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Migration de travail : pourquoi l’Afrique ne peut pas miser uniquement sur l’emploi à l’étranger

Migration de travail : pourquoi l’Afrique ne peut pas miser uniquement sur l’emploi à l’étranger

Source: The Conversation – in French – By Michael Boampong, Visiting Fellow, The Open University

Les gouvernements africains encouragent de plus en plus les jeunes à travailler à l’étranger. Pour lutter contre le chômage des jeunes dans leur pays, par exemple, le Ghana et le Kenya ont élargi leurs accords de mobilité de main-d’œuvre avec d’autres pays. Parmi ceux-ci figurent l’Espagne, le Qatar et des États des Caraïbes.

Les accords conclus avec les pays du Golfe concernent principalement les emplois dans les secteurs de la construction et des services. Mais les partenariats plus récents avec les pays des Caraïbes ciblent des professionnels qualifiés tels que les infirmières et le personnel de santé.

Ces accords peuvent créer des parcours structurés permettant aux personnes de travailler à l’étranger, souvent dans des secteurs où la main-d’œuvre est très demandée.

De nombreux pays africains comptent une population jeune importante et en pleine croissance qui peine à trouver des emplois décents. Parallèlement, les économies plus riches sont confrontées au vieillissement de leur population et à des pénuries de main-d’œuvre. Des données indiquent que 71,7 % des jeunes adultes (25-29 ans) actifs en Afrique subsaharienne occupent des emplois «précaires».

Dans le même temps, les pays d’Europe et d’ailleurs ont besoin de main-d’œuvre dans des secteurs tels que les soins, l’agriculture et le bâtiment. Mettre en relation les travailleurs avec les pénuries de main-d’œuvre à l’étranger semble offrir une solution pratique.

Mais une question plus profonde se pose. Quelles sont les conséquences à long terme pour le développement lorsque les gouvernements font de l’emploi à l’étranger une stratégie de développement économique ?

Nous étudions la gouvernance des migrations et les aspirations des jeunes au Ghana. Nous avons examiné comment les gouvernements, les acteurs internationaux et les jeunes appréhendent le rôle de la migration dans le développement.

Notre étude récente s’est appuyée sur une analyse documentaire, des entretiens avec des décideurs politiques et des acteurs du domaine de la migration, ainsi que sur une recherche ethnographique menée auprès de jeunes au Ghana. Elle a révélé que les décideurs politiques adoptent de plus en plus une perspective axée sur les « gains économiques ».

Ils considèrent la migration comme une source de transferts de fonds, de compétences et d’investissements. En revanche, les aspirations des jeunes à émigrer restent ancrées dans le manque d’opportunités et dans des réalités socio-économiques plus larges.

Notre étude s’est concentrée sur la gouvernance de la migration plutôt que sur les accords de mobilité de main-d’œuvre eux-mêmes. Elle soulève toutefois la question de ce qui se passe lorsque la perception de la migration comme une ressource économique commence à façonner la politique de mobilité de main-d’œuvre.

Les facteurs déterminants

Au Ghana, les transferts de fonds représentent 6 % du PIB du pays. En 2024, ce chiffre s’élevait à environ 4,6 milliards de dollars américains.

Ce montant était bien supérieur à la somme des investissements directs étrangers et de l’aide publique au développement cette année-là. Le développement de l’emploi à l’étranger est donc considéré comme un moyen d’accroître ces flux tout en allégeant la pression sur les marchés du travail nationaux.

La protection des travailleurs migrants illustre bien l’une des implications de ce phénomène.

Une étude récente menée au Kenya a montré comment les gouvernements peuvent encourager l’emploi à l’étranger même lorsque les protections accordées aux travailleurs migrants restent insuffisantes. Il s’agit là d’une préoccupation importante, mais qui passe à côté d’un enjeu plus large.

Les arbitrages plus généraux en matière de développement peuvent être moins pris en compte. Même lorsque les accords de mobilité de la main-d’œuvre sont relativement bien réglementés, ils peuvent néanmoins contribuer à des défis structurels au niveau national, tels que la perte de travailleurs qualifiés dans des secteurs critiques comme la santé et l’éducation.

