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Un cimetière de baleines vieux de 5,3 millions d’années découvert au fond de l’océan Indien

Un cimetière de baleines vieux de 5,3 millions d’années découvert au fond de l’océan Indien

Source: The Conversation – in French – By Vanessa Pirotta, Postdoctoral Researcher and Wildlife Scientist, Macquarie University

Dans le sud-est de l’océan Indien, une équipe de chercheurs a découvert un vaste cimetière de baleines vieux de plus de 5 millions d’années. Avec près de 500 fossiles recensés, il constitue l’un des plus importants sites de ce type jamais identifiés dans les grands fonds.


Lorsqu’une baleine meurt, un phénomène naturel très particulier peut se mettre en place. Sa carcasse peut flotter quelque temps à la surface, attirant requins et autres prédateurs. Puis, à mesure qu’elle se décompose, elle commence à couler, traversant la colonne d’eau jusqu’à se déposer sur les fonds marins, où les charognards des profondeurs viennent s’en nourrir.

Les observations scientifiques de ces « chutes de baleines » restent rares et fragmentaires. Pourtant, une équipe de chercheurs dirigée par Xiaotong Peng, de l’Académie chinoise des sciences, a découvert une vaste et ancienne nécropole de baleines dans la zone de fracture Diamantina, dans le sud-est de l’océan Indien.

Ce site, décrit dans une nouvelle étude publiée dans Nature, remonte à plus de cinq millions d’années. Il constitue l’un des écosystèmes liés aux « chutes de baleines » les plus profonds jamais découverts dans le monde.

Une découverte colossale au milieu de l’océan

Lors d’une mission de plongée menée en février 2023 à bord du submersible Fendouzhe, les scientifiques ont découvert d’importants amas de squelettes et de fossiles de baleines, partiellement enfouis dans les sédiments des fonds marins.

À la suite de cette première découverte, l’équipe a effectué 32 autres plongées au cours du mois suivant afin de cartographier l’étendue de cette nécropole. Celle-ci s’étendait sur environ 1 200 kilomètres le long du plancher océanique, à des profondeurs comprises entre 4 200 et 7 000 mètres. Les chercheurs y ont recensé 476 fossiles de baleines ainsi que cinq « chutes de baleines » récentes.

Répartition et abondance des fossiles de baleines et des chutes de baleines dans la zone de fracture Diamantina.
Xiaotong Peng et al, CC BY-NC

Ces « chutes de baleines » grouillaient d’étranges créatures, parmi lesquelles des méduses, des ophiures et des vers foreurs d’os, dont beaucoup pourraient être des espèces encore inconnues de la science, selon les chercheurs.

Parmi les 43 fossiles récupérés, l’équipe a identifié cinq espèces de baleines à bec, dont la baleine à bec d’Andrews (Mesoplodon bowdoini) et la baleine à dents en lanières (Mesoplodon layardii), deux espèces connues pour fréquenter cette région, ainsi qu’une espèce de baleine à fanons : le rorqual de Rudolphi (Balaenoptera borealis).

La découverte la plus importante est celle d’un petit rorqual antarctique mort, long de cinq mètres, que les chercheurs ont identifié grâce à la forme caractéristique de son os de l’oreille ainsi qu’à des analyses génétiques. L’équipe a également identifié une nouvelle espèce de baleine aujourd’hui éteinte, baptisée Pterocetus diamantinae.

La datation isotopique, qui repose sur la désintégration d’isotopes radioactifs, a révélé que les fossiles les plus anciens du site remontent à environ 5,3 millions d’années.

La forte concentration de restes de baleines dans cette région soulève une question : comment un tel cimetière s’est-il formé ? Selon les auteurs de l’étude, l’explication tient probablement à la topographie en forme de V de la zone de fracture Diamantina, qui canalise les carcasses vers le fond marin, ainsi qu’au fait que de nombreuses espèces de baleines à bec plongeant à grande profondeur sont connues pour fréquenter cette partie de l’océan.

Crânes fossilisés de trois baleines à bec récupérés sur les fonds marins de la zone de fracture Diamantina.
Global TREnD, IDSSE

Un rappel de l’immensité de notre ignorance

Ces travaux approfondissent notre compréhension des chutes de baleines et des écosystèmes extraordinaires qu’elles soutiennent. Ils enrichissent également nos connaissances sur les baleines à bec, des espèces vivant généralement au large des côtes, capables de plonger régulièrement jusqu’à un kilomètre de profondeur et de retenir leur souffle pendant plus d’une heure.

La découverte de fossiles vieux de cinq millions d’années offre une fenêtre évolutive sur l’histoire des baleines à bec, depuis le Pliocène jusqu’à aujourd’hui.

Cette recherche constitue aussi un rappel salutaire de tout ce que nous ignorons encore des profondeurs océaniques : lorsqu’on part à la recherche de quelque chose, on peut le trouver… mais aussi découvrir bien davantage que ce que l’on espérait.

Vanessa Pirotta ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Un cimetière de baleines vieux de 5,3 millions d’années découvert au fond de l’océan Indien – https://theconversation.com/un-cimetiere-de-baleines-vieux-de-5-3-millions-dannees-decouvert-au-fond-de-locean-indien-285397

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