Source: United Nations – in French 2
Headline: Natalité : l’ONU démonte les idées reçues sur la baisse des naissances
7 juillet 2026 Femmes
Ils voudraient des enfants. Souvent deux. Ils rêvent encore de fonder une famille avec un partenaire et d’offrir un avenir meilleur à leurs futures progénitures. Mais entre ce désir et sa réalisation s’est creusé un fossé que le logement hors de prix, la précarité de l’emploi, l’insécurité économique et la difficulté à construire une relation stable rendent chaque année plus profond.
C’est le principal enseignement d’une vaste enquête internationale publiée mardi par le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), l’agence onusienne chargée de la santé sexuelle et reproductive. Menée auprès de plus de 108 000 jeunes de 18 à 39 ans dans 73 pays, elle bouscule plusieurs idées reçues sur le recul global de la natalité. Non, les jeunes ne tournent pas massivement le dos au mariage. Non, les femmes ne renoncent pas collectivement à la maternité. Et non, le féminisme n’est pas responsable de la baisse de la fécondité.
Pour l’UNFPA, le véritable problème est ailleurs. Des millions de jeunes ne renoncent pas à leurs projets familiaux par choix, mais parce que les conditions matérielles les en empêchent.
La baisse de la natalité s’étend
« Les sociétés se dirigent vers un précipice démographique », affirment certains titres de presse. D’autres attribuent le « baby bust » mondial à une « révolte féministe ». Derrière ces formules spectaculaires, répond l’agence onusienne, « se cache un fond de vérité » : les taux de fécondité diminuent bel et bien partout dans le monde.
Les deux tiers de la population mondiale vivent désormais dans des pays où la fécondité est passée sous le seuil de renouvellement des générations, fixé à 2,1 enfants par femme. Longtemps cantonnée aux pays les plus riches, cette baisse gagne désormais une grande partie des pays à revenu intermédiaire.
Mais nombre d’explications avancées relèvent davantage « des mythes et de la misogynie » que des faits.
Une aspiration qui résiste
Contrairement à une idée largement répandue, le désir de parentalité demeure remarquablement stable.
Dans la plupart des régions du monde, deux enfants restent la taille idéale d’une famille. Plus des deux tiers des personnes interrogées considèrent encore le mariage comme la forme de vie conjugale souhaitable. Et parmi les hommes et les femmes de 35 à 39 ans qui n’ont toujours pas d’enfant, une large majorité affirme vouloir devenir parent.
Le problème n’est donc pas l’effondrement du désir d’enfant, mais celui des conditions nécessaires pour l’accomplir.
Lorsqu’on leur demande ce qui les empêche d’avoir les enfants qu’ils souhaitent, les réponses convergent avec une étonnante constance d’un continent à l’autre. Les principaux freins sont la sécurité financière, un emploi stable et l’accès à un logement. Viennent ensuite la difficulté à trouver un partenaire et les questions de santé ou d’infertilité. Plus de sept sondés sur 10 considèrent les contraintes économiques et résidentielles comme un obstacle majeur à la parentalité.
Le même mécanisme est à l’œuvre bien avant la naissance du premier enfant. Près de huit jeunes sur 10 estiment qu’être en couple constitue une condition essentielle pour devenir parent. Or, parmi les 25-39 ans qui souhaiteraient vivre avec un partenaire, un quart sont aujourd’hui célibataires et ne fréquentent personne. Là encore, les difficultés financières et le coût du logement arrivent largement en tête des obstacles à la vie de couple.
Le procès du féminisme
L’une des ambitions affichées du rapport consiste à répondre aux discours attribuant la baisse de la natalité à l’émancipation des femmes.
Les données recueillies racontent une tout autre histoire.
Les femmes ne souhaitent pas moins d’enfants que les hommes dans des proportions qui expliqueraient l’évolution démographique. En revanche, elles évaluent systématiquement tous les obstacles à la parentalité comme étant plus importants : difficultés financières, santé, infertilité ou conciliation entre vie familiale et professionnelle.
Pour l’UNFPA, cette différence suggère moins un refus de la maternité qu’une exposition plus forte aux contraintes qui entourent le fait de devenir parent.
L’enquête montre par ailleurs que les représentations des hommes et des femmes sur la famille restent très proches. Les écarts d’opinion existent, mais demeurent limités. Ils sont bien moins marqués que les difficultés concrètes auxquelles les jeunes adultes disent être confrontés.
© ONU Femmes Heermi Bai, âgée de 50 ans, aide sa belle-fille de 20 ans, Durga, à faire un choix éclairé en matière de planification familiale.
Les politiques natalistes ne suffisent pas
Le rapport s’attaque également à une autre idée largement répandue : il suffirait d’encourager davantage les naissances.
Les motivations qui poussent à devenir parent sont d’abord personnelles. Huit sondés sur 10 expliquent que la principale raison d’avoir un enfant réside dans « la joie et le bonheur qu’apportent les enfants ». À l’inverse, les arguments utilitaires – répondre aux besoins du marché du travail ou aux incitations gouvernementales – figurent parmi les moins convaincants.
Pour les auteurs, la réponse à la baisse de la fécondité ne passe donc pas d’abord par des campagnes natalistes, mais par des politiques publiques capables de rendre les projets familiaux réalisables : logements abordables, emplois stables, services de garde accessibles, congés parentaux plus équitables et meilleure égalité entre les femmes et les hommes.
Comme le résume le rapport, l’enjeu n’est pas de convaincre les jeunes d’avoir davantage d’enfants, mais de créer les conditions qui leur permettent d’avoir les enfants qu’ils souhaitent, au moment où ils le souhaitent.
À rebours d’un débat public souvent dominé par les procès en égoïsme ou les querelles idéologiques, l’UNFPA défend une idée simple. Si les berceaux se vident dans une partie du monde, c’est moins parce que les jeunes ne veulent plus d’enfants que parce qu’ils peinent de plus en plus à construire la vie qui leur permettrait d’en avoir.