Le Ghana en est un exemple clair. Le pays connaît déjà un exode important de professionnels de santé. Les données montrent que 400 à 500 infirmiers émigrent chaque mois ces dernières années pour travailler à l’étranger. Dans le même temps, les systèmes de santé nationaux restent sous pression, avec un ratio patients/personnel soignant élevé et des ressources limitées.

Cette situation a suscité de larges débats sur l’éthique du recrutement dans des pays déjà confrontés à des pénuries de personnel de santé. Encourager davantage la migration, même dans le cadre d’accords officiels, soulève des questions importantes. Les pays peuvent-ils maintenir des services essentiels tout en facilitant le départ de travailleurs qualifiés ? Et comment ces politiques affectent-elles les investissements à long terme dans le capital humain ?

Que se passe-t-il lorsque les migrants rentrent chez eux ?

Nos recherches soulignent également l’importance de considérer la migration comme un processus de développement plus large plutôt que comme un simple déplacement transfrontalier. À mesure que la mobilité de la main-d’œuvre s’étend, la question de savoir ce qui se passe lorsque les migrants rentrent chez eux prend de plus en plus d’importance. De nombreux migrants finissent par rentrer chez eux, apportant avec eux des compétences, de l’expérience et des ressources financières.

La migration de retour peut favoriser l’entrepreneuriat, l’innovation et le développement local. Mais ces résultats ne sont pas automatiques. Le Rapport mondial des Nations Unies sur la jeunesse et la migration suggère que les migrants de retour ont souvent besoin d’un soutien efficace à la réintégration et d’un accès à des opportunités économiques pour transformer les compétences et l’expérience acquises à l’étranger en atouts pour le développement local. Des politiques telles que la reconnaissance des compétences et l’accès au financement peuvent contribuer à rendre cela possible.

Repenser la mobilité de la main-d’œuvre

L’une des implications de nos recherches est que les politiques migratoires devraient s’inscrire dans des stratégies de développement plus larges plutôt que d’être jugées uniquement à l’aune de leurs retombées économiques immédiates. Cela ne signifie pas qu’il faille décourager la mobilité de la main-d’œuvre. Celle-ci devrait plutôt compléter (et non remplacer) les investissements dans le travail décent, le développement des compétences et des institutions publiques solides dans le pays d’origine.

La mobilité de la main-d’œuvre n’est donc pas négative en soi. Lorsqu’elle est bien conçue, elle peut contribuer tant au développement individuel qu’au développement national. Pour cela, il faut aller au-delà d’une approche étroite axée uniquement sur l’emploi à l’étranger.

Premièrement, des partenariats stratégiques entre les gouvernements, les employeurs, les établissements d’enseignement et de formation, les agences de recrutement et les organisations internationales sont essentiels. Cela pourrait passer par des programmes de formation conçus conjointement, la reconnaissance des qualifications et des accords dans le cadre desquels les pays de destination investissent dans la formation de travailleurs qualifiés dans les pays d’origine.

Deuxièmement, la réintégration doit être prise plus au sérieux. Offrir aux migrants de retour un accès au financement, à la formation et à des opportunités d’emploi peut aider à transformer les expériences de migration en atouts pour le développement économique local.

Troisièmement, la mobilité de la main-d’œuvre ne doit pas se substituer à la création d’emplois au niveau national, mais la compléter. Les gouvernements doivent continuer à investir dans des secteurs capables d’offrir aux jeunes un travail décent dans leur pays d’origine, plutôt que de compter sur la migration comme solution principale au chômage ou au sous-emploi des jeunes.

La question centrale est de savoir comment la migration s’inscrit dans une stratégie de développement plus large.

La mobilité de la main-d’œuvre peut créer des opportunités pour les individus et les familles. Mais elle ne peut se substituer aux investissements à long terme en faveur du travail décent, de l’éducation et de la transformation économique dans le pays d’origine.

Si elle est simplement considérée comme une solution à court terme au chômage, la mobilité de la main-d’œuvre risque d’aggraver les inégalités et d’affaiblir des systèmes déjà fragiles. Lorsqu’elle s’inscrit dans une stratégie de développement plus large, elle peut contribuer à une croissance plus inclusive et durable.

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Migration de travail : pourquoi l’Afrique ne peut pas miser uniquement sur l’emploi à l’étranger – https://theconversation.com/migration-de-travail-pourquoi-lafrique-ne-peut-pas-miser-uniquement-sur-lemploi-a-letranger-288853

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