Source: People’s Republic of China – State Council News in French
French.china.org.cn | Mis à jour le 08. 07. 2026 | Mots clés : Ministère chinois des Affaires étrangères | 08. 07. 2026
La réforme de la gouvernance mondiale, une opportunité historique pour l’Afrique y compris le Cameroun : analyse constructive du Livre blanc chinois « More Just and Equitable Global Governance: China’s Principles, Proposals and Actions » (2026)
Le système international traverse une période de recomposition profonde. L’évolution des équilibres économiques, la montée du Sud global, les défis climatiques, les mutations technologiques et les crises sécuritaires interrogent la capacité des institutions créées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à répondre aux réalités du XXIᵉ siècle. Publié le 17 juin 2026, le Livre blanc chinois More Just and Equitable Global Governance: China’s Principles, Proposals and Actions propose une vision de la réforme de la gouvernance mondiale fondée sur un multilatéralisme renforcé, une représentation plus équitable des pays en développement et un développement partagé. Cette contribution examine, dans une perspective africaine, les implications de cette initiative pour le continent et montre qu’elle ouvre des perspectives stratégiques importantes pour l’Afrique, y compris le Cameroun. Elle soutient que l’émergence d’une gouvernance mondiale plus inclusive pourrait offrir au continent une occasion historique de renforcer son influence diplomatique, d’accélérer sa transformation économique et de participer davantage à l’élaboration des règles qui structureront l’ordre international de demain.
La gouvernance mondiale n’a jamais été figée. Depuis le Congrès de Vienne de 1815 jusqu’à la création des Nations unies en 1945, chaque grande transformation de l’ordre international a été la conséquence d’évolutions profondes des rapports de puissance, des réalités économiques et des aspirations des peuples. Quatre-vingts ans après la fondation des Nations unies, le monde connaît à nouveau une phase de transition historique qui appelle une réflexion sur l’adaptation des mécanismes de gouvernance internationale.
Les institutions multilatérales établies au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ont largement contribué à préserver la paix, à favoriser la coopération internationale et à soutenir le développement économique. Toutefois, elles ont été conçues dans un contexte géopolitique profondément différent de celui d’aujourd’hui. En 1945, la majorité des pays africains étaient encore sous domination coloniale, l’économie mondiale était concentrée dans un nombre limité de puissances industrielles et la mondialisation contemporaine n’existait pas encore.
Huit décennies plus tard, les équilibres internationaux ont profondément évolué. Selon les Nations unies, les pays en développement représentent désormais près de 85 % de la population mondiale, tandis que l’Afrique comptera environ 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, soit près d’un quart de la population mondiale. Dans le même temps, les économies émergentes contribuent à une part croissante de la production mondiale, des échanges commerciaux et de l’innovation technologique. Cette évolution modifie progressivement la géographie de la puissance et renforce les attentes en faveur d’une gouvernance mondiale plus représentative.
Parallèlement, les défis auxquels est confrontée la communauté internationale dépassent largement les capacités d’action d’un seul État. Le changement climatique, les pandémies, la sécurité alimentaire, la transition énergétique, la régulation de l’intelligence artificielle, la cybersécurité ou encore la stabilité des chaînes d’approvisionnement constituent des enjeux globaux qui nécessitent des réponses collectives. Aucun pays, quelle que soit sa puissance, ne peut aujourd’hui relever seul ces défis.
C’est dans ce contexte que la réforme de la gouvernance mondiale est devenue l’un des principaux sujets du débat international. Les appels à une modernisation des institutions multilatérales émanent désormais de nombreuses régions du monde, qu’il s’agisse des Nations unies, du G20, des institutions financières internationales ou encore des grandes enceintes consacrées au développement durable. L’objectif n’est pas de remettre en cause les principes fondamentaux du système international, mais de renforcer sa légitimité, son efficacité et sa capacité à refléter les réalités du XXIᵉ siècle.
