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Ukraine : derrière un front presque figé, la guerre frappe toujours plus durement les civils

Ukraine : derrière un front presque figé, la guerre frappe toujours plus durement les civils

Source: United Nations – in French 2
Headline: Ukraine : derrière un front presque figé, la guerre frappe toujours plus durement les civils
2 octobre 2026 Paix et sécurité

La ligne de front bouge peu, mais la guerre, elle, gagne du terrain dans la vie des civils. Frappes de drones à longue portée, bombardements près des zones de combat, attaques contre les infrastructures énergétiques : les huit premiers mois de 2026 ont été nettement plus meurtriers que la même période de 2025. Vendredi, le chef des droits humains de l’ONU a appelé à enrayer une escalade qui menace, selon lui, d’instaurer durablement une « spirale de vengeance et de représailles ».

À mesure que la guerre s’enlise, son coût humain augmente. Entre janvier et août, l’ONU a vérifié 2 222 civils tués et 13 058 blessés en Ukraine, soit 15 280 victimes. C’est 55 % de plus qu’au cours des huit premiers mois de 2025 et plus du double que pendant toute l’année 2024.
« La guerre en Ukraine est une catastrophe pour les droits humains qui s’aggrave et s’intensifie de semaine en semaine », a déclaré vendredi le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk. Une aggravation d’autant plus frappante que, sur le terrain, les lignes de front n’évoluent que lentement.
L’écart résume l’une des transformations du conflit : l’intensification de la guerre aérienne permet désormais de porter plus fréquemment les combats bien au-delà du front. En août, missiles et drones à longue portée ont provoqué 47 % des pertes civiles recensées par l’ONU, principalement dans les centres urbains éloignés des combats. Près du front, les drones à courte portée constituaient, eux, la première cause de victimes civiles.
© OCHA / Alina Basiuk Une école en Ukraine réduite à l’état de ruines après avoir été touchée par un missile.
Une guerre de drones
« L’Ukraine est un laboratoire de la guerre des drones », a résumé M. Türk devant le Conseil des droits de l’homme, à Genève. Ces dernières semaines en ont fourni une illustration particulièrement brutale.
Le 23 septembre, une attaque russe contre Kiev avait fait deux morts et 41 blessés. Cinq jours plus tard, des drones russes frappaient notamment l’académie nationale des sciences, en plein centre de la capitale. Au moins dix personnes ont été tuées à travers le pays et plus de 80 blessées ce jour-là. Moscou emploie désormais davantage de drones à réaction, plus rapides et volant plus haut, qui compliquent la tâche des défenses ukrainiennes.
Cette évolution technologique se double d’un élargissement des cibles touchées. Immeubles, établissements médicaux, stations-service, entreprises de télécommunications, entrepôts et infrastructures de transport ont été frappés. Vendredi, des attaques ont encore contraint Kiev à fermer totalement ou partiellement trois ponts sur le Dniepr, perturbant fortement la circulation dans la capitale.
L’Ukraine frappe également de plus en plus profondément en Russie, notamment des raffineries de pétrole, des entrepôts et des centres logistiques. Les autorités russes ont fait état d’une hausse des victimes civiles sur leur territoire, mais le Haut-Commissariat souligne qu’il ne peut vérifier pleinement ces chiffres, faute d’accès.
Près du front, une autre arme pèse lourdement sur les populations : les bombes planantes russes, larguées depuis des avions à distance des défenses adverses. Dans les régions de Donetsk, Kharkiv, Soumy et Zaporijia, elles ont tué ou blessé près de 2 500 civils entre janvier et août, selon M. Türk, soit 62 % de plus qu’un an auparavant.
© OCHA / Alina Basiuk Un convoi humanitaire inter-agences atteint la région de Kherson, acheminant des fournitures d’hygiène essentielles aux personnes touchées par la guerre.
L’hiver comme arme
A cette pression militaire s’ajoute désormais l’approche de l’hiver. Mercredi, la Russie a mené sa plus importante attaque coordonnée depuis des mois contre le réseau énergétique ukrainien. Sept personnes ont été tuées, selon les autorités ukrainiennes, tandis que des coupures d’urgence étaient imposées à Kiev et dans plusieurs régions. Les transports et l’approvisionnement en eau de la capitale ont également été perturbés.
« Les Ukrainiens craignent que le pire soit encore à venir », a averti M. Türk. Il a proposé, parmi les mesures susceptibles d’amorcer une désescalade, un accord mettant fin aux attaques contre les infrastructures énergétiques et les cibles économiques, ainsi que des cessez-le-feu locaux et un échange complet des prisonniers de guerre.
Le Haut-Commissaire a également rappelé que la violence ne se mesure pas seulement au nombre de missiles. Un rapport de son bureau publié le 18 septembre documente 1 004 cas de violences sexuelles commises depuis l’invasion russe à grande échelle de février 2022. Dans 89 % des cas, elles sont attribuées aux autorités russes et dans 11 % aux autorités ukrainiennes. La majorité des victimes sont des hommes, notamment des détenus et prisonniers de guerre ; des femmes et des enfants ont également été victimes de ces violences, principalement dans les territoires ukrainiens occupés.
Pour Volker Türk, la responsabilité première ne fait pas de doute. « La Fédération de Russie, en tant qu’agresseur, inflige d’immenses souffrances aux Ukrainiens ». Mais son avertissement porte aussi sur ce que quatre ans et demi de guerre sont en train d’installer des deux côtés : une logique de représailles dont les conséquences pourraient survivre longtemps aux combats.
« La conduite de cette guerre jusqu’à présent ne peut pas être autorisée à dicter son avenir », a-t-il déclaré, appelant les Etats disposant d’une influence sur les belligérants à pousser « de toute urgence en faveur d’une paix négociée, avant que cette tragédie ne s’aggrave encore ».

MIL OSI