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Colombie : les groupes armés montent en puissance

Colombie : les groupes armés montent en puissance

Source: United Nations – in French 2
Headline: Colombie : les groupes armés montent en puissance
Dix ans après la signature d’un accord de paix avec la principale guérilla marxiste du pays, après plus d’un demi-siècle de lutte armée, la Colombie n’en a toujours pas fini avec la guerre. Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont certes déposé les armes, mais d’autres groupes prospèrent sur les territoires qu’elles ont quittés. Le pays se retrouve confronté à un paradoxe : la paix a tenu à l’échelle nationale, sans parvenir à s’imposer dans une partie de ses campagnes.
Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, lundi, Miroslav Jenča, chef de la mission onusienne de vérification de la mise en œuvre de l’accord  de paix de 2016 a dressé un bilan contrasté de cette décennie. L’accord a permis de mettre fin à la plus ancienne insurrection du conflit colombien et d’engager des réformes rurales et des mécanismes de justice transitionnelle. Mais son application incomplète a laissé subsister les conditions mêmes qui alimentaient les violences.
Les chiffres donnent la mesure du problème. Selon les estimations du nouveau gouvernement colombien, citées par M. Jenča, les effectifs des groupes armés illégaux sont passés d’environ 15 000 à 28 000 membres depuis 2022. Le Clan du Golfe, principale organisation criminelle du pays, aurait à lui seul vu ses rangs grossir de 4 000 à plus de 10 000 combattants.
Cette expansion s’accompagne d’une multiplication des violences contre les populations civiles. Le recrutement d’enfants, particulièrement dans les communautés indigènes, demeure alarmant. Les défenseurs des droits humains et les responsables communautaires continuent d’être assassinés. Le 1er septembre, María Ovidia Palechor et James Flor, deux dirigeants sociaux, ont ainsi été tués dans le département du Cauca, dans le sud-ouest du pays.
Une paix sans présence de l’État
Le problème dépasse pourtant la seule puissance des armes. Dans les régions reculées, les économies illégales prospèrent sur fond d’isolement géographique, d’infrastructures insuffisantes et de services publics défaillants. Autant de carences que l’accord de 2016 devait précisément corriger.
« Une paix durable exige la sécurité, et la sécurité exige une présence effective et pérenne des institutions de l’État », a résumé M. Jenča.
Cette équation place le nouveau président colombien, Abelardo de la Espriella, entré en fonctions le 7 août, devant un choix déterminant. Son gouvernement a fait de la sécurité, de la réduction des violences et du développement territorial ses priorités. Mais il privilégie désormais les offensives militaires contre les groupes armés, rompant avec la stratégie de négociations menée par son prédécesseur, Gustavo Petro.
Le 5 octobre, le président a ainsi annoncé la création d’une force conjointe chargée de combattre notamment l’Armée de libération nationale (ELN), dernière grande guérilla du pays, dans le nord-est colombien.
Or, si Bogotá affirme vouloir respecter ses obligations constitutionnelles et légales découlant de l’accord de paix, sa stratégie pour poursuivre son application reste encore à préciser, a souligné M. Jenča.
Les premières orientations budgétaires suscitent déjà des inquiétudes. Selon le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU, le projet de budget pour 2027 prévoit de privilégier la sécurité, tout en réduisant les moyens de certaines institutions chargées du développement rural, de la distribution des terres et de la réintégration des anciens combattants.
Le risque est de traiter les conséquences de la violence sans s’attaquer aux conditions qui permettent sa reproduction.
Plus de 500 anciens combattants assassinés
L’autre grand défi concerne les anciens guérilleros qui ont accepté de déposer les armes. Plus de 11 000 poursuivent leur réintégration dans la société civile. Quelque 6 000 projets économiques et 300 coopératives ont vu le jour, dans l’agriculture, le tourisme, le commerce ou encore la pisciculture.
Ces initiatives témoignent des acquis de l’accord. Mais leur pérennité demeure fragile, particulièrement dans les territoires où les groupes armés continuent d’imposer leur loi.
Le 22 septembre, un ancien combattant a été assassiné dans le département de Cesar, portant à 501 le nombre d’ex-guérilleros tués depuis la signature de l’accord en 2016. À cette insécurité s’ajoute la pression croissante des organisations armées, qui cherchent à recruter ceux qui avaient pourtant renoncé à la violence.
À l’approche du dixième anniversaire de l’accord, le 24 novembre, l’enjeu dépasse donc sa simple préservation juridique. Il s’agit de rendre crédible la promesse faite à ceux qui ont rendu leurs armes, comme aux populations qui attendent toujours les bénéfices de la paix.
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