Source: United Nations – in French 2
Headline: Centres de données : l’ONU alerte sur la pression croissante sur les réseaux électriques
8 septembre 2026 Développement économique
L’essor fulgurant des centres de données, porté notamment par l’intelligence artificielle (IA), pourrait accentuer les tensions sur les réseaux électriques en Europe et en Amérique du Nord, alerte la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU).
Le principal défi tient au décalage entre la vitesse de déploiement de ces infrastructures et celle nécessaire pour renforcer les réseaux électriques. Un centre de données peut être opérationnel en deux à cinq ans, tandis qu’une nouvelle ligne de transport d’électricité nécessite souvent plus de dix ans, notamment en raison des procédures de planification et d’autorisation.
Selon les projections de la CEE-ONU, les centres de données pourraient consommer quelque 950 térawattheures (TWh) d’électricité dans le monde en 2030, contre 485 TWh en 2025. Ils représenteraient alors environ 3 % de la demande mondiale d’électricité.
À cette hausse s’ajoutent notamment les besoins liés au minage des cryptomonnaies, estimés entre 100 et 130 TWh par an, ainsi que ceux générés par l’électrification croissante de l’industrie.
© Adobe Stock Les centres de données comme celui-ci aux Pays-Bas nécessitent une quantité d’énergie énorme.
Une course contre la montre pour les réseaux
La croissance des centres de données s’accompagne d’investissements massifs et d’une forte concentration géographique. Les dépenses consacrées à ces infrastructures pourraient passer de 800 milliards de dollars par an en 2026 à 1.800 milliards en 2050.
Or, dans plusieurs régions, la demande des installations très énergivores progresse plus rapidement que les capacités des infrastructures électriques.
Le phénomène est déjà visible dans certains pays. L’Irlande a restreint les raccordements de nouveaux centres de données à Dublin, tandis que les Pays-Bas ont renforcé leurs contraintes en matière d’aménagement du territoire. Aux États-Unis, la multiplication des grands consommateurs d’électricité devrait également accroître la demande d’équipements et accentuer les tensions sur les chaînes d’approvisionnement d’ici à 2030.
Dans les réseaux où les énergies renouvelables occupent une place importante, les centres de données utilisant l’IA pourraient par ailleurs avoir des effets disproportionnés sur la stabilité du réseau, en raison des variations rapides de leur consommation.
Dans les situations les plus extrêmes, ces fluctuations peuvent provoquer des oscillations de tension, des coupures involontaires et, potentiellement, des défaillances en cascade, avertit la CEE-ONU.
L’électricité ne fait pas tout
Pour l’agence onusienne, les enjeux dépassent largement la seule capacité des réseaux. L’implantation de centres de données exerce également une pression sur l’eau, les sols, les ressources locales et les émissions de gaz à effet de serre.
Le manque de transparence sur les données relatives à leur consommation complique en outre la tâche des régulateurs, alors même que ces infrastructures deviennent des acteurs majeurs du système énergétique.
Un groupe de travail international sur la numérisation du secteur de l’énergie recommande donc d’élargir l’évaluation des centres de données, en particulier ceux consacrés à l’IA. Leur impact devrait être mesuré non seulement à l’aune du réseau électrique et du climat, mais aussi de leurs conséquences économiques, environnementales et sociales, ainsi que des questions de souveraineté et de répartition des richesses.
Le document met notamment en garde contre l’idée selon laquelle une électricité bon marché suffirait à garantir des retombées économiques durables. Les régions disposant d’une énergie à bas coût peuvent certes attirer d’importantes activités de calcul, mais une telle implantation peut aussi laisser aux collectivités les coûts liés aux infrastructures et aux ressources nécessaires.
La CEE-ONU appelle ainsi les autorités à élaborer des feuilles de route combinant gestion des risques immédiats et planification à long terme. L’objectif : faire en sorte que l’essor des centres de données ne fragilise pas les réseaux électriques, mais contribue au contraire à leur résilience et à la création d’une véritable valeur publique.