La Chine s’inscrit pleinement dans ce débat. Au cours des deux dernières décennies, elle est devenue un acteur majeur de la gouvernance internationale, non seulement par son poids économique – représentant environ 17 % du produit intérieur brut mondial – mais également par sa participation croissante aux institutions multilatérales et aux initiatives internationales de développement. La publication, le 17 juin 2026, du Livre blanc More Just and Equitable Global Governance: China’s Principles, Proposals and Actions s’inscrit dans cette dynamique. Ce document expose une vision structurée de la réforme de la gouvernance mondiale fondée sur le multilatéralisme, le développement partagé, le respect de la souveraineté des États et une participation accrue des pays en développement aux processus décisionnels internationaux.
Pour l’Afrique, cette réflexion revêt une importance particulière. Elle intervient à un moment où le continent affirme progressivement son rôle dans les affaires mondiales grâce à sa dynamique démographique, à l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine, à l’intégration de l’Union africaine au G20 et à l’émergence d’une nouvelle génération d’acteurs économiques et diplomatiques. Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si l’Afrique participera davantage à la gouvernance mondiale, mais comment cette participation pourra être renforcée afin de contribuer à un ordre international plus équilibré, plus inclusif et plus représentatif.
L’intérêt majeur du Livre blanc chinois réside dans le fait qu’il ne se limite pas à dresser un diagnostic des insuffisances de la gouvernance mondiale actuelle. Il avance une série de principes et de propositions qui visent à renforcer la coopération internationale dans un contexte marqué par l’interdépendance croissante des États. Au cœur de cette vision se trouvent quatre idées directrices : le renforcement du multilatéralisme, le respect de l’égalité souveraine des États, la promotion d’un développement partagé et une représentation plus équilibrée des pays en développement dans les institutions internationales.
Ces principes ne sont pas nouveaux dans la diplomatie chinoise, mais le Livre blanc de 2026 leur confère une cohérence particulière en les articulant autour de la notion de « communauté d’avenir partagé pour l’humanité ». Selon cette approche, les grands défis contemporains – sécurité, développement, changement climatique, santé publique ou gouvernance numérique – ne peuvent être traités efficacement que par une coopération fondée sur le dialogue, la consultation et les bénéfices mutuels. La stabilité internationale est ainsi présentée comme le résultat d’une prospérité plus largement partagée plutôt que d’une logique de confrontation.
Cette vision s’est progressivement traduite par plusieurs initiatives internationales. L’Initiative pour le Développement mondial (Global Development Initiative) met l’accent sur la réduction des inégalités de développement et sur l’accélération de la mise en œuvre des Objectifs de développement durable des Nations unies. L’Initiative pour la Sécurité mondiale (Global Security Initiative) promeut une approche privilégiant le dialogue et la coopération pour prévenir les conflits. Enfin, l’Initiative pour la Civilisation mondiale (Global Civilization Initiative) souligne l’importance du respect de la diversité culturelle et des différentes trajectoires de modernisation.
Pour l’Afrique, ces orientations trouvent une résonance particulière. Le continent a toujours défendu le principe d’un multilatéralisme fondé sur l’égalité entre les États et sur une représentation plus équitable des régions du monde. Le Consensus d’Ezulwini, adopté par l’Union africaine en 2005, réclame depuis plus de vingt ans une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies afin que l’Afrique, qui représente plus d’un quart des États membres de l’Organisation, bénéficie d’une représentation permanente conforme à son poids politique et démographique. Le soutien exprimé par la Chine à une plus grande représentation des pays africains dans les institutions internationales s’inscrit dans cette dynamique.
Cette convergence se reflète également dans l’évolution du partenariat sino-africain. Créé en 2000, le Forum sur la Coopération sino-africaine (FOCAC) est devenu l’un des cadres les plus structurés de coopération entre un pays et un continent. Selon les statistiques officielles des autorités chinoises, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont atteint près de 296 milliards de dollars américains en 2024, établissant un nouveau record et confirmant la Chine comme premier partenaire commercial de l’Afrique pour la seizième année consécutive. Cette progression illustre la profondeur des liens économiques construits au cours des vingt-cinq dernières années.
Toutefois, la portée du partenariat dépasse désormais le seul commerce. Les priorités définies lors du Sommet du FOCAC de Beijing en 2024 accordent une place croissante à l’industrialisation, à la transformation locale des matières premières, à la coopération scientifique, à l’économie numérique, au développement des compétences, à l’agriculture moderne et à la transition écologique. Cette évolution traduit une volonté commune d’accompagner la transformation structurelle des économies africaines plutôt que de limiter la coopération aux échanges commerciaux.
