génération gagne en confiance en expérimentant des projets qui les motivent, tout en respectant l’intégrité de l’EF, tandis que celle-ci se renouvelle, renforce le dialogue intergénérationnel et prépare sa relève.
5 actions clés pour encourager l’intrapreneuriat familial
Face à ces défis, il devient important de faire cohabiter la tradition et l’innovation pour co-construire ensemble une relève et assurer la pérennité de l’EF. L’intrapreneuriat familial est une stratégie mais avant tout un état d’esprit, un pont entre générations, une clé d’avenir pour de nombreuses EF souhaitant transmettre leur héritage tout en innovant. Toutefois, pour mener à bien l’intrapreneuriat, notre recherche souligne cinq actions clés à conduire par les EF.
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Valoriser les initiatives de la nouvelle génération et accepter l’erreur comme partie intégrante de l’apprentissage.
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Permettre aux jeunes d’expérimenter leurs idées avec un accès aux ressources de l’EF.
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Adopter une posture de mentor plutôt que de dirigeant ou dirigeante.
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Créer des espaces de dialogue entre générations pour favoriser une écoute mutuelle.
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Et enfin, assurer un alignement stratégique entre le projet et l’identité de l’entreprise pour garantir la réussite de la relève.
Cette recherche est financée par une subvention CRSH engagement partenarial.
MICHAEL LAVIOLETTE ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. L’intrapreneuriat, une stratégie pour innover et assurer la relève dans les entreprises familiales – https://theconversation.com/lintrapreneuriat-une-strategie-pour-innover-et-assurer-la-releve-dans-les-entreprises-familiales-280966
