Source: The Conversation – France in French (3) – By Allane Madanamoothoo, Associate Professor of Law, EDC Paris Business School
L’ESSENTIEL
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Créés par la loi budgétaire de 2025, les « comptes Trump » permettent à tous les Américains de moins de 18 ans d’investir jusqu’à 5 000 dollars par an jusqu’à l’année précédant leur majorité pour se constituer un patrimoine.
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Cette mesure, présentée comme universelle, favorisera en réalité les familles les plus aisées, capables d’alimenter régulièrement les comptes.
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Le dispositif apparaît avant tout comme un puissant outil de communication politique, permettant à Donald Trump de placer son nom et son image au cœur d’une politique destinée aux enfants.
Le 6 juillet dernier, Donald Trump a sonné les cloches d’ouverture de la Bourse de New York et du Nasdaq depuis le bureau Ovale, une première dans l’histoire, pour annoncer l’entrée en bourse des « comptes Trump » (Trump Accounts).
Les comptes Trump (officiellement appelés comptes « 530A IRA »), établis dans le cadre de la loi « One Big Beautiful Bill Act » (OBBBA), promulguée le 4 juillet 2025, sont des comptes d’investissement destinés aux jeunes citoyens des États-Unis. Tous les moins de 18 ans disposant d’un numéro de sécurité sociale valide peuvent se voir ouvrir un compte Trump, par un adulte autorisé (parent, grand-parent, frère, sœur, tuteur, etc.) avant le 1er janvier de l’année de leurs 18 ans.
Les enfants nés entre le 1er janvier 2025 et le 31 décembre 2028 peuvent, en outre, bénéficier d’une dotation fédérale unique de 1 dollars (près de 850 euros) à titre de capital de départ, jusqu’au 30 septembre 2034, quel que soit le revenu de leurs parents.
Présentés au public en fanfare, grâce à de multiples communications sur les réseaux sociaux, lors de conférences de presse et de meetings, dans les journaux, dans les lycées ou encore via des publicités télévisées diffusées lors de grands événements sportifs et la médiatisation des donations de grandes entreprises, ces comptes Trump suscitent d’importantes questions, d’autant plus que cette nouveauté survient à l’approche des élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre prochain.
Le fonctionnement des comptes Trump
Au-delà de la dotation fédérale de 1 000 dollars, chaque compte Trump peut être crédité à hauteur de 5 000 dollars par an par la famille, le tuteur ou toute autre personne jusqu’à l’année précédant les 18 ans du titulaire du compte.
L’employeur peut également parrainer la famille jusqu’à 2 500 dollars (répartis dans les comptes Trump des enfants du salarié) lesquels s’englobent dans les 5 000 dollars totaux.
Ces sommes sont ensuite investies en bourse via des fonds indiciels états-uniens à faibles frais. Aucun retrait n’est autorisé avant la majorité de l’enfant, à quelques rares exceptions près. Au 1er janvier de l’année de ses 18 ans, le compte Trump se transforme en un compte retraite traditionnel. Les retraits réalisés entre 18 ans et 59 ans et demi sont soumis à une pénalité de 10 %, sauf pour des usages spécifiques : des études supérieures admissibles, le financement de l’achat d’une première résidence principale (jusqu’à 10 000 dollars), la naissance ou l’adoption d’un enfant (jusqu’à 5 000 dollars), etc.
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Leurs objectifs sont-ils réalistes et à qui profiteront-ils le plus ?
L’objectif affiché des comptes Trump est d’aider tous les jeunes États-Uniens à se constituer un patrimoine dès la naissance. Le site officiel trumpaccounts.gov indique, par exemple, qu’un enfant bénéficiant de la seule dotation fédérale de 1 000 dollars posséderait 6 000 dollars à ses 18 ans. En parallèle, un enfant qui disposerait de 5 000 dollars par an jusqu’à l’année précédant ses 18 ans amasserait près de 271 000 dollars au même âge.