L’appui de la Chine à l’intégration de l’Union africaine au G20 constitue une autre illustration de cette approche. En soutenant l’entrée de l’organisation continentale au sein du principal forum de coopération économique mondiale, Pékin reconnaît que les grandes décisions internationales gagnent en légitimité lorsqu’elles associent pleinement les régions qui concentreront une part croissante de la population, de la production et de la consommation mondiales. Pour l’Afrique, cette évolution représente une avancée diplomatique importante et confirme que la réforme de la gouvernance mondiale ne relève plus uniquement du débat théorique : elle se traduit progressivement par des changements institutionnels concrets.
Pour l’Afrique, l’intérêt du Livre blanc chinois dépasse la seule réforme des institutions internationales. Il invite le continent à réfléchir à la manière dont il peut devenir un acteur de la gouvernance mondiale plutôt qu’un simple bénéficiaire des décisions prises ailleurs. Cette évolution est d’autant plus importante que les transformations démographiques et économiques en cours confèrent à l’Afrique une responsabilité internationale croissante.
Les projections des Nations unies montrent qu’à l’horizon 2050, un habitant de la planète sur quatre sera Africain. La population du continent devrait passer d’environ 1,5 milliard d’habitants aujourd’hui à près de 2,5 milliards, tandis que plus de la moitié de cette population aura moins de 25 ans. Cette jeunesse représente un potentiel considérable en matière d’innovation, de production et de consommation, à condition que les investissements dans l’éducation, les infrastructures et l’emploi suivent la même trajectoire.
Sur le plan économique, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) constitue l’un des projets d’intégration les plus ambitieux du monde. Selon la Banque mondiale, sa pleine mise en œuvre pourrait augmenter les revenus réels du continent de près de 7 % d’ici 2035 et permettre à environ 30 millions de personnes de sortir de l’extrême pauvreté. En favorisant l’industrialisation, la transformation locale des matières premières et l’intégration des chaînes de valeur régionales, elle offre à l’Afrique les moyens de renforcer sa compétitivité internationale.
C’est précisément sur ces priorités que la coopération sino-africaine peut apporter une contribution significative. L’expérience chinoise montre que la modernisation économique repose sur des investissements continus dans les infrastructures, l’industrie manufacturière, la formation du capital humain, l’innovation technologique et la planification stratégique de long terme. Sans prétendre transposer un modèle unique, cette expérience offre des enseignements utiles pour de nombreux pays africains engagés dans leur propre processus de transformation économique.
Pour le Cameroun, ces perspectives revêtent une importance particulière. Situé au cœur du golfe de Guinée et à l’interface de l’Afrique centrale, notre pays dispose d’atouts géographiques, humains et économiques qui peuvent être davantage valorisés dans le contexte de la recomposition des chaînes de valeur africaines. La modernisation du Port autonome de Kribi, le développement des infrastructures routières et énergétiques, l’essor de l’économie numérique ainsi que les ambitions de transformation industrielle inscrites dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) illustrent cette volonté de renforcer la compétitivité nationale et régionale.
Dans cette dynamique, la coopération avec la Chine peut contribuer à accélérer plusieurs priorités nationales : le développement industriel, la formation des compétences, le transfert de technologies, la modernisation agricole et la transition énergétique. Plus largement, elle peut accompagner l’intégration du Cameroun dans les nouvelles chaînes de valeur africaines créées par la ZLECAf.
Cependant, la principale opportunité offerte par la réforme de la gouvernance mondiale est sans doute d’ordre intellectuel et diplomatique. Pendant plusieurs décennies, les grandes théories des relations internationales, les normes de gouvernance et les principales architectures institutionnelles ont été élaborées essentiellement à partir des expériences des puissances occidentales. L’émergence de nouvelles voix, notamment celles de la Chine, de l’Afrique et plus largement du Sud global, enrichit aujourd’hui ce débat en introduisant des perspectives complémentaires sur le développement, la coopération internationale et la gestion des biens publics mondiaux.
