Source: United Nations – in French 2
Headline: EN DIRECT | Sommet sur le climat 2026
Le constat tient en un paradoxe. Jamais les énergies renouvelables n’ont progressé aussi rapidement. Jamais non plus la planète n’a été aussi proche de franchir les limites de hausse des températures qu’elle s’était engagée à respecter. Mercredi, à New York, le Secrétaire général a appelé les États à transformer cette contradiction en choix politique : organiser, avec des échéances précises, leur sortie des énergies fossiles.
« Nous sommes la première génération à disposer des moyens de mettre fin à l’ère des énergies fossiles », a-t-il déclaré, à l’entame du Sommet sur le climat 2026, organisé en marge de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale au siège de l’ONU. « Et la dernière à pouvoir éviter une catastrophe climatique ».
Son avertissement intervient alors que les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent d’augmenter, malgré les engagements pris depuis l’Accord de Paris en 2015. Les scientifiques s’attendent désormais à ce que le réchauffement dépasse, temporairement pour le moins, 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. L’enjeu n’est donc plus seulement d’éviter tout franchissement de ce seuil, mais d’en limiter autant que possible l’ampleur et la durée.
Dans le même temps, a dénoncé M. Guterres, « l’expansion des énergies fossiles se poursuit – au mépris de la science, de l’économie et du bon sens ». Les entreprises du secteur, a-t-il ajouté, engrangent des « profits exceptionnels » tandis que « les citoyens ordinaires paient la facture ».
Une sortie avec des échéances
Face à cette trajectoire, le chef de l’ONU ne s’est pas contenté de réitérer l’objectif d’une transition énergétique. Il a demandé aux gouvernements de préciser comment et quand ils comptent la mener. « J’appelle chaque pays à élaborer une feuille de route crédible pour sortir des énergies fossiles, assortie d’un calendrier précis », a-t-il déclaré.
La pression s’exerce d’abord sur les économies du G20, qui représentent environ 80 % des émissions mondiales. Pour M. Guterres, elles doivent prendre la tête d’un mouvement qui suppose de tripler les capacités mondiales de production d’énergies renouvelables, de doubler le rythme des progrès en matière d’efficacité énergétique, d’accélérer l’électrification et de réduire fortement les émissions de méthane.
La hausse vertigineuse des besoins en électricité ajoute une difficulté. Le développement de l’intelligence artificielle, notamment, alimente une demande croissante en énergie que l’ONU veut voir satisfaite par les renouvelables, accompagnées d’investissements massifs dans les réseaux électriques et le stockage.
M. Guterres estime cependant que le rapport de forces économique commence à basculer. Dans une grande partie du monde, les renouvelables constituent désormais la source de nouvelle production électrique la moins coûteuse et la plus rapide à installer. « Les énergies propres sont passées du statut d’alternative à celui de force irrésistible », a-t-il assuré.
Cette transition ne pourra toutefois être durable que si elle est également sociale. Elle doit créer des emplois, renforcer les systèmes de protection sociale et permettre aux pays en développement de ne pas être réduits au rôle de fournisseurs de matières premières nécessaires aux économies décarbonées des pays riches.
Le nerf de la guerre
C’est là que se situe l’autre bataille : celle de l’argent. Le Secrétaire général a réclamé la mobilisation d’au moins 300 milliards de dollars par an en faveur des pays en développement, les économies avancées devant montrer la voie. Plus largement, les financements climatiques devraient atteindre 1 300 milliards de dollars annuels d’ici à 2035.
Il a également demandé que les pollueurs contribuent davantage, que la dette des pays frappés par des catastrophes puisse être allégée et que les économies en développement disposent d’un poids accru dans les institutions financières internationales. Il faut, a-t-il résumé, « faire correspondre à la révolution énergétique une révolution du financement ».
Car une partie du dérèglement climatique est déjà là. Les sommes nécessaires ne serviront donc pas seulement à réduire les émissions, mais aussi à permettre aux sociétés de s’adapter. « Sans adaptation, les sécheresses se transforment en crises alimentaires ; les tempêtes, en crises de la dette ; et les vagues de chaleur deviennent meurtrières », a averti M. Guterres.
Le sommet a ainsi donné lieu au lancement d’un « Accélérateur mondial des réseaux électriques », d’abord tourné vers l’Afrique et l’Asie du Sud-Est. Plus de 2 500 gigawatts de projets renouvelables attendent aujourd’hui d’être raccordés aux réseaux électriques dans le monde.
Une autre initiative doit aider six pays riches en minerais – la Guinée, l’Indonésie, Madagascar, le Nigéria, la Zambie et le Zimbabwe – à tirer davantage de valeur de ressources devenues stratégiques pour la transition énergétique, comme le cuivre, le lithium, le nickel ou le cobalt, dont la demande devrait presque tripler d’ici à 2030.
Pour António Guterres, ces transformations ne relèvent plus seulement de la politique énergétique. Elles touchent au partage des richesses, à la dette et aux rapports de force entre pays producteurs et consommateurs. « Le monde réclame la justice climatique – en matière d’atténuation, d’adaptation et de financement », a-t-il lancé. « Nous devons répondre à cet appel par l’action ».
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