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Le compte à rebours de l’âge mûr : ce que « le temps qu’il nous reste » peut nous apprendre

Le compte à rebours de l’âge mûr : ce que « le temps qu’il nous reste » peut nous apprendre

Source: The Conversation – in French – By Gail Low, Associate Professor, Chair International Health, MacEwan University

Dans son article « Adaptation and the Life Cycle » (1976), la psychologue américaine Bernice Neugarten explique que c’est notre horloge sociale, et non le nombre d’années vécues, qui nous fait entrer dans la maturité


Pour beaucoup de gens, comme l’a théorisé Neugarten, cela correspond à des jalons tels que rencontrer un partenaire de vie, acheter une maison ou fonder une famille. Un parcours professionnel soigneusement tracé nous permet d’accéder à des responsabilités toujours plus grandes, ce qui peut même nous faire oublier les changements liés à notre apparence ou à nos fonctions corporelles.

En théorie, ces jalons suivent un « calendrier socialement prescrit régissant l’enchaînement des événements majeurs de la vie ». Ils se déroulent à certains âges, de manière plus ou moins prévisible. Nos « horloges sociales » tournent au même rythme, pour nous faire entrer dans l’âge mûr, où nous avons eu le temps de souffler et de constituer, dans notre esprit, un répertoire de stratégies éprouvées et de résultats concrets.

Nous devenons maîtres de notre propre temps, prenant des décisions sans heurts, acceptant les choses telles qu’elles viennent et accomplissant tout ce qui doit être fait. On aide un enfant adulte à rester sur la bonne voie, sans se laisser déconcerter ni décourager.

Maîtriser le temps

À l’âge mûr, nous sommes des aidants pour nos parents, nos conjoints, voire nos enfants adultes, et sommes probablement très occupés par un emploi rémunéré et du bénévolat. La psychologue Margie Lachman considère que les rôles et responsabilités intergénérationnels, souvent multiples, constituent une source d’épanouissement, voire d’accomplissement.

Les maîtres ne se laissent généralement pas intimider ni influencer par les complexités de la vie. Ils sont bien trop occupés à respirer, à feuilleter leur propre répertoire de stratégies d’adaptation, à trouver des solutions raisonnables.

Les maîtres de leur propre temps ne sont toutefois pas invulnérables. Des imprévus, surtout négatifs (par exemple, le décès d’un enfant avant celui d’un parent), peuvent les faire dérailler. Ce genre d’événements défie toute logique, nous prend au dépourvu, nous laisse dans l’incertitude, voire brise la continuité du parcours de vie. Dans ces circonstances, nos répertoires ne contiennent aucune mesure éprouvée pour décider comment s’adapter sur le moment.

Les changements socioéconomiques rapides et sans précédent, alimentés par la pandémie de Covid-19, ont fait en sorte que les trajectoires de développement ordonnées et le sentiment de sécurité face à l’avenir ressemblent davantage à un fantasme qu’à la réalité.

Les Canadiens dans la mi-cinquantaine au début de la soixantaine ont généralement vécu au moins quatre événements de vie négatifs ou très négatifs, tels que la maladie, des ruptures familiales, la perte d’un aidant naturel et la perte d’heures de travail.

Ces événements ne se sont pas nécessairement produits un à la fois ou de façon progressive. La Covid-19, par exemple, a été une source de difficultés incessantes pour certaines personnes.

Une étude du World Values Survey a révélé que les personnes dans la quarantaine et la cinquantaine étaient les moins satisfaites de leur situation de vie. Cela a été attribué à une liberté de choix perçue comme moindre et à un sentiment de contrôle réduit sur le cours de leur vie, ainsi que sur leur propre santé et les finances du ménage.

Neugarten a, à juste titre, décrit les années intermédiaires comme une période marquée par une prise de conscience accrue du temps qui nous reste, de plus en plus compté, qui s’accompagne à un certain moment d’une santé précaire et/ou du décès d’un proche. Cela peut laisser les gens dans une impasse, étouffés par l’anxiété. Des recherches indiquent que les personnes dans la soixantaine qui banalisent ou remettent en question leurs inquiétudes en ressortent souvent encore plus anxieuses. Identifier les aspects positifs d’expériences négatives peut s’avérer particulièrement difficile pour les personnes dans la quarantaine et au début de la soixantaine.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Cinq années perdues

Les experts affirment que les répercussions de la Covid-19 ont fait reculer notre horloge sociale de cinq ans. La durée de vie de certaines personnes au-delà de l’âge mûr est désormais liée à leur sentiment de sécurité financière, et l’on s’inquiète de plus en plus de l’inflation et du coût de la vie. Par ailleurs, l’espérance de vie en bonne santé est tombée à 66,9 ans, alors qu’elle avait atteint un sommet de 70,4 ans entre 2010 et 2012.

