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Comment impliquer les personnes vivant à proximité des installations nucléaires dans la surveillance de la radioactivité ?

Comment impliquer les personnes vivant à proximité des installations nucléaires dans la surveillance de la radioactivité ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Vanessa Durand, Cheffe du Laboratoire de Surveillance de l’Environnement par échantillonnage, ASNR

Une étude participative menée près du site de retraitement de combustibles nucléaires usagés à La Hague, dans la Manche, montre comment impliquer davantage les populations, résidant à proximité, dans la surveillance de la radioactivité. Truzguiladh/WikiCommons, CC BY-SA


L’ESSENTIEL

  • Les zones qui jouxtent les installations nucléaires font l’objet, en France, d’une surveillance régulière par les exploitants et l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). Cela concerne l’air, les eaux, les sols, la faune, la flore, mais aussi les aliments.

  • Comment s’assurer que les prélèvements effectués reflètent, en particulier pour les denrées alimentaires, les pratiques de consommation et d’autoconsommation (potagers, chasse…) d’un territoire donné ? L’ASNR a mis en place une étude participative pour répondre à cette question.

  • À La Hague, dans la Manche, à proximité de l’usine de traitement du combustible nucléaire et du centre de stockage des déchets radioactifs, cette étude participative a pu être menée avec succès.


En France, la radioactivité de l’environnement à proximité des installations nucléaires fait l’objet d’une surveillance régulière. Des prélèvements sont ainsi réalisés dans l’air, les eaux, les sols, la faune, la flore et les aliments. Cette surveillance, qui incombe d’abord aux exploitants nucléaires, mobilise également des scientifiques de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). Cette surveillance peut également être complétée par l’action d’associations de défense de l’environnement.

En plus de réglementer et de contrôler les installations nucléaires, l’ASNR effectue ses propres mesures pour assurer la surveillance régulière de la radioactivité dans l’environnement et mène également des études complémentaires si besoin. Ceci permet de suivre l’influence des rejets autorisés dans l’environnement, d’estimer l’exposition de la population et de repérer une situation inhabituelle.

Or, identifier les lieux de prélèvement et les aliments à analyser suppose de connaître les spécificités de chaque territoire, afin de les choisir judicieusement. Ces éléments sont déterminants et conditionnent ce que l’étude pourra mettre en évidence. À cette étape, la connaissance locale du terrain est indispensable.

À La Hague (Manche), où se trouvent un centre de stockage de déchets radioactifs et une usine de traitement du combustible nucléaire usé exploitée par Orano (ex-Areva), une campagne de prélèvements et de mesures consacrée aux productions alimentaires locales a fait l’objet d’une construction participative entre l’ASNR et des acteurs de terrain : membres des commissions locales d’information sur le nucléaire, producteurs agricoles et autres acteurs de la société civile habitant le Cotentin.

Une expérience réussie qui montre comment de telles approches permettent de répondre plus directement – et de façon moins institutionnelle – à des questions que se posent souvent les riverains de ces installations.

La Hague, un site nucléaire unique dans le paysage français

Entre 2018 et 2024, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)
– qui a depuis fusionné avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour devenir l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) – a mené plusieurs campagnes autour du site Orano de La Hague, dans le cadre de ses activités d’expertise et de recherche.

Vue aérienne de l’usine de retraitement de La Hague. On distingue à gauche, jouxtant l’usine, les couvertures herbeuses du Centre de stockage de la Manche.
Jean-Marie Taillat/Orano (ex-Areva), La Hague (Manche)., CC BY-SA

Ce choix ne doit rien au hasard. La Hague occupe une place particulière dans le cycle nucléaire français. Depuis plusieurs décennies, les combustibles usés du parc français, composé de plusieurs dizaines de réacteurs nucléaires, convergent vers ce site pour y être traités. Cette activité conduit notamment au rejet autorisé – mais strictement encadré – de krypton 85 (un gaz rare et donc inerte chimiquement, qui interagit peu avec l’environnement), de tritium, de carbone 14 et d’iode 129.

Au regard des quantités de combustibles nucléaires traitées, l’installation représente un enjeu majeur de la surveillance. Un bilan de l’état des connaissances en 2018 a mis en évidence que la précision des données de la surveillance variait en fonction des milieux.

Pour l’alimentation, les données disponibles concernaient principalement les poissons et les mollusques. Les mesures récentes étaient moins nombreuses pour la viande, les légumes et toute autre denrée pouvant être produite ou transformée localement, telles que le fromage.

Une question précise se posait alors : que retrouve-t-on vraiment dans les aliments produits ou collectés autour du site de La Hague ?




