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Rhinocéros de Sumatra et de Java, une course contre la montre pour éviter leur extinction

Rhinocéros de Sumatra et de Java, une course contre la montre pour éviter leur extinction

Source: The Conversation – in French – By Michelle Campbell-Ward, Associate Professor, Wildlife and Avian Medicine, University of Sydney

Le rhinocéros de Sumatra (*Dicerorhinus sumatrensis*) est en voie critique d’extinction. Izullkifli/Shutterstock (no reuse)


L’ESSENTIEL

  • Il ne reste que quelques dizaines de rhinocéros de Sumatra en vie et environ 50 rhinocéros de Java, tous en Indonésie.

  • Le braconnage et la fragmentation des populations menacent leur survie.

  • Les naissances obtenues en sanctuaire redonnent espoir, mais la sauvegarde de ces espèces reste fragile.


Petit, poilu et doté d’un charme irrésistiblement espiègle.

Voilà les mots qui me sont venus à l’esprit lorsque j’ai rencontré pour la première fois un rhinocéros de Sumatra (Dicerorhinus sumatrensis), après avoir parcouru un dédale de passerelles en bois dans un centre de conservation niché au cœur des forêts denses et humides de la partie malaisienne de Bornéo.

C’était en 1998 et j’étais alors un étudiant enthousiaste, bénévole dans ce centre. À l’époque, on estimait qu’il restait 300 rhinocéros de Sumatra dans le monde.

Je voyais dans cette femelle rhinocéros un symbole d’espoir pour la conservation de l’espèce. Mais aujourd’hui, selon le rapport 2026 sur l’état des rhinocéros dans le monde, publié par l’International Rhino Foundation, il reste moins de 50 rhinocéros de Sumatra, tous présents en Indonésie. Le rhinocéros de Java (Rhinoceros sondaicus) est tout aussi rare.

Même si ces chiffres reposent sur des estimations, la tendance est alarmante.

Des mammifères majestueux

Dans la culture contemporaine, les rhinocéros symbolisent la force, la puissance et la sécurité. Ils servent de mascottes à des équipes sportives et leur image se retrouve partout, des logos automobiles aux marques d’équipements de sécurité.

Leur omniprésence dans la culture populaire peut nous conduire à sous-estimer la gravité de leur situation. Les espèces utilisées comme emblèmes publicitaires sont souvent perçues comme plus répandues qu’elles ne le sont réellement.

Il existe aujourd’hui cinq espèces de rhinocéros. J’ai eu le privilège d’en côtoyer quatre au cours de ma carrière de vétérinaire spécialiste de la faune sauvage, dans des zoos, des sanctuaires et en milieu naturel.

L’Afrique abrite les rhinocéros blancs et noirs, dont les populations ont considérablement fluctué au fil de l’histoire. Le rhinocéros indien, qui ne possède qu’une seule corne et affectionne les milieux aquatiques, vit en Inde et au Népal. Après avoir frôlé l’extinction au début du XXe siècle, ses effectifs se reconstituent progressivement. Ces trois espèces sont présentes dans les zoos et bénéficient généralement de la plus grande attention du public.

Comparés à leurs cousins africains et indiens, les rhinocéros de Sumatra et de Java passent généralement inaperçus. Pourtant, leur classement parmi les espèces en danger critique d’extinction témoigne de l’urgence d’agir pour les protéger.

Les rhinocéros les plus rares au monde

Selon le dernier rapport sur l’état des rhinocéros dans le monde, l’avenir du discret rhinocéros de Java et du petit rhinocéros de Sumatra, reconnaissable à sa pilosité, est aujourd’hui particulièrement incertain. Leur répartition géographique explique en grande partie cette situation.

Il ne reste qu’une cinquantaine de rhinocéros de Java. Tous vivent dans une seule aire protégée, le parc national d’Ujung Kulon, sur l’île de Java. Situé à proximité de plusieurs plaques tectoniques qui convergent, ce parc est exposé aux tremblements de terre et aux tsunamis. Une seule catastrophe naturelle pourrait suffire à anéantir toute la population de rhinocéros de Java.

À l’inverse, les quelques dizaines de rhinocéros de Sumatra encore en vie sont dispersés en de nombreuses sous-populations réparties sur deux îles. Les chances qu’un individu sauvage rencontre un congénère sont donc infimes, voire nulles. Sans possibilité de trouver un partenaire avec lequel se reproduire, ces animaux isolés sont condamnés à être les derniers représentants de leur lignée génétique.

