Post

Une nouvelle étude estime à environ 20 millions le nombre d’espèces d’insectes sur Terre – ce qui double celles menacées d’extinction

Une nouvelle étude estime à environ 20 millions le nombre d’espèces d’insectes sur Terre – ce qui double celles menacées d’extinction

Source: The Conversation – in French – By Dirk Steinke, Research Scientist, Centre for Biodiversity Genomics, University of Guelph

Image obtenue de la libellule *Aeshna affinis*, qu’on trouve en Europe du Sud et en Asie. (Wikimedia Commons/Sven Damerow), CC BY-SA

La libellule qui se pose délicatement sur notre pied tandis qu’on se laisse flotter sur le lac. Le moustique qu’on chasse d’un geste près du feu de camp. Les fourmis qui emportent les miettes d’un biscuit. Les abeilles qui ont produit ce délicieux miel de fleurs sauvages.

Nous sommes entourés chaque jour de milliers d’insectes, certains bourdonnant près de notre visage, alors que d’autres demeurent invisibles à nos yeux.

On les trouve sous une grande variété de formes, de tailles et de couleurs. Ils remplissent une multitude de fonctions, dont plusieurs sont essentielles à la durabilité de notre écosystème, qu’il s’agisse de polliniser les fleurs, de lutter contre les ravageurs du jardin, d’aérer le sol ou de décomposer les déchets.

À ce jour, les taxonomistes ont découvert et décrit environ un million d’espèces. Jusqu’à présent, les scientifiques s’accordaient pour dire que le nombre total d’espèces d’insectes sur Terre se situait entre cinq et six millions, mais certains entomologistes estimaient ce chiffre trop bas.

Notre récente étude révèle qu’il est effectivement largement sous-évalué. Il y aurait en réalité entre 13,3 et 24,7 millions d’espèces d’insectes sur Terre.




À lire aussi :
Un indice mondial des papillons pourrait faire progresser la conservation des insectes


Estimer, tout un défi

En 1735, Carl von Linné a mis au point un système de classification biologique hiérarchique qui est devenu le fondement de la taxonomie moderne, c’est-à-dire l’étude qui consiste à nommer et à classer des groupes d’organismes biologiques en fonction de leurs caractéristiques communes.

Depuis, quelque 1,9 million d’espèces ont été découvertes et décrites, mais une question demeure : combien d’espèces notre planète abrite-t-elle en tout ?

Nous n’avons pas de réponse définitive, mais l’une des estimations les plus souvent citées, proposée en 2011, évalue ce chiffre à environ 8,7 millions.

Il est particulièrement difficile d’estimer le nombre d’espèces d’insectes sur Terre en raison de leur grande diversité, de leur petite taille et du fait que beaucoup d’entre eux sont inaccessibles.

Coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata), photographiée dans la zone de conservation de Viernheimer Waldheide, en Allemagne.
(Wikimedia/Stephan Sprinz), CC BY

Ce que nous enseignent les guêpes parasites

Afin d’obtenir une estimation plus précise, mes collègues et moi-même avons emprunté notre méthodologie à l’épidémiologie statistique.

La première étape a consisté à évaluer dans quelle mesure les travaux de relevés antérieurs avaient permis de rendre compte de la diversité des guêpes parasites de la sous-famille des Micrograstrinae chez une espèce particulière vivant dans la Zone de conservation de Guanacaste, au Costa Rica.

Pour ce faire, l’équipe a utilisé les résultats obtenus à l’aide de deux méthodes de collecte différentes, qui ne recensaient qu’une fraction du nombre total d’espèces présentes dans la région. L’analyse statistique a révélé que ces explorations approfondies n’avaient permis de recenser qu’environ 16 % des guêpes Micrograstrinae de la région.

Une guêpe braconide (de la sous-famille des Microgastrinae) observée en Afrique du Sud.
(Wikimedia/Alandmanson), CC BY

Ce pourcentage a ensuite été appliqué à toutes les espèces d’insectes connues du parc, puis extrapolé à l’aide des ratios entre le parc et la Terre pour d’autres groupes d’organismes : arbres, grenouilles, mammifères et papillons de la famille des Saturnidae.

Résultat : il existe entre 13,3 millions et 24,7 millions d’espèces d’insectes sur Terre, avec une estimation moyenne prudente de 20,3 millions d’espèces.

L’étude précise que ce chiffre correspond à une estimation minimale. Cela signifie que notre planète pourrait abriter plusieurs millions d’autres espèces inconnues.

Deux fois plus d’espèces menacées d’extinction

Mais est-ce vraiment si important de savoir si nous partageons cette planète avec des millions, voire des milliards d’espèces ?

Le rapport d’évaluation de l’IPBES sur la biodiversité et les services écosystémiques, publié en 2019, révèle qu’environ un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction, dont bon nombre d’ici quelques décennies.

Le rapport anticipe une perte de 10 % des espèces d’insectes. Cependant, ses auteurs sont partis du postulat que la Terre abritait huit millions d’espèces, dont 5,5 millions d’espèces d’insectes.

Notre estimation, qui s’élève à environ 20 millions d’espèces d’insectes, devrait au moins doubler le nombre total d’espèces menacées d’extinction.

Le papillon Speyeria callippe callippe est protégé en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition (ESA) des États-Unis et figure actuellement sur la liste des espèces en péril.
(Wikimedia/Sarah Swenty/USFWS), CC BY

D’inconnue à éteinte

La tragédie ? C’est que nous n’aurons même pas l’occasion de connaître la plupart d’entre elles avant qu’elles ne disparaissent.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Rappelons qu’il nous a fallu près de 300 ans pour découvrir et décrire 1,9 million d’espèces. Actuellement, nous perdons de 10 000 à 100 000 espèces par an, et beaucoup d’entre elles nous resteront à jamais inconnues.

Nous ne saurons pas où elles vivaient, à quoi elles ressemblaient, comment elles interagissaient avec d’autres espèces ni ce que leur disparition signifie réellement.

Flatidae adultes et nymphes (Phromnia rosea) dans la réserve spéciale d’Ankarana, à Madagascar.
(Wikimedia/Charles J. Sharp), CC BY-SA

Leur disparition provoquera-t-elle un effet domino au sein de l’écosystème local, entraînant d’autres extinctions, si, par exemple, elles constituaient une importante source de nourriture ou servaient d’hôte pour d’autres espèces ? Et si ces insectes fournissaient un service écosystémique essentiel, comme la pollinisation ou la lutte contre les ravageurs ?

La perte de biodiversité n’est plus seulement un enjeu environnemental, mais aussi un enjeu économique, social, de développement et de sécurité.

Une estimation de l’étendue réelle de la biodiversité serait extrêmement précieuse pour toute mesure de conservation. On ne peut pas protéger ce dont on ignore l’existence.

Dirk Steinke ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Une nouvelle étude estime à environ 20 millions le nombre d’espèces d’insectes sur Terre – ce qui double celles menacées d’extinction – https://theconversation.com/une-nouvelle-etude-estime-a-environ-20-millions-le-nombre-despeces-dinsectes-sur-terre-ce-qui-double-celles-menacees-dextinction-289433

MIL OSI – Global Reports