Source: The Conversation – in French – By Daniel Boy, Directeur de recherches émérite, Sciences Po
L’ESSENTIEL
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Les militants écologistes voteront en décembre pour acter leur stratégie présidentielle.
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Le parti écologiste est fracturé : certains souhaitent une alliance avec La France insoumise (LFI), d’autres avec le Parti socialiste (PS). Le sénateur Yannick Jadot a été suspendu pour avoir soutenu Raphaël Gluksmann.
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Quelles seraient les conséquences de ces différents choix (maintien d’une candidature verte, ou effacement au profit d’un autre parti) ?
Depuis quelques mois, la perspective des élections présidentielle et législatives plonge Les Écologistes dans une réflexion douloureuse sur la meilleure stratégie électorale à adopter. Malgré les efforts de leur secrétaire nationale Marine Tondelier, la solution d’une candidature unique de la gauche, issue d’une bien problématique primaire interpartis, semble définitivement écartée. Restent alors en théorie trois stratégies possibles : une alliance dès le premier tour de la présidentielle avec La France insoumise (LFI), le maintien d’une candidature indépendante des Écologistes, ou une alliance avec le Parti socialiste (PS).
On sait que la première solution est prônée par Sandrine Rousseau, la troisième sans doute souhaitée par le PS. Raphaël Glucksmann s’est du reste adjoint le concours de Yannick Jadot, sénateur écologiste et candidat lors de l’élection présidentielle de 2022. Ce dernier a finalement été suspendu pour trois mois par la direction des Écologistes qui lui reproche son soutien au candidat Place publique.
Dans ce contexte de tensions, le maintien d’une candidature écologiste indépendante demeure une possible solution de repli. Le mouvement des Écologistes est sans aucun doute divisé sur ce choix sans que l’on puisse évaluer quelle solution l’emporterait si les adhérents étaient consultés.
Histoire d’un dilemme ancien
Pour mieux comprendre cette situation, il faut revenir sur les raisons pour lesquelles Les Écologistes se trouvent confrontés à ce dilemme. Depuis leur fondation (1984) Les Écologistes ont obtenu leurs meilleurs résultats électoraux à la fois à l’élection européenne et aux élections locales (régionales, municipales).
Les modes de scrutins, proportionnels ou mixtes, de ces élections leur ont toujours permis de garder une certaine indépendance tout en négociant des accords bénéfiques avec des partenaires. Mais en raison de leur mode de scrutin de type majoritaire à deux tours, les élections présidentielle et législatives, posent aux Écologistes des problèmes difficiles à gérer.
Pour la présidentielle, le verdict des urnes a toujours été sévère puisqu’à l’exception de Noël Mamère en 2002, aucun candidat écologiste n’a dépassé le seuil de 5 % des suffrages exprimés. Le cas des législatives est pour eux particulièrement complexe : en règle générale, les Écologistes ont toujours plafonné en moyenne nationale aux environs de 3 % à 5 % des suffrages exprimés. Pour échapper à cette borne, ils ont choisi à deux reprises de passer des accords électoraux et programmatiques avec le PS. Ces accords procuraient aux Écologistes un certain nombre de circonscriptions (29 en 1997, 63 en 2012) au sein desquelles un candidat écologiste était le seul représentant de la gauche unie. C’est à la seule condition de cette stratégie d’union que les Écologistes ont pu accéder à l’Assemblée nationale.
Dans les années récentes, la mutation progressive d’un système partisan bipolaire (gauche/droite) à un mode tripolaire (gauche/droite/extrême droite) et la montée continue de l’abstention impliquant un risque d’élimination au second tour des candidats n’ayant pas recueilli au moins 12,5 % des inscrits ont contraint les partis de gauche à choisir une stratégie d’union dès le premier tour (et non comme autre fois quand le premier tour avait désigné le meilleur candidat au sein de la gauche).
Pour maximiser leur présence au second tour, les formations de gauche ont donc adopté depuis 2022 une stratégie de partage des circonscriptions destinée à ce qu’un seul candidat représentant l’une des composantes de la coalition de gauche soit présent dans un nombre donné de circonscriptions. Restait donc à déterminer le quota de circonscriptions accordé à chacun des quatre partenaires de la gauche et le critère de ces attributions. De fait, il apparaît que le critère majeur de cette distribution a été la force électorale de chacun des partis estimée à son score lors de l’élection la plus récente, c’est-à-dire en 2022, lors de la présidentielle.
