Source: United Nations – in French 2
Headline: Guterres presse d’agir contre l’érosion de la biodiversité
16 octobre 2026 Climat et environnement
À quelques jours de l’ouverture de la COP17 sur la biodiversité, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé vendredi les gouvernements, les entreprises et la société civile à intensifier leurs efforts pour protéger la nature. Malgré des avancées depuis 2022, le monde reste loin des objectifs fixés pour 2030, notamment celui de protéger 30 % des terres et des mers de la planète.
« La nourriture que nous mangeons, l’eau que nous buvons, l’air même que nous respirons : tout cela est le fruit de la biodiversité », a déclaré António Guterres à Erevan, en Arménie, lors du Sommet des dirigeants organisé à la veille de la 17e Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (COP17), qui débute lundi.
« Pourtant, chaque jour, l’humanité coupe une nouvelle branche de l’arbre de la vie », a-t-il averti.
Le chef de l’ONU a dénoncé les effets conjugués du dérèglement climatique, du surpâturage et de l’utilisation excessive d’engrais et de pesticides, qui aggravent la triple crise planétaire de la pollution, de la perte de biodiversité et du changement climatique. Plus d’un million d’espèces sont menacées d’extinction, a-t-il rappelé.
© FARN Un ibis et des canards dans les zones humides situées près de Buenos Aires.
Des objectifs encore hors d’atteinte
Adopté en 2022, le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal a contribué à stimuler les initiatives internationales. Près de 90 % des pays ont défini des objectifs nationaux en matière de biodiversité et plus de la moitié ont élaboré des feuilles de route pour les mettre en œuvre.
Depuis l’adoption de ce cadre, 1,3 million de kilomètres carrés supplémentaires de terres et 6 millions de kilomètres carrés d’océans ont bénéficié d’une protection officielle.
Mais ces avancées demeurent insuffisantes. Selon les engagements actuels, seuls 26 % des écosystèmes terrestres et 12 % des écosystèmes marins seraient protégés d’ici à 2030, loin de l’objectif de 30 % fixé par les États.
Le rapport de l’ONU State of Biodiversity Action, publié jeudi, souligne également les retards dans la mise en œuvre des objectifs nationaux et les lacunes des mesures destinées à s’attaquer aux causes de la dégradation de la nature.
Les financements, les capacités techniques, la coopération scientifique et la collecte de données restent insuffisants. Le Secrétaire général a notamment relevé que les ressources consacrées à la biodiversité sont encore très inférieures aux 200 milliards de dollars annuels prévus dans le cadre mondial.
Il a souligné que la biodiversité ne peut être traitée séparément des conflits, de l’insécurité alimentaire, des menaces sanitaires ou du changement climatique. « Pour faire face à l’une de ces crises, il faut s’attaquer à toutes », a-t-il affirmé. « Et il n’y a pas de temps à perdre ».
Les gouvernements appelés à accélérer l’action
António Guterres a d’abord exhorté les gouvernements à renforcer leur leadership pour atteindre l’objectif « 30 d’ici 30 », qui vise à protéger 30 % des terres et des mers de la planète d’ici à 2030. Il les a appelés à « passer de politiques qui détruisent la nature à des pratiques qui la préservent ».
Parmi les priorités figurent le développement de l’économie circulaire et du zéro déchet, la promotion d’une agriculture durable et régénératrice, le renforcement du suivi et de la transparence, ainsi qu’une application plus stricte des lois existantes.
Le Secrétaire général s’est également félicité de l’adoption de la Déclaration d’Erevan lors du Sommet des dirigeants, qui prévoit notamment d’intégrer la biodiversité dans les politiques publiques, les budgets et les réglementations nationales.
Réorienter les milliards vers la protection de la nature
Le financement constitue un autre levier essentiel. « La dure réalité est que nous dépensons de l’argent pour les mauvaises choses », a déploré M. Guterres. Pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont consacrés à des activités qui lui nuisent.
En 2023, quelque 7.300 milliards de dollars ont ainsi été injectés dans des secteurs dommageables pour les écosystèmes, notamment l’industrie lourde polluante, l’agro-industrie destructrice et les combustibles fossiles.
« J’exhorte les gouvernements du monde entier à mettre fin une fois pour toutes à ces subventions et à utiliser plutôt les économies ainsi réalisées au profit des populations et de la planète », a-t-il déclaré.
Pour atteindre les objectifs mondiaux en matière de biodiversité, de climat et de restauration des terres, les investissements annuels dans les solutions fondées sur la nature devront atteindre 571 milliards de dollars d’ici à 2030, soit environ 0,5 % du produit intérieur brut mondial, a précisé le chef de l’ONU.
Le secteur privé doit aussi se mobiliser
« Mais les gouvernements ne peuvent y parvenir seuls », a insisté António Guterres, appelant les entreprises à contribuer davantage au financement de la protection de la nature. Il a notamment cité le Fonds de Cali, soutenu par l’ONU, qui permet aux entreprises tirant profit des ressources génétiques et des informations numériques sur ces ressources de contribuer à leur préservation.
Le Secrétaire général a également souligné les progrès rapides des énergies renouvelables. Depuis 2010, le coût de l’énergie solaire a chuté de près de 90 %, tandis que les investissements dans les énergies propres représentent désormais près du double de ceux consacrés aux combustibles fossiles. L’an dernier, le recours aux énergies renouvelables a en outre permis d’éviter des émissions équivalentes à celles cumulées des États-Unis, de l’Union européenne et du Japon.
« Mais ces bénéfices ne sont pas répartis équitablement à travers le monde », a-t-il averti. De nombreux pays en développement restent confrontés à des obstacles financiers qui limitent leurs investissements dans la protection de la nature et le développement humain, notamment le poids de la dette, des budgets publics contraints et les inégalités du système financier international.
Mobiliser l’ensemble de la société
Enfin, António Guterres a appelé à une mobilisation de toutes les composantes de la société, en particulier des jeunes, des femmes, de la société civile, des peuples autochtones et des communautés locales.
« La dégradation de l’environnement touche souvent le plus durement les plus vulnérables, et ceux qui ont le moins contribué à causer le problème. Mais les solutions émanent souvent de ces mêmes groupes », a-t-il souligné.
À 76 jours de la fin de son mandat, le Secrétaire général a rappelé que la lutte contre le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution avait compté parmi ses principales priorités.
« Agissons avec l’urgence que cette situation exige », a-t-il conclu. « Pour nos enfants. Pour notre avenir. Et pour toute vie sur Terre ».
