Source: United Nations – in French 2
Headline: EN DIRECT – Réunion du Conseil de sécurité sur la Syrie
Depuis Damas, par visioconférence, le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général pour la Syrie, Claudio Cordone, a salué les avancées de la transition politique, notamment les efforts visant à renforcer les institutions de l’État, la réconciliation, la responsabilité et la justice transitionnelle. Mais, a-t-il insisté, son succès dépendra de la capacité à faire en sorte que tous les Syriens se sentent représentés et puissent participer réellement à l’avenir de leur pays.
Le responsable de l’ONU a également appelé à un processus constitutionnel « inclusif, transparent et participatif », estimant qu’il était urgent de le lancer en vue des élections prévues à la fin de la transition.
Sur le plan économique, la décision des États-Unis de retirer la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme devrait, selon lui, contribuer à créer des conditions plus favorables à la reprise, à l’investissement et à un engagement international accru. Une mission du Fonds monétaire international (FMI) a constaté une accélération de la reprise et prévoit une croissance à deux chiffres en 2026. Mais la pauvreté généralisée et le retour de l’inflation continuent de peser lourdement sur la population.
UN Photo/Eskinder Debebe Claudio Cordone (à l’écran), Envoyé spécial adjoint du Secrétaire général pour la Syrie, fait un exposé devant le Conseil de sécurité sur la situation en Syrie.
Des millions de Syriens rentrent
Le tableau humanitaire reste toutefois extrêmement difficile. Indrika Ratwatte, qui s’exprimait au nom du Coordonnateur des secours d’urgence Tom Fletcher, a décrit une Syrie où les retours s’accélèrent, où la production agricole s’améliore et où les réseaux d’énergie et de transport commencent progressivement à se rétablir.
La récolte de blé de cette année pourrait même permettre au pays d’atteindre une autosuffisance saisonnière, tandis que l’activité commerciale reprend et que l’accès humanitaire s’est globalement amélioré.
Près de deux millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et plus de 1,7 million de réfugiés sont retournés dans leurs communautés depuis décembre 2024. Mais le retour ne signifie pas la fin des besoins humanitaires. Pour de nombreuses familles, il constitue au contraire le début d’une nouvelle épreuve : logements détruits ou endommagés, écoles et hôpitaux à réhabiliter, réseaux d’eau insuffisants et possibilités de subsistance limitées.
Plus de 5,5 millions de personnes restent déplacées à l’intérieur de la Syrie, dont 833.000 vivent dans plus de 1.200 camps. L’objectif est désormais de garantir des retours sûrs, volontaires et dignes, ainsi que les conditions permettant aux familles de rester durablement dans leurs régions d’origine.
© PNUD/ Giles Clarke Deux hommes dégagent de grosses pierres et des décombres d’un bâtiment détruit en Syrie.
Les mines, un obstacle majeur
À mesure que les populations rentrent chez elles, une autre menace se fait plus visible : les restes explosifs de guerre et les mines.
Depuis décembre 2024, près de 1.400 incidents liés aux engins explosifs ont fait plus de 2.400 victimes, dont 865 morts et près de 1.600 blessés. Vingt-deux décès et 47 blessures ont été enregistrés depuis le 17 juillet. La majorité des incidents se sont produits dans des zones agricoles et pastorales, mettant en danger agriculteurs, éleveurs et enfants.
L’ONU souligne néanmoins des progrès. En 2025, ses partenaires ont inspecté quatre milliards de mètres carrés de terres, soit 18 fois plus qu’en 2024 et une superficie équivalant à environ cinq fois celle de New York. Le nombre d’engins explosifs détruits a également presque triplé.
UN Photo/Eskinder Debebe Indrika Ratwatte, Sous-secrétaire général par intérim aux affaires humanitaires et Coordonnateur adjoint des secours d’urgence, informe le Conseil de sécurité de la situation en Syrie.
« Ce n’est pas le moment de reculer »
Les besoins restent pourtant largement supérieurs aux ressources disponibles. Au cours des six premiers mois de 2026, l’ONU et ses partenaires ont aidé en moyenne 2,4 millions de personnes chaque mois. Un financement de 70 millions de dollars vient d’être mobilisé pour soutenir les retours sûrs et dignes, l’intégration des communautés, le déminage et les interventions humanitaires rapides.
Mais l’appel humanitaire pour la Syrie n’est financé qu’à 30 %, après avoir déjà été réduit d’un tiers pour donner la priorité aux besoins les plus graves. « Nous sommes sollicités pour faire davantage avec moins », a averti M. Ratwatte, jugeant cette situation intenable.
Parallèlement, les défis sécuritaires demeurent. Les incursions et activités militaires israéliennes se poursuivent dans le sud de la Syrie, tandis que l’ONU a condamné une frappe aérienne israélienne contre la base d’Abou al-Duhur, dans le nord, le 18 août. M. Cordone a appelé la diplomatie à prévaloir et les négociations entre Israël et la Syrie à progresser dans le respect du droit international.
À l’intérieur du pays, des violences, disparitions et décès en détention continuent également d’être signalés. L’ONU appelle à renforcer les garanties de procès équitable et, conformément à sa politique et aux appels de l’Assemblée générale, demande aux autorités syriennes d’instaurer un moratoire sur toutes les exécutions.
Pour les Nations Unies, la priorité est désormais claire : transformer les signes de reprise en une paix durable. Cela passe par un financement humanitaire flexible, des solutions durables pour les déplacés et les réfugiés, la reconstruction et la relance économique, mais aussi par la prévention d’un nouvel embrasement régional. « Ce n’est pas le moment de reculer », a lancé M. Ratwatte. « C’est le moment d’investir dans la stabilité et le progrès » et de transformer l’espoir des Syriens en reconstruction et en prospérité.
UN Photo/Eskinder Debebe Rola Roukbi (à l’écran), directrice nationale de Women Now for Development-Lebanon, informe le Conseil de sécurité de la situation en Syrie.
Plaidoyer pour les femmes
Dans la construction de la « nouvelle Syrie », les droits des femmes ne peuvent attendre, a plaidé pour sa part Rola Roukbi, représentante de la société civile syrienne et Directrice nationale de Women Now for Development-Lebanon.
« Les droits des femmes ainsi que les libertés personnelles et civiles ne sont pas des questions que l’on peut remettre à plus tard », a-t-elle déclaré.
Près de deux ans après la chute du régime de Bachar el-Assad, les femmes, qui ont payé un lourd tribut au conflit, restent confrontées à des discriminations juridiques et sociales profondément ancrées, a-t-elle dénoncé.
Malgré des « efforts louables » des autorités de transition pour reconnaître leur rôle, notamment dans la recherche des disparus, elles demeurent marginalisées dans les décisions nationales. Leur représentation au Parlement reste inférieure à 11 %, tandis que le gouvernement de transition ne compte qu’une seule femme.
Mme Roukbi a appelé l’ONU à placer les droits des femmes au cœur de son action en Syrie et à maintenir une surveillance indépendante des droits humains, afin que les nouvelles institutions ne reproduisent pas les anciens schémas de pouvoir incontrôlé.
Pour en savoir plus, lire ci-dessous la couverture en direct des discussions assurée par l’équipe de la Section de la Couverture des réunions des Nations Unies.
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