Trumpaccounts.gov
Plusieurs points peuvent être soulevés concernant ces prévisions :
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La simulation qui se base sur un rendement annuel de plus 10 % est peu probable selon Fortune, qui estime qu’un rendement annuel de 6,3 % durant les dix prochaines années est plus plausible.
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Le solde d’un compte Trump après 18 ans dépendra de la performance du marché boursier pendant toute cette période. Il pourra donc être bien moindre que celui indiqué sur le site.
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La création des comptes Trump privilégie surtout les familles aisées ; le patrimoine accumulé par le compte Trump après 18 ans dépend moins du versement initial de 1 000 dollars par le Trésor américain aux enfants éligibles que de leur alimentation de 5 000 dollars tous les ans par leurs familles jusqu’à l’année précédant leur majorité. Dès lors, les comptes Trump creuseront les inégalités économiques et raciales.
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Du fait de la hausse constante du coût de la vie et des dépenses imprévues, les jeunes des classes inférieures et moyennes seront plus susceptibles de retirer les fonds aussitôt leurs 18 ans.
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Rien ne garantit que la plupart des entreprises contribueraient aux comptes Trump. À ce jour, seules une cinquantaine se sont engagées et, selon un sondage effectué en avril dernier, seulement 4 % des 350 entreprises interrogées prévoiraient de le faire en 2026-2027.
Déshabiller les plus pauvres pour habiller les ultrariches ?
Rappelons que la loi OBBBA a aussi prévu des coupes drastiques dans les dépenses fédérales de deux programmes destinés aux personnes et aux familles à faibles revenus sur dix ans en durcissant leurs conditions d’éligibilité.
Le sabrage dans le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP), un programme d’aide alimentaire, dont bénéficiaient plus de 42 millions de personnes, s’élève à environ 187 milliards de dollars. Plus de 3,5 millions de personnes ont déjà perdu leurs allocations au programme SNAP entre juillet 2025 et février 2026 et le pire pourrait être à venir : ces coupes pourraient provoquer 70 000 décès évitables d’ici à 2034.
La baisse du financement de Medicaid, un programme public d’assurance santé couvrant actuellement près de 70 millions de personnes, est de près de 1 000 milliards de dollars. Environ 12 millions de personnes pourraient perdre leur assurance maladie en 2034.
A contrario, les calculs budgétaires de la loi OBBBA ont également prévu des allégements fiscaux pour les 1 % des contribuables les plus riches, ce qui représente une somme de quelque 1 000 milliards de dollars sur dix ans.
Or, le coût de la dotation fédérale de 1 000 dollars versée à tous les enfants éligibles, y compris aux familles riches et ultrariches, est estimé à 17 milliards de dollars en 2028. Cette dotation se fera ainsi au détriment des coupons alimentaires de SNAP et de Medicaid pour des millions de personnes qui seront dans le besoin pendant dix ans.
Pis, cela se traduira par des (soft eugenics) dans la mesure où les plus nécessiteux auront moins accès à la nourriture et aux soins. Or l’insécurité alimentaire peut avoir un impact négatif sur la fertilité des hommes et des femmes, ainsi que sur la santé des femmes enceintes et de leur enfant. L’absence de soins, quant à elle, entraîne des décès prématurés. Cette mesure aura donc pour effet d’accroître la proportion de naissances dans les familles « aptes » (les plus aisées) par rapport aux familles « inaptes » (les catégories défavorisées, parmi lesquelles les personnes handicapées et les Noirs sont sur-représentés).
Il s’agit ici d’une intervention indirecte de l’État sur la procréation, contrairement aux « hard eugenics » imposés directement par l’État, comme la stérilisation forcée, pratiquée massivement dans le pays jadis.
Et les femmes dans tout ça ?
