Source: African Press Organisation in French
Source: Africa Press Organisation – French
Julienne a trois ans et quatre mois. Lorsque le Dr Ernest Dabiré, gestionnaire de l’incident de la crise humanitaire complexe, la prend dans ses bras à l’unité nutritionnelle thérapeutique intensive (UNTI) du Centre de santé de référence dénommée Carmel, à Goma, dans la province du Nord-Kivu – un service hospitalier spécialisé dans la prise en charge des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère accompagnée de complications médicales – son sourire ne laisse plus deviner le combat qu’elle vient de mener. Quelques semaines plus tôt, son histoire aurait pu s’ajouter à celles des milliers d’enfants qui arrivent chaque année dans les structures de santé dans un état critique. Pendant plusieurs jours, sa mère avait vu son état se dégrader. Comme tant d’autres parents confrontés à la malnutrition, elle savait que le temps jouait contre elle.
« J’étais très inquiète. Mon enfant ne mangeait plus et perdait ses forces chaque jour. Quand nous sommes arrivés à l’unité, je craignais de la perdre. Aujourd’hui, je vois qu’elle reprend peu à peu des forces », affirme-t-elle. Pour sauver une enfant comme Julienne, toute une chaîne s’active.
Une course contre la montre entre laboratoire et unité de soins
Dans l’est de la RDC, la malnutrition aiguë sévère sévit dans un contexte marqué par les conflits, les déplacements de populations, l’insécurité alimentaire et les épidémies, notamment de rougeole et de mpox.
Au premier trimestre 2026, plus de 147 000 enfants ont été admis dans les structures nutritionnelles du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, tandis que plus de 11 millions d’enfants de moins de cinq ans sont actuellement affectés par la malnutrition dans le pays selon les résultats de l’Enquête nationale de nutrition (ENN, 2023). Pour soutenir les efforts de prise en charge et apporter de l’espoir aux familles, l’OMS et ses partenaires ont acheminé 6,86 tonnes d’intrants médicaux et nutritionnels destinés à 204 unités nutritionnelles thérapeutiques intensives dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri. Ils comprennent des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, les laits thérapeutiques, les médicaments, les vitamines et minéraux, et du matériel médical et de suivi nutritionnel.
À Goma, la Dre Noëlla Mukanya Mulopo, biologiste médicale à l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), reçoit et analyse des échantillons provenant de différentes zones de santé. Ces analyses permettent notamment de détecter les infections associées à la malnutrition et ses complications.
Grâce au thermocycleur Bio-Rad Opus-96 CFX, acquis avec l’appui de l’OMS et du Pandemic Fund, les délais de diagnostic sont passés de trois à cinq jours à moins de six heures. Dans les cas de malnutrition compliquée d’une infection, ce gain de temps est déterminant pour orienter rapidement la prise en charge. « Cet appareil a permis de faire une différence majeure dans la prise en charge de la malnutrition aiguë grâce à la confirmation des complications infectieuses. Derrière chaque échantillon que je reçois d’une UNTI, il y a un enfant souffrant de malnutrition, une mère qui attend et un soignant qui a besoin d’une réponse. Aujourd’hui, un enfant admis le matin à Goma peut bénéficier d’un traitement ciblé dès le soir même. », relate-t-elle.
À quelques kilomètres, à l’UNTI Carmel, la Dre Feza Muhemeri Gisèle, pédiatre, et Justin Bikombora, infirmier titulaire et point focal de la prise en charge nutritionnelle, accueillent chaque mois entre 20 et 30 enfants. Ces enfants font partie des plus de 5 000 enfants hospitalisés au Nord-Kivu au cours du premier trimestre 2026, tandis que plus de 78 000 autres y ont été pris en charge en ambulatoire.
Lorsque les stocks de laits thérapeutiques F-75 et F-100 diminuent, les équipes assurent la continuité des soins grâce à des préparations locales à base de sorgho, de soja et de maïs, conformément aux protocoles nationaux.
Des vies sauvées grâce à une chaîne de solidarité complète
À Karisimbi, Elvis Mulamba, point focal de l’OMS pour la communication sur les risques et l’engagement communautaire, travaille aux côtés de leaders communautaires, parmi lesquels Sœur Apolline Nsimire, une religieuse engagée dans la sensibilisation de la communauté. Ensemble, ils animent des causeries éducatives destinées aux parents pour expliquer les signes à surveiller, renforcer la confiance dans les soins et réduire les abandons du suivi nutritionnel.
« Au-delà des hôpitaux, la lutte contre la malnutrition commence dans les communautés, par l’écoute, la confiance et l’information. Quand les parents reconnaissent les signes et viennent tôt dans les centres, ils contribuent à changer le cours de la prise en charge », partage-t-il.
Grâce à ces efforts conjoints, les taux de guérison dépassent souvent 75 %. Depuis le début de l’année, plus de 25 000 guérisons ont été enregistrées parmi les enfants pris en charge en ambulatoire et en soins intensifs. Ces résultats témoignent des progrès réalisés, mais les chiffres ne concernent que les enfants qui parviennent jusqu’aux structures de soins. Des efforts soutenus restent indispensables pour atteindre tous les enfants qui en ont besoin.
Des sourires au bout de la chaîne
Faraja, mère de trois enfants à Katoyi, a participé à l’une de ces causeries éducatives. Son fils Amani, âgé de huit mois, a été pris en charge pour malnutrition aiguë à l’UNTI de l’Hôpital de référence de Virunga. Amani signifie « paix », un prénom devenu lourd de sens lorsque la maladie a éteint son rire. Aujourd’hui, il sourit à nouveau. « Sans les médicaments, les conseils et les aliments thérapeutiques reçus gratuitement, je ne sais pas comment mon enfant aurait survécu. J’en parlerai à mes voisines : je leur dirai de venir sans tarder », confie-t-elle avec émotion.
De même, Christine, 43 ans et mère de six enfants, témoigne : « Je ne sentais plus la force dans mes bras. Mon enfant pleurait des heures durant. Désormais, il tient sa tête, il a pris 40 grammes de plus. Cela me redonne espoir. Je sais que l’avenir nous réserve tout ce qu’il y a de meilleur. »
Par ailleurs, lorsque la petite Julienne quitte l’unité nutritionnelle du Centre de santé de référence dénommée Carmel, elle retrouve la joie de vivre auprès de sa maman et de ses frères. Derrière ce sourire innocent se trouve toute une chaîne humaine d’acteurs de santé publique et communautaires – biologistes, soignants, nutritionnistes, agents communautaires et parents – qui refusent d’abandonner.
Pour le Dr Ernest Dabiré, chaque enfant admis dans une unité nutritionnelle thérapeutique intensive représente une urgence vitale. « Notre rôle est de garantir que les structures disposent des intrants, des protocoles et du soutien technique nécessaires pour agir sans délai et sauver des vies », conclut-il.
Distribué par APO Group pour WHO Regional Office for Africa.
