Source: United Nations – in French 2
Headline: Le président iranien refuse de « courber l’échine » face à Trump, mais reste ouvert au dialogue
Couverture de l’Assemblée générale
23 septembre 2026 Paix et sécurité
Au lendemain de la menace du président américain Donald Trump d’« anéantir » la République islamique, son homologue iranien, Masoud Pezeshkian, a assuré mercredi l’Assemblée générale de l’ONU que son pays ne céderait pas face à la violence. Derrière cette fermeté affichée, pourtant, Américains et Iraniens ont renoué à New York un dialogue indirect interrompu depuis des mois.
La réponse est venue du même podium, à vingt-quatre heures d’intervalle. Mardi, Donald Trump avait placé l’Iran devant une alternative brutale : conclure un accord avec Washington ou risquer l’« anéantissement ». Mercredi, Masoud Pezeshkian lui a répondu depuis la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies : « Nous ne courberons jamais l’échine et ne mettrons jamais un genou à terre ».
La scène avait quelque chose d’incongru. Sept mois après le début d’une guerre déclenchée par des frappes israélo-américaines contre son pays, le président iranien se trouvait sur le sol de son adversaire pour se défendre. Dans un discours largement consacré au conflit, M. Pezeshkian a retourné contre Washington l’accusation de terrorisme formulée la veille par le locataire de la Maison Blanche.
« Nous avons été victimes du terrorisme », a-t-il lancé, évoquant les enfants, scientifiques et civils iraniens tués depuis le début de la guerre. Montrant des photographies d’enfants morts dans le bombardement d’un complexe sportif, il a accusé les Etats-Unis et Israël d’avoir frappé écoles, universités, hôpitaux et infrastructures civiles. « Nous nous sommes seulement défendus. Nous ne sommes pas des terroristes », a-t-il affirmé.
ONU Photos / Loey Felipe Le président des États-Unis, Donald Trump, prend la parole lors du débat de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 22 septembre 2026.
Pas besoin de « permission »
Face à un Donald Trump qui avait longuement énuméré la veille les capacités militaires iraniennes détruites dans les frappes depuis fin février, M. Pezeshkian a opposé à ce bilan la capacité de résistance de son pays.
« L’Iran doit être puissant pour ne pas être menacé », a-t-il déclaré. Sa puissance militaire, a-t-il assuré, est destinée à garantir que « personne ne puisse penser que le bombardement des villes iraniennes restera sans réponse ». Et d’ajouter : « Pour défendre notre pays, nous ne demandons la permission ou l’approbation de personne ».
Même fermeté sur le nucléaire, l’une des principales exigences américaines dans les négociations. Le président iranien a défendu le droit de son pays à disposer d’une industrie nucléaire civile : « Pas d’armes nucléaires et pas de limitations à la technologie nucléaire pacifique ».
Mais c’est sur le détroit d’Ormuz que la confrontation entre les deux pays se joue désormais le plus concrètement. Avant la guerre, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié échangés dans le monde transitait par cette étroite voie maritime. Le trafic y reste très inférieur à son niveau d’avant-guerre, tandis qu’un nouveau navire a été touché mercredi par un projectile.
M. Pezeshkian a justifié la position iranienne en termes de réciprocité. Téhéran, a-t-il expliqué, ne peut accepter que d’autres pays utilisent librement le détroit tout en empêchant l’Iran d’accéder à ses propres voies maritimes et en s’en servant pour l’attaquer. « Nous ne céderons pas à cela », a-t-il prévenu.
ONU Info / Daniel Dickinson La diminution du trafic fluvial dans le détroit d’Ormuz, en raison de la guerre au Moyen-Orient, affecte le commerce à l’échelle mondiale.
La diplomatie derrière les menaces
La virulence des deux discours masque pourtant une reprise du dialogue. Tandis que MM. Trump et Pezeshkian échangeaient leurs avertissements à la tribune, leurs diplomates recommençaient à se parler dans les coulisses de l’ONU.
Selon la presse, le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghtchi, et les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont communiqué mardi par l’intermédiaire de médiateurs, en marge de l’Assemblée générale. Il s’agissait des premiers contacts de ce type depuis l’effondrement, en juillet, du cessez-le-feu intérimaire conclu quelques semaines plus tôt. M. Trump a qualifié ces échanges de « très productifs ».
Ces contacts prolongent une ouverture esquissée avant même l’arrivée de M. Pezeshkian à New York. Téhéran avait fait savoir qu’il pourrait rouvrir le détroit d’Ormuz dans les sept jours si Washington réduisait sa pression militaire et levait le blocus des ports iraniens. L’ouverture diplomatique a suffi à détendre quelque peu les marchés : le cours du pétrole brut évoluait mercredi autour de 100 dollars le baril, près de son plus bas niveau depuis deux semaines.
Mais à la tribune, M. Pezeshkian a pris soin d’associer chaque ouverture à une démonstration de fermeté. « L’Iran tend la main au monde », a-t-il assuré, mais « non par faiblesse ». Sa réponse finale à M. Trump semblait résumer cet équilibre : « Nous sommes prêts au dialogue, à la diplomatie et aux négociations, sans accepter le langage de la force ».
A New York, les deux ennemis auront ainsi passé quarante-huit heures à afficher publiquement leur détermination tout en rouvrant discrètement un canal diplomatique interrompu depuis des mois. Entre la menace américaine d’« anéantissement » et le refus iranien de « mettre un genou à terre », la négociation a repris dans l’espace entrouvert par l’ONU.