En décidant que la pénalité de 10 % prévue pour un retrait anticipé ne serait pas prélevée en cas de naissance d’un enfant du bénéficiaire du compte Trump plus tard, la création de ces comptes d’investissement s’inscrit également dans le cadre d’une politique nataliste à long terme. Cette incitation financière pourrait cependant avoir un effet limité face à deux facteurs qui, associés à plusieurs autres, pèsent lourdement sur le projet de maternité de nombreuses femmes états-uniennes.
D’abord, l’absence de congés de maternité rémunérés au niveau fédéral. La loi Family and Medical Leave Act ne garantit que 12 semaines de congé maternité non payé et accepté seulement sous certaines conditions : travailler dans une entreprise de plus de 50 salariés, effectuer au minimum 25 heures par semaine et justifier d’une ancienneté d’au moins un an, entre autres.
Ensuite, les « pénalités de maternité » – à savoir les désavantages économiques auxquels sont confrontées les femmes dans leur carrière avant, pendant et après leur maternité – sont fréquentes bien qu’interdites par la loi. Avant leur grossesse, elles sont nombreuses à subir la discrimination dite Maybe baby, c’est-à-dire qu’elles ont moins de chances d’être embauchées ou d’obtenir une promotion du seul fait qu’elles sont en âge de procréer et pourraient « potentiellement » devenir mères, et donc de s’absenter durant ou après leur grossesse ou de demander à travailler à temps partiel après leur congé maternité.
Les working moms sont aussi souvent freinées par ce qu’on appelle le « plafond de mère » : une difficulté accrue à accéder à des postes clés par rapport aux hommes ou aux femmes n’ayant pas d’enfant à élever. D’autres, en raison d’un manque ou du coût élevé des crèches, sont contraintes de recourir à des emplois à temps partiels ou à des postes qui permettent de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle et connaissent une baisse de salaire pouvant aller jusqu’à 40 % sur le marché du travail, notamment après la naissance de leur premier enfant.
L’instauration des comptes Trump sans remédier à ces deux situations ne sera par conséquent guère efficace. À moins que l’objectif soit, en parallèle, de promouvoir le retour de la femme au foyer traditionnelle.
Au-delà des angles morts… un président bien visible
La création des comptes Trump, qui portent le nom du président dans la communication qui les accompagne, s’inscrit pleinement dans le prolongement du culte de la personnalité de Donald Trump, après les billets de 100 dollars, les passeports, les bâtiments publics, les institutions, les navires… qu’il a marqués de son empreinte — sans même parler de la possibilité de créer des billets de 250 dollars à son effigie ou encore d’une promenade à son nom près du Lincoln Memorial, monument emblématique de Washington.
Truth Social
Truth Social
La date à laquelle les comptes Trump sont devenus officiellement opérationnels, soit le 4 juillet 2026, n’est pas sans signification non plus. Elle coïncide avec la célébration du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776 ou plutôt la date à laquelle Donald Trump a célébré sa propre vision de l’histoire américaine, et de l’avenir du pays.
Le lancement opérationnel des comptes Trump est aussi intervenu à quatre mois des élections de mi-mandat le 3 novembre prochain, qui s’annoncent à risque pour son parti. La popularité du président est en berne, voire à son plus bas niveau depuis le début de son second mandat selon les sondages. Outre les difficultés économiques liées à la guerre en Iran et à l’inflation persistante, principales causes de son impopularité, les démocrates pourraient mettre en avant les sabrages dans SNAP et Medicaid pour remporter les midterms. Dans un tel contexte, le marketing politique déployé autour des comptes Trump vise à lui permettre de marquer des points auprès des électeurs.
In fine, chaque événement est une occasion pour Donald Trump, tantôt de se mettre en avant, tantôt de garder le flou, tantôt de rassurer (faussement) les électeurs – une stratégie de communication qu’on lui connaît bien…
Allane Madanamoothoo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Les « comptes Trump » : les angles morts d’une vaste opération de marketing politique – https://theconversation.com/les-comptes-trump-les-angles-morts-dune-vaste-operation-de-marketing-politique-290456
