Source: United Nations – in French 2
Headline: Israël-Palestine : deux victimes du conflit refusent la mécanique de la vengeance
Il aurait toutes les raisons de parler de vengeance. Le 7 octobre 2023, les parents de Maoz Inon, Bilha et Yakovi, ont été tués à Netiv HaAsara, un village israélien situé à la frontière de Gaza, aux côtés des premières victimes de l’attaque du Hamas. Deux jours plus tard, raconte-t-il, sa famille a pris une décision : ne pas chercher à rendre la pareille.
« La vengeance ne nous ramènera jamais mes parents », a déclaré lundi l’Israélien devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, à New York. « La vengeance ne fait qu’alimenter des cycles infinis de traumatismes et de bains de sang ».
À ses côtés se trouvait Aziz Abu Sarah, un ami palestinien originaire de Jérusalem. Son histoire semble le miroir inversé de celle de M. Inon.
A 7 ans, a-t-il confié, sa mère l’avait caché sur un toit alors que des colons traversaient son quartier en incendiant voitures et maisons. À 8 ans, il est parvenu à esquiver les premiers tirs de balle dont il était la cible. À 10 ans, son frère Tayseer a été, selon lui, battu à mort par des soldats israéliens alors qu’il était en détention. « Mon expérience ne devrait être normale pour aucun enfant », a-t-il dit.
Refuser d’être ennemis
Les deux hommes auraient pu incarner deux mémoires irréconciliables. Ils ont choisi d’en faire une cause commune. Après le 7-Octobre, M. Abu Sarah a pris contact avec M. Inon. « Pour Maoz et moi, nous commençons par refuser d’être ennemis », a-t-il expliqué. Une semaine seulement après la mort de ses parents, a-t-il rappelé, son ami Israélien prenait publiquement la parole pour pleurer non seulement les meurtres d’Israéliens, mais également ceux des enfants tués à Gaza dans la foulée du 7-Octobre.
M. Inon ne ménage pourtant aucun des deux camps. Il qualifie les attaques du Hamas de « crimes de guerre atroces », mais accuse dans le même temps le gouvernement israélien d’avoir « tiré profit de ces atrocités pour mener une guerre de revanche dévastatrice ».
« Ils ont utilisé notre douleur comme une arme, mais notre tristesse ne peut en aucun cas être une excuse pour la guerre », a-t-il lancé.
Sur le terrain, la solution à deux États s’éloigne
À l’entame de la réunion du Conseil, Ramiz Alakbarov, le responsable onusien chargé de faire avancer le processus de paix au Moyen-Orient, a dressé un bilan particulièrement sombre des trois derniers mois.
Près de 4 570 logements Israéliens ont été avancés ou approuvés dans les colonies de peuplement de la zone C, en Cisjordanie occupée, et 3 515 à Jérusalem-Est. Les autorités israéliennes ont par ailleurs démoli ou saisi 536 structures palestiniennes, provoquant le déplacement de 736 personnes, dont 347 enfants.
ONU Info Ramiz Alakbarov, haut-responsable de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient (archive).
M. Alakbarov était venu présenter le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la mise en œuvre de la résolution 2334 du Conseil, un texte adopté en 2016 exigeant d’Israël qu’il « arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé ». Or, selon le haut responsable, les violences de colons ont atteint un niveau « sans précédent », soit 630 attaques en trois mois. Trois communautés palestiniennes ont été entièrement vidées de leurs habitants pendant cette période, portant à 49 le nombre de communautés ainsi déplacées depuis janvier 2023.
M. Alakbarov a dénoncé une « annexion rampante » de la Cisjordanie, estimant que certains déplacements de population peuvent soulever la question d’un « nettoyage ethnique ». Il a condamné parallèlement les attaques palestiniennes contre les Israéliens et demandé que leurs auteurs, comme ceux des violences de colons, répondent de leurs actes.
À Gaza, près d’un an après le cessez-le-feu conclu en Israël et le Hamas, l’ONU décrit encore une situation « catastrophique ». La population y est confinée sur environ 30 % du territoire, les infrastructures sont dévastées et l’accès humanitaire demeure sévèrement entravé.
Faire de la douleur autre chose qu’une arme
Face à cette mécanique, MM. Inon et Abu Sarah ne se sont pas contentés d’un appel à la réconciliation. Ils ont réclamé la protection des civils, des sanctions ciblées contre les responsables de violences, l’accès du Comité international de la Croix-Rouge aux détenus palestiniens, des élections palestiniennes et la participation des artisans de paix à la reconstruction de Gaza. M. Abu Sarah veut aussi introduire dans les écoles israéliennes et palestiniennes un enseignement confrontant les récits historiques des deux peuples.
À l’approche des dix ans de la résolution 2334, le constat de l’ONU tient en une phrase : la situation est devenue « moralement, juridiquement et politiquement intolérable ». M. Alakbarov a appelé à sauver la solution à deux Etats « avant qu’il ne soit trop tard ».
Quant à M. Inon, le 7-Octobre, a-t-il rappelé, il a perdu ses parents, des amis d’enfance et des gens qu’il avait connus toute sa vie. Puis, désignant M. Abu Sarah, il a ajouté : « Au moins, j’ai trouvé un frère ce jour-là ».
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