Source: African Press Organisation in French
Source: Africa Press Organisation – French
Au Soudan du Sud, les coupes budgétaires de l’aide publique au développement ont entraîné la fermeture de deux tiers des centres de santé du Bahr el Ghazal du Nord. Sans soins de proximité, les femmes enceintes, les enfants en bas âge et les patients dans un état critique doivent désormais parcourir de longues distances pour rejoindre l’hôpital d’Aweil, soutenu par Médecins Sans Frontières (MSF).
Quand se soigner devient impossible : 1,4 million d’habitants privés de soins essentiels
Lorsque son nouveau-né de sept jours, Rou, a développé des gonflements sur tout le corps, Abuk s’est immédiatement rendue au centre de santé le plus proche de chez elle. Mais il n’y avait pas de médicaments. Elle a alors effectué quatre heures de route en moto-taxi pour rejoindre l’hôpital du comté d’Aweil Est. Là encore, la structure n’a pas pu prendre en charge le cas complexe de Rou. Après trois nouvelles heures de route, Abuk a enfin pu atteindre l’hôpital d’État d’Aweil, où Médecins Sans Frontières gère une unité de soins intensifs néonatals.
Le petit Rou souffrait d’une fasciite nécrosante – une infection bactérienne rare et potentiellement mortelle – accompagnée de plaies sévères. Grâce à la prise en charge rapide par les équipes de MSF, le bébé est aujourd’hui hors de danger et reprend du poids. Mais chaque trajet a coûté plus de 100 dollars à Abuk. Pour la majorité des familles au Soudan du Sud, de tels frais de transport sont inaccessibles.
« Les familles ne devraient pas avoir à s’endetter pour obtenir les soins médicaux dont elles ont besoin », souligne Felicia Ochedikwu, infirmière en chef pour MSF à Aweil. « Les femmes et les enfants notamment, doivent pouvoir accéder aux soins de santé les plus essentiels près de leur domicile. Au-delà de soulager les familles, cela permettrait d’éviter les complications parfois graves liées aux retards de prise en charge et réduirait les hospitalisations d’urgence. »
La baisse drastique des financements internationaux en cause
Les coupes budgétaires de l’aide humanitaire et le désengagement des bailleurs de fonds internationaux ont eu des conséquences dramatiques sur le système de santé public sud-soudanais qui dépendait de ce soutien. Début 2025, l’État comptait 180 centres de santé primaires ; il n’en reste aujourd’hui que 61 en état de fonctionnement.
Privés de financements, ces centres font face au non-versement des salaires du personnel, à une pénurie critique de médicaments et à la rupture complète des réseaux de transfert d’urgence. Sans un accès à des soins de santé de base à proximité de leurs domiciles, les patients arrivent à l’hôpital dans des états déjà critiques.
« Des gens meurent, car il y a un véritable vide en termes de soins de santé courants liés à la fermeture de structures de santé de proximité », déplore le Dr Kahindi.
Le drame des accouchements d’urgence
Ces fermetures combinées aux longues distances contraignent notamment les femmes à accoucher dans des conditions dangereuses.
À son arrivée à la maternité d’Aweil, Ayen* était en travail depuis deux jours consécutifs et sa situation devenait critique. « Nous avons dû pratiquer une césarienne d’urgence extrêmement complexe en raison d’une enclavation de la tête fœtale », explique la Dr Harizah Hatim, gynécologue-obstétricienne pour MSF.
Malgré les réanimations et son transfert en soins intensifs néonatals, le nourrisson est décédé le lendemain. « Nous habitons très loin et le trajet jusqu’ici a été extrêmement difficile », témoigne Adau*, la mère d’Ayen.
Pour le Dr Hatim, l’issue aurait sans doute été différente si un suivi prénatal et une assistance à l’accouchement avaient été disponibles à proximité de leur village.
Des infrastructures de santé saturées
Faute de centres de santé de premier recours fonctionnels, l’hôpital d’État d’Aweil absorbe une charge de travail qui dépasse largement ses capacités d’accueil.
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Les accouchements sont en large hausse : plus de 8 000 accouchements ont été assistés par les équipes de MSF en 2025 (contre 6 000 initialement prévus) et déjà 3 500 au premier semestre 2026.
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Complications obstétricales : les interventions lourdes (césariennes, pré-éclampsie) sont passées de 740 à 900 cas comparé au premier semestre de l’année précédente.
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Explosion des admissions : les consultations d’urgence ont bondi de 15 000 à 26 000, et les prises en charge en néonatologie ont augmenté de 30%.
« Selon les normes de l’OMS, il faudrait au moins 14 structures fonctionnelles de soins obstétriques d’urgence pour 1,4 million de personnes. Aujourd’hui, l’hôpital d’Aweil est le seul service opérationnel de tout l’État », alerte le Dr David Kahindi, coordinateur médical de MSF au Soudan du Sud.
La malnutrition : une crise devenue chronique
L’absence de dispensaires de quartier empêche également le traitement précoce des maladies infantiles courantes comme les diarrhées ou les vomissements, qui dégénèrent rapidement en malnutrition aiguë sévère. 1 065 enfants ont été admis pour malnutrition aiguë sévère par nos équipes au premier semestre 2026, soit une hausse de 87 % par rapport à 2025.
Historiquement concentrée de mai à juillet, la période critique de malnutrition s’étend désormais en continu jusqu’en octobre.
Cette situation est fortement aggravée par une inflation galopante, des chocs climatiques récurrents et l’absence de prise en charge de la malnutrition modérée, poussant notamment les enfants vers des stades critiques. Pour faire face à cet engorgement, les équipes de MSF installent désormais des lits de fortune dans les couloirs.
MSF lance un appel d’urgence pour rétablir l’accès aux soins
Face à des services engorgés et des familles qui ne peuvent parfois par soigner et sauver leurs proches, nos équipes lancent l’alerte.
« Cela ne peut pas devenir la nouvelle norme », conclut le Dr Kahindi. « Malgré les efforts de MSF, l’ampleur des besoins dépasse largement les capacités d’une seule organisation. Il est urgent de rétablir les soins de santé primaires et l’aide alimentaire d’urgence dans le Bahr el Ghazal du Nord pour empêcher de nouveaux décès qui pourraient être évités. »
*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat des personnes.
Distribué par APO Group pour Médecins sans frontières (MSF).