L’adaptation au cours de l’âge mûr peut aussi porter ses fruits lorsque les gens font le bilan de leurs réalisations, même partielles, ce qui peut les pousser à prendre des mesures du type « c’est maintenant ou jamais », comme quitter un partenaire après le départ de leurs enfants adultes.

Certains adultes d’âge mûr qui envisagent un avenir plus mouvementé sont plus enclins à s’engager dans des activités risquées aux résultats incertains, comme dire ce qu’ils pensent au travail, défier une figure d’autorité ou avoir des relations sexuelles sans protection. De même, le sentiment d’avoir manqué des occasions de gains financiers, même à court terme, a rendu d’autres plus déterminés à ne pas laisser passer leur chance.




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La sociologue Julia Rozanova a constaté que, pour les personnes dans la cinquantaine qui vieillissent avec le VIH, le temps consacré à leur épanouissement personnel comptait bien plus que celui accordé à un partenaire amoureux, un phénomène qui s’observe à travers les générations.

Au Canada, environ quatre hommes sur dix et une femme sur trois dans la vingtaine et la trentaine s’apprêtent à entrer dans l’âge mûr sans partenaire, quel que soit leur état de santé. Les Canadiennes âgées de 20 à 49 ans qui choisissent de ne pas élever d’enfants optent pour une carrière en nombre record (51,5 %).

Parmi les personnes atteintes d’une maladie chronique dans la cinquantaine, celles qui craignent moins les incertitudes futures liées à leur santé déclarent se sentir moins anxieuses.


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Maîtrise du temps ou capitulation

Aux yeux de Neugarten, le plus grand dilemme de l’âge mûr réside dans la maîtrise du temps par opposition à la capitulation.

Ceux qui maîtrisent l’approche « il ne me reste plus que tant de temps » sont les chefs d’orchestre de leur propre vie : ils délèguent au travail, choisissent leur entourage, recherchent le plaisir dans la vie plutôt que de se contenter de le grappiller. D’autres, ne sachant pas encore comment utiliser au mieux ce temps ni comment le structurer, ressentent plutôt de l’anxiété que la maîtrise qui vient avec ce rôle.

Votre horloge sociale tourne-t-elle au bon rythme ? Vous sentez-vous comme le chef d’orchestre de votre propre vie ? Ferez-vous un acte de foi et sauterez-vous sur une autre voie ? Craignez-vous plutôt de dérailler, après avoir prétendument perdu cinq ans à cause de la pandémie ? Êtes-vous quelque part entre les deux, en train de réfléchir et d’attendre qu’un signal extérieur donne le coup d’envoi ?

Les moments de bouleversement peuvent inciter les gens à repenser leurs priorités et à imaginer différentes façons de vivre et de se soutenir mutuellement. Le sentiment que le temps est peut-être compté peut créer un sentiment d’urgence à agir maintenant, à renouer des liens, à faire preuve de solidarité et à resserrer les rangs.

La façon dont nous percevons le « temps qu’il nous reste » peut nous aider à réfléchir au risque, aux comportements risqués, à la perte, à la résilience, aux liens et à la possibilité de changement. Quatre suicides sur dix surviennent désormais après 50 ans, principalement chez les personnes dans la cinquantaine et la soixantaine. Aujourd’hui plus que jamais, il est temps de parler du « temps qu’il nous reste » à l’âge mûr, en lien avec notre santé, nos finances et notre cercle de proches.

Gail Low est affiliée à Gateway Association, un organisme sans but lucratif de défense des familles. Elle a été bénéficiaire d’un financement destiné à la recherche sur la santé mentale à un âge avancé.

Gloria Gutman est professeure émérite à l’Université Simon Fraser. Elle est ancienne présidente de l’Association internationale de gérontologie et de gériatrie, de l’Association canadienne de gérontologie et du Réseau international pour la prévention des mauvais traitements envers les aînés.

Alexandra A. Deac et Anila Naz AliSher ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Le compte à rebours de l’âge mûr : ce que « le temps qu’il nous reste » peut nous apprendre – https://theconversation.com/le-compte-a-rebours-de-lage-mur-ce-que-le-temps-quil-nous-reste-peut-nous-apprendre-290982

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