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Libye : un accord électoral fragilisé par les divisions politiques

Libye : un accord électoral fragilisé par les divisions politiques

Source: African Press Organisation in French

Source: Africa Press Organisation – French

Après plus d’une décennie de divisions, la Libye entrevoit une possibilité de sortir de l’impasse politique. Mais le chemin vers des institutions unifiées et un scrutin crédible reste semé d’obstacles, a souligné Hanna S. Tetteh, Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour la Libye et cheffe de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL).

Au cœur des espoirs de relance politique figure l’accord conclu le 30 août à Tripoli, après quatre mois de discussions entre les membres du groupe restreint de concertation, dans le cadre du processus facilité par l’ONU.

Le texte prévoit notamment la recomposition du conseil d’administration de la Haute Commission électorale nationale et le règlement des différends de longue date concernant le cadre constitutionnel et juridique des élections. Il ouvre également une voie vers des élections législatives et présidentielle, sous une autorité exécutive unifiée, dans un délai de 24 mois.

Cet accord a reçu le soutien de plusieurs acteurs nationaux, dont le Gouvernement d’unité nationale, l’Armée nationale libyenne et la Chambre des représentants. Mais le Conseil supérieur d’État l’a rejeté le 5 octobre, contestant notamment les procédures suivies et le respect des prérogatives des institutions concernées.

« La Libye ne peut pas se permettre de laisser des acteurs obstructionnistes entraver le processus », a averti Mme Tetteh, tout en indiquant que certains membres du Conseil supérieur d’État s’étaient dits disposés à poursuivre les discussions.

La MANUL entend poursuivre ses consultations avec les différentes parties, notamment sur la possibilité de recourir à un mécanisme national plus largement représentatif. L’émissaire a également insisté sur la nécessité de traiter la fragmentation du système judiciaire, qui risque de compromettre la tenue d’élections crédibles.

Le coût économique des divisions

Au-delà du processus politique, les divisions institutionnelles pèsent lourdement sur la vie quotidienne des Libyens. Malgré les recettes potentielles liées aux cours mondiaux du pétrole, la population subit la hausse des prix alimentaires, l’affaiblissement du dinar et une inflation supérieure à 14 %, tandis que l’accès aux services publics demeure irrégulier.

Les prix alimentaires ont augmenté de 3,8 % en août, avec une pression particulièrement forte dans l’ouest et le sud du pays.

La contrebande de carburant illustre également les pertes financières subies par l’État. Entre janvier et septembre 2026, les importations de carburant ont atteint 8,15 millions de tonnes, pour un coût de 8,9 milliards de dollars. Selon les estimations citées par l’ONU, entre 30 et 50 % de ces importations seraient détournées vers des circuits de contrebande, représentant des pertes comprises entre 2,4 et 4,4 milliards de dollars.

Ces détournements aggravent les pénuries de carburant, notamment dans le sud, et réduisent les ressources disponibles pour les salaires publics, l’entretien des infrastructures et les services essentiels.

Les perturbations des installations pétrolières ont également entraîné des pertes de production estimées à un million de barils en septembre, soit environ 100 millions de dollars.

Une sécurité encore fragile

Sur le plan sécuritaire, l’ONU relève néanmoins des signes encourageants de coopération entre les forces de l’est et de l’ouest du pays. Des responsables militaires ont notamment discuté de la réunification des secteurs maritime, aérien et de la défense aérienne. Des centres conjoints d’échange d’informations et de coordination sur la sécurité aux frontières doivent également être opérationnalisés à Benghazi et à Tripoli.

Mme Tetteh a toutefois appelé à rester vigilant face aux tensions locales, aux violations des droits humains et aux discours de haine visant notamment les migrants, les réfugiés et le personnel humanitaire.

Elle a notamment demandé la suspension de nouvelles exécutions, après la mise à mort de 58 personnes condamnées pour des infractions liées au terrorisme à Benghazi au cours des deux derniers mois, et plaidé pour le respect des garanties de procès équitable.

Pour l’émissaire de l’ONU, l’objectif reste de créer les conditions nécessaires à des élections nationales dans un environnement relativement pacifique et de réunifier les institutions. Elle a appelé le Conseil de sécurité et la communauté internationale à soutenir les avancées du processus politique, mais aussi à demander des comptes à ceux qui cherchent à le faire dérailler.

« La voie vers une Libye stable, unifiée et prospère reste longue, mais notre destination demeure à portée de main », a-t-elle conclu.

Distribué par APO Group pour UN News.

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