À ce jeu, le score de Jean-Luc Mélenchon en 2022 (21,9 %) assurait à LFI la grande majorité des circonscriptions (320) tandis que les 4,63 % engrangés par Yannick Jadot apportaient aux Écologistes le monopole de candidature de gauche dans seulement 97 circonscriptions. Concrétisé par la création de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) cette méthode fut reprise pour une nouvelle répartition de circonscriptions dans le cadre du Nouveau Front populaire (NFP). La prise en compte des bons résultats de Raphaël Glucksmann à l’élection européenne qui venait de se dérouler se traduisit pas un meilleur quota de circonscriptions pour le PS (169) tout en maintenant une domination pour LFI (227) et une petite diminution pour les Écologistes (88) (cf. Daniel Boy, Jean Chiche « Rapports de force à gauche révélateurs de tensions » dans Le Vote sans issues : chroniques électorales 2024). Retenons donc que si cette même méthode est appliquée lors des élections législatives qui suivront la présidentielle de 2027, le résultat obtenu par Jean-Luc Mélenchon et par le candidat social-démocrate, comparé à celui de Marine Tondelier fournira la clé de répartition des circonscriptions.
Revenons alors au dilemme des Écologistes : un accord des Écologistes avec LFI (un renoncement à présenter un candidat écologiste à la présidentielle pour faciliter l’accès de Jean-Luc Mélenchon au second tour) vaudrait sans doute promesse d’être récompensé par un très bon accord électoral pour les législatives suivantes. À l’inverse un accord avec le PS limiterait sûrement le bénéfice électoral attendu (le PS à moins de circonscriptions à offrir, car il partage souvent ses zones de force dans les grands centres urbains avec les Écologistes) et il entraînerait sans doute de la part de LFI une punition électorale. Maintenir un candidat écologiste serait une stratégie prudente puisque les Écologistes pourraient espérer une répartition au moins équivalente à celles de 2O22 et de 2024.
Quelles affinités idéologiques avec LFI et le PS ?
À ces considérations de stratégie électorale, il faut maintenant ajouter la question des affinités idéologiques. Le PS se présente aujourd’hui dans une configuration idéologique clairement orientée à gauche ne se revendiquant jamais d’une social-démocratie, mais luttant contre un capitalisme « autoritaire, débridé, ou prédateur ». Sur cette base, rien ici qui puisse choquer des adhérents et sans doute une majorité d’électeurs écologistes. Sur les questions environnementales, une série de mesures techniques sont proposées, sans rien de très spectaculaire, mais en intégrant l’essentiel des exigences écologistes.
Un point particulier concerne la question du nucléaire qui a longtemps empoisonné les relations entre socialistes et écologistes. Dans le projet socialiste actuel, la formule « Le nucléaire autant que nécessaire, les énergies renouvelables autant que possible » ne lève pas toutes les ambiguïtés, car elle ne dit rien d’un point crucial : peut-on admettre (comme les formations du centre, de la droite et de l’extrême droite) de mettre en chantier de nouvelles centrales nucléaires (type EPR2) « si nécessaire » ? Le point est d’autant plus crucial que Raphaël Glucksmann s’est déclaré partisan de cette solution (contrairement à son référent écologiste, Yannick Jadot).
Avec LFI, les relations sont plus complexes. Sur les questions environnementales, les prises de position vont souvent au-delà de ce que préconise le programme écologiste. Une mesure emblématique est proposée : il s’agit de constitutionaliser la « Règle verte » c’est-à-dire l’obligation de « ne pas prélever sur la nature plus de ressources renouvelables que ce qu’elle peut reconstituer, ni de produire plus de déchets que ce qu’elle peut supporter ». Mais on compte des divergences notables sur l’Europe, violemment mise en question par LFI, alors que les Écologistes ne s’inquiètent qu’avec retenue de ses politiques néo-libérales. Restent les doutes sur la poursuite de l’aide à l’Ukraine en guerre et, plus grave encore, le soupçon d’une bienveillance à l’égard de Poutine. Deux points qui renforcent la possibilité d’une crise majeure au sein des Écologistes si le choix était fait de soutenir Jean-Luc Mélechon dès le premier tour.
Le maintien de la candidature de Marine Tondelier aurait finalement une dernière vertu : celle d’affirmer que les Écologistes, bien que gravement mis en question par la concurrence des insoumis, présentent une offre politique plus ouverte, plus tolérante, peut-être moins violente. Car faute de se distinguer de ses dangereux concurrents, le parti des Écologistes, qui a subi bien des échecs ces derniers mois, pourrait bien être une espèce en voie de disparition.
Daniel Boy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Présidentielle : le moment de vérité pour Les Écologistes ? – https://theconversation.com/presidentielle-le-moment-de-verite-pour-les-ecologistes-292307
