Source: The Conversation – France (in French) – By John Hawkins, Senior lecturer, Canberra School of Government, University of Canberra
L’ESSENTIEL
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Après vingt ans de recul, l’usage des espèces repart légèrement à la hausse en Australie.
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Le liquide reste essentiel pour les personnes âgées, modestes, rurales ou confrontées à des services numériques peu fiables.
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Les Australiens apprécient aussi les espèces pour maîtriser leur budget et faire face aux pannes électroniques.
Après vingt ans de recul, les paiements en espèces repartent à la hausse en Australie : les consommateurs utilisent de nouveau davantage de billets et de pièces pour leurs achats courants, révèle une enquête de la Banque centrale australienne.
Accélérée par la pandémie de Covid-19, la baisse de l’usage des espèces s’est interrompue entre 2022 et 2025. En 2025, environ 15 % des paiements ont été effectués en espèces en Australie. Celles-ci sont davantage utilisées pour les petits achats : un quart des transactions de moins de 10 dollars australiens (environ 6,20 euros) ont été réglées en liquide. Les espèces représentent donc une part plus faible de la valeur totale des paiements (8 %) que du nombre de transactions.
Une décision pourrait contribuer à stabiliser l’usage des espèces : depuis janvier 2026, le gouvernement fédéral impose à la plupart des magasins d’alimentation et des stations-service de continuer à accepter les paiements en liquide.
Qui sont les principaux utilisateurs d’espèces ?
Environ la moitié des Australiens utilisent des espèces au cours d’une semaine ordinaire, selon l’enquête. Près de 7 % de la population règlent en liquide plus de 80 % de leurs achats. Ces grands utilisateurs d’espèces sont généralement plus âgés et plus modestes que la moyenne, et vivent plus souvent dans des zones rurales.
L’usage des espèces est particulièrement répandu dans les régions isolées, notamment au sein de certaines communautés autochtones, où les services numériques sont moins fiables.
Les personnes qui effectuent des transactions illégales ont sans doute elles aussi davantage recours aux espèces, mais ce phénomène est probablement sous-estimé dans l’enquête de la Banque centrale australienne. Des billets de 100 dollars australiens d’une valeur totale de 31 milliards d’euros sont en circulation, soit près de 20 par Australien. Comme la plupart des habitants en voient rarement, on peut supposer qu’ils sont utilisés et thésaurisés par des criminels.
C’est dans la restauration, les plats à emporter et les transports que l’usage des espèces a le plus reculé, sous l’effet de l’essor des paiements par carte et des autres moyens de paiement numériques.
Pourquoi certains préfèrent-ils payer en espèces ?
Un tiers des Australiens tiennent beaucoup à pouvoir payer en espèces. Ils estiment que l’impossibilité de le faire leur causerait d’importantes difficultés. Parmi les raisons les plus souvent invoquées, le fait que certains commerçants n’acceptent que les espèces, qu’elles permettent de mieux maîtriser son budget, qu’elles sont plus pratiques pour donner de l’argent à des proches. Enfin, certaines personnes se préoccupent de la sécurité ou de la confidentialité des paiements.
Les consommateurs peuvent également préférer les espèces pour éviter les frais supplémentaires appliqués par de nombreux commerçants aux autres moyens de paiement. À partir d’octobre 2026, ces frais seront interdits dans le pays.
Même les personnes qui paient rarement en espèces aiment souvent en conserver un peu dans leur portefeuille. Les trois quarts des Australiens ont de l’argent liquide sur eux, pour un montant médian de 65 dollars australiens (40 euros). La raison la plus souvent invoquée est la crainte d’une panne des moyens de paiement électroniques. La Croix-Rouge recommande d’ailleurs aux familles de garder un peu d’argent liquide, les systèmes de paiement pouvant cesser de fonctionner en cas d’urgence.
Mais si la demande d’espèces reste forte, il devient de plus en plus difficile de s’en procurer. Les agences bancaires se raréfient, tout comme les distributeurs automatiques, notamment ceux appartenant aux banques : après avoir culminé à plus de 30 000, leur nombre est tombé sous la barre des 25 000, selon la Banque centrale australienne.
Quelles sont les autres solutions ?
Une précédente enquête réalisée en 2022 pour la Banque centrale australienne montrait qu’environ la moitié des paiements étaient effectués par carte de débit et un quart par carte de crédit. BPAY et PayPal représentaient chacun 2 % des paiements.
Selon les données de la Banque des règlements internationaux, les espèces en circulation en Australie représentent environ 4 % du produit intérieur brut annuel, une proportion comparable à celles du Canada et du Royaume-Uni. Elle est en revanche inférieure à 1 % en Suède, mais atteint environ 20 % à Hong Kong et au Japon.
Dans d’autres pays également, le recul de l’usage des espèces tend depuis peu à se stabiliser.
John Hawkins a été économiste principal à la Banque centrale australienne et à la Banque des règlements internationaux.
– ref. Pourquoi le paiement en espèces fait un retour inattendu en Australie – https://theconversation.com/pourquoi-le-paiement-en-especes-fait-un-retour-inattendu-en-australie-292247
