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L’hypominéralisation molaire-incisive, une anomalie dentaire mal connue qui touche des millions d’enfants

L’hypominéralisation molaire-incisive, une anomalie dentaire mal connue qui touche des millions d’enfants

Source: The Conversation – in French – By Susanne Durhuus-Andersen, Senior Clinical instructor in the School of Dentistry, University of Copenhagen

Les dents de lait de votre enfant, délicates et d’un blanc crayeux, tombent. À votre grande surprise, les dents qui poussent à leur place sont fragiles, et présentent des taches jaune-brun. Cette pathologie dentaire est appelée hypominéralisation molaire-incisive. Il s’agit d’une affection presque aussi fréquente que les caries, mais qui demeure méconnue en dehors des professionnels du secteur dentaire. Et même au sein de celui-ci, elle est souvent mal diagnostiquée.


L’hypominéralisation molaire-incisive (MIH) affecte la façon dont certaines dents définitives se forment durant la petite enfance. Elle n’est pas causée par un manque de brossage, la consommation de sucre ou de mauvaises habitudes d’hygiène dentaire, mais par un phénomène qui perturbe la formation de l’émail, avant même que les dents ne percent.

Dans le cadre de notre travail, à la clinique universitaire de l’hôpital dentaire de l’Université de Copenhague, nous recevons de nombreux enfants et adolescents atteints de cette pathologie et nécessitant une prise en charge.

Les raisons pour lesquelles certains enfants développent une MIH et d’autres non ne sont pas encore pleinement comprises. Ce qui est certain, en revanche, c’est que cette affection est plus fréquente qu’on ne le pense généralement.

En Scandinavie, l’hypominéralisation molaire-incisive affecte 28 % des enfants, ce qui la place parmi les pathologies dentaires les plus répandues. Des études ont révélé qu’elle est très fréquente à travers l’Europe, alors qu’elle semble moins poser problème en Afrique et en Asie.

Les chercheurs tentent encore de comprendre les raisons de ces variations. À l’heure actuelle, on soupçonne qu’elles reposent en grande partie sur des différences de diagnostic et de signalement, ainsi qu’à la fréquence des maladies de la petite enfance, ou encore à des facteurs génétiques.

La MIH reste toutefois une énigme pour la médecine dentaire, alors même qu’elle affecte un nombre important d’enfants dont elle peut laisser les dents définitives durablement fragilisées et décolorées. Voici ce que l’on en connait à ce jour, sur la base des recherches les plus récentes.

Qu’est-ce que la MIH ?

L’émail, la fine couche qui recouvre nos dents, est le matériau le plus dur de notre corps. Chez les enfants atteints de MIH, le développement de l’émail dentaire a été perturbé, et ce dernier contient moins de minéraux que la normale.

Cette anomalie du développement survient tôt dans la vie de l’enfant, pendant que les dents se forment à l’intérieur de la mâchoire, soit généralement entre la naissance et l’âge de deux ans.

Il en résulte des dents dont l’aspect diffère de la normale, et qui sont plus susceptibles de se fracturer.

Le plus souvent, l’émail touché est celui des premières molaires définitives (les fameuses « dents de six ans »), ainsi que celui des incisives.

Outre les signes visibles, la MIH pose un autre problème moins évident : elle peut mener les enfants à éviter de se brosser les dents, parce que cela leur fait mal. Ils peuvent également ressentir une sensibilité dentaire lorsqu’ils consomment des boissons ou des aliments froids ou chauds.

La recherche a identifié cinq causes possibles à la MIH, parmi lesquelles :

Que peuvent faire les parents ?

Tout d’abord, il est important de comprendre qu’en l’état actuel des connaissances actuelles, il n’est pas possible de prévenir la MIH. En tant que parent, il n’y a donc rien que vous puissiez faire pour empêcher son apparition.

Cela dit, certaines mesures peuvent améliorer la situation. La plus évidente est le brossage des dents avec un dentifrice fluoré. Ce point est extrêmement important : en effet, l’émail dentaire des jeunes enfants est plus tendre que celui des adultes, ce qui signifie que leurs dents sont plus difficiles à garder propres, et davantage exposées au risque de caries.

Il est également important d’aider votre enfant à développer une bonne relation avec le dentiste. Un point de départ est de présenter positivement ce que font les dentistes, afin de lui faire comprendre que le rôle de ces professionnels est de l’aider à mieux protéger ses dents, afin qu’elles ne le fassent pas souffrir et ne se cassent pas. Autre point à souligner : si une dent le fait souffrir, il faut apprendre à votre enfant à indiquer précisément l’endroit où elle est située, et de quelle façon elle le fait souffrir.

Que peut faire le dentiste ?

Si votre enfant est atteint de MIH, le dentiste évaluera l’étendue de l’atteinte et classera les dents touchées en fonction de son niveau : légère, modérée ou sévère.

Les molaires atteintes de MIH légère sont traitées avec un gel fluoré concentré, ou scellées avec un revêtement plastique transparent, afin de les protéger des caries (voire les deux à la fois).

Les molaires atteintes de MIH modérée reçoivent des obturations temporaires. La dent étant très sensible, une anesthésie est nécessaire.

Les molaires atteintes de MIH sévère sont obturées et, dans les cas les plus graves, une couronne en acier inoxydable. Ce capuchon métallique protège la dent de la casse, des caries et de la douleur.

Dans de rares cas, le dentiste peut proposer d’extraire complètement la dent, si son pronostic à long terme est trop mauvais. Ce type de décision est généralement pris entre huit et dix ans.

Les incisives ne présentent généralement qu’une MIH légère à modérée. Elles ne sont donc souvent pas traitées dans un premier temps.

Lorsque les enfants atteints de MIH grandissent, ils demandent souvent un traitement esthétique. Celui-ci consiste généralement en un blanchiment associé à un type de traitement reposant sur l’infiltration, dans l’émail, d’une résine fluide. Celle-ci comble les espaces vides dans la structure de l’émail, ce qui fait disparaître la décoloration : la couleur de la couronne de la dent est alors normale et uniforme.

À l’âge adulte, si les molaires sont sévèrement touchées, la pose d’une couronne ou d’un inlay en céramique peut être envisagée.

Quelles perspectives ?

Pour véritablement s’attaquer à l’hypominéralisation molaire-incisive et à ses conséquences pour les dents des enfants, la première étape serait de déterminer son ampleur réelle de façon plus précise. Cela suppose de mettre en place des études plus solides et plus homogènes que celles actuellement disponibles, et de définir un meilleur consensus au sein de la profession sur la façon de diagnostiquer cette pathologie et d’enregistrer les données qui la concerne.

Par ailleurs, les chercheurs s’efforcent aussi de répondre à certaines des questions les plus fondamentales : quels sont les principaux facteurs déclenchants ? Pourquoi certains enfants développent-ils cette pathologie tandis que d’autre sont épargnés ?

À long terme, les connaissances acquises grâce à ces nouvelles recherches devraient améliorer les traitements et éviter que cette pathologie n’entraîne des problèmes dentaires durables, ce qui permettra de réduire le recours répété aux soins dentaires, lesquels sont souvent difficiles pour les enfants (et les adultes).


Cet article a été commandé dans le cadre d’un partenariat entre Videnskab.dk_ et The Conversation ; il est également publié en danois._

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. L’hypominéralisation molaire-incisive, une anomalie dentaire mal connue qui touche des millions d’enfants – https://theconversation.com/lhypomineralisation-molaire-incisive-une-anomalie-dentaire-mal-connue-qui-touche-des-millions-denfants-286284

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