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Corsets, crinolines et maquillage au plomb… Quand la mode mettait la vie des femmes en péril

Corsets, crinolines et maquillage au plomb… Quand la mode mettait la vie des femmes en péril

Source: The Conversation – in French – By Naomi Braithwaite, Associate Professor in Fashion and Material Culture, Nottingham Trent University

La crinoline, aussi encombrante qu’inflammable, fut l’une des tendances vestimentaires les plus dangereuses de l’histoire. Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Des crinolines qui s’embrasent aux coiffures au radium, l’histoire de la mode est jalonnée de tendances aussi spectaculaires que dangereuses. Certaines ont laissé bien plus que de simples souvenirs vestimentaires.


Suivre les dernières tendances de la mode implique parfois de sacrifier sa santé et son confort au nom du style. Les tendances actuelles, des gaines ultracompressives aux ballerines peu protectrices, en passant par les cabas surdimensionnés, ont déjà fait le malheur de nombreux adeptes de la mode. Mais elles restent bien inoffensives comparées à certaines lubies vestimentaires du passé, dont quelques-unes pouvaient même être mortelles.

Les chaussures qui donnent le vertige

Inventés dans les années 1950, les talons aiguilles ont suscité des réactions contrastées. Pour beaucoup de femmes, ils sont devenus un symbole de féminité et d’émancipation, tout en offrant quelques précieux centimètres supplémentaires. D’autres, en revanche, les jugeaient très difficiles à porter.

Très vite, des inquiétudes sont apparues quant aux risques qu’ils représentaient. En 1953, le magazine britannique de photojournalisme Picture Post consacrait un reportage intitulé « The Hazards of the Stiletto Heel » (« Les dangers du talon aiguille »), relayant les mises en garde de médecins face aux blessures que ces chaussures pouvaient provoquer, de la simple entorse aux fractures.

Des décennies plus tard, les inquiétudes concernant les effets néfastes des chaussures à talons hauts n’ont pas disparu. Des études ont mis en évidence un lien direct entre le port régulier de talons hauts et les lésions musculo-squelettiques.

Mais les talons aiguilles ne sont pas seulement dangereux pour celles qui les portent. En 2016, The Telegraph rapportait qu’ils avaient été utilisés comme armes dans des centaines d’agressions au Royaume-Uni. En 2013, l’Américaine Ana Trujillo, surnommée la « tueuse au talon aiguille », a été condamnée à la prison à vie après avoir tué son compagnon en le frappant à 25 reprises avec un escarpin bleu en daim à talon aiguille.

Mortel corset

Le corset possède une histoire longue et souvent controversée, dont les origines remontent à plusieurs siècles. À partir du XVIe siècle, ce sous-vêtement, fabriqué en fanons de baleine puis parfois renforcé d’acier, était utilisé pour sculpter la taille.

Au fil du temps, les inquiétudes concernant ses effets sur la santé se sont multipliées, notamment à cause de la pratique du tightlacing, qui consistait à serrer le corset de façon extrême afin d’obtenir une taille très fine.

Dès 1793, le médecin et anatomiste allemand Samuel Thomas von Sömmerring publiait un ouvrage dans lequel il exprimait ses inquiétudes face aux effets d’un laçage prolongé et excessif. Selon lui, cette pratique pouvait comprimer les côtes ainsi que les organes internes, et provoquer des déformations de la cage thoracique.

En juin 1890, The Lancet publiait également un article détaillant les effets dévastateurs du laçage excessif des corsets. Selon la revue, cette pratique pouvait provoquer des côtes cassées, des lésions aux organes internes, des difficultés respiratoires, des déformations du corps et, dans les cas les plus graves, entraîner la mort.

Si la mode des corsets extrêmement serrés appartient désormais au passé, les versions modernes, sous la forme de gaines sculptantes, continuent de susciter des inquiétudes. Des recherches ont montré que le port de vêtements très ajustés, comme les gaines, peut avoir des effets néfastes sur la respiration.

Robes empoisonnées

En Angleterre, l’époque victorienne se prend de passion pour une couleur aussi élégante que dangereuse : un vert émeraude très vif, prisé pour les tissus, les papiers peints, les meubles et les vêtements. Mais obtenir un tel vert était particulièrement difficile.

Pour produire cette teinte éclatante et très recherchée, les fabricants utilisaient un pigment appelé vert de Scheele, un colorant contenant de fortes quantités d’arsenic.