À la recherche d’un refuge

Pour protéger cette population fragmentée, l’International Rhino Foundation a créé en 1996 le sanctuaire des rhinocéros de Sumatra. Il se trouve dans le parc national de Way Kambas, sur l’île de Sumatra.

Le sanctuaire accueille actuellement dix rhinocéros de Sumatra vivant en semi-captivité et faisant l’objet d’un suivi particulièrement étroit. Ces animaux évoluent dans de vastes espaces naturels de forêt tropicale. Ils bénéficient d’une alimentation adaptée, d’une protection contre les menaces extérieures et de soins vétérinaires réguliers.

Augmenter les effectifs de rhinocéros grâce à la reproduction naturelle ou assistée demande de la patience. Après une gestation d’environ 16 mois, les femelles donnent naissance à un seul petit. Plusieurs années peuvent s’écouler avant qu’elles ne se reproduisent à nouveau. L’infertilité est également un problème connu chez certains rhinocéros.

Le sanctuaire a néanmoins enregistré quelques succès, obtenus de haute lutte. Entre 2012 et 2023, cinq rhinocéros de Sumatra y sont nés, notamment grâce à une gestion et à un suivi rigoureux de la reproduction. Et, nouvelle encourageante, les autorités viennent d’annoncer deux nouvelles gestations.

Des images prises par des pièges photographiques ont également confirmé la naissance de cinq petits rhinocéros de Java au maximum dans le parc d’Ujung Kulon ces dernières années. Ces naissances précieuses contribuent, à leur échelle, au rétablissement des populations de ces deux espèces.

Les ravages du braconnage

Le braconnage reste une menace permanente pour toutes les espèces de rhinocéros. Fait inquiétant, la demande mondiale de cornes de rhinocéros augmente, notamment en Chine et au Vietnam. Outre son utilisation ancienne dans la médecine traditionnelle, la corne de rhinocéros est désormais un symbole de richesse et de statut social, particulièrement dans les milieux d’affaires. Entre 2019 et 2023, les braconniers auraient tué jusqu’à 26 rhinocéros de Java.

Parmi les stratégies de lutte contre le braconnage figurent les campagnes visant à faire évoluer les comportements, notamment en rendant l’achat et l’utilisation de cornes de rhinocéros socialement et culturellement inacceptables. Les gouvernements peuvent également s’appuyer sur des opérations policières fondées sur le renseignement et sur le démantèlement des grands réseaux criminels pour combattre le braconnage. Mais si les condamnations et les peines prononcées contre les braconniers se multiplient, notamment en Indonésie, cela ne suffit pas à assurer la survie des rhinocéros dans le monde.

Des mesures préventives, comme la protection et la restauration des habitats adaptés à chaque espèce, sont indispensables au rétablissement des populations de rhinocéros. C’est d’autant plus important que les activités humaines empiètent toujours davantage sur les espaces naturels.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

La translocation, qui consiste à capturer des animaux pour les relâcher dans un nouvel environnement, est l’une des solutions envisageables pour protéger les rhinocéros. Une étude récente s’est penchée sur la possibilité de recourir à cette stratégie pour réintroduire les rhinocéros de Sumatra et de Java dans les régions d’Asie du Sud-Est où ils vivaient autrefois. Les responsables de la conservation peuvent tirer les leçons des précédentes opérations de translocation de rhinocéros africains, qui montrent que le choix d’un habitat adapté, la protection contre le braconnage et une planification rigoureuse sont essentiels à la réussite de ces initiatives.

Plus largement, la protection des rhinocéros nécessite de mobiliser un grand nombre de personnes. Les communautés locales doivent tirer des bénéfices concrets de leur cohabitation avec ces animaux, par exemple grâce à la création d’emplois et au partage des revenus de l’écotourisme. Même à distance, chacun peut contribuer à leur sauvegarde en soutenant les organisations de conservation et en évitant d’acheter des produits qui participent à la déforestation tropicale.

Des financements pérennes et un engagement politique fort sont indispensables pour protéger les derniers rhinocéros d’Indonésie. Mon souhait est que les jeunes générations, notamment mes futurs étudiants, aient à leur tour le privilège de rencontrer ces petits rhinocéros poilus.

Michelle Campbell-Ward ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Rhinocéros de Sumatra et de Java, une course contre la montre pour éviter leur extinction – https://theconversation.com/rhinoceros-de-sumatra-et-de-java-une-course-contre-la-montre-pour-eviter-leur-extinction-294006

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