Source: United Nations – in French 2
Headline: El Niño pourrait atteindre une intensité jamais observée
8 octobre 2026 Climat et environnement
Le phénomène climatique devrait continuer de monter en puissance jusqu’au mois de décembre pour atteindre des températures océaniques d’une ampleur inédite dans le Pacifique tropical. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’épisode El Niño actuel est en passe de devenir l’un des plus puissants jamais enregistrés, aggravant les risques de sécheresse, d’inondations et de chaleur extrême sur plusieurs continents.
Le Pacifique tropical se réchauffe à une vitesse qui inquiète les climatologues. Jeudi, l’OMM a averti jeudi qu’El Niño pourrait atteindre, d’ici à la fin de l’année, une intensité sans précédent. Ses conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà de l’océan Pacifique, bouleversant les régimes de précipitations, accentuant les sécheresses dans certaines régions et multipliant les risques d’inondations dans d’autres.
« La probabilité qu’il persiste jusqu’en février 2027 est proche de 100 %, ce qui pourrait en faire l’un des épisodes les plus intenses depuis au moins 1950 », a déclaré Celeste Saulo, la cheffe de l’agence onusienne, dans une mise à jour.
Cette quasi-certitude repose sur les prévisions de 13 centres météorologiques nationaux et internationaux, alimentées par les observations des satellites, des bouées océaniques et des instruments atmosphériques. Leur constat converge. Le réchauffement de la surface des mers dans le centre et l’est du Pacifique équatorial devrait encore s’accélérer au cours des prochaines semaines.
Les chiffres donnent la mesure du phénomène. En juin, la température de surface de cette région dépassait déjà de 1,6 °C sa moyenne de référence. En août, cet écart atteignait 2,5 °C. Pour la période d’octobre à décembre, l’OMM prévoit une anomalie moyenne de 3,7 °C, très supérieure au précédent record de 2,6 °C, enregistré lors du puissant épisode de 2015-2016.
Un océan déjà en surchauffe
El Niño est un phénomène naturel récurrent caractérisé par un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial, qui perturbe les échanges de chaleur entre l’océan et l’atmosphère. Ses effets se propagent ensuite à travers la circulation atmosphérique, modifiant les températures et les précipitations à des milliers de kilomètres.
Mais cette fois, le phénomène se développe dans un contexte climatique exceptionnel. Selon l’OMM, août 2026 a été le mois d’août le plus chaud jamais enregistré sur Terre. La température moyenne de surface des océans a également atteint un sommet historique.
« El Niño n’apporte pas de chaleur supplémentaire à la planète. Il libère la chaleur que l’océan a déjà emmagasinée sous la surface », a expliqué Mme Saulo lors du Forum mondial sur la chaleur, organisé cette semaine à Bangkok. « L’océan où il puise cette chaleur est le plus chaud que nous ayons jamais observé. Il y a tout simplement davantage de chaleur prête à être libérée ».
La distinction est essentielle. El Niño ne provoque pas le réchauffement climatique d’origine humaine, alimenté principalement par les émissions de gaz à effet de serre. Il peut néanmoins amplifier temporairement la hausse des températures mondiales en transférant vers l’atmosphère une partie de la chaleur accumulée dans l’océan. C’est notamment ce mécanisme qui avait contribué aux températures exceptionnelles de 2024.
© FAO / Pisey Khun De jeunes plants de céréales en Asie du Sud-Est présentant des signes de stress dans un sol sec et craquelé par El Niño.
Des sécheresses ici et des pluies diluviennes ailleurs
Les conséquences annoncées dessinent une géographie profondément contrastée. D’octobre à décembre, des précipitations supérieures à la normale sont attendues dans la Corne de l’Afrique, certaines régions d’Asie centrale et orientale, le nord de la péninsule arabique, une partie de l’Amérique du Nord et le sud-est de l’Amérique du Sud.
À l’inverse, le sous-continent indien, le sud de l’Amérique centrale, certaines îles des Caraïbes et le nord-ouest de l’Amérique du Sud pourraient connaître des conditions plus sèches que la normale.
Ces perturbations ne constituent pas de simples anomalies météorologiques. Dans les régions agricoles dépendantes des pluies saisonnières, un déficit prolongé de précipitations peut compromettre les récoltes et fragiliser les approvisionnements alimentaires. Ailleurs, des pluies excessives peuvent détruire les cultures, endommager les infrastructures et provoquer des déplacements de population.
Les prévisions restent toutefois probabilistes. Elles signalent des tendances saisonnières, sans permettre de déterminer précisément où et quand surviendront les événements les plus destructeurs. L’OMM insiste donc sur la nécessité de les compléter par des prévisions nationales et locales.
La Californie, notamment, se prépare à d’éventuelles tempêtes et inondations. Selon la presse, les autorités renforcent les dispositifs de prévention dans plusieurs zones exposées, notamment celles fragilisées par les incendies de 2025.
Face à cette menace, l’OMM coordonne la diffusion de ses prévisions auprès des gouvernements, des services météorologiques et des organisations humanitaires, afin de permettre la prise de mesures anticipées.
Car si la puissance exacte de cet épisode d’El Niño reste à confirmer, son intensification ne fait guère de doute. Le défi n’est désormais plus seulement de prévoir les bouleversements qu’il pourrait provoquer, mais de donner aux populations exposées les moyens de s’y préparer.