Le grand public n’a pris conscience de la dangerosité de ces robes chargées d’arsenic qu’en 1862, lorsque le célèbre chimiste A. W. Hofmann publia un article intitulé « The Dance of Death » (« La danse de la mort »), dans lequel il dénonçait la toxicité du pigment vert. La semaine suivante, le célèbre magazine satirique Punch réagit en publiant une caricature intitulée The Arsenic Waltz (la Valse à l’arsenic), représentant un squelette vêtu d’une robe de bal.

Pour obtenir cette teinte vert émeraude, les robes étaient teintes avec un colorant contenant de l’arsenic.
Wellcome Collection

Porter ces robes pouvait avoir des conséquences dramatiques, notamment provoquer des ulcères, une défaillance des organes et, à terme, la mort.

Les jeunes ouvrières chargées de confectionner ces vêtements dans les ateliers étaient, elles aussi, exposées à l’arsenic. Beaucoup souffraient de plaies ouvertes, de convulsions, de vomissements et, dans certains cas, en mouraient.

Des cosmétiques toxiques

La reine Elizabeth I (1558-1603) était célèbre pour son teint de porcelaine, considéré à l’époque comme un symbole de beauté et de prestige social. Mais ce maquillage lui servait aussi à dissimuler les cicatrices laissées par la variole.

Pour obtenir cette peau d’une blancheur éclatante, la souveraine utilisait la céruse de Venise, un maquillage à base de plomb dont certains historiens estiment qu’il a contribué à sa mort.

Des recherches récentes indiquent que ce maquillage blanc était en réalité composé d’un mélange de plomb et de vinaigre blanc. Cette préparation favorisait l’absorption du plomb par l’organisme, davantage que d’autres recettes de céruse de Venise.

Comme bien d’autres tendances esthétiques, le maquillage à base de plomb possède une histoire très ancienne. La reine égyptienne Cléopâtre utilisait ainsi un khôl à base de plomb pour souligner ses yeux. Selon des recherches plus récentes, ce maquillage aurait même pu contribuer à prévenir certaines maladies.

Coiffées de plomb et de radium

Les cheveux, longtemps considérés comme un marqueur essentiel de la mode, ont eux aussi été au cœur de nombreuses tendances aux effets toxiques. Au début du XXᵉ siècle, par exemple, la coiffure Pompadour, nommée en hommage à la favorite de Louis XV, Madame de Pompadour, devait son volume à des pommades très en vogue, mais également riches en plomb et toxiques.

Le début du XXᵉ siècle a également vu apparaître une mode aussi insolite que dangereuse : les produits contenant du radium, parmi lesquels des lotions et huiles capillaires radioactives. Certains fabricants affirmaient que la radioactivité favorisait la repousse des cheveux et éliminait les pellicules.

Dans certains cas, du radium était même appliqué directement sur les cheveux afin qu’ils brillent dans l’obscurité.

Or, une exposition prolongée au radium pouvait avoir de graves conséquences sur la santé, notamment sur les os et le système sanguin, parfois des années après son utilisation.

Ces tissus hautement inflammables

En 1871, les jeunes demi-sœurs d’Oscar Wilde assistent à une soirée d’Halloween en Irlande. Figures de la bonne société, elles portent toutes deux ce qui se fait alors de plus élégant : de volumineuses robes à crinoline. Mais en dansant, leurs immenses jupes entrent en contact avec la flamme d’une bougie. Leurs vêtements s’embrasent et elles meurent toutes les deux.

Leur destin tragique était loin d’être un cas isolé. À l’époque victorienne, plus de 3 000 femmes auraient trouvé la mort dans des circonstances similaires.

Appréciée pour sa légèreté et la liberté de mouvement qu’elle offrait, la crinoline n’en demeurait pas moins encombrante et extrêmement inflammable. En 1858, le New York Times faisait état d’une moyenne de trois décès par semaine, ce qui faisait de la crinoline l’une des modes les plus meurtrières de l’histoire.

Si les tendances vestimentaires évoluent sans cesse, les risques qui les accompagnent changent eux aussi. Nous pouvons toutefois nous estimer plus chanceux que nos ancêtres : les modes d’aujourd’hui sont, dans l’ensemble, bien moins mortelles que celles d’autrefois.

Naomi Braithwaite ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Corsets, crinolines et maquillage au plomb… Quand la mode mettait la vie des femmes en péril – https://theconversation.com/corsets-crinolines-et-maquillage-au-plomb-quand-la-mode-mettait-la-vie-des-femmes-en-peril-288942

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