Source: United Nations – in French 2
Headline: Journée de la paix : à l’ONU, les jeunes réclament plus qu’une place à la table
21 septembre 2026 À l’ONU
Réunis à New York à l’occasion de la Journée internationale de la paix, des représentants de la jeunesse ont appelé lundi les institutions internationales à dépasser les consultations de façade. Pour la réfugiée sud-soudanaise Mary Maker, construire la paix suppose d’abord d’écouter ceux qui vivent les crises.
Mme Maker avait passé presque toute sa vie dans le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya, lorsqu’elle a découvert qu’elle ne le connaissait finalement pas si bien. Arrivée à l’âge de 3 ans, cette Sud-Soudanaise y avait vécu pendant près de deux décennies avant de partir étudier aux Etats-Unis. C’est à l’université, dans le Minnesota, qu’un travail de recherche lui a appris que plus de 70 organisations intervenaient dans le camp.
ONU Info / Pauline Batista L’ambassadrice de bonne volonté du HCR, Mary Maker, en entretien avec ONU Info (archive).
Elle n’aurait pas pu en citer dix.
« J’avais tellement honte », a raconté lundi l’ambassadrice de bonne volonté du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), lors d’un « Cercle de paix intergénérationnel » organisé au siège de l’ONU à l’occasion de la Journée internationale de la paix.
L’anecdote pointe l’un des paradoxes de l’aide internationale : des programmes peuvent être conçus pour les jeunes touchés par les guerres et les déplacements sans que leurs premiers destinataires sachent qu’ils existent – ni, surtout, participent véritablement à leur conception.
« Avant d’investir de l’argent en moi, écoutez-moi », a résumé Mme Maker.
Pas seulement une chaise à la table
C’était précisément l’objet de la rencontre organisée par l’ONU : réfléchir à la manière d’« investir dans la paix pour tous, partout et chaque jour », en donnant la parole à des jeunes directement confrontés aux conflits, aux déplacements et à leurs conséquences.
Aux côtés de Mary Maker figuraient notamment Muzoon Almellehan, ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef, Sanjana Sanghi, championne de la jeunesse du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), ainsi que des représentants de mouvements de jeunesse, de migrants et d’enfants ukrainiens.
Mais pour l’ancienne réfugiée de Kakuma, donner une place aux jeunes ne suffit pas si celle-ci reste symbolique.
« Nous avons parlé d’inclure les réfugiés autour de la table, mais parfois je me dis : je ne suis pas à la table simplement pour dîner », a-t-elle ironisé. « Je veux vraiment que l’investissement consiste à être vu et entendu ».
L’enjeu, selon elle, est moins d’importer des réponses toutes faites que d’identifier celles qui existent déjà dans les communautés. A Kakuma, Mme Maker a cofondé une initiative destinée à rapprocher les réfugiés des universités, en traduisant les réalités particulières du camp pour permettre à des établissements d’enseignement supérieur de leur ouvrir leurs portes.
« Les réfugiés ont déjà ces solutions et ils font réellement le travail », a-t-elle insisté.
Le constat rejoint le mot d’ordre choisi par les Nations Unies pour leur campagne consacrée à la jeunesse : « Ecoutez-nous. Agissez maintenant pour un monde pacifique ». Celle-ci doit également alimenter une prochaine étude indépendante du Secrétaire général sur les progrès réalisés en matière de jeunesse, de paix et de sécurité, conformément au Pacte pour l’avenir adopté par les Etats membres.
Des promesses à l’épreuve des crises
La discussion intervient alors que la promesse faite à la jeunesse se heurte à une accumulation de crises. Guerres et déplacements privent des millions de jeunes d’école, d’emploi ou de perspectives, tandis que les objectifs de développement durable (ODD), censés notamment réduire la pauvreté et les inégalités d’ici à 2030, restent très loin de leur trajectoire.
En ouvrant lundi la « Zone Media ODD », un espace de débats consacré à ces objectifs pendant la 81e session de l’Assemblée générale, Melissa Fleming, chargée de la communication globale aux Nations Unies, a rappelé que les ODD « ne sont pas tombés d’en haut ».
« Ils constituent une promesse, une promesse faite collectivement par les gouvernements et que nous sommes ici pour tenir », a-t-elle déclaré, reprenant les propos tenus quelques jours plus tôt par António Guterres.
Le Secrétaire général avait lui-même dressé, dans un message vidéo, un tableau peu encourageant : « Les progrès sont très loin d’être sur la bonne voie ». Conflits, faim et inégalités persistent, tandis que la crise climatique s’accélère et que le système financier mondial continue de pénaliser les pays en développement.
Face à cette mécanique des grands engagements internationaux, le témoignage de Mary Maker ramenait la discussion à une question beaucoup plus concrète : qui décide de la manière dont l’argent destiné aux jeunes est dépensé ?
Son expérience de Kakuma suggère au moins un début de réponse. Une organisation peut être présente dans un camp pendant des années et rester pratiquement invisible à ceux qu’elle est venue aider. Pour construire la paix, plaidait-elle lundi, il ne suffit donc plus d’inviter les jeunes dans la salle. Encore faut-il leur céder une part de la conversation.