Pour les universités, les centres de recherche et les think tanks africains, cette évolution représente une responsabilité majeure. Il ne s’agit plus seulement d’analyser les transformations de la gouvernance mondiale, mais également d’y contribuer. Le Cameroun, fort de sa tradition diplomatique, de ses institutions d’enseignement supérieur et de ses centres d’expertise, dispose des capacités nécessaires pour participer plus activement à cette production de connaissances stratégiques.
En définitive, l’une des principales contributions du Livre blanc chinois est de rappeler que la réforme de la gouvernance mondiale ne saurait être durable sans une participation effective de l’Afrique. Le continent ne représente pas seulement l’avenir démographique de l’humanité ; il constitue également un partenaire indispensable pour relever les défis mondiaux liés au développement durable, à la sécurité alimentaire, à la transition énergétique, à la préservation de la biodiversité et à la gouvernance des technologies émergentes. Dans cette perspective, la coopération sino-africaine apparaît non seulement comme un partenariat de développement, mais aussi comme un levier pour renforcer la voix de l’Afrique dans la construction d’un ordre international plus inclusif, plus équilibré et plus représentatif.
La publication du Livre blanc chinois de 2026 intervient à un moment charnière de l’histoire des relations internationales. Au-delà des débats qu’il peut susciter, ce document présente un mérite essentiel : celui de replacer la question de la réforme de la gouvernance mondiale au centre de la réflexion stratégique internationale. Dans un monde devenu plus interdépendant, plus complexe et plus multipolaire, la recherche d’institutions davantage représentatives et plus efficaces apparaît comme une exigence de stabilité autant que de justice.
Pour l’Afrique, cette évolution constitue une opportunité qu’il convient d’appréhender avec lucidité, confiance et ambition. Le continent dispose aujourd’hui d’atouts que peu de régions du monde réunissent simultanément : une démographie dynamique, un vaste marché continental, d’importantes ressources naturelles, une jeunesse entreprenante et une capacité diplomatique collective portée par l’Union africaine. La question essentielle n’est donc plus celle de la place de l’Afrique dans le monde, mais celle de sa capacité à transformer ces avantages comparatifs en influence politique, économique, scientifique et technologique.
Dans cette dynamique, la vision développée par la Chine mérite une attention particulière. En plaidant pour une gouvernance mondiale plus inclusive, pour une participation accrue des pays en développement et pour un développement partagé, elle rejoint plusieurs aspirations exprimées de longue date par les États africains. L’avenir dira naturellement dans quelle mesure ces principes continueront à se traduire en réalisations concrètes. Mais il est incontestable qu’ils contribuent déjà à enrichir le débat international sur l’évolution du multilatéralisme et sur la place du Sud global dans la gouvernance mondiale.
Pour le Cameroun, cette évolution ouvre également des perspectives nouvelles. Grâce à sa stabilité institutionnelle, à sa position géostratégique au cœur de l’Afrique centrale, à la qualité de son capital humain et à l’excellence reconnue de sa diplomatie, notre pays possède les atouts nécessaires pour jouer un rôle plus actif dans les débats internationaux qui façonneront le XXIᵉ siècle. Cela suppose de renforcer la recherche stratégique, d’investir davantage dans l’enseignement supérieur, l’innovation et les nouvelles technologies, mais aussi d’encourager une réflexion africaine autonome sur les grands enjeux de la gouvernance mondiale.
L’histoire montre que les grandes transformations de l’ordre international profitent d’abord aux nations qui savent les anticiper. La réforme de la gouvernance mondiale constitue probablement l’une de ces transformations. Pour l’Afrique, et pour le Cameroun en particulier, elle ne doit pas être observée à distance. Elle doit être comprise comme une invitation à participer pleinement à la définition des règles, des institutions et des partenariats qui structureront le monde de demain.
À cet égard, le Livre blanc chinois ne représente pas seulement une contribution à la politique étrangère de la Chine. Il constitue également un document de réflexion qui invite les pays africains à envisager leur avenir non plus en marge de la gouvernance mondiale, mais comme des acteurs pleinement associés à sa réforme et à sa construction. C’est sans doute dans cette perspective que réside sa contribution la plus significative au débat international contemporain.
Par Pr Jimmy Yab pour Cameroon Tribune
Professeur des Relations Internationales, Président de l’Observatoire Chine-Afrique Francophone (OCAF)
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