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Une campagne construite avec les acteurs locaux

Pour y répondre, un groupe de travail a réuni l’ASNR, des membres des commissions locales d’information et des représentants des exploitants nucléaires, Orano La Hague, et du centre de stockage de la Manche (CSM) de l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra).

Les participants ont échangé autour du plan de prélèvements, notamment au sujet des lieux et des modes de collecte. Ils ont également identifié les producteurs locaux, parmi lesquels des maraîchers et des éleveurs et ont contribué au choix et à la collecte des échantillons.

La campagne a porté sur des productions végétales et animales ainsi que sur le gibier chassé. Chaque type d’aliment renseigne sur une voie de transfert différente : une plante capte ce qui provient de l’air et du sol et un animal intègre ce qu’il respire, boit et mange.

Le lieu des prélèvements est, lui aussi, un élément déterminant. Pour comprendre l’origine d’un marquage radioactif, la localisation compte autant que la valeur mesurée. Ce choix a donc été décidé en tenant compte des vents dominants sur le territoire.

Les échantillons collectés ont ensuite pu être transférés vers les laboratoires de l’ASNR, qui ont procédé aux mesures et à l’interprétation des résultats.

Ce que racontent les mesures

Les aliments contiennent naturellement des radionucléides, qui les composent, comme le potassium 40. S’y ajoutent des traces de radionucléides artificiels issus des essais atmosphériques d’armes nucléaires et des accidents passés. L’ensemble forme ce qu’on appelle un « bruit de fond radiologique », dont l’ASNR a publié une synthèse nationale en 2022.

Les analyses des échantillons prélevés autour du site d’Orano La Hague témoignent de l’influence actuelle du site : le tritium et le carbone 14, présents dans ses rejets autorisés, ont été mesurés au-dessus de leur bruit de fond dans plusieurs végétaux et denrées alimentaires.

Les ajoncs (ici, Ulex parviflorus) sont un ensemble de petits arbustes à fleurs jaunes que l’on retrouve notamment sur le littoral.
Jeantosti/WikiCommons, CC BY-SA

Les niveaux de radioactivité les plus élevés se trouvent surtout près de l’installation et dans l’axe des vents dominants, puis diminuent avec la distance.

Sur le littoral, certaines mesures sont plus élevées qu’à proximité du site, ce qui peut s’expliquer par le transport des embruns vers la végétation d’une partie du tritium rejeté en mer. Les ajoncs, utilisés comme bio-indicateurs – organismes vivants ou groupe d’organismes dont l’état, le comportement ou la présence permet d’évaluer la santé et la qualité de leur environnement – font apparaître ce gradient plus nettement que les aliments.

Dans les denrées alimentaires, enfin, le niveau de radioactivité d’une à cinq fois le bruit de fond, ce qui est faible. Les estimations dosimétriques associées, qui intègrent chaque radionucléide étudié, la quantité consommée et le comportement de celui-ci dans l’organisme, concluent à une exposition très faible pour les consommateurs.




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Des chiffres publics, mais surtout expliqués

Les résultats des mesures de la radioactivité, effectuées notamment par les exploitants nucléaires et par l’ASNR, sont centralisés par le Réseau national de mesures de la radioactivité de l’environnement. Or, la loi relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire, adoptée en 2006, consacre le droit du public à une information fiable et accessible sur les risques et les rejets. L’ouverture des données de ce réseau répond donc à cette exigence.

Mais publier des chiffres ne suffit pas : les unités sont techniques, les résultats comportent des incertitudes et une détection ne renseigne pas directement sur la dose reçue. L’expérience participative menée autour du site Orano de La Hague, qui a associé des acteurs locaux, a permis d’identifier et de prendre en compte des productions alimentaires spécifiques et des pratiques d’autoconsommation que le dispositif habituel n’aurait pas intégrées.

Cette démarche participative est bienvenue, mais elle ne peut produire ses effets que dans un cadre transparent. En effet, un groupe de travail ne représente jamais la totalité des parties prenantes. La transparence est donc essentielle pour que chacun puisse avoir accès au protocole retenu, aux responsabilités des différents acteurs et aux éventuelles questions qui restent encore ouvertes.

Bien conduite, une démarche participative permet de prendre en compte efficacement les questions des habitants et permet aux scientifiques d’expliquer leurs résultats, mais aussi le choix de la méthode et le chemin qui ont permis de les obtenir.




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Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

Vanessa Durand ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Comment impliquer les personnes vivant à proximité des installations nucléaires dans la surveillance de la radioactivité ? – https://theconversation.com/comment-impliquer-les-personnes-vivant-a-proximite-des-installations-nucleaires-dans-la-surveillance-de-la-radioactivite-291